mardi 5 mai 2026

Nature

    Chaque fois que je m’attarde à lire, sous ces innombrables photos d’animaux et de paysages, les innombrables commentaires consistant ou se résumant à dire que la Nature est belle, et bonne, et grande, et forte, et sage, bref, que c’est une Déesse en tous points adorable, je me demande quel besoin de se rassurer est ici à l’oeuvre, quel besoin de se mentir, de ne pas voir ce qui est réellement. Et quand il arrive qu’un maladroit, sans malice, montre un prédateur déchiquetant sa proie encore vive, si je m’amuse à faire remarquer que ce sont là les horreurs de la Biodiversité, on ne trouve rien à répondre qu’Ah oui, mais c’est la vie, hein…

lundi 4 mai 2026

demi

DEMI-MONDE

demi-cercle
demi-dieu
demi-douzaine
demi-finale
demi-franc 
demi-frère
demi-gros
demi-heure
demi-jour
demi-litre
demi-lune
demi-mesure
demi-mot
demi-pension
demi-portion
demi-sel
demi-siècle
demi-soeur
demi-sommeil
demi-tarif
demi-teinte
demi-ton
demi-tour

samedi 2 mai 2026

troupeau

Lettre documentaire 538

ATTENTION TROUPEAU

Petite anthologie de citations contre l’esprit grégaire
(à compléter).

«C’est dans le troupeau, que l’homme est le plus bovin.» (Anonyme).

«… c’est en groupe, que nous pensons le moins.»
(André Blanchard, Impasse de la Défense : Carnets, juillet 1995). 

«Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre, on est une bande de cons.»
(Georges Brassens, Le pluriel, 1966)

«… où plusieurs douzaines se réunissent, l’esprit déménage…»
(Albert Caraco, Semainier de l’agonie, 1963, p 127).

«J’aime les hommes un par un mais, en troupe et grouillant, je ne puis que les haïr.»
(Jacques-Marie Dupin, Opus incertum, 1982).

« Un par un, les hommes sont peut-être notre prochain, mais en troupeau, sûrement pas. »
(Nicolás Gómez Dávila, Escolios 2, 1977, p 66).

«L’âme est une quantité qui décroît à mesure que plus d’individus se regroupent.»
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 1, 1986, p 71).

« L’intelligence isole, la stupidité agrège. »
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 2, 1986, p 140).

«Solitude où je trouve une douceur secrète…»
(La Fontaine, Le songe d’un habitant du Mogol, 1678).

«Les hommes rassemblés valent moins qu’isolés.»
(Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1900).

«A plus de deux, les hommes sont des cons.»
(Marc-Edouard Nabe, Kamikaze : Journal intime, tome 4, 7 mai 1989).

vendredi 1 mai 2026

Baselitz

    J’ai toujours trouvé les peintures de Georg Baselitz, notamment ses peintures la tête en bas, non seulement laides, mais ridicules.

mercredi 29 avril 2026

états

ETATS GENERAUX

état d’âme
état d’arrestation
état de choc
état de choses
état de droit
état d’ébriété
état d’esprit
état de fait
état de grâce
état des lieux
état de marche
état de nature
état de santé
état de siège
état d’urgence
état de veille

mardi 28 avril 2026

suites

    Après le récit de ma laborieuse quête des fichues Pensées de Cavanna, je me sens tout penaud maintenant qu’un gentilhomme de mes lecteurs, monsieur D F, se vante d’avoir « trouvé en cinq secondes sur le Net » un fac-similé numérique de l’ouvrage ! Je profite de l’occasion pour le mettre au défi d’en faire autant avec les Pensées échevelées de Jerzy Lec. Ça va moins rigoler, là.
    Par ailleurs, en réponse aux deux millions de lecteurs, pardon, faute de frappe, je voulais dire En réponse aux deux lecteurs qui m’ont demandé ce qu’était cette note étymologique, je révèle qu’elle a paru dans Charlie Hebdo n° 472, du 28 novembre 1979, page 15. Je l’ai conservée. Je ne la reproduirai pas, car mon ton juvénile d’alors, salutant et tutoyant, ne me plait pas, mais je peux en indiquer la teneur. En réponse à une livraison précédente de sa chronique Virgules et circonflexes (dans Charlie n° 469) entre temps rebaptisée Virgules et machin-chouettes, où Cavanna s’étonnait que le verbe Décimer, devenu synonyme de massacrer, avait d’abord voulu dire supprimer un dixième, je lui signalais d'autres correspondances mathématiques entre destruction et division : Trancher venant du latin trinicare (couper en trois), Ecarteler d’exquartare (couper en quatre) et Esquinter d’exquintare (couper en cinq)…

lundi 27 avril 2026

pensées

Hélas ! Le recueil des Pensées de Cavanna, que je me suis donné tant de mal à trouver, ne me plait pas beaucoup, je le trouve médiocre. L’auteur confie lui-même en introduction qu’il ne tenait pas à ce livre, dont l’existence serait due à l’insistance de l’éditeur. Une partie des pensées sont extraites de textes déjà publiés, mais on ne sait lesquelles, certaines seulement ont été composées exprès pour ce volume. J’y retrouve p 153 celle qui est sans doute la plus connue et dont j’avais souvenir : « La publicité nous prend pour des cons. La publicité nous rend cons. » Ce n’est pas faux, et cela sonne bien, mais ce n’est pas très profond non plus. Et l’on voit là une des pauvretés de l’auteur, qui parait incapable, en tout cas dans ce livre, d’écrire plus de deux phrases sans utiliser le mot « con », comme adjectif ou substantif. Souvent je ne suis pas en désaccord avec lui sur le fond, et je sauverais par exemple la belle diatribe des pages 143-144 sur les ignobles graffitis dits tags. Mais dans l’ensemble je trouve ces pensées pas terribles, elles ne vont que de la potacherie à la sornette, de la platitude au militantisme, cela manque de finesse. Un peu à l’image du portrait de l’auteur en couverture : grosse tignasse, grosse moustache, et grosses idées. De gauche, bien entendu. Tâtez-moi cette perle de la p 55 : « La gauche, c’est ce qui essaie de comprendre. La droite, c’est ce qui se refuse même d’envisager qu’il y ait quelque chose à comprendre. Quand la gauche se comporte de la façon numéro deux, c’est simplement qu’elle n’est pas la gauche. » Ben voyons. On retrouve là concentré tout le penchant fanatique de la gaucherie ordinaire : étant donné que la gauche, c’est le Bien, et la droite le Mal, comment peut-on ne pas être de gauche ? Je vous le demande. Ce qui est certain, c’est que celui qui écrit une telle phrase ne cherche aucunement à comprendre comment on peut penser autrement que lui…