dimanche 9 août 2026

oeufs

    Cette année je m’efforce de noter chaque jour sur le calendrier le nombre d’oeufs pondus par mes trois cailles. Elles ont commencé de pondre fin mars, 2 oeufs le 30, aucun le 31. Moyenne : 1 par jour.
    En avril, 46 oeufs en trente jours, soit en moyenne 1,5 par jour. Cela veut dire trois en deux jours, période sur laquelle elles pondent donc un oeuf chacune, si elles se partagent le travail.
    En mai un peu moins : 40, soit seulement 1,3 par jour.
    En juin, forte croissance : 56 oeufs, soit 1,86 par jour.
    En juillet, presque moitié moins : 34 oeufs, soit guère plus d’un par jour.
    Dernièrement nous venons de traverser une période de onze jours de stérilité, du 27 juillet au 6 août. Je ne peux en vouloir aux cailles, il fait chaud et sec, il n’y a plus un brin d’herbe verte dans la volière. Elles endurent stoïquement ces chaleurs, comme le froid et la pluie en hiver. Respect, comme on dit. Et la production a repris : un oeuf avant-hier, deux hier…

samedi 8 août 2026

Escarpit 3/3

    VII, p 104-120. Sur la religion et le temps. Où l’auteur, lui-même athée et anti-clérical, parle des Basques cathos et des Béarnais protestants (106), et de son pauvre père qui souffrit d’une maladie pendant ses vingt-cinq dernières années de vie (113-115).
    VIII, 121-136. Sur ses amours, ses études, et son épouse Denise. Il y a p 134 la très drôle transcription d’une conversation onomatopéique entre paysans landais.
    IX, p 137-160. A Arcachon, où il était prof d’anglais, et à Mexico, où on le bombarde secrétaire général de l’Institut français d’Amérique latine, alors qu’il est angliciste et ne parle pas un mot d’espagnol (148-149). Mais il est normalien et agrégé, alors tout est permis. Là encore, le révolutionnaire oublie de se demander s’il n’y aurait pas quelques privilèges à abolir chez certains enfants gâtés de la haute fonction publique…
    X, p 161-177. Sur l’âme, le corps, et les amis. Il affirme p 170 avoir «horreur de l’exclusion», ce qui ne colle pas bien avec son obsession de la «conscience de classe».
    XI, p 178-198. Sur la littérature. Où l’auteur déplore que ses livres ne bénéficient pas de plus gros tirages et ne soient pas des best sellers (181-182). Mais comment peut-on avouer cela et se prétendre égalitariste ? Sa réflexion que «je lis peu, je relis surtout quelques livres» (184) me rappelle celle de Dávila, selon qui, de mémoire, on ne lit que pour découvrir ce que l’on doit relire. Page 192 et suivantes, apparition de Roger Caillois (que je ne cesse de recroiser cette année), avec qui Robert prend une cuite au rhum et tombe en extase devant une belle Mexicaine.
    XII. p 199-214. Sur l’enseignement, dont Escarpit se réjouit qu’il soit de moins en moins élitiste. Le problème étant que l’anti-élitisme conduit à la situation présente, où le niveau d’instruction des étudiants à l’université se distingue de moins en moins de celui des bambins de l’école primaire. L’auteur évoque aussi p 205 sq ses nombreux voyages dans le monde entier et notamment dans les pays socialistes, qui ont sa «sympathie». Il ne précise pas quels voyages étaient à ses frais ou à ceux du contribuable. Il confie p 212 être de plus en plus à gauche à mesure qu’il vieillit, c’est à dire à mesure qu’il est de plus en plus embourgeoisé installé monumental. Quelle surprise.
    XIII, p 215-217. Quelques mots de conclusion. Pour la mienne, je reviendrai à une plaisanterie du début du livre (p 10), où l’auteur cinquantenaire déclare vouloir faire ainsi le bilan de ses souvenirs «tous les cinquante ans», de sorte que les deuxième et troisième volumes de ses mémoires paraitraient en 2018 et en 2068. Les deux dates semblaient alors lointaines, la première aujourd’hui est déjà passée. Quant à la seconde, je me demande s’il y aura encore quelqu’un qui nous lise, Escarpit et moi, à ce moment-là.

vendredi 7 août 2026

Escarpit 2/3

    III, p 26-48. Sur la politique. C’est où le bât blesse. Escarpit est de gauche autant qu’on peut l’être, a eu comme maitres à penser Marx et Sartre (27), a été dès sa jeunesse militant socialiste, n’a jamais adhéré au parti communiste (45) mais se déclare marxiste «viscéral» (36). Il insiste sur l’importance d’avoir « la conscience de classe » (36-37). Il me semblerait plus valable d’avoir de la conscience tout court et je ne suis pas sûr de saisir ce qu’il entend quand il prétend « reconnaitre les siens » (le peuple évidemment de gauche) et s’opposer aux «ennemis de classe». Sans blague. Se croit-il vraiment si plébéien, si extérieur à la «bourgeoisie» ? Je me marre un peu. Il n’a visiblement jamais entendu parler des crimes du communisme et fera plus loin l’éloge de l’Albanie maoïste (206)…
    IV, p 49-64. Sur Saint-Macaire (sa ville natale), son père et son oncle Oswald, auquel il a voulu consacrer un article dans la série des personnages extraordinaires du Reader’s Digest, qui l'a refusé (63-64), ce qui semble avoir aggravé son anti-américanisme (c’est la série pour laquelle Giono avait préparé l’imposture de L’homme qui plantait des arbres, Cf le Jd au 02-XI-2009).
    V, p 65-87. Sur Langon et la gastronomie. Originaire des parages de Langon et Saint-Macaire, ayant résidé à Bordeaux, Libourne, Arcachon et Dieu sait où dans la région, Escarpit est un Sud-Ouestain de compétition et un grand connaisseur des produits du cru. Le risque sur ce sujet est de se laisser aller à un épicurisme bébête, mais l’auteur s’en sort très bien. Ses paragraphes sur la rivalité de l’armagnac et du cognac (73), sur le repas de restes (76) ou sur la sociologie et la technique de la grillade (77-79), sont des morceaux d’anthologie. Il m’a étonné qu’Escarpit n’ait pas l’air gêné de ce que les femmes de la famille, après le grand repas de Pâques, restent faire le ménage à la maison pendant que les hommes vont assister aux courses de chevaux (74-75), mais le féminisme n’était pas si répandu encore début 68. J’ai bien aimé la remarque sur le «masque de monotonie» que présente la forêt de pins vue de loin en passant, alors qu’en réalité elle est plus variée qu’il ne semble (80. J’avais fait une note à ce propos dans le Jd au 15-IX-2011).
    VI, p 88-103. Sur son enfance et la musique. Où l’on apprend que son morceau préféré est Les barricades mystérieuses, de François Couperin (100). J’aime bien cette phrase : «Connaitre un pays, pour moi, c’est humer l’air de sa rue, manger sa cuisine, parler sa langue et chanter ses chansons» (102-103).
    (Suite et fin demain)

jeudi 6 août 2026

Escarpit 1/3

    Escarpit m’épate. J’ai dû déjà lire ou au moins feuilleter jadis ses Paramémoires d’un Gaulois (Flammarion, 1968). Ayant retrouvé ce livre, j’y ai recherché une indication dont je me souvenais : à un moment de son enfance, son père instituteur étant nommé à l’école de la rue du Mulet, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux, l’auteur y a vécu avec sa famille dans un appartement de fonction. Ce détail m’avait frappé parce que j’ai moi-même habité pendant un lustre, vers 90, dans un appartement de fonction, peut-être le même, en tout cas dans la même école. En fait il est question de ce logement à deux reprises, pages 93 et 114, mais sans plus de précision. Cependant comme le livre paraissait intéressant où que je l’ouvre, je l’ai lu ou relu en entier. Je l’ai trouvé agaçant par endroits, mais captivant le plus souvent. Robert Escarpit était un bon écrivain et un conteur hors pair. Né en 1918, moins connu pour avoir écrit quelques romans et nouvelles que pour avoir été billettiste au Monde, sociologue de la littérature, directeur de l’université de Bordeaux III et créateur d’un IUT de journalisme, il a livré ce volume de mémoires à l’âge de cinquante ans. Le livre est constitué de treize chapitres sans titre ni numéro, comme si le passage de chacun au suivant était une simple pause dans le flux désordonné des souvenirs. Ils ont cependant des thèmes plus ou moins discernables et je les évoquerai succinctement, en les numérotant.

    I, pages 7-14. Dans cette introduction l’auteur parle de sa manière d’écrire et explicite le mot Gaulois du titre, mais ne dit rien de la notion de Paramémoires. Je suppose qu’il a voulu ainsi se démarquer des mémoires classiques, d’habitude ordonnés selon la chronologie, alors que lui n’a de cesse de parcourir en tous sens l’espace et le temps. Il y a bizarrement p 12 une ligne imprimée à l’envers, signe que l’impression date d’avant la photocomposition ?

    II, p 15-25. Sur les ancêtres de l’auteur. Comme souvent les bourges de gauche, il met beaucoup de zèle à démontrer qu’il appartient au véritable peuple populaire, aux «gens», et non à la «croupissante bourgeoisie bordelaise» (16). En effet ses parents instits n’étaient pas d’un rang social très élevé (ni très bas) et l’on veut bien croire qu’il a connu des périodes de vache maigre, mais enfin il ne peut s’empêcher d’évoquer quelques aïeux pittoresques, parmi lesquels on compte un propriétaire de remorqueur (18), un trafiquant d’esclaves (19), un châtelain possédant écurie et vignes (20-23), si bien que ses quartiers de plébitude ne sont pas garantis.

    (à suivre demain)

mercredi 5 août 2026

rêve

    J’ai rêvé que je voyais par la fenêtre de la cuisine un autocar s’arrêter dans la rue près de la maison. Une femme en descendit et se dirigea droit vers la fenêtre en gambadant. Surprise : c’était ma mère, vivante, rajeunie, énergique et joviale. Elle me salua chaleureusement mais ne pouvait rester et repartit aussitôt, sans que j’aie eu le temps de dire un mot.

mardi 4 août 2026

beefsteak

    Le nom anglais de la tranche de boeuf, the beefsteak, présente en son centre une accumulation de consonnes (FST) propre à décourager le locuteur étranger. Les Français ont adapté le mot en en supprimant le S (le bifteck), les Espagnols le F (el bistec). Les uns et les autres ont naturellement simplifié les doubles voyelles, faisant de EE un I et de EA un E. Pourquoi les Français ont-ils compliqué la terminaison en ajoutant au K un C, on se le demande.

dimanche 2 août 2026

croisade

    Je n’ai lu que jusque vers la moitié la Chronique anonyme de la première croisade (traduction nouvelle, du latin, Arléa, 1998) ouvrage attirant mais un peu décevant parce qu’on n’y comprend pas grand chose, peut-être du fait que l’auteur, comme fait remarquer la préfacière, s’adresse au lecteur ainsi qu’on le ferait à des convives qui connaissent déjà les faits. Il ne se soucie pas de faire oeuvre d’historien, il indique que telle action se déroule à tel moment de l’année mais sans préciser quelle année, et situe trop vaguement les lieux pour que l’on puisse bien se figurer ce qui se passe dans les innombrables batailles, sièges et embuscades. On peut tout de même humer l’air du temps, savourer les vieux noms (Robert le Normand, Robert de Sourde-Vallée, Hugues le Grand, Hermann de Cannes…). L’Anonyme trouve justifiée la croisade, à laquelle il a pris part, mais ne cache pas les exactions inutiles, ni l’hécatombe qu’elle fut pour les Européens, chevaliers comme piétons…