samedi 25 avril 2026

formule

    Un jour une rurale, avec qui je discutais de la vie, qui présente l’inconvénient d’aboutir à la mort, a résumé son point de vue dans cette formule abrupte : De toute façon, on va tous y passer. Je le savais déjà. Mais dès lors, je l’ai su encore mieux.

vendredi 24 avril 2026

incitation

    La façon la plus sûre, la plus efficace, d’inciter à la haine, c’est d’accuser n’importe quel propos critique d’être une incitation à la haine. Mais attention : l’accusateur a souvent l’air plus haineux que l’accusé…

jeudi 23 avril 2026

Petchanatz

    Reçu du camarade Christophe Petchanatz ses Fragments de Journal, parus, quelle chance, sous la forme d’un charmant petit volume de la collection Club Samizdat (Editions Deleatur, dans les Alpes, 2026). L’on s’y tient à la règle de «ne pas écrire trop long» et en effet ces fragments sont brefs, tantôt un paragraphe, parfois juste une ou deux lignes. Ce sont des notations, des esquisses de portraits, des lambeaux de rêves, des aphorismes, des souvenirs, ou de simples jeux de mots, dont l’auteur est friand, genre «En tricycle, Jean Moulin» ou «Par l’étang qui court»…

mardi 21 avril 2026

caatinga

    Chaque année le retour du printemps repose à l’horticulteur, à l’agriculteur et même au sylviculteur le problème de la prolifération végétale. Dans les trois parcelles de bois que j’ai sur les hauteurs, le phénomène reste modéré, soit parce que le sol y est moins fertile, soit parce qu’il s’agit de futaies ombreuses, qui buissonnent surtout en lisière, pour celles qui par endroit bordent les champs. Il en va tout autrement au bois de la Rigeasse, petite parcelle triangulaire de mille mètres carrés isolée au milieu de la plaine. Par devers moi pour plaisanter je l’appelle ma caatinga. La caatinga est une formation végétale du nord-est brésilien, une brousse clairsemée, épineuse et lumineuse, tenant son nom du tupi caa, forêt, et tinga, blanche. Ce n’est pas tout à fait la même chose à la Rigeasse, bien sûr, mais ce bosquet entouré de champs, et peuplé principalement d’épineux de faible hauteur (aubépines et prunelliers) et d’ormeaux ne produisant qu’une ombre claire, ce bosquet donc est inondé de lumière propice à l’explosion végétale. L’autre jour pour me faire plaisir j’ai embauché un ouvrier à passer sa débroussailleuse pendant une heure dans ce fouillis. Quelle clarté, soudain, quel apaisement, je respire enfin. Pour quelque temps.

dimanche 19 avril 2026

Camacho

Lettre documentaire 537

SIX POEMES BREFS 
de Carmen CAMACHO 

extraits de son recueil Deslengua
(Libros de la Herida, Sevilla, 2020) 
et ici traduits par Philippe Billé

X
Je vais du bruit au silence,
tu vas du silence au bruit.
Que pourrons-nous bien nous dire
lorsque nous nous croiserons !

XV
Le Demain
n’est aucun jour
de la semaine.

XXXVII
En hiver à la maison.
Ton petit linge et le mien
sur la chaise.

LVIII
Double sens :
apprends à t’en aller
par où tu es venu.

LXXIII 
Petite lanterne de rien,
au sein de ma nuit obscure,
était la lune.

LXXXIV 
Dans la gare
attendent le dernier train
deux petits vieux au soleil.

samedi 18 avril 2026

carassins

    C’est étrange, cette façon qu’ont les carassins (les poissons plus ou moins rouges) de se tenir par moments immobiles en stationnant l’un à côté de l’autre dans une posture exactement parallèle, ou en tête-bêche, ou à quarante-cinq degrés, comme en suspens, prêts cependant à repartir en zigzaguant dans tous les sens à la moindre alerte.

vendredi 17 avril 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : écriverain, obécité, demaine.