jeudi 27 août 2026

déluge 1

    (Ma vie palpiteuse, suite). Lundi en début d’après-midi, comme je descendais me ravitailler à Saint-Jean, il s’est mis à pleuvoir si fort que l’on n’y voyait quasiment plus rien et j’ai hésité à faire halte. Mais le temps d’arriver, le ciel s’était éclairci et il faisait encore beau quand je suis rentré dans l’heure qui suivait. Vers quatre heures et demie il s’est remis à tomber une averse accompagnée de grêle, violente et assez longue, telle que j’en avais rarement vu. J’entendais les grêlons crépiter contre les fenêtres, que je n’osais ouvrir pour fermer les volets. On aurait dit que le ciel envoyait soudain toute l’eau dont il nous avait privés depuis des semaines. Dans les cas de forte pluie ma porte d’entrée laisse passer un peu d’eau je ne sais comment, cette fois-ci il y en avait jusqu’au milieu du couloir. J’ai fait un tour au jardin après le déluge. Le sol était jonché de feuilles, dont beaucoup déchiquetées menu. Le bassin était de nouveau rempli à ras bord. Un petit pêcher, qui n’en finit pas d’être jeune et ne fiche pas grand chose, brandissait depuis le printemps deux menues pêches, qui ne seraient sans doute jamais arrivées à maturité, et gisaient maintenant dans l’herbe. Le seul pied de tomates qui me reste, un grand pied chargé de tomates-cerises, maintenant plus haut que moi et que j’ai laissé ramifier, s’était aussi fait plumer d’une cinquantaine de petites tomates vertes. (Suite et fin demain)

mercredi 26 août 2026

par

DE PAR EN PAR

par ailleurs

par bonheur

par conséquent

par défaut

par exemple

par faveur

par goût

par hasard

par ici

par jour

par k.o.

par là

par mégarde

par nature

par omission

par procuration

par quoi

par ricochet

par suite

par terre

par uppercut

par vaux


mardi 25 août 2026

infanticides

    Il y a vingt ans, en été 2006, éclatait une bizarre affaire, lorsqu’on découvrit les corps de deux bébés dans le congélateur des époux Courjault, Véronique et Jean-Louis, demeurant alors à Séoul en Corée du Sud. La femme avait parait-il réussi à masquer deux grossesses à son mari, puis s’était débarrassée des nouveaux-nés en les congelant. L’enquête devait ensuite révéler qu’elle avait aussi occis un premier bébé auparavant, lorsque le couple habitait en France. La presse ne parle guère de ce triste anniversaire, le souvenir étant peut-être gênant pour l’image de la Féminité inoffensive opprimée impeccable. Il est toutefois signalé cette semaine dans l’hebdo local, L’Angérien libre, parce que le premier bébé avait été tué à Villeneuve la Comtesse. Par coïncidence un fait divers du même ordre défraie la chronique ces jours-ci aux Etats-Unis, où se déroule le procès d’une certaine Lindsay Clancy. Un beau jour de janvier 2023, en l’absence de son mari, elle a étranglé leurs trois enfants, âgés de cinq ans, trois ans et huit mois, puis a tenté de se suicider en se défenestrant, mais n’a fait que s’estropier et vit maintenant en fauteuil roulant. Certaines femmes souffrent parait-il d’une dépression post-partum mais on ne voit pas que cela suffise à expliquer des actes aussi monstrueux. Malgré quoi la mère infanticide reçoit un vaste soutien féministe et semble-t-il pas seulement de gauche, sous la forme de déclarations en ligne, de manifestations de rue, et d’une belle cagnotte qui a déjà rapporté près d’un million de dollars. Il est ainsi des cas où le crime paye !

lundi 24 août 2026

à

A HUE ET A DIA

à abattre

à bout

à cause

à demain

à emporter

à fond

à gauche

à hauteur

à intervalle

à jour

à kidnapper

à louer

à mesure

à nouveau

à outrance

à propos

à quai

à rebours

à suivre

à travers

à l’usure

à vendre


dimanche 23 août 2026

Barrett

Au début de l’année dernière (le 11 janvier) rendant compte d’une anthologie d’aphorismes hispano-américains, j’en ai traduit mes préférés, dont un d’un certain Rafael Barrett («C’est bizarre : je ne connaissais pas certaines des personnes que je saluais, mais maintenant que je les connais, je ne les salue plus»). Je n’avais jamais entendu parler de ce journaliste né espagnol de père anglais en 1876 à Torrelavega, près de Santander, ayant ensuite passé ses années de maturité en Amérique du Sud, principalement au Paraguay. La notice succincte signalait sans explication qu’il était mort en 1910 à Arcachon. Ce dernier détail inexpliqué m'intriguait. En me renseignant sur le personnage j’ai trouvé dans Wikipédia une notice fort longue, mais peu bavarde sur la biographie. L’on y mentionne aussi sans commentaire son lieu de mort et l’on apprend au moins qu’il était issu d’une famille fortunée, qu’il fut un jeune homme bagarreur, fréquentant les casinos, mais qu'il fut quand même très à gauche (quelle surprise), tous traits qui ne m’attirent pas beaucoup. Il se disait anarchiste mais n’était pas anti-chrétien (dans une lettre à sa soeur Angelina, il se réclamera même de la verdadera caridad, du verdadero cristianismo (Cartas íntimas, p 109)). J’ai consulté quelques livres de lui dans une collection publique. Je partage sa compassion pour les humbles mais en général sa prose lugubre m’assomme. Il écrivait principalement des reportages et des chroniques à caractère social, qui furent ensuite réunis en recueils, dont un seul a paru de son vivant, les autres sont posthumes. Dans un fort volume de ses Obras completas (paru aux Ediciones Tantín, Santander, 2010) il y a quelques pages (p 117-121) de Reflexiones, parmi lesquelles celle-ci m’a amusé, je traduis : «L’amour est une obscénité délicieuse. Nous le cachons, comme les trésors et les crimes» (El amor es una obscenidad deliciosa. Lo ocultamos como les tesoros y los crímenes). Dans un recueil de textes, publié en 1978 sous le titre général de El dolor paraguayo par la célèbre Biblioteca Ayacucho, signe d’une certaine notoriété, se trouve une Cronología assez précise. On y apprend que Barrett était à Montevideo début 1909 quand on lui diagnostiqua un début de tuberculose, et qu’il partit l’année suivante se soigner en France. L’on y donne aussi quelques détails sur cette dernière année de vie, laquelle est exposée plus précisément dans le volume de ses Cartas íntimas, publiées et annotées par sa veuve Francisca López Maíz de Barrett à Montevideo en 1967 (soit cinquante-sept ans après sa mort!). 
    Je me suis intéressé à ces Lettres intimes, principalement adressées à la jeune épouse. Elle était restée en Amérique avec leur garçonnet Alex, car par manque de moyens financiers Rafael ne les emmène pas avec lui en Europe (110). Il quitte Asunción en bateau fin août 1910, descendant le fleuve Paraguay jusqu’à Corrientes (02-IX) puis le Paraná jusqu’à Buenos Aires (05-IX), passant aussitôt à Montevideo (06-IX) d’où il embarque le soir même à bord d’un navire italien qu’il appelle d’abord le Victoria, en fait le Re Vittorio, bateau rapide pouvant gagner l’Europe en deux semaines (p 96-98). Après une unique escale à l’ile São Vicente du Cap-Vert (11-IX), il débarque à Barcelone (22-IX) puis se rend à Paris, en train j’imagine, où il arrive le 24 septembre. Il y consulte aussitôt le docteur Quinton, avec qui il a correspondu depuis le Paraguay, et qui lui semble plus fiable qu’un autre médecin spécialiste de la tuberculose, le docteur Doyen, plus célèbre mais réputé cupide. Il a donné comme adresse postale la Sucursal de La Prensa, 4 boulevard de la Madeleine (97 & 100) mais loge d’abord au luxueux Palais d’Orsay (à la gare du même nom) puis au moins coûteux Grand Hôtel, sur un boulevard (104). Les lettres mettent alors un mois pour aller d'Asunción à Paris (110). Dès le premier jour le docteur Quinton lui conseille d'aller séjourner à Arcachon, plutôt qu’à Nice ou en Suisse (102). Il répétera qu’on lui a expliqué qu’il doit éviter la chaleur et préférer le climat tempéré du Sud-Ouest de la France (Arcachon, Pau ou Saint-Jean de Luz) et il envisage de s’installer à Montevideo à son retour (113, 115). En attendant il n’est pas pressé de quitter Paris, ville «sublime, incomparable» (105) et «si commode» (107), où il peut prendre une voiture pour aller se promener au Bois (104). Sa chère Panchita a dû lui faire une crise de jalousie, car il se sentira obligé de préciser qu’il n’était pas allé à Paris pour sortir tous les soirs avec Boceta (?) dans les pornocinematógrafos (115). Enfin il s’arrache à la capitale et arrive à Arcachon le 12 octobre, pressé par la menace d’une grève des employés du chemin de fer (déjà!). Bizarrement le préfacier du livre à trois reprises (p XIII & XXVI) et Barrett lui-même une fois (p 104) considèrent Arcachon comme une ville cantábrica, soit située sur la côte de la Mer cantabrique, donnant à ce toponyme espagnol un sens large correspondant à ce que nous appellerions le golfe de Gascogne. A Arcachon, Barrett s’en remet au docteur Lalesque, un disciple de Quinton. Il se fait d’abord envoyer le courrier à la Poste restante et loge à une première adresse inconnue, où il dispose d’une chambre avec vue sur la mer, qui lui fait s’exclamer Qué hermosura y qué sosiego (quelle beauté et quel calme! p 112). Deux jours après, Lalesque le fait installer à l’hôtel Régina Forêt, d’où il ne voit plus la mer mais occupe une chambre à l’angle du bâtiment, avec vue sur une pinède (114. C’est peut-être l’actuelle résidence Villa Régina, construite en 1881 dans le quartier de la Ville d’Hiver, allée Corrigan). Dans une lettre du 20 octobre Barrett se réjouit d’être ainsi à huit heures de Paris et à trois de l’Espagne, dans un cadre agréable (una delicia, una belleza) avec les commodités de la vie moderne (beaux bâtiments, bains, automobiles, etc, 115). Mais les nouvelles sont mauvaises, sa santé ne s’arrange pas (113). A partir de novembre il est alité en permanence (121). Le courrier et la presse du Paraguay ne lui parviennent pas, ou trop lentement, et il se sent «enterré à Arcachon» (121). Le 14 décembre, en désespoir de cause, Lalesque doit monter à Paris se procurer les remèdes du docteur Doyen, qu’il compte administrer au malade à partir du 19 (123). Trop tard : Rafael rend l’âme le 17 dans sa chambre de l’hôtel Regina (124), assisté par sa tante Susana Barrett, venue de Saint-Sébastien (122). Il n’avait que 34 ans.

samedi 22 août 2026

cauchemars

    De petits cauchemars plus ridicules qu’effrayants, en quelque sorte rassurants : on ne va pas si mal, après tout.

mardi 18 août 2026

re-Giono

    En déplacement hier en Gironde, passant par l’Université, j’ai emprunté l’édition en Folio du recueil Ecrits pacifistes, de Jean Giono, comprenant Refus d’obéissance, Précisions, et Recherche de la pureté. C’est dans ce dernier texte, que je retrouve les pages terribles (p 180-183) auxquelles je faisais allusion dans ma note d’hier : « C’est la grande bataille de Verdun (…) Dehors, c’est un déluge de fer (…) il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. (…) Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier que ça a pris est sorti : depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. (…) Nous n’avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. (…) nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d’avaler de petites boulettes de terre pour calmer la faim (…) Nous faisons dans notre main. C’est une dysenterie qui coule entre nos doigts. (…) nous nous apercevons que nous faisons du sang. (…) Alors nous faisons carrément  sur place, là, sous nous. (…) » Hier aussi mon lecteur Philippe Martineau m’a envoyé une copie numérique de ce passage, avec une note indiquant que Giono sera le seul survivant de ces neuf hommes. Autant son anti-capitalisme simpliste ne me convainc pas, autant je comprends qu’après de telles expériences il ait été fermement pacifiste…