dimanche 31 mai 2026

apprivoisement

Lettre documentaire n° 541

ANIMAUX APPRIVOISÉS DES INDIENS DU BRÉSIL
d'après Gabriel Soares de Sousa

Il est connu que les chasseurs-cueilleurs d’Amérique, avant la colonisation européenne, ne possédaient pas d’animaux domestiques, du moins pas au sens que cela a en Europe : pas de bétail, ni de basse-cour, ni chien ni chat. En relisant naguère la Notícia do Brasil rédigée en 1587 par Gabriel Soares de Sousa, je suis cependant frappé par les nombreuses mentions, pas moins de trente, d’animaux capturés et apprivoisés par les Indiens, à des fins semble-t-il essentiellement récréatives. Ce sont :
les aras canindé bleus et jaunes (les Indiens les prennent jeunes dans les nids, pour les élever dans leurs maisons, chapitre II-80)
les aras rouges (idem, ibidem)
les toucans (idem, ibidem)
les canards (idem, qui deviennent très domestiques, II-80)
les tourterelles pairari (ils les apprivoisent dans les maisons, comme des pigeons, II-82)
les grands perroquets verts ajuruaçu (qui deviennent très domestiques dans les maisons, II-83)
les perroquets verts et rouges ajurueté (ils les prennent jeunes pour les apprivoiser, ibidem)
les perroquets curica (idem, ibidem)
les perroquets verts maracanã (idem, ibidem)
les perruches tuim (idem, ibidem)
d’autres, un peu plus grandes (idem, ibidem)
les vautours noirs urubu (les Indiens en ont apprivoisé quelques uns, pris au nid, II-85)
les tangaras jaunes et noirs (pris jeunes, II-87)
les passereaux suiriri (qu’on élève en cage et qui chantent très bien, II-88)
les passereaux urandi (idem, ibidem)
les passereaux uraenhangatá (idem, ibidem)
les passereaux sabiá-poca (idem, ibidem)
de petits passereaux noirs (idem, ibidem)
de petits passereaux bleus (idem, ibidem)
des tapirs (pris jeunes, ils s’apprivoisent et jouent avec les chiens, II-94)
les coatis (jeunes, ils s’apprivoisent, II-98)
les chats sauvages maracajá (pris petits, ils s’apprivoisent mais tuent les poules et les perroquets, ibidem)
les loutres irara (prises jeunes, elles s’apprivoisent bien, II-101)
les agoutis (pris jeunes, ils s’apprivoisent comme des lapins, II-103)
les petits singes sagouins (II-104)
les petits singes-lions (très mignons mais ils meurent s’il fait froid, ibidem)
les tortues jabuti (dans les maisons, elles mangent tout ce qui traine par terre, II-106)
les paresseux (les Indiens en emportent dans leurs maisons pendant deux ou trois semaines, mais comme ils ne mangent rien, ils les relâchent par pitié, II-107)
le serpent non venimeux non identifié tiopurana (qui s’apprivoise si bien qu’il peut sortir se nourrir en forêt pendant la journée puis rentre le soir à la maison, ce qui parait quand même difficile à croire, II-113)
enfin les iguanes anijuacanga (mais elles ne veulent rien manger de ce qu’on leur donne, II-114).


vendredi 29 mai 2026

commerce

    Ce mois-ci j’ai enfin eu le temps de saisir non seulement le texte de mon journal de l’an dernier, mais aussi celui de l’année 2001, la seule dont je n’avais plus de version numérique depuis longtemps. J’ajoute ces deux documents à la liste de mes pdf en vente à 1 euro. Je profite de cette occasion pour rappeler quelques précisions, notamment à l’intention de ceux et celles qui ne lisent mon Journal documentaire que par les citations que j’en reproduis sur Facebook, ou qui le lisent à la source dans Blogspot mais sur téléphone, où le format réduit ne permet pas de voir les liens marginaux. Si l’on consulte ce journal sur un écran d’ordi, on peut remarquer dans la marge à droite ces deux onglets : l’onglet A lire, où je propose un certain nombre de documents en accès libre, et l’onglet A vendre, où je liste les pdf que je vends 1 euro, notamment le texte intégral des volumes annuels ou pluri-annuels de mon journal. J’ai opté pour cette formule éditoriale plus légère, plus maniable et moins couteuse que ne serait l’impression de livres en papier. J’accepte tous les moyens de paiement, avec une préférence pour le virement bancaire (j’envoie mon iban sur demande). J’ai un compte PayPal mais ne sais pas bien m’en servir, il parait qu’on m’y trouve par mon adresse mail philippe.bille@hotmail.fr (j’ai déjà eu en effet des règlements par ce moyen). Un copain expert en marketing (!) me suggère de proposer la vente des pdf par groupes de cinq contre un billet de 5 euros par la poste. C’est une possibilité. Si l’on a d’autres suggestions, cela m’intéresse. Merci de votre attention.

jeudi 28 mai 2026

scènes

Pour m’accorder un moment de détente, j’ai emprunté un album de dessins d’humour, Scènes de la vie parentale, par Jean-Philippe Delhomme (Denoël, 2007). Ce sont des dessins pleine page, avec une légende en bas, caricaturant les rapports problématiques de parents bobos avec leurs lardons. La meilleure page est celle de la préface, bien écrite par l’auteur. A part ça le livre m’a déçu, les dessins sont moches et la satire pas tellement drôle.

mercredi 27 mai 2026

résumé

    En résumé, grosso modo, nous tuons pour vivre, et nous vivons pour mourir. Il faut s’arranger avec ça. Les croyances religieuses et philosophiques y aident plus ou moins.

lundi 25 mai 2026

néomots

    Chaque fois qu’un nouveau néomot me vient à l’esprit, je vérifie d’abord dans Google que le mot n’existe pas déjà comme nom d’un lieu-dit, d’une marque, d’un site, d’un groupe, d’un concept ou de quoi que ce soit. Je ne le publie et je ne l’ajoute à mon Verbier (ma collection de néologismes), que s’il est inconnu et donc original. Sans quoi je l’écarte. Dernièrement toutefois je me suis amusé à noter à part les candidats malheureux que j'ai cru inventer, mais qui se sont avérés déjà trouvés ici ou là. En voici dix : camignon, décompressif, draguerie, éclairière, empoterie, forture, popute, solitarité, surpassion, tortune.

dimanche 24 mai 2026

Sánchez

    Le hasard m’a fait découvrir un curieux petit livre paru l’an dernier à Madrid aux éditions Dilema et intitulé Torrelodones. L’auteur, Jonás Sánchez Pedrero, homme de peu de mots, donne là un recueil de quelque 540 sentences très brèves, tenant toutes, à une exception près, sur une seule ligne. Ce sont toutes des phrases, commençant par une majuscule et se terminant par un point, bien que certaines aient l’air de simples fragments de phrase, avec ou sans verbe. Leur point commun est la brièveté, les plus courtes n’ayant que deux mots, mais leur type de contenu varie. On trouve parmi ces formulations laconiques des aphorismes, des réparties, des expressions souvent inattendues. Cet ouvrage minimaliste prouve qu’il suffit de peu pour qu’un énoncé soit un objet de contemplation, donnant matière à méditer ou à sourire. Avec la permission de l’auteur, j’ai le plaisir de présenter à mes lecteurs, dans la Lettre documentaire 540, une vingtaine de ces sentences, que j’ai traduites de l’espagnol.

Torrelodones

Lettre documentaire n° 540

VINGT-DEUX PHRASES de Jonás Sánchez Pedrero 

extraites de son recueil Torrelodones
(Madrid : Dilema, 2025)
et ici traduites par Philippe Billé

Le rideau aussi était un mur.

Il faut progresser à l’ancienne.

Il applaudissait à coups de coude.

Il était humain à sa façon.

Il apprit à déboucher des mots.

Tous les dimanches ont un air de mars.

Il perdit ses dents comme des pointes de crayon.

La poésie ne va pas pas à l’Université.

Et ils transformèrent le temps en moments.

Toute science a sa fiction.

Il est tombé malade à cause de la quarantaine.

Cours de yoga urgent.

Les poissons pleurent à l’intérieur du cerveau.

Antiquités de saison.

L’automne avec sa beauté de rimmel qui coule.

Savoir oblige.

Bonne journée du kilo.

La tristesse a raison.

L’excentricité ne fait pas le talent.

Un jour tout cela sera avant.

Je hais de mieux en mieux.

Ne me dis surtout pas ça un jeudi.

(Textes originaux : También la cortina era muro. - Hay que progresar a la antigua. - Aplaudía a codazos. - Era humano a su manera. - Aprendió a destapar palabras. - Cualquier domingo parece marzo. - Perdió los dientes como puntas de lápiz. - La poesía no va a la Universidad. - Y convirtieron el tiempo en ratos. - Toda ciencia tiene ficción. - Enfermó de cuarentena. - Clases de yoga urgente. - Los peces lloran en el cerebro. - Antigüedades de temporada. - El otoño con su belleza de rimmel corrido. - Saber obliga. - Feliz día del kilo. - La tristeza tiene razón. - Excentricidad no hace talento. - Algún día todo esto será antes. - Cada vez odio mejor. - Eso no me lo dices un jueves.)

samedi 23 mai 2026

arbres

    En Gironde, où j’étais de passage cette semaine, il m’a semblé remarquer comme la dernière fois, qu’une maladie ravage tous les palmiers visibles au bord des routes et dans les rues. Cela semble affecter aussi bien les palmiers à chanvre et les phoenix, leurs feuilles pâlissent, ternissent et sèchent.
    Ici ce sont des animaux, c'est peut-être simplement un lièvre, qui a attaqué trois arbrisseaux que j’avais plantés dernièrement dans la haie du fond à la Rigeasse (la Caatinga). Une espèce de thuya low cost acheté dans un supermarché, un faux-cyprès que j’étais tout content d’avoir récupéré intact dans la benne de cimetière où il avait été jeté, et une pousse de troène que j’avais en pot. Les deux premiers ont eu l’écorce rongée, surtout le thuya, le troisième a eu ses feuilles mangées presque entièrement. Je les ai protégés avec du grillage. Le faux-cyprès est mort quand même. Le thuya était si abimé que j’ai dû couper le petit tronc très bas, ne laissant pratiquement que les deux premières branches, horizontales. J’en ai redressé une et l’ai tuteurée en position verticale contre le moignon de tronc, en espérant qu’elle forme un tronc de remplacement, mais ce n’est pas gagné. Le troène refait des feuilles à profusion, il a bien repris.

lundi 18 mai 2026

expos

    Comme l’Espace Oscar Niemeyer du Parti communiste français n’était pas disponible, j’avais opté hier pour la Salle des fêtes de La Jarrie-Audouin (17330) afin d’exposer un assortiment de mes collages. Ce fut une excellente journée, riche en rencontres fort aimables. Je devrais exposer de nouveau prochainement le samedi 6 juin au Château Pallettes, dans Bordeaux.

dimanche 17 mai 2026

Bergerac

    Rêve que j’étais à Bergerac, et qu'à la nuit tombée j’allais à pied au centre-ville, que je trouvai totalement désert. Aucune voiture en vue, même garée, ni aucun piéton sur toute la place devant l’église, ni à côté sur la place Gambetta. J’en étais bien étonné. Et dans cette solitude extrême, il n’y avait personne à qui demander comment il se faisait qu’il n’y avait personne.

samedi 16 mai 2026

expo


    Demain dimanche 17 mai je présenterai une vingtaine de mes collages à la Salle des fêtes de La Jarrie-Audouin (17330).
    Comme chaque année, à l’occasion du vide-grenier qui se tient dans le pré à côté, ladite Salle accueille une expo des peintres locaux, auxquels on a bien voulu que je me joigne.
     Entrée libre toute la journée dès le matin.

vendredi 15 mai 2026

moufette

Lettre documentaire 539

LA MOUFETTE BRESILIENNE, par Gabriel Soares de Sousa

    En français le nom de moufette (ou mouffette, ou mofette, de l’italien moffetta) peut servir à désigner sinon tous, du moins la plupart des mammifères carnivores de la famille des méphitidés, tous capables de se défendre en projetant depuis leurs glandes anales un liquide nauséabond propre à décourager l’assaillant. Ladite famille compte une douzaine d’espèces, dont deux asiatiques, les télagons ou blaireaux-puants de Java et des Philippines, du genre Mydaus. Les autres espèces, toutes américaines, se répartissent entre les genres Mephitis, Spilogale et Conepatus. L’espèce type est la moufette rayée (Mephitis mephitis) d’Amérique du Nord, parfois désignée par le synonyme skunk, mot algonquin. Les trois espèces sud-américaines sont toutes du genre Conepatus. On trouve au Brésil la moufette des Andes (Conepatus chinga) mais la plus répandue est la moufette d’Amazonie (C semistriatus). Cet animal a été décrit par Gabriel Soares de Sousa en 1587 dans sa Notícia do Brasil, au chapitre II-99, Qui traite de la nature et de l’étrangeté du jagurecaca. Aujourd’hui l’animal est désigné en portugais brésilien par les noms tupis cangambá et jaritataca, celui-ci ayant diverses variantes rappelant plus ou moins le terme employé par Sousa (jaritacaca, jaguaritaca, etc). On lui applique aussi la périphrase de doninha-fedorenta, soit belette puante. Voici ce qu’en dit Sousa (ici traduit par Ph Billé) :

    Le jagurecaca est un animal de la taille d’un grand chat, de couleur brunâtre. Il a le poil long, des pieds et des mains comme ceux des singes, une face de chien, et une longue queue. Il se nourrit de fruits des bois. Il se déplace toujours à terre et ne met bas qu’un seul petit. C’est un animal étrange et nauséabond, car partout où il passe, il laisse une telle puanteur jusqu’à un jet de pierre de part et d’autre, que nul ne peut la supporter. Et pendant plus de deux mois nul ne peut passer par là, car tout est empesté d’une mauvaise odeur intenable. Les chiens prennent de ces animaux à la chasse, mais aussitôt après ils se jettent à l’eau et se roulent par terre pour se débarrasser de cette puanteur, et continuent ainsi en vain pendant des jours. Quant au chasseur, il a beau se laver, la terrible odeur lui reste et perdure trois ou quatre mois. Quand cet animal se voit cerné par les chiens, il lâche une ventosité si pestilentielle, qu’elle embaume tous ceux qui se trouvent à proximité. C’est par cette arme qu’il se défend contre les onces et les autres animaux, quand il est poursuivi. Cette artillerie est si puissante, que l’once ou les autres ennemis font demi-tour et l’abandonnent. Et ils vont aussitôt se laver et se rouler par terre, pour se libérer de la terrible odeur. Il est arrivé à un Portugais que son chasseur lui ayant rapporté de la forêt un de ces animaux mort, pour lui servir de remède, il en fut si empuanti que, ne pouvant plus se supporter, il en devint tout jaune et rentra chez lui malade de l’odeur qui lui collait, et qui lui resta des jours et des jours. La chair de cet animal est bonne pour soigner la dysenterie, mais la maison où il y en a empeste à tout jamais. C’est pourquoi les Indiennes la font rôtir toute enveloppée de feuilles, après l’avoir bien fait sécher près du feu, et elles la fument pour qu’elle se conserve, mais cela n’empêche qu’on la sente jusque dans la rue, tant qu’il y en a dans la maison.

    (Note du traducteur, pour nuancer ce qu’en dit Sousa : l’animal a certes un pelage noirâtre mais aussi en partie blanc, il n’a pas des mains ni des pieds de singe, ni une gueule de chien, la femelle n’a pas qu’un petit mais en général une portée de quatre ou cinq, le régime omnivore comporte aussi de petits animaux, et la puanteur résulte d’un jet de liquide et non de gaz.)

jeudi 14 mai 2026

Volume

Connaissant déjà le talent soigneux de Siméon Lerouge, j’ai aimé son nouveau livre Volume horaire (paru aux Editions de la Renouée) avant même de l’avoir lu. C’était imprudent mais j’avais raison, l’ouvrage est superbe. Un recueil de deux cents quatrains sans rime, étrangement rythmés, tous écrits en exactement vingt-quatre mots, chaque vers en comptant six. Par exemple : Quand on regarde sous le maïs / c’est une forêt de bambous / très sombre, sans végétation, plantée serrée / pour qu’on s’y perde. Ils sont écrits au fil des jours pendant un an et répartis en douze chapitres mensuels, allant de mai à avril. Ce sont des vues instantanées prises la plupart dans les jardins, les maisons et les rues. Cette forme brève, pour ainsi dire carrée, est un choix ingénieux mais la recette ne suffit pas, il faut aussi l’inspiration qui transparait dans les détails retenus, les rapprochements, les comparaisons. Chaque quatrain est précédé d’une mention de la date et du lieu, avec par endroits de petites cartes joliment tracées. On comprend que ce poète jardinier, donc terrien, que l’on pourrait croire sédentaire, au contraire a la bougeotte. Il réside en la Sarthe mais gravite sans cesse dans un assez vaste périmètre, entre Paris et Brest. Je recommande son bon livre (les détails ici). Un autre extrait pour la route : En poussant le portail, mon frère / aperçoit dans le gravier, qui brille / d’humidité tant il a plu, / une grenouille. Il part. Elle aussi.

mardi 12 mai 2026

Hazlitt

Pendant quelques années j’ai possédé une jolie petite édition reliée en daim, d’un essai de William Hazlitt rédigé vers 1820, Why distant objects please. Je ne l’ai plus, j’ai sans doute revendu le charmant opuscule acheté jadis à Saint-Pierre chez un bouquiniste extrême, qui bradait ses trésors à un prix abordable. Depuis lors je me suis procuré en ligne une version numérique du texte et je tente régulièrement de le lire, sans jamais y parvenir en entier, j’avoue, car autant le sujet, Pourquoi les objets lointains nous plaisent, me semble attirant, autant les ratiocinations qu’en tire ce bon William me sont vite soporifiques. J’en retiens au moins la conjecture ingénieuse, que l’éloignement favorise la rêverie. Ainsi par exemple, lorsque nous contemplons un paysage, notre esprit aime vagabonder dans le sfumato des lointains, où il se plait à imaginer et à embellir ce qu’en réalité il ne voit. Mes observations du sentiment de la Nature me permettent d’ajouter à cela l’idée que le paysage, admiré de loin, nous épargne la vue de ce qu’on découvre quand on y regarde de plus près, les rudesses de la biodiversité, le carnage incessant…

lundi 11 mai 2026

nichoirs

    Ces vidéos que l’on fait maintenant en allant filmer les oiseaux jusqu’à l’intérieur de leurs nichoirs, je trouve ça indiscret. Et pas très utile, d’ailleurs, si c’est pour apprendre que les oeufs éclosent et qu’ensuite les parents donnent la becquée aux petits, quelle révélation…

dimanche 10 mai 2026

vingt


        En feuilletant un album de mes recherches graphiques, je retrouve cette découverte curieuse, quoique sans importance : le nom de Louis-Ferdinand Céline et le titre Voyage au bout de la nuit comportent tous deux exactement vingt caractères.

vendredi 8 mai 2026

conventions

    Au fil des ans j’ai renoncé à certaines conventions graphiques. D’abord les points d’abréviation, dont je me passe car je les juge inutiles. J’écris V Hugo au lieu de V. Hugo, qui cela gêne-t-il ? Je pense que le point ne devrait servir qu’à marquer la fin de la phrase, ou à séparer les centaines des milliers dans les grands nombres (14.000). Ensuite les traits d’union, souvent inutiles eux aussi. Je trouve qu’il y en a trop. Je ne les bannis pas mais j’en suis avare, et quand je ne sais si la règle en veut ou pas, je fais à ma guise sans consulter le dictionnaire. J’écris Saint-Jean Pied de Port pour Saint-Jean-Pied-de-Port, c’est à dire pour c’est-à-dire. Enfin l’italique et les guillemets pour les mots étrangers et les citations. C’est pareil, on en met trop. S’il n’y a pas d’ambiguïté, je m’en passe. Parfois une simple majuscule suffit à les remplacer. Je donne ces précisions s’il en est besoin, afin que mes lecteurs ne prennent pas mes options graphiques pour des négligences, sait-on jamais.

jeudi 7 mai 2026

turtur

    Parce que j’y vais tous les jours, je sais qu’en ce moment les bois résonnent d’un mot latin : c’est la Tourterelle des bois qui répète inlassablement le nom qu’on lui a donné dans l’Antiquité, Turtur. Je viens de m’aviser que, des deux espèces de tourterelles visibles en France, la plus commune, la plus proche de l’homme, celle que l’on voit maintenant partout dans les villes et villages, soit la Tourterelle turque, immigrée de fraiche date n’ayant colonisé l’Europe qu’au vingtième siècle, était inconnue des Romains et ce n’est donc pas elle, qu’ils ont baptisée par cette onomatopée imitant le cri : tur-tur, tur-tur. Ce nom conviendrait aussi mais imparfaitement à la Tourterelle turque, laquelle scande plutôt toutou-tou, toutou-tou en trois syllabes bien nettes et d’une voix plus sonore. En vérité le nom latin de la tourterelle, turtur, est bien celui de l’espèce primitive et discrète, au cri plus roucoulant et volontiers bisyllabique, qu’on entend dans les bois plus souvent qu'au village.
    (On peut écouter sur le site Oiseaux-net de petits enregistrements de la Tourterelle des bois et de la Tourterelle turque.)
    (Rappel d'une note descriptive sur les deux Tourterelles)

mercredi 6 mai 2026

coucou

    Parmi les cris d’extase s’élevant de toutes parts pour célébrer les perfections de la Nature, il est très étonnant de tomber, dans L’Angérien libre de cette semaine (paru jeudi dernier le 30 avril) sur la chronique hebdomadaire On passe au vert avec Gianni, portant cette fois-ci sur le «Coucou gris, le chanteur imposteur». Rare cas d’un ornithologue, qui plus est médiatique, se permettant d’exprimer un avis négatif sur un comportement animal, et sans mâcher ses mots : le coucou est «l’une des plus admirables sales bêtes de nos contrées … le plus sournois des oiseaux de la campagne … de ceux qui profitent sans vergogne du dévouement des autres … cette immense fraude de l’avifaune … la grosse vilaine bête … (d’une) nature profondément discutable.» Et il détaille en effet le parasitisme impitoyable de cette espèce. Ces considérations critiques sont comme un peu d’air frais parmi la bondieuserie biodiversitaire.

mardi 5 mai 2026

Nature

    Chaque fois que je m’attarde à lire, sous ces innombrables photos d’animaux et de paysages, les innombrables commentaires consistant ou se résumant à dire que la Nature est belle, et bonne, et grande, et forte, et sage, bref, que c’est une Déesse en tous points adorable, je me demande quel besoin de se rassurer est ici à l’oeuvre, quel besoin de se mentir, de ne pas voir ce qui est réellement. Et quand il arrive qu’un maladroit, sans malice, montre un prédateur déchiquetant sa proie encore vive, si je m’amuse à faire remarquer que ce sont là les horreurs de la Biodiversité, on ne trouve rien à répondre qu’Ah oui, mais c’est la vie, hein…

lundi 4 mai 2026

demi

DEMI-MONDE

demi-cercle
demi-dieu
demi-douzaine
demi-finale
demi-franc 
demi-frère
demi-gros
demi-heure
demi-jour
demi-litre
demi-lune
demi-mesure
demi-mot
demi-pension
demi-portion
demi-sel
demi-siècle
demi-soeur
demi-sommeil
demi-tarif
demi-teinte
demi-ton
demi-tour

samedi 2 mai 2026

troupeau

Lettre documentaire 538

ATTENTION, TROUPEAU !

Petite anthologie de citations contre l’esprit grégaire
(à compléter).

«C’est dans le troupeau, que l’homme est le plus bovin.» (Anonyme).

«… c’est en groupe, que nous pensons le moins.»
(André Blanchard, Impasse de la Défense : Carnets, juillet 1995). 

«Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre, on est une bande de cons.»
(Georges Brassens, Le pluriel, 1966)

«… où plusieurs douzaines se réunissent, l’esprit déménage…»
(Albert Caraco, Semainier de l’agonie, 1963, p 127).

«J’aime les hommes un par un mais, en troupe et grouillant, je ne puis que les haïr.»
(Jacques-Marie Dupin, Opus incertum, 1982).

« Un par un, les hommes sont peut-être notre prochain, mais en troupeau, sûrement pas. »
(Nicolás Gómez Dávila, Escolios 2, 1977, p 66).

«L’âme est une quantité qui décroît à mesure que plus d’individus se regroupent.»
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 1, 1986, p 71).

« L’intelligence isole, la stupidité agrège. »
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 2, 1986, p 140).

«Solitude où je trouve une douceur secrète…»
(La Fontaine, Le songe d’un habitant du Mogol, 1678).

«Les hommes rassemblés valent moins qu’isolés.»
(Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1900).

«A plus de deux, les hommes sont des cons.»
(Marc-Edouard Nabe, Kamikaze : Journal intime, tome 4, 7 mai 1989).

vendredi 1 mai 2026

Baselitz

    J’ai toujours trouvé les peintures de Georg Baselitz, notamment ses peintures la tête en bas, non seulement laides, mais ridicules.