Lorsque j’ai su, il y a bien six mois, qu’il existait un recueil de Pensées de François Cavanna (Le Cherche Midi, 1994) j’ai voulu le lire. Non que j’en attendisse grand chose mais ce genre me plait, et malgré tout ce qui peut me séparer de Cavanna, je conserve envers lui une dette de sympathie, parce qu’il fut le premier à accueillir une de mes rares publications dans la presse nationale (une note étymologique dans Charlie, jadis). L’auteur ayant acquis de son vivant la célébrité avec ses best-sellers autobiographiques sur Les Ritals et Les Russkoffs (que je n’ai pas lus), je pensais trouver facilement le moyen d’emprunter ce recueil de pensées. Il n’en était rien. L’ouvrage ne se trouvait bien sûr pas dans les biblis publiques des deux bleds voisins, Villeneuve et Loulay, mais pas non plus dans le catalogue en ligne des villes de la contrée : ni à Saint-Jean (20 km), ni à Surgères (autant), ni à Saintes (45 km), ni même à La Rochelle (60 km). Pas la peine donc d’y aller. Il n’était pas non plus dans les collections de la Médiathèque départementale de la Charente-Maritime, ni dans celles de la bibliothèque universitaire de Bordeaux-Pessac, en Gironde où je me rends une fois par mois. Je consultai aussi le Sudoc, c’est à dire le richissime catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, qui permet de faire venir par le prêt entre bibliothèques les livres qu’on ne trouve pas sur place. Las ! Le seul exemplaire se trouvait à la b-u de Nouméa, d’où je ne pouvais décemment demander qu’on me l’envoie. Il fallait se rendre à l’évidence : ce fichu livre était une rareté. Je finis par en repérer un exemplaire dans le catalogue en ligne du réseau des biblis de Niort et des environs, dans le département voisin, les Deux-Sèvres : il se trouvait à Chauray, une banlieue située à dix kilomètres au nord-est de Niort, Niort étant elle-même à trente km au nord de chez moi. Mais valait-il le coup d’investir dans une inscription pour emprunter ce seul ouvrage, ou d’effectuer le trajet (30 + 10 = 40, aller-retour = 80 km) pour prendre connaissance d’un livre que je ne pouvais espérer lire sur place en une seule fois ? Il y avait la solution de l’acheter d’occasion en ligne, où on le trouvait en vente pour une demi-douzaine d’euros. Mais il fallait en ajouter autant pour le port, et là encore : valait-il la peine, vu mes rentes, d’engager une telle somme pour un livre que je n’étais pas sûr de vouloir conserver, et que je revendrais au mieux un euro dans un vide-grenier ? Je tentai de le faire acheter d’occasion par l’université, après tout pourquoi pas, s’il était absent de toutes les b-u de métropole, mais cela fut refusé, pour la bonne raison que les crédits avaient été drastiquement réduits. Je pouvais aussi renoncer à connaitre ce livre, dont je n’avais pas vraiment besoin, mais bêtement la difficulté m’entêtait à y parvenir. Le problème a fini par se résoudre naguère, quand j’ai appris que l’inscription au réseau des biblis de Niort était gratuite, ce qui changeait la donne. La semaine dernière, donc, devant me rendre dans cette ville pour y acheter des planches, j’en profitai pour avancer jusqu’à Chauray, m’y inscrire et emprunter le recueil. Ce fut laborieux car je me perdis en route à l’aller, et de même au retour, mais enfin j’ai obtenu ce que je voulais.
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