Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
vendredi 19 juin 2026
ciel
Aujourd’hui n’importe quelle personne moyennement instruite sait instantanément localiser sur une mappemonde les océans, les continents, les pôles et au moins quelques pays et quelques iles. Pas besoin d’être expert en géographie pour s’y retrouver. Mais la carte du ciel n’est pas aussi bien connue, la plupart des gens l’ignorent même totalement. Un de mes buts en étudiant l’astronomie une paire d’années dans ma jeunesse était de me familiariser avec la vue du ciel nocturne, suffisamment pour pouvoir m’y orienter comme devant une mappemonde. Je n’y suis parvenu que médiocrement, mais au moins sais-je sans peine localiser le nord, le bandeau du Zodiaque, et selon les saisons telle ou telle constellation. Une différence, peut-être une difficulté, est que de même que le soleil traverse le ciel d’est en ouest pendant la journée, de même les étoiles dérivent d’un bord de l’horizon à l’autre pendant la nuit, et se décalent aussi au fil de l’année. Mais elles sont toujours situées à la même place les unes par rapport aux autres, seules les quelques planètes se promènent parmi elles. Je me suis souvent dit que les gens d’autrefois devaient être mieux habitués que nous à observer le ciel nocturne, à l’époque d’avant que l’éclairage public ne le rende difficile à voir, et plus encore aux époques primitives, où l’habitat était campement. S’il en est ainsi, il faut considérer que la connaissance commune s’est inversée : on connait mieux maintenant la carte du monde que celle du ciel, on connaissait mieux le ciel à l’époque où il n’existait pas encore de carte du monde, et où l’on n’avait pas idée de sa configuration.
mercredi 17 juin 2026
artichauts
Je n’avais jamais cultivé d’artichauts avant 2023. La pousse que j’ai plantée cette année-là a littéralement explosé, elle était gigantesque et m’a donné vingt-six beaux artichauts. L’année suivante, vingt seulement. L’an dernier, sans doute moins, je n’ai pas noté. Cette année je n’en ai eu que trois, les rares qui ont éclos ensuite ont pourri avant de grossir. La plante a fait son temps, elle est à remplacer.
mardi 16 juin 2026
paronymes
Dix titres paronymiques inventés :
L’automne automatique,
Bagarre au barrage,
Les émeraudes des émirats,
L’espace espagnol,
Le fascisme fascinant,
Le goéland du Groenland,
Menue monnaie,
Le radical ridicule,
La risée des réseaux,
L’uchronie ukrainienne.
lundi 15 juin 2026
Nélson
Le plus intéressant de ces trois livres était Flor de obsessão : As 1000 melhores frases de Nélson Rodrigues (São Paulo : Companhia das Letras, 1997). Fleur d’obsession était parait-il un surnom de Nélson Rodrigues (1912-1980) qui fut un journaliste infatigable et un célèbre dramaturge brésilien. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert dans ce recueil de presque mille phrases, extraites de ses écrits par un certain Rui Castro, son ton cynique mais subtil, qui ne me déplait pas. J’en traduis quelques unes dans ma Lettre documentaire n° 542.
Rodrigues
Lettre documentaire 542
VINGT-TROIS PHRASES de Nélson Rodrigues
extraites du recueil Flor de obsessäo
(conçu par R Castro, S Paulo, 1997)
et ici traduites par Philippe Billé.
(Artistes) L’artiste a besoin de solitude, pour ne pas pourrir.
(Cariocas) Le Carioca est le seul type capable de hurler des confidences très secrètes d’un trottoir à l’autre.
(Mariage - Casamento) L’idéal est que le mari soit d’une classe et la femme d’une autre. Par exemple c’est parfait, si la femme est une Marie-Antoinette et le mari un chauffeur de bus.
(Confessions) Il y a des choses que l’on n’avoue ni au prêtre, ni au psychanalyste, ni au médecin, ni même au médium, une fois mort.
(Faute - Culpa) Si nous ne sommes pas en train de hurler à quatre pattes dans les bois, c’est uniquement parce que le sentiment de culpabilité nous sauve.
(Diète) Sartre a écrit un jour que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas ça. Pour moi, l’enfer c’est la régime sans sel que je dois suivre. Opinion, comme on voit, bien moins littéraire, mais à mes yeux bien plus véridique.
(Argent - Dinheiro) Il y a des gens qui, pour de l’argent, seraient même capables d’une bonne action.
(Education sexuelle) L’éducation sexuelle ne devrait être dispensée que par un vétérinaire.
(Erreur) Nous avons tous déjà aimé par erreur, haï par erreur.
(Enfants - Filhos) Quand le type est un abruti incapable de rien faire, il fait des enfants.
(Gloire) Je suis un narcissique très négligent, très relâché dans l’administration de ma gloire.
(Ennemi - Inimigo) Il n’y a pas d’admiration plus délicieuse que celle de l’ennemi.
(Ennemi - Inimigo) Rien de plus doux, rien de plus tendre qu’un ex-ennemi.
(Jeunes) Le jeune est soit un Rimbaud, soit un débile mental.
(Liberté) Je crois la liberté plus importante que le pain.
(Médecine) Le médecin est soit un saint, soit un gangster.
(Mystère) La moindre femme de ménage a sa part de mystère.
(Prostituées) Seuls des marxistes de bas étage attribuent à la prostitution des causes économiques. Il y a des femmes qui paieraient pour exercer ce métier.
(Réactionnaire) Aujourd’hui le bonhomme préfère qu’on injurie sa mère, plutôt qu’on le traite de réactionnaire.
(Saints) Toute dévotion est belle. Peu importe si le saint ne la mérite pas. Ou même que ce soit un faux saint. (Je veux croire qu’il existe aussi des saints canailles.)
(Sexe) Si tout le monde connaissait l’intimité sexuelle des autres, personne ne saluerait plus personne.
(Staline) Vous connaissez la photo montrant Staline et Ribbentrop en train de signer le pacte nazi-communiste. Nul ne peut oublier leur sourire complaisant et obscène. S’il a manqué quelqu’un à Nuremberg, c’est Staline.
(Sous-développement) Rien de plus abject que le sous-développement consenti, avoué, et même radieux.
(Artistes) L’artiste a besoin de solitude, pour ne pas pourrir.
(Cariocas) Le Carioca est le seul type capable de hurler des confidences très secrètes d’un trottoir à l’autre.
(Mariage - Casamento) L’idéal est que le mari soit d’une classe et la femme d’une autre. Par exemple c’est parfait, si la femme est une Marie-Antoinette et le mari un chauffeur de bus.
(Confessions) Il y a des choses que l’on n’avoue ni au prêtre, ni au psychanalyste, ni au médecin, ni même au médium, une fois mort.
(Faute - Culpa) Si nous ne sommes pas en train de hurler à quatre pattes dans les bois, c’est uniquement parce que le sentiment de culpabilité nous sauve.
(Diète) Sartre a écrit un jour que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas ça. Pour moi, l’enfer c’est la régime sans sel que je dois suivre. Opinion, comme on voit, bien moins littéraire, mais à mes yeux bien plus véridique.
(Argent - Dinheiro) Il y a des gens qui, pour de l’argent, seraient même capables d’une bonne action.
(Education sexuelle) L’éducation sexuelle ne devrait être dispensée que par un vétérinaire.
(Erreur) Nous avons tous déjà aimé par erreur, haï par erreur.
(Enfants - Filhos) Quand le type est un abruti incapable de rien faire, il fait des enfants.
(Gloire) Je suis un narcissique très négligent, très relâché dans l’administration de ma gloire.
(Ennemi - Inimigo) Il n’y a pas d’admiration plus délicieuse que celle de l’ennemi.
(Ennemi - Inimigo) Rien de plus doux, rien de plus tendre qu’un ex-ennemi.
(Jeunes) Le jeune est soit un Rimbaud, soit un débile mental.
(Liberté) Je crois la liberté plus importante que le pain.
(Médecine) Le médecin est soit un saint, soit un gangster.
(Mystère) La moindre femme de ménage a sa part de mystère.
(Prostituées) Seuls des marxistes de bas étage attribuent à la prostitution des causes économiques. Il y a des femmes qui paieraient pour exercer ce métier.
(Réactionnaire) Aujourd’hui le bonhomme préfère qu’on injurie sa mère, plutôt qu’on le traite de réactionnaire.
(Saints) Toute dévotion est belle. Peu importe si le saint ne la mérite pas. Ou même que ce soit un faux saint. (Je veux croire qu’il existe aussi des saints canailles.)
(Sexe) Si tout le monde connaissait l’intimité sexuelle des autres, personne ne saluerait plus personne.
(Staline) Vous connaissez la photo montrant Staline et Ribbentrop en train de signer le pacte nazi-communiste. Nul ne peut oublier leur sourire complaisant et obscène. S’il a manqué quelqu’un à Nuremberg, c’est Staline.
(Sous-développement) Rien de plus abject que le sous-développement consenti, avoué, et même radieux.
dimanche 14 juin 2026
frases
Il y a quelque temps, l’idée m’est venue de chercher dans le catalogue de la Bu les livres dont le titre contiendrait le mot frases, c’est à dire phrases en espagnol et en portugais. Il y en avait trois. Je les ai empruntés.
L’un d’eux était Frases de Jorge Batlle, paru en 2003, à l’époque où cet homme était président de l’Uruguay. C’est un recueil de coupures de presse reproduisant des propos de ce politicien et les commentaires de journalistes. Pour moi aucun intérêt, je ne le lirai pas. Une bizarrerie notable est que ce livre est du genre qui ne s’adresse qu’aux citoyens du pays où il est publié, et qui savent naturellement de quoi il est question. Mais l’identification dudit pays est une énigme pour le bibliographe lointain, qui ne sait pas forcément qui est Jorge Batlle et doit d’abord se renseigner, car le livre ne donne aucune mention de maison, ni de ville, ni même de pays d’édition. Or il y a nombre de pays hispanophones de par le monde, dont dix-sept dans la seule Amérique latine continentale. Tout juste signale-t-on que l’ouvrage a été imprimé chez Rumifax SA, ce qui peut être n’importe où, et que l’organisateur du recueil a enseigné à l’Universidad de la República, sans préciser de quelle république. Cela me rappelle être tombé il y a des années sur un livre plus mystérieux encore, car il n’y avait pas de personnalité citée dans le titre, ni aucune localisation, la seule indication étant que l’ouvrage était publié par la Editorial del Ejército (les Editions de l’Armée)…
Un livre plus alléchant était le Florilegio de frases envenenadas, sous-titré Una antología de la maledicencia, publié par un certain Gregorio Doval aux Ediciones del Prado, à Madrid, en 1996. Mais je n’ai fait que le feuilleter brièvement, bientôt découragé par la masse indigeste des 360 grandes pages, et par le fait que ces citations non référencées, donc invérifiables, ne sont pas si méchantes que ça, et pour beaucoup sont attribuées à ou concernent des vedettes qui ne m’intéressent pas.
L’un d’eux était Frases de Jorge Batlle, paru en 2003, à l’époque où cet homme était président de l’Uruguay. C’est un recueil de coupures de presse reproduisant des propos de ce politicien et les commentaires de journalistes. Pour moi aucun intérêt, je ne le lirai pas. Une bizarrerie notable est que ce livre est du genre qui ne s’adresse qu’aux citoyens du pays où il est publié, et qui savent naturellement de quoi il est question. Mais l’identification dudit pays est une énigme pour le bibliographe lointain, qui ne sait pas forcément qui est Jorge Batlle et doit d’abord se renseigner, car le livre ne donne aucune mention de maison, ni de ville, ni même de pays d’édition. Or il y a nombre de pays hispanophones de par le monde, dont dix-sept dans la seule Amérique latine continentale. Tout juste signale-t-on que l’ouvrage a été imprimé chez Rumifax SA, ce qui peut être n’importe où, et que l’organisateur du recueil a enseigné à l’Universidad de la República, sans préciser de quelle république. Cela me rappelle être tombé il y a des années sur un livre plus mystérieux encore, car il n’y avait pas de personnalité citée dans le titre, ni aucune localisation, la seule indication étant que l’ouvrage était publié par la Editorial del Ejército (les Editions de l’Armée)…
Un livre plus alléchant était le Florilegio de frases envenenadas, sous-titré Una antología de la maledicencia, publié par un certain Gregorio Doval aux Ediciones del Prado, à Madrid, en 1996. Mais je n’ai fait que le feuilleter brièvement, bientôt découragé par la masse indigeste des 360 grandes pages, et par le fait que ces citations non référencées, donc invérifiables, ne sont pas si méchantes que ça, et pour beaucoup sont attribuées à ou concernent des vedettes qui ne m’intéressent pas.
Je parlerai du troisième livre demain.
samedi 13 juin 2026
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