Décidément les boites à livres auront beaucoup fait pour combler les lacunes de ma culture générale et je viens d’y découvrir le King Kong théorie de Virginie Despentes (2007, poche 2021). C’est un recueil de sept essais présentant sinon une théorie, du moins des réflexions sur la sexualité et les rapports entre hommes et femmes, avec en fin de volume une bibliographie. Le ton est non académique, plutôt militant et provocateur, au besoin racoleur (avec par exemple un chapitre intitulé Je t’encule ou tu m’encules ?). Les traits de gaucho-féminisme qui se dégageaient de l’ouvrage en le feuilletant m’ont d’abord mal disposé envers l’auteuse. Mais à vrai dire elle écrit bien et n’est pas sotte, quelles que soient mes réserves. J’ai quand même lu en entier trois des chapitres. Le premier, Bad lieutenantes, est un auto-portrait discutable mais intéressant, où VD s’avoue «non séduisante mais ambitieuse, attirée par l’argent que je gagne moi-même, attirée par le pouvoir de faire et de refuser». «Je ne viens pas me plaindre», déclare-t-elle, or en fait elle râle beaucoup, dans tout l’ouvrage, contre la vilaine société capitaliste patriarcale, laquelle ne l’a tout de même pas empêchée, partie de très bas (caissière, pute), de devenir une écrivaine reconnue, publiée, primée, jurée, adaptée et traduite. Le troisième chapitre, consacré au viol (intitulé Impossible de violer cette femme pleine de vices) ne m’a pas plu. Despentes y parle du viol qu’elle-même a subi quand elle était ado et tant qu’à faire, j’aurais préféré qu’elle dise concrètement ce qui lui était arrivé, au lieu de se contenter d’une évocation en termes vagues. En outre elle développe une vision des hommes comme étant tous (les mêmes) des tarés systématiquement hostiles dominateurs méprisants nocifs etc («Le viol, c’est le propre de l’homme»). Elle a roulé sa bosse mais semble n’avoir pas remarqué qu’il existait des hommes n’ayant ni l’habitude ni l’intention de violer qui que ce soit. Pense-t-elle de même vingt ans après avoir écrit cela ? Le quatrième chapitre (Coucher avec l’ennemi) m’a mieux convenu. Je n’ai ni le temps ni le courage d’entrer dans les détails, mais l’auteur expose là des vues sur la prostitution dont je partage certaines, comme l’idée qu’il serait vain d’interdire ou de réprimer cette activité, pratiquée par des femmes qui n’y sont pas forcément obligées. Il y a des superlatifs amusants («superbombasse», «chiennasse»). En somme, pour ce que j’en ai lu, un livre pas très convaincant mais pas sans intérêt.