dimanche 12 juillet 2026

bête et méchant

    C’est une bonne idée, en tout cas efficace, qu’avaient eue les fondateurs de Hara-kiri en le présentant, suivant les accusations d’un lecteur, comme un journal « bête et méchant ». En effet quoi de plus provocant, que de revendiquer ainsi les deux principaux défauts que l’on puisse reprocher à quelqu’un, manquer d’intelligence et de bonté. Ces défauts semblent distincts : on peut être méchant mais pas bête, ou bête mais pas méchant. Et pourtant, ne doit-on pas au contraire les associer, l’un n’allant pas souvent sans l’autre, et les deux se favorisant mutuellement ? C’est ce que semble indiquer le lien existant parait-il entre le taux de criminalité et la faiblesse du quotient intellectuel. Quelles autres preuves à ce sujet ?

samedi 11 juillet 2026

Matt

    Au fil du temps mes sujets de désaccord fondamental avec Matt Walsh s’accumulent. Non, je ne crois pas qu’un homme soit incomplet s’il ne porte la barbe. Non, je ne crois pas que la croissance démographique soit sans danger. Non, je ne crois pas qu’il faille priver de droits civiques les adultes qui vont voir des films de Shrek. Non, je ne crois pas qu’il importe d’accorder la couleur de notre ceinture et celle de nos chaussures, marron ou noires. Malgré quoi il reste un des commentateurs politiques que je regarde le plus régulièrement sur YouTube, pour la justesse de ses vues sur bien des sujets et pour les qualités d’orateur hors pair qui en ont fait une des voix les plus écoutées de son pays. Il est maintenant installé dans des studios bien équipés, mais je le suis depuis l’époque où il opérait modestement depuis l’habitacle de sa voiture. Si je devais proposer à mes lecteurs d’assister à un seul de ses discours, je suggérerais ce vieil enregistrement depuis sa voiture, où il prononce une diatribe magistrale et drôle contre ses concitoyens négligents qui laissent trainer les caddies sur les parkings des supermarchés.

vendredi 10 juillet 2026

tube

    Il y a quelques années je me suis laissé subjuguer par une musique «d’ambiance» longue d’une heure, qui est encore une de mes préférées, Cube 1 - Music for the working place, d’un certain James Johnson. En cherchant, ces derniers temps, j’ai vu qu’il n’était pas facile de se renseigner sur cet artiste. Il existe un site à son nom (james-johnson.net), qui ne montre qu’une photo de microphone installé dans la brousse. Le musicien dispose aussi d’une page sur le site bandcamp, où sont proposées dix-sept de ses oeuvres. On peut les acheter, ou les écouter gratis quelques fois seulement (mais certaines sont disponibles sur YouTube). J’ai les ai toutes écoutées. Parmi elles je me suis intéressé en particulier aux quatre morceaux de la série Cube, dont je ne connaissais que le premier. Les numéros 3 (San Francisco) et 4 (Voices) sont moins à mon goût, mais j’aime beaucoup le Cube 2 - Stillness, long d’1 h 14. Cette composition étrange et calme superpose différents matériaux (sons instrumentaux ou synthétiques, bruits enregistrés, voix de chanteuse peut-être asiatique). Je la récoute pour l’instant sans me lasser. C’est mon tube de l’été.

mardi 7 juillet 2026

Leiris

    Je ne lirai jamais en entier l’ouvrage pourtant fort bref mais extrêmement pâteux de Michel Leiris, Race et civilisation (Unesco, Paris, 1954). Son pouvoir soporifique est tel que j’ai renoncé avant d’arriver au bout. L’auteur y disserte laborieusement, à grands renforts de circonvolutions, pour nous convaincre que les cultures ne sont pas inégales, tout en reconnaissant que l’homme blanc a « des raisons de s’enorgueillir » de ses « grandes inventions et découvertes » (p 5) ou du « développement impressionnant pris chez lui par les techniques » (p 20). Il faudrait savoir. Je ne crois pas que la science ait confirmé l’affirmation que « des traits psychologiques ne peuvent pas se transmettre héréditairement » (p 18). J’ai remarqué au moins deux différences entre la rhétorique anti-raciste d’alors et celle d’aujourd’hui. L’une est que Leiris ne niait pas l’existence de grosso modo trois grandes races d’hommes (blancs, jaunes et noirs) tandis qu’aujourd’hui beaucoup d’humanistes jugent raciste de simplement admettre ce fait. Une autre est que la superstition anti-raciste, selon laquelle le mot nègre serait par essence méprisant, n’était alors pas en vigueur. Ainsi Leiris parle-t-il sans gêne du « cerveau des nègres » (p 17) ou fait-il l’éloge d’« Aimé Césaire, nègre de la Martinique » et de « Richard Wright, nègre du Mississipi » (p 36), de même que quelques années plus tôt Léopold Sédar Senghor avait publié une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (Presses Universitaires de France, 1948). Mais chaque époque a ses tabous.

dimanche 5 juillet 2026

bulletin


    
Le Bulletin célinien, mensuel bruxellois, nous a fait une bonne surprise et un grand honneur le mois dernier en composant sur sa couverture arrière une réjouissante publicité pour le Journal documentaire. Nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

    (On peut se renseigner sur le Bc ici et ).

samedi 4 juillet 2026

bouts

BOUT A BOUT 

Bout de bras
Bout de chandelle
Bout de chou
Bout du compte
Bout des doigts
Bout de ficelle
Bout de gras
Bout de la langue
Bout des lèvres
Bout du monde
Bout du rouleau
Bout de table
Bout de temps
Bout du tunnel

jeudi 2 juillet 2026

Forn

    J’ai découvert les écrits de l’Argentin Juan Forn (1959-2021) au hasard d’une chronique qu’il avait consacrée à la mort de Horacio Quiroga (1898-1937) et que quelqu’un avait reproduite dans Facebook. Dans cet article intitulé El hombre que nos enseñó a tener frío (L’homme qui nous a appris à avoir froid) je suppose qu’il n’y a pas d’informations inédites, mais où que l’auteur soit allé se renseigner, il a su agencer les éléments en un récit d’une fluidité remarquable. J’ai longuement considéré ce texte avant de me décider à n’en traduire que la moitié pour ma Lettre documentaire d'hier (Ld 543), les trois premiers et les plus denses des six paragraphes qui le composent (les trois suivants concernant plus l’histoire de la littérature argentine que la vie des hommes).
    Ayant emprunté le recueil Yo recordaré por ustedes (Je me souviendrai pour vous), contenant cette chronique (que l’on trouve aussi en ligne sur le site du magazine Página 12), j’en ai lu quelques autres. J’ai bien aimé celle intitulée Entre las ruinas de mi inteligencia (Parmi les ruines de mon intelligence) consacrée aux derniers jours de Jaime Gil de Biedma (1929-1990), homosexuel alcoolique et dirigeant d’une grande entreprise, que Forn tenait pour le meilleur poète de son temps, bien qu’il n’eût écrit que 87 poèmes. Il traite avec humour l’épisode funèbre (je traduis) : «La seule chose qui lui importait, alors qu’il agonisait du sida en 1990, c’était de ne pas mourir avant sa mère, afin qu’elle n’apprenne pas dans les journaux que son fils était homosexuel. La vieille dame de quatre-vingt-dix ans était la seule personne de tout Barcelone à ne pas être au courant.»
    Tout cela est bien raconté mais j’ai un peu déchanté en lisant la chronique El idiota útil de derecha (L’idiot utile de la droite) dans lequel Forn reproche au journaliste américain Tom Wolfe d’avoir créé en 1970 l’expression Radical chic, qui devait rester pour désigner ironiquement les bourges culturels de gauche, comme ceux avec lesquels Leonard Bernstein avait organisé une réception luxueuse en l’honneur de membres des Black Panthers poursuivis pour actes de terrorisme (actes que Forn ne nie cependant pas). C’est qu’en montrant des ridicules de la gauche, Wolfe a peut-être donné des arguments à la droite, crime impardonnable… Visiblement ce bon Juan faisait partie de ceux pour qui « mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron » et qui préfèrent rester sourds-muets-aveugles devant certaines réalités, pour ne pas faire le jeu de… Mais je ne marche pas dans ce genre de combine. Grumble.