mercredi 11 mars 2026

Re-Ferré

Après j’arrête, promis. Mais le passage en revue de cette compilation de Ferré a eu ceci de frustrant que beaucoup de chansons n’étaient pas à mon goût, et qu’il y manquait plusieurs de mes préférées. Aussi je voudrais ajouter quelques mots à propos de l’homme et de ses oeuvres.
    Son gauchisme haineux ne me gênait pas trop quand j’étais jeunot, je le trouve imbuvable maintenant que je suis plus malin. En d’autres temps il aurait peut-être applaudi les guillotineurs, les fusilleurs, les goulagueurs et les tchékistes, les assassins et tortionnaires que la haine de classe rend sûrs de leur bon droit. Cela étonne, si l’on considère que lui-même n’était précisément pas d’origine plébéienne et a mené une belle carrière d'artiste riche, ou enrichi, propriétaire successivement d’un château en Bretagne (l’ilot du fort du Guesclin) puis d’un autre dans le Lot (le Perdrigal) et je suppose que sa piaule finale en Toscane n’était pas misérable. Sans doute a-t-il fait partie de ces bourges de gauche gênés d’être nantis et en rajoutant dans le gauchisme afin de se donner bonne mine. A part ça il fut un bon parolier, poète inspiré dans ses meilleurs moments, avec souvent des visions de type surréaliste, même s’il a aussi écrit des âneries balourdes. Il fut un bon musicien, son premier métier, je lis dans Wiki qu’il a même composé des oeuvres religieuses à ses débuts. On s’étonne en songeant qu’il a failli se contenter d’une carrière d’auteur-compositeur et non interprète, alors qu’il était doté d’une voix superbe. Des disques de lui que j’ai possédés, au temps du vinyle, mes deux préférés étaient le deuxième volume d’Amour Anarchie et la compilation Avec le temps / Les chansons d’amour de Léo Ferré. Je l’ai beaucoup écouté dans mon jeune âge, il a été mon chanteur favori avec Brassens.
    J’aime les traits plaisants que l’on trouve dans des chansons popu comme Le guinche (Souliers pointus, robe à carreaux, Coeurs vermoulus, incognito…) ou dans la Chanson mécanisée (Mozart pour faire ses trilles, N’avait ni stylo à bille, Ni plume sergent-major : Quand il voulait une plume, Il plumait dans le costume, D’une oie qui passait dehors).
    Je suis embarrassé par des chansons comme Petite (la pédophilie ne gênait pas les révolutionnaires d’alors) ou Le crachat, bien tournée mais dégoûtante.
    Il a écrit de belles chansons d’amour, parfois lourdettes comme Ton style (c’est ton cul !), parfois d’une légèreté délicieuse, comme On s’aimera, Ça t’va, L’amour fou, (et A toi, Si tu t’en vas…).
    Malgré la teneur idéologique je continue d’apprécier l’énergie de chansons comme Ecoute-moi ou Sur la scène, et la majesté de compositions plus lentes comme le Psaume 151, Tu ne dis jamais rien ou Night and day.
    J’aime bien certains traits dans des chansons qui par ailleurs ne me plaisent pas trop (Je te vois comme un cygne noir sur la chaussée, à la marée du soir gare Saint-Lazare, quand ça descend vers le Tiers Monde…).
    J’aime le Léo d’au-delà de l’idéologie dans Richard (Les gens, il conviendrait de ne les connaitre que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, … avec des problèmes d’homme, simplement, des problèmes de mélancolie…).

mardi 10 mars 2026

Ferré 4

Le chien. Long délire libertaire grandiloquent, en partie en charabia incompréhensible, et plein d’apostrophes haineuses, au vu desquelles le disque Amour Anarchie devrait plutôt s’intituler Haine Anarchie. Il y a tromperie sur la marchandise !

C’est extra. Grand slow kitsch boursouflé mou .

L’oppression. Longue tirade molle de gauchisme sirupeux ridicule.

La The Nana. Assez kitsch, dès le titre, mais plein de trouvailles expressives.

La solitude. Slow philosophique sibyllin emphatique longuet. Mon vers préféré est le dernier, quand il dit La lucidité se tient dans mon froc, avec sa grosse voix en colère et le roulement de tambour. Jamais pigé ce qu’il voulait dire, mais je trouvais que ça sonnait bien.

Avec le temps. Terriblement triste mais très belle, doit être sa plus connue, en tout cas la première à sortir quand on demande Ferré sur YouTube, probablement celle qui restera s’il n’en reste qu’une.

L’espoir. Interminable litanie ibéro-anarchiste menaçante, prétentieuse et gonflante.

Ni Dieu ni maître. Hymne anar grandiloquent pénible.

lundi 9 mars 2026

Ferré 3

    (Je me demande si j’ai bien fait de m’engager là-dedans. La plupart des chansons me déçoivent, et je ne suis pas sûr que mon avis à ce sujet intéresse mes lecteurs. Mais enfin quand le vin est tiré… Poursuivons.) 

Comme à Ostende. De belles images (les paroles sont de Caussimon) mais je trouve le refrain lourdaud.

Les romantiques. Connaissais pas. Pas mal mais manque un peu de tonus.

La Marseillaise. Connaissais pas. Pas à mon goût mais pas mal tournée.

Pépée. Bel hommage à son singe, malgré un petit éclat de haine de gauche (le Jésus Machin, pas nécessaire) et la fin inutilement grandiloquente.

Poète, vos papiers! Récouté avec joie cette longue chanson vociférante mais qui a de la gueule, avec coups de griffe inattendus au dadaïsme, à la «poétique libérée» et à Jean Genet.

Les anarchistes. Même quand j’étais jeune et de gauche je n’aimais pas cet hymne martial tonitruant. La plupart espagnols, chante l’anarchiste monégasque, sans se poser trop de questions sur ce que furent leurs exploits en Espagne.

Les étrangers. Cette chanson me reste étrangère.

La mémoire et la mer. Longue et très belle chanson, véritable feu d’artifice d'images, parfois peu claires, mais enfin voilà de la poésie poétique et sans politique, un pur plaisir.

dimanche 8 mars 2026

Ferré 2

Quartier latin. Connaissais pas. Nostalgie mêlée de pleurnicherie estudiantine (Aux amphis tu pointes comme à l’usine… sans blague!).

T’es rock, coco! Connaissais pas. Jeu de mots pas terrible (rococo), vocifération pompeuse.

Jolie môme. Cela est maintenant bien démodé, par endroits peu clair à mes yeux, avec cependant quelques éclats de fraicheur printanière (T’es toute nue sous ton pull…).

C’est le printemps. Connaissais pas. Ne raffole pas.

La mélancolie. Connaissais pas. Oeuvre plombante.

Beau saxo. Connaissais pas. Pas terrible.

La complainte de la télé. Connaissais pas. Aussi ennuyeux que la télé.

L’Age d’or. Connaissais pas. Pas intéressé.

samedi 7 mars 2026

Ferré 1

    Un lecteur de Paris, Monsieur Bruno R, me confie écouter lui aussi ce chanteur. «Léo Ferré est super émouvant et touchant tout seul à gueuler sa poésie.» Bon, c’est de notre âge. Il m’envoie la photo d’une compile. C’est un double cd, 19 + 13 chansons, total 32. Cela me donne l’idée de les chercher sur YouTube pour les écouter. Mettons huit par jour.

La vie d’artiste. Une de celles que j’aimais mieux avant, mais elle n’est vraiment pas mal. Assez cafardeuse, cependant.

Paname. Le rythme sautillant est un peu kitsch, mais c’est une très belle chanson de sa période crooner, j’aime beaucoup.

Les poètes. Mélancolique et cucul.

La maffia. Je ne connaissais pas. Je n’aime pas.

Merde à Vauban. Je n’aime pas beaucoup cette pleurnicherie humaniste, avec bagnard forcément innocent (Tout ça pour rien, ils m'ont serré) et gros mots annonçant sa période de gauche, mais bien tournée, certes. Mon couplet préféré est le dernier, C’est un ptit corbillard tout noir etc, je le fredonne volontiers quand je passe à Saint-Martin.

Vingt ans. Triste mais très belle, une de mes préférées. Je l’ai écoutée parfois les larmes aux yeux. (Je ne retrouve pas le meilleur enregistrement).

La langue française. Mouais, bof. Connaissais pas, mais je m’en passais très bien.

Mister Giorgina. Pareil.

jeudi 5 mars 2026

bonheur

    Le souvenir m’est revenu d’une chanson que j’aimais bien, quand j’étais jeune et de gauche (ce n’était pas hier). Je l’ai retrouvée sur YouTube : Le bonheur, de Léo Ferré. En la récoutant aujourd’hui, je lui trouve encore du charme : musiquette légère, belle voix grave, paroles bien tournées. Mais le contenu, par son éloge, pour le moins sa banalisation, sa non-condamnation de l’infidélité, me parait profondément répugnant.

mercredi 4 mars 2026

mille

A Paris, donc, début janvier, l’ami Bruno m’a offert le recueil de ses 1000 pages de merdes quotidiennes, publié par United Dead Artists en décembre 2023. C’est supposément le n° 100 de sa revue Elles sont de sortie, et assurément le plus gros. Un pavé imposant et de fière allure, avec sa couverture reliée de toile rouge et imprimée d’encre argentée. J’ai mis une heure, peut-être deux, à le feuilleter. Les huit dernières pages sont couvertes d’écriture manuscrite, répartie sur deux ou trois colonnes et reproduite en si petit que je n’arrive quasiment pas à la lire, surtout avec ma vue maintenant affaiblie, je le regrette. Mais mon impression est que ces pages sont destinées à donner une impression visuelle de texte, plus qu’à être lues réellement, comme j’en aurais la curiosité. A part ces huit, toutes les autres pages sont couvertes de dessins. Je suppose sans certitude que ce sont des inédits. Ils datent de différentes époques, si l’on en juge par les différences de style et par les millésimes qui apparaissent de-ci de-là, peut-être dans l’ordre chronologique, la date de 1992 figurant sur la première page. Il y a là beaucoup de l’imagerie dont Bruno sait que je ne suis pas fan : supplices et cochonneries que je ne trouve pas bandantes. Cela me fait penser au prospectus d’une société de missionnaires, que j'ai conservé des années en songeant à lui. On pouvait le leur renvoyer avec un don, après y avoir expliqué l’intention de prière. Je ne le ferai pas mais j’ai imaginé : Messieurs, veuillez prier pour l’âme de mon ami Bruno Richard, il fait que dessiner des femmes à poil en train de se faire arracher la gueule par des nazis, faites qu’il retrouve un peu de sérénité. Mais il n’y a pas que ça, entre autres aussi d'intéressants portraits, comme celui qui orne la couverture. Je ne sais nommer les différents styles et donner mes préférences en citant des pages, qui ne sont hélas pas numérotées. Vers la fin de l’ouvrage il y a une longue série de pages plus sombres, pleines d’énergie, souvent on a l’impression d’y voir du mouvement avant même de distinguer ce qui est en mouvement. Un peu partout dans le livre il y a des mots, des morceaux de phrase, qui font penser à ces bribes de conversation que l’on entend au passage lorsqu’on circule dans la foule. Et c’est une drôle de foule, que l’on croise dans ces mille pages…