Cette année, grâce à un don aimable de l’auteur, j’ai enfin pu prendre connaissance du livre que les connaisseurs unanimes tiennent pour la référence sur le sujet, le Graphzine graphzone de Xavier-Gilles Néret (coédition Le Dernier Cri / Editions du Sandre, 2019). En effet cet ouvrage copieusement illustré présente une remarquable somme d’informations et d’analyses quant à l’histoire et à l’essence des graphzines, ces publications graphiques auto-produites, nées dans les dernières années 70 avant de proliférer dans les décennies suivantes. On augmenterait la valeur pédagogique d’un tel livre en le dotant d’un index, qui permettrait de retrouver sur tel ou tel personnage des éléments épars dans le texte. Je n’apparais moi-même que discrètement dans cette étude, qui du reste ne vise pas à l’exhaustivité. Il est vrai que mes revues des années 80, comme Ljmite, n’entraient pas bien dans le canon du graphzine «classique», de par leur contenu éclectique et leur lien à d’autres courants marginaux comme le mail art. Je suis cependant cité une paire de fois comme source, pour une bibliographie du graphzine français que j’avais publiée en 1986, et un essai sur la copie dans les arts plastiques paru dans une des premières Lettres documentaires. Je figure aussi incognito par la formule «Exposition à feuilleter» citée quatre fois et attribuée à Bruno Richard, mais le même historien a établi depuis que j’en étais l’auteur. Néret a raison d’insister sur le rôle fondateur de la revue Elles sont de sortie et il a les mots justes pour caractériser son étrange duo de créateurs, entre «la précision obsessionnelle du trait» de Doury et «la rage expressionniste» de Richard. J’apprends ici et là des choses que je ne soupçonnais pas, comme la rude controverse qui a opposé Franck Garcia et Stéphane Blanquet, ou que je connaissais mal, comme le rôle important joué par les libraires J Noël et J-P Faur. Parmi les développements analytiques, j’ai été sensible en particulier aux considérations sur le statut artistique du graphzine : est-il la simple reproduction d’oeuvres (dessins etc) conservant par ailleurs leur aura d’objets uniques originaux, ou bien la reproduction est-elle l’oeuvre achevée ? Les deux points de vue sont légitimes, on peut fétichiser l’oeuvre originale et reconnaitre à l’imprimé une beauté propre. J’avais remarqué dans le temps des cas de «callicopie», où la copie embellit l’original, par exemple la photocopie donnant une unité graphique aux éléments hétéroclites d’un collage. Je me fais parfois la même réflexion en voyant des collages bonifiés par le scannage et la mise en ligne, l’image apparaissant sur écran plus lumineuse et dotée de couleurs plus vives. A un moment l’auteur observe qu’à l’inverse des courants d’avant-garde, celui du graphzine se distingue par son «ambition théorique … moindre, voire tout à fait absente». Son bon ouvrage y remédie.
Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
jeudi 25 juin 2026
mercredi 24 juin 2026
solution
On lance les deux sabliers en même temps. Quand le sablier de 5 mn a terminé, on le retourne. Au bout de 2 mn (quand le sablier de 7 mn arrive à bout) on enfourne la pizza. Elle va cuire 3 mn, le temps que le sablier de 5 mn arrive au bout, puis on le retournera deux fois.
mardi 23 juin 2026
sabliers
Je suis retombé sur cette énigme anonyme trouvée en ligne, qui me plait bien. Je la soumets à mes lecteurs, si ça intéresse. Solution prochainement.
On veut mettre au four une pizza qui doit cuire 13 minutes. On n’a pas de montre, on ne dispose que de deux sabliers, respectivement de 5 et de 7 minutes. Comment s’y prendre ?
lundi 22 juin 2026
silence
Luxueux silence à La Croix hier soir. On crève de chaud comme partout, mais au moins on n'a toujours pas de fête de la musique. C'est appréciable.
dimanche 21 juin 2026
samedi 20 juin 2026
traduction
Financièrement, mon principal métier a été celui de bibliothécaire, qui m’a nourri pendant vingt-huit ans. J’étais assez bien fait pour cet emploi, car j’aime les livres, l’ordre, le classement, les catalogues, la bibliographie. Mais je ressens depuis longtemps que mon vrai métier, mon métier spontané, mon métier ontologique, comme je dis pour me donner un genre, est celui de traducteur. Il ne m’a pas rapporté autant que les biblis, mais je l’ai exercé très tôt et très assidûment, souvent bénévolement. Cette activité me plait si bien que j’ai parfois eu l’impression qu’elle me délassait, plus qu’elle me fatiguait. Après mon bac j’ai erré deux ans avant de trouver ma voie en me lançant dans des études de langues à l’université, l’espagnol et plus longuement le portugais. Auparavant, pendant l’année passée à l’Ecole normale de Mérignac, comme un professeur d’espagnol nous avait chargés de préparer chacun un travail personnel, j’avais choisi de traduire en entier un petit roman de García Márquez, La mala hora si je me souviens bien. C’était sans doute un travail médiocre mais j’avais appris beaucoup par cette expérience initiatique. Après mes cinq années d’études, étant allergique aux concours, ma première démarche a été d’explorer l’univers des revues littéraires, où je plaçais des traductions parfois payées, de textes brefs, poèmes et nouvelles. Puis la providence a voulu que je sois embauché par un grand éditeur pour traduire un roman et ensuite quelques autres. C’étaient des chantiers de trois ou quatre mois, qui me procuraient de quoi vivre un an dans la bohème. J’ai aussi traduit pour d’autres éditeurs, payant généralement moins bien, parfois pas du tout, des livres qui m’intéressaient davantage. Jusqu’à présent sauf erreur j’en ai traduit dix-neuf : dix du portugais, sept de l’anglais, deux de l’espagnol. Il était naturel que cette inclination personnelle se ressente sur mes propres publications, notamment sur mes Lettres documentaires, qui sont en quelque sorte les belles pages de mon Journal documentaire. Sur près de six cents Lettres documentaires parues (une première série de 51 numéros, puis l’actuelle série, qui en est à 542), je pense qu’un bon tiers sont des traductions. Il m’est arrivé d’en confier à des collaborateurs (B Ceron, Fr Desvois, J-R Lassalle, L Suel, W Pozoga, R Delpeuch) mais la plupart ont été réalisées par moi-même. Je viens de faire ce compte, auquel je songeais depuis quelque temps : sauf erreur j’ai traduit 90 Ld de l’anglais, 66 de l’espagnol, 32 du portugais, deux de l’italien et une du catalan, ce qui fait environ 190. C’est un safari, à sa façon.
vendredi 19 juin 2026
ciel
Aujourd’hui n’importe quelle personne moyennement instruite sait instantanément localiser sur une mappemonde les océans, les continents, les pôles et au moins quelques pays et quelques iles. Pas besoin d’être expert en géographie pour s’y retrouver. Mais la carte du ciel n’est pas aussi bien connue, la plupart des gens l’ignorent même totalement. Un de mes buts en étudiant l’astronomie une paire d’années dans ma jeunesse était de me familiariser avec la vue du ciel nocturne, suffisamment pour pouvoir m’y orienter comme devant une mappemonde. Je n’y suis parvenu que médiocrement, mais au moins sais-je sans peine localiser le nord, le bandeau du Zodiaque, et selon les saisons telle ou telle constellation. Une différence, peut-être une difficulté, est que de même que le soleil traverse le ciel d’est en ouest pendant la journée, de même les étoiles dérivent d’un bord de l’horizon à l’autre pendant la nuit, et se décalent aussi au fil de l’année. Mais elles sont toujours situées à la même place les unes par rapport aux autres, seules les quelques planètes se promènent parmi elles. Je me suis souvent dit que les gens d’autrefois devaient être mieux habitués que nous à observer le ciel nocturne, à l’époque d’avant que l’éclairage public ne le rende difficile à voir, et plus encore aux époques primitives, où l’habitat était campement. S’il en est ainsi, il faut considérer que la connaissance commune s’est inversée : on connait mieux maintenant la carte du monde que celle du ciel, on connaissait mieux le ciel à l’époque où il n’existait pas encore de carte du monde, et où l’on n’avait pas idée de sa configuration.
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