samedi 3 janvier 2026

goudron

Quand j’ai commencé à m’occuper de bois, en Dordogne, j’ai acheté un pot de goudron de Norvège, de la marque Pelton. C’est un goudron de pin qui sert à cicatriser les plaies des arbres. Je n’en avais pas grand besoin, trente ans après le pot n’est toujours pas vide. Je pense que je l’ai acheté non seulement pour l’utilité mais aussi parce que cette belle appellation, goudron de Norvège, portait à la rêverie, et qu’il me plaisait de songer que j’étais maintenant un homme qui, pour certaines de ses activités, devait recourir à cette substance exotique. Des années après, en Charente, je me suis procuré un petit pot de mastic à cicatriser Lhomme-Lefort. C’est un produit phytosanitaire, pour le même usage. Lui aussi j’ai dû l’acheter en partie pour sa bonne mine modeste anachronique. Ces deux pots sont maintenant entreposés dans mon hangar. Récemment André est venu couper des bouts de bois trop gros pour mes scies, entre autres deux grandes branches de mon noyer. Elles ont laissé sur le tronc deux plaies circulaires, larges de plus de dix centimètres. Je les ai enduites chacune avec un des deux produits, ils ont l’air toujours bons. On est aussi allé dans les bois. Dans un j’avais juste un bâton à couper, un tronc tombé, que j’avais débarrassé de son lierre et de ses branches, et dont j’avais coupé ce que je pouvais, il n’en restait qu’un gros bâton de trois mètres, de quoi faire six bûches. Dans un autre il y avait un arbre mort bien visible en lisière, à l’intérieur sept que j’avais repérés avec du ruban fluo, et on en a trouvé encore trois autres, en tout onze. Ces arbres morts sur pied mettent souvent des années entre le moment où ils commencent à sécher au faite et celui où ils sont complètement morts jusqu’en bas. Si bien que quand on les coupe, le bois du bas est encore bien dur, mais celui du haut est déjà dégradé. André m’a dit qu’il était d’avis de garder le « bois pourri ». Je suis d’accord, ce bois est bon au moins pour lancer ou relancer un feu. Son frère le regretté Jacquot m’avait lui aussi donné un conseil économique, il y a des années, à propos de branches de fusain japonais que j’hésitais à conserver, doutant de la qualité de ce bois atypique. Garde-les donc, m’avait-il dit. Il avait raison.

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