vendredi 7 août 2026

Escarpit 2/3

    III, p 26-48. Sur la politique. C’est où le bât blesse. Escarpit est de gauche autant qu’on peut l’être, a eu comme maitres à penser Marx et Sartre (27), a été dès sa jeunesse militant socialiste, n’a jamais adhéré au parti communiste (45) mais se déclare marxiste «viscéral» (36). Il insiste sur l’importance d’avoir « la conscience de classe » (36-37). Il me semblerait plus valable d’avoir de la conscience tout court et je ne suis pas sûr de saisir ce qu’il entend quand il prétend « reconnaitre les siens » (le peuple évidemment de gauche) et s’opposer aux «ennemis de classe». Sans blague. Se croit-il vraiment si plébéien, si extérieur à la «bourgeoisie» ? Je me marre un peu. Il n’a visiblement jamais entendu parler des crimes du communisme et fera plus loin l’éloge de l’Albanie maoïste (206)…
    IV, p 49-64. Sur Saint-Macaire (sa ville natale), son père et son oncle Oswald, auquel il a voulu consacrer un article dans la série des personnages extraordinaires du Reader’s Digest, qui l'a refusé (63-64), ce qui semble avoir aggravé son anti-américanisme (c’est la série pour laquelle Giono avait préparé l’imposture de L’homme qui plantait des arbres, Cf le Jd au 02-XI-2009).
    V, p 65-87. Sur Langon et la gastronomie. Originaire des parages de Langon et Saint-Macaire, ayant résidé à Bordeaux, Libourne, Arcachon et Dieu sait où dans la région, Escarpit est un Sud-Ouestain de compétition et un grand connaisseur des produits du cru. Le risque sur ce sujet est de se laisser aller à un épicurisme bébête, mais l’auteur s’en sort très bien. Ses paragraphes sur la rivalité de l’armagnac et du cognac (73), sur le repas de restes (76) ou sur la sociologie et la technique de la grillade (77-79), sont des morceaux d’anthologie. Il m’a étonné qu’Escarpit n’ait pas l’air gêné de ce que les femmes de la famille, après le grand repas de Pâques, restent faire le ménage à la maison pendant que les hommes vont assister aux courses de chevaux (74-75), mais le féminisme n’était pas si répandu encore début 68. J’ai bien aimé la remarque sur le «masque de monotonie» que présente la forêt de pins vue de loin en passant, alors qu’en réalité elle est plus variée qu’il ne semble (80. J’avais fait une note à ce propos dans le Jd au 15-IX-2011).
    VI, p 88-103. Sur son enfance et la musique. Où l’on apprend que son morceau préféré est Les barricades mystérieuses, de François Couperin (100). J’aime bien cette phrase : «Connaitre un pays, pour moi, c’est humer l’air de sa rue, manger sa cuisine, parler sa langue et chanter ses chansons» (102-103).
    (Suite et fin demain)

jeudi 6 août 2026

Escarpit 1/3

    Escarpit m’épate. J’ai dû déjà lire ou au moins feuilleter jadis ses Paramémoires d’un Gaulois (Flammarion, 1968). Ayant retrouvé ce livre, j’y ai recherché une indication dont je me souvenais : à un moment de son enfance, son père instituteur étant nommé à l’école de la rue du Mulet, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux, l’auteur y a vécu avec sa famille dans un appartement de fonction. Ce détail m’avait frappé parce que j’ai moi-même habité pendant un lustre, vers 90, dans un appartement de fonction, peut-être le même, en tout cas dans la même école. En fait il est question de ce logement à deux reprises, pages 93 et 114, mais sans plus de précision. Cependant comme le livre paraissait intéressant où que je l’ouvre, je l’ai lu ou relu en entier. Je l’ai trouvé agaçant par endroits, mais captivant le plus souvent. Robert Escarpit était un bon écrivain et un conteur hors pair. Né en 1918, moins connu pour avoir écrit quelques romans et nouvelles que pour avoir été billettiste au Monde, sociologue de la littérature, directeur de l’université de Bordeaux III et créateur d’un IUT de journalisme, il a livré ce volume de mémoires à l’âge de cinquante ans. Le livre est constitué de treize chapitres sans titre ni numéro, comme si le passage de chacun au suivant était une simple pause dans le flux désordonné des souvenirs. Ils ont cependant des thèmes plus ou moins discernables et je les évoquerai succinctement, en les numérotant.

    I, pages 7-14. Dans cette introduction l’auteur parle de sa manière d’écrire et explicite le mot Gaulois du titre, mais ne dit rien de la notion de Paramémoires. Je suppose qu’il a voulu ainsi se démarquer des mémoires classiques, d’habitude ordonnés selon la chronologie, alors que lui n’a de cesse de parcourir en tous sens l’espace et le temps. Il y a bizarrement p 12 une ligne imprimée à l’envers, signe que l’impression date d’avant la photocomposition ?

    II, p 15-25. Sur les ancêtres de l’auteur. Comme souvent les bourges de gauche, il met beaucoup de zèle à démontrer qu’il appartient au véritable peuple populaire, aux «gens», et non à la «croupissante bourgeoisie bordelaise» (16). En effet ses parents instits n’étaient pas d’un rang social très élevé (ni très bas) et l’on veut bien croire qu’il a connu des périodes de vache maigre, mais enfin il ne peut s’empêcher d’évoquer quelques aïeux pittoresques, parmi lesquels on compte un propriétaire de remorqueur (18), un trafiquant d’esclaves (19), un châtelain possédant écurie et vignes (20-23), si bien que ses quartiers de plébitude ne sont pas garantis.

    (à suivre demain)

mercredi 5 août 2026

rêve

    J’ai rêvé que je voyais par la fenêtre de la cuisine un autocar s’arrêter dans la rue près de la maison. Une femme en descendit et se dirigea droit vers la fenêtre en gambadant. Surprise : c’était ma mère, vivante, rajeunie, énergique et joviale. Elle me salua chaleureusement mais ne pouvait rester et repartit aussitôt, sans que j’aie eu le temps de dire un mot.

mardi 4 août 2026

beefsteak

    Le nom anglais de la tranche de boeuf, the beefsteak, présente en son centre une accumulation de consonnes (FST) propre à décourager le locuteur étranger. Les Français ont adapté le mot en en supprimant le S (le bifteck), les Espagnols le F (el bistec). Les uns et les autres ont naturellement simplifié les doubles voyelles, faisant de EE un I et de EA un E. Pourquoi les Français ont-ils compliqué la terminaison en ajoutant au K un C, on se le demande.

dimanche 2 août 2026

croisade

    Je n’ai lu que jusque vers la moitié la Chronique anonyme de la première croisade (traduction nouvelle, du latin, Arléa, 1998) ouvrage attirant mais un peu décevant parce qu’on n’y comprend pas grand chose, peut-être du fait que l’auteur, comme fait remarquer la préfacière, s’adresse au lecteur ainsi qu’on le ferait à des convives qui connaissent déjà les faits. Il ne se soucie pas de faire oeuvre d’historien, il indique que telle action se déroule à tel moment de l’année mais sans préciser quelle année, et situe trop vaguement les lieux pour que l’on puisse bien se figurer ce qui se passe dans les innombrables batailles, sièges et embuscades. On peut tout de même humer l’air du temps, savourer les vieux noms (Robert le Normand, Robert de Sourde-Vallée, Hugues le Grand, Hermann de Cannes…). L’Anonyme trouve justifiée la croisade, à laquelle il a pris part, mais ne cache pas les exactions inutiles, ni l’hécatombe qu’elle fut pour les Européens, chevaliers comme piétons…

samedi 1 août 2026

Royan

    Bizarrement Open AI me situe vers la grande ville du département la plus éloignée de chez moi : Approximate location : Royan, FR (au lieu de Saintes, La Rochelle ou Rochefort).

vendredi 31 juillet 2026

Vaneigem

    Réédition : quelques notes du Journal documentaire à propos de Raoul Vaneigem (1934-2026).
    Février 1996. Avertissement aux écoliers et lycéens, par Raoul Vaneigem (Mille et une nuits, 1995). Brochure d’octante pages, bon marché, 10 francs, mais cette médiocre marchandise ne vaut même pas ce qu’elle coûte. Il s’en vend paraît-il des dizaines de milliers d’exemplaires. Ce succès tient plus, je pense, à la célébrité de l’auteur, héros situationniste, qu’à l’intérêt de sa pensée pédagogique. Sur une question aussi difficile que celle de l’enseignement, il est toujours décevant de lire de telles balourdises. C’est encore un numéro de capitalisme-qui-explique-tout et d’anarchisme-qui-résout-tout. «Il est temps d’en finir avec les billevesées du passé», dit justement RV, qui devrait d’abord faire le ménage chez lui-même.
    Septembre 2003. Le supplément littéraire du Monde, comme du reste le quotidien lui-même, est imbibé d’un humanisme épais, qui le porte à faire cas d'accablantes sottises. J’en prends de plus en plus rarement connaissance, mais je suis tombé l’autre jour sur la page entière où l’on recueillait, pour saluer la parution d’un nouveau chef d’œuvre, les propos de Raoul Vaneigem, farouche révolutionnaire qui n’a «jamais cessé de vouloir détruire cette société de profit qu’(il) exècre», vous voyez le genre. Il serait vain, et trop long, de rapporter ici la cataracte d’âneries, qu’il débite à une cadence étourdissante. Le sommet me semble atteint dans l’affirmation que « la maladie, la mort sont l’effet d’une vie absente, non d’une malédiction ontologique ». Je lis aussi ces balivernes selon lesquelles ce serait l’architecture des banlieues qui y susciterait la délinquance. Je pense, après en avoir eu longtemps l’expérience, qu’il n’en est rien. Ce n’est pas leur laideur qui rend ces immeubles invivables mais le comportement malfaisant de certains habitants. Que l’on transporte les crétins où l’on voudra, ils mettront partout le souk.
    23 mai 2015. ... critique mordante de Pierre-Henri Simon (cité par Christophe Bourseiller) en 1968, à propos de Debord et Vaneigem : «… les deux auteurs … ont passé largement la trentaine, ce qui les autorise sans doute à donner des conseils aux jeunes gens, mais pas tout à fait à parler en leur nom … il est difficile de vanter la fête d’une façon plus ennuyeuse que ne font nos situationnistes…» Simon juge aussi que Vaneigem «patauge dans des sottises dont il est juste de dire que Debord se garde beaucoup mieux».
    10 janvier 2024. Un des rares points sur lesquels, tout compte fait, je reste d’accord avec Guy Debord, est son opinion sur Raoul Vaneigem, dont il disait que «tout ce qu’il écrit est nul». Vaneigem me fait la même impression chaque fois que j’entrouvre un de ses livres. Dernièrement en tombant sur ce récent chef d’œuvre, dans une boite à livres : Appel à la vie, contre la tyrannie étatique et marchande (Libertalia, 2019). A ce que j’en ai aperçu, c’est encore un long chapelet de jérémiades et de billevesées marxistoïdes. Raoul s’y connaît un peu en préhistoire : il nous explique que jadis l’humanité a vécu dans un état paradisiaque mais presque, avant que des salauds n’inventent le vilain capitalisme patriarcal, qu’est très méchant. Un pic de jobardise semble atteint à la page 66, où l’on propose d’«instaurer, au-delà du virilisme et du féminisme, la prééminence acratique de la femme». C’est que les hommes et les femmes ont beau être égaux, ces dames sont en quelque sorte d’une égalité un brin supérieure, si vous voyez...