mercredi 4 mars 2026

mille

A Paris, donc, début janvier, l’ami Bruno m’a offert le recueil de ses 1000 pages de merdes quotidiennes, publié par United Dead Artists en décembre 2023. C’est supposément le n° 100 de sa revue Elles sont de sortie, et assurément le plus gros. Un pavé imposant et de fière allure, avec sa couverture reliée de toile rouge et imprimée d’encre argentée. J’ai mis une heure, peut-être deux, à le feuilleter. Les huit dernières pages sont couvertes d’écriture manuscrite, répartie sur deux ou trois colonnes et reproduite en si petit que je n’arrive quasiment pas à la lire, surtout avec ma vue maintenant affaiblie, je le regrette. Mais mon impression est que ces pages sont destinées à donner une impression visuelle de texte, plus qu’à être lues réellement, comme j’en aurais la curiosité. A part ces huit, toutes les autres pages sont couvertes de dessins. Je suppose sans certitude que ce sont des inédits. Ils datent de différentes époques, si l’on en juge par les différences de style et par les millésimes qui apparaissent de-ci de-là, peut-être dans l’ordre chronologique, la date de 1992 figurant sur la première page. Il y a là beaucoup de l’imagerie dont Bruno sait que je ne suis pas fan : supplices et cochonneries que je ne trouve pas bandantes. Cela me fait penser au prospectus d’une société de missionnaires, que j'ai conservé des années en songeant à lui. On pouvait le leur renvoyer avec un don, après y avoir expliqué l’intention de prière. Je ne le ferai pas mais j’ai imaginé : Messieurs, veuillez prier pour l’âme de mon ami Bruno Richard, il fait que dessiner des femmes à poil en train de se faire arracher la gueule par des nazis, faites qu’il retrouve un peu de sérénité. Mais il n’y a pas que ça, entre autres aussi d'intéressants portraits, comme celui qui orne la couverture. Je ne sais nommer les différents styles et donner mes préférences en citant des pages, qui ne sont hélas pas numérotées. Vers la fin de l’ouvrage il y a une longue série de pages plus sombres, pleines d’énergie, souvent on a l’impression d’y voir du mouvement avant même de distinguer ce qui est en mouvement. Un peu partout dans le livre il y a des mots, des morceaux de phrase, qui font penser à ces bribes de conversation que l’on entend au passage lorsqu’on circule dans la foule. Et c’est une drôle de foule, que l’on croise dans ces mille pages…

mardi 3 mars 2026

actualités

    Malgré toute ma sympathie pour le président Trump, j’avoue que son initiative d’attaquer l’Iran me laisse pour le moins perplexe. Cette assurance d’imposer la paix démocratique par les bombardements me fait penser à ces gauchistes qui « luttent contre la haine » en lynchant à grands coups de pied dans la gueule ceux qui ne pensent pas comme eux.

lundi 2 mars 2026

réconciliation

N’ayant pas le temps ni vraiment besoin de lire en entier l’énorme volume de mémoires publié l’an dernier par l’ex-roi d’Espagne Juan Carlos sous le titre Réconciliation, je me suis contenté d’y jeter quelques coups d’oeil. Plus d’une fois le récit m’a paru confus de par ses nombreux sauts en avant et en arrière dans le temps. Je me suis intéressé plus particulièrement à l’enfance du personnage, né à Rome en 1938, soit en pleine guerre civile espagnole. Il vécut son enfance en exil avec sa famille en Italie, puis en Suisse, puis au Portugal. Il semble avoir parlé d’abord le français mieux que l’espagnol, et il fallut que ses premiers précepteurs lui apprennent à rouler les R (p 100, 103). D’où peut-être le fait que cet ouvrage n’est pas traduit mais écrit directement en français, avec l’aide d’une rédactrice. Entre autres scènes étonnantes, on assiste à ses premières rencontres avec le général Franco, qui le fait venir en Espagne quand il a une dizaine d’années, pour lui procurer une éducation proprement espagnole et sous son contrôle. C’est l’époque très étrange dans l’histoire du pays, où le dictateur porté au pouvoir ne veut plus le lâcher, s’étant proclamé caudillo à vie, mais reste monarchiste et prépare le retour des Bourbons aux commandes. Il maintient à l’écart, c’est à dire en exil, l’héritier légitime d’Alphonse XIII, don Juan, comte de Barcelone, mais prend sous sa protection le fils de celui-ci, le jeune Juan Carlos, envers qui il se montre bienveillant, malgré sa froideur galicienne. Il lui donne de bons conseils, comme quand il interdit au jeune homme de participer aux concours hippiques, dont il était friand : Si vous ne gagnez pas, on prétendra que vous êtes mauvais. Si vous gagnez, on prétendra qu’on vous a laissé gagner (123). Ou quand il l’engage à ne pas trop se dévoiler, lui donnant à méditer cet excellent aphorisme, digne de Gracián : On est propriétaire de ce que l’on tait, et esclave de ce que l’on dit. (116. J’aimerais savoir d’où vient cette sentence, et quelle en est la version originale). (PS. En googlant quelques mots, je trouve cette version espagnole : Uno es dueño de lo que calla y esclavo de lo que habla, la phrase étant attribuée à Freud. Mais on me fait remarquer que Freud aurait plutôt dû affirmer l'inverse, et que l'on trouve en ligne différentes formulations de cette citation, attribuée à Confucius, Churchill, Omar ibn al-Khattab, Lao-Tseu etc. Autant dire que c'est un proverbe anonyme, relayé sur internet avec des attributions hasardeuses et toujours sans référence précise).

dimanche 1 mars 2026

anniversaires

Lettre documentaire 536

LiSTE des vivants et des morts 
dont je connais par cœur la date d’anniversaire, 
quelle qu’en soit la raison.

Dans l’ordre chronologique au long de l’année :
    14 février : Jennifer, ex-voisine et toujours amie, qui pourrait être ma mère. Je m’en souviens car elle nous a souvent rappelé que son anniversaire tombait à la Saint-Valentin. Elle-même nous a plusieurs fois fêté nos anniversaires à des dates complètement erronées, jamais à la bonne.
    5 mai : Patrick, qui dans l’Antiquité classique fut mon fournisseur de shit et mon copain de bohème. Nous avions aussi ces deux affinités, que nos patronymes se ressemblaient, et que son 5-5 faisait écho à mon 6-6.
    19 mai : Dany, mon aide de camp, coach méritoire et ma conseillère en relooking. Comment ne saurais-je son jour, depuis si longtemps qu’on se connait.
    1 juin : Thierry, mon frère, cinq jours avant moi mais trois ans après.
    6 juin : Moi-même.
    6 juillet : Marie-France, ma soeur, un mois après moi mais dix ans avant.
    16 juillet : Samuel, mon seul fils.
    30 août : Bruno, à qui j’avais appris que Crumb était du même jour.
    30 septembre : Sonia, la mère de mon fils. 
    2 octobre : Yvette-Lucienne, ma propre mère.
    28 novembre : Pierre, mon père. Je me demande si ma mère et lui avaient remarqué la symétrie de leurs jours de naissance en ces deux mois consécutifs, elle peu après le début du premier, lui peu avant la fin du second.
    5 décembre : Michel, l’ambassadeur des Landes. Il en déduisait avoir été conçu le 5 mars, date romantique.

samedi 28 février 2026

respect

    En français comme dans les langues de nos voisins, la plupart des dénominations respectueuses se répartissent entre deux champs sémantiques : on attribue à l’interlocuteur l’honorabilité due soit à la personne la plus âgée (senior, seigneur, monseigneur, sieur, monsieur, sire, messire, sir, señor, senhor, Herr, etc), soit à la personne la plus riche, la propriétaire de la maison de maître (dominus, domina, dom, don, dona, doña, dame, madame, etc). J’ai déjà fait remarquer (le 12 XII 07) qu’en français, si l’on considère les termes les plus communs (Monsieur, Madame), cette alternative ancienneté / propriété coïncide avec la distinction homme / femme. Il semble qu’en espagnol elle coïncide avec la distinction patronyme / prénom, puisque qu’on utilise plutôt Señor ou Señora devant le nom de famille, et Don ou Doña devant le prénom. Cherchant en ligne confirmation de cet usage, je tombe sur un forum anglophone où l’on donne des exemples bizarres, dans lesquels trois patronymes sur quatre ne sont pas typiquement castillans : "Señor is generally used with a last name : Señor Tepetl, Señor Medina. Don is generally used with the first name : Don Mazatzin, Don Genaro." Le plus drôle est que le rédacteur (ou la rédactrice) se nomme Sarasvati Ananda…

vendredi 27 février 2026

plage

    Petite heure de balade hier après-midi sur la plage du Grand Crohot. Beau temps mais drôle d’ambiance, sans doute suite aux tempêtes récentes : beaucoup de déchets sur le sable (briquets, bouchons, cartouches, flacons, menus débris divers) et beaucoup d’oiseaux morts (des macareux, au bec reconnaissable). En revanche aussi beaucoup d’os de seiche, que je ramasse pour mes cailles. Ce n’était pas mal. La plage est un endroit idéal pour trouver des trucs, et le trouvage de trucs est une de mes activités préférées.

mercredi 25 février 2026

Galiciens

    Un beau jour (28-03-14) je m’étais amusé à relever les nombreux points de ressemblance entre Francisco Franco et Fidel Castro, tous deux patriotes sincères, nationalistes en uniforme, rebelles providentiels, conquérants du pouvoir par le fusil, dictateurs à vie, ennemis du pluralisme, succédanés de rois, et austères Galiciens. J’apprends maintenant, en feuilletant Réconciliation, les mémoires de Juan Carlos 1er d’Espagne (Stock, 2025, p 346) que les deux hommes ne se détestaient pas : le leader maxime était si reconnaissant envers le généralissime, de ne pas s’être associé à l’embargo américain contre Cuba, qu’il décréta trois jours de deuil national dans l’île quand celui-ci mourut en 1975…