mardi 18 août 2026

re-Giono

    En déplacement hier en Gironde, passant par l’Université, j’ai emprunté l’édition en Folio du recueil Ecrits pacifistes, de Jean Giono, comprenant Refus d’obéissance, Précisions, et Recherche de la pureté. C’est dans ce dernier texte, que je retrouve les pages terribles (p 180-183) auxquelles je faisais allusion dans ma note d’hier : « C’est la grande bataille de Verdun (…) Dehors, c’est un déluge de fer (…) il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. (…) Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier que ça a pris est sorti : depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. (…) Nous n’avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. (…) nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d’avaler de petites boulettes de terre pour calmer la faim (…) Nous faisons dans notre main. C’est une dysenterie qui coule entre nos doigts. (…) nous nous apercevons que nous faisons du sang. (…) Alors nous faisons carrément  sur place, là, sous nous. (…) » Hier aussi mon lecteur Philippe Martineau m’a envoyé une copie numérique de ce passage, avec une note indiquant que Giono sera le seul survivant de ces neuf hommes. Autant son anti-capitalisme simpliste ne me convainc pas, autant je comprends qu’après de telles expériences il ait été fermement pacifiste…

lundi 17 août 2026

Giono

    J’avais lu je ne sais plus où un texte saisissant de Jean Giono à propos de la Guerre, d’hommes réduits à se chier dans la main et à bazarder l’étron où ils pouvaient, ce genre d’extrémités. Cela provenait censément de Refus d’obéissance, dont je me suis procuré un exemplaire dans la collection des Folio à trois euros. J’ai été doublement déçu de n’y pas retrouver le texte en question, et de trouver peu d’attrait à ceux qui y sont réunis. Le premier, Je ne peux pas oublier, se termine sur une belle évocation de camarades tués (Je te reconnais, Untel…) mais consiste essentiellement en une démonstration d’anti-capitalisme primaire : «On ne peut tuer la guerre sans tuer l’état capitaliste … La guerre est le coeur de l’état capitaliste…» L’auteur n’a visiblement pas idée de ce que la guerre a existé longtemps avant le capitalisme, de tous temps à vrai dire. Pas idée non plus de ce que si la guerre bénéficie évidemment à certaines entreprises, elle en ruine aussi quantité d’autres. Mais passons. Les quatre autres textes sont présentés comme des chapitres inédits du Grand troupeau. Ils contiennent des passages intéressants (vues de morts et de blessés, animaux domestiques divaguant en liberté…) mais très souvent le texte est peu clair, comme s’il s’agissait de notes hâtives que seul l’auteur peut comprendre. J’ai remarqué que Giono, en bon rural, parle peu d’arbres en général, mais sait désigner plus précisément les frênes, ormes, hêtres, saules etc. Je vois indiqué sur la couverture que ce mince volume serait extrait d’Ecrits pacifistes, où j’aurais peut-être trouvé ce que je cherchais. On verra ça une autre fois.

dimanche 16 août 2026

haïku


    Dans un moment d’optimisme, j’ai participé à un concours de haïkus francophone, que l’on m’avait signalé. Le thème en était la Bonté. J’ai eu l’idée de proposer pour l’occasion un tercet que j’avais composé il y a une dizaine d’années : 
        Je garde les miettes
        pour les oiseaux, les poissons,
        à chacun sa part. 
    Voilà quelques jours, il fut annoncé que je faisais partie des quatre finalistes et que le classement définitif serait dévoilé le 15 août, c’est à dire hier. Je pensais bien mériter la première place mais hélas, je n’ai obtenu que la Mention d’excellence 3. Je suis le dernier des premiers, le moins bon des quatre meilleurs. Mais c’est tout de même une distinction…

samedi 15 août 2026

en tout

en avance

en biais

en catimini

en double

en effet

en fanfare

en garde

en haut

en interne

en jachère

en kiosque

en ligne

en marche

en nage

en outre

en principe

en question

en retard

en suspens

en trombe

en urgence

en vitesse


vendredi 14 août 2026

Saer

    Un ami palois, qui croit que j’ai le temps de lire, m’avait suggéré de m’intéresser à L’ancêtre (El entenado, 1983) du romancier argentin Juan José Saer («ça devrait te plaire, il y a plein d'Indiens qui boulottent des marins et s’entre-sodomisent»). Je viens d’en lire les soixante-dix premières pages en traduction française. Cela se présente comme le récit par un vieil homme de la Renaissance, d’un voyage aventureux fait dans sa jeunesse. Parti outre Atlantique comme mousse à bord d’un navire, il se fait enfiler en cours de route par tous les marins sans que cela le gêne outre mesure (il est d'un naturel compréhensif). Puis les voyageurs arrivent dans un pays forestier, où les invraisemblances commencent aussitôt. A peine débarqué sur une plage, tout l’équipage se fait massacrer à coups de flèches par les indigènes, sauf le narrateur, qui s’en étonne à peine et demeure incroyablement serein. Les sauvages l’emmènent dans leur village en le portant par les coudes pendant des heures, sans se fatiguer. Mieux : ils transportent aussi tous les cadavres, en trottinant sans peine pendant des heures. Arrivés sur place, ils organisent avec les corps un banquet cannibale, dont la cuisson et la consommation nous valent des descriptions interminables. Le repas est suivi d’une beuverie, puis d’une orgie homo-, hétéro- et auto-sexuelle. A ce point le récit, passé de l’ethnographie à la pornographie, entre dans la fantaisie pure. Halte là, il me faut une préparation psychologique avant d’aller plus loin, si j’y vais. Un trait d’humour qui m’a amusé : chaque fois qu’ils examinent le jeune homme blanc, les sauvages répètent le mot par lequel ils le désignent : def-ghi, def-ghi. Je me demandais à quel lexique l’auteur avait piqué ce vocable, avant de réaliser que c’est tout simplement une suite de lettres, dans l’ordre alphabétique.

jeudi 13 août 2026

Biarritz

    Un publiciste de Biarritz, monsieur FS, m’a semble-t-il «bloqué» après que j’eus déposé sur sa page Facebook le 9 août un commentaire qui ne lui a pas plu. Il est vrai que je n’avais pas cherché à plaire. Dans ce commentaire je ne disais rien du passage de sa dépêche, où ce monsieur se plaçait modestement dans la lignée de Marc-Aurèle («un de mes lointains ancêtres», on voit le genre). Je me référais à un autre développement, où il se déclarait «ennemi des Français qui se disent de souche», en ajoutant cette explication : «ce sont pour moi des étrangers». Je me suis borné à lui demander si vraiment, pour lui, un étranger est en soi un ennemi. Et visiblement c'était trop demander. Récemment cet internaute avait confié à son public être d’origine gitane. De là peut-être son ressentiment vis-à-vis de la population dite de souche. S’il en est ainsi, cet incident ne fera qu’aggraver mon pessimisme quant à la possibilité de rapports harmonieux entre «communautés». Pour ma part je ne renie pas les métaphores de Français de souche, et Français de branche, je reconnais leur commodité expressive sans attribuer de valeur morale aux situations démographiques ainsi désignées. Je considère qu’il n’y a ni gloire ni honte à être de souche ou pas, et je ne juge pas les individus en fonction de leur origine ethnique. Je ne saurai pas plus précisément ce qu’en pensait l’humaniste gitano-basque susceptible, qui a préféré rendre la communication impossible entre nous. Mais après tout ce n’est pas bien grave, comme il ne s’annonçait pas que nous eussions grand chose à nous dire. 


mercredi 12 août 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : défête, emmentalité, plébitude,