Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
lundi 22 juin 2026
silence
Luxueux silence à La Croix hier soir. On crève de chaud comme partout, mais au moins on n'a toujours pas de fête de la musique. C'est appréciable.
dimanche 21 juin 2026
samedi 20 juin 2026
traduction
Financièrement, mon principal métier a été celui de bibliothécaire, qui m’a nourri pendant vingt-huit ans. J’étais assez bien fait pour cet emploi, car j’aime les livres, l’ordre, le classement, les catalogues, la bibliographie. Mais je ressens depuis longtemps que mon vrai métier, mon métier spontané, mon métier ontologique, comme je dis pour me donner un genre, est celui de traducteur. Il ne m’a pas rapporté autant que les biblis, mais je l’ai exercé très tôt et très assidûment, souvent bénévolement. Cette activité me plait si bien que j’ai parfois eu l’impression qu’elle me délassait, plus qu’elle me fatiguait. Après mon bac j’ai erré deux ans avant de trouver ma voie en me lançant dans des études de langues à l’université, l’espagnol et plus longuement le portugais. Auparavant, pendant l’année passée à l’Ecole normale de Mérignac, comme un professeur d’espagnol nous avait chargés de préparer chacun un travail personnel, j’avais choisi de traduire en entier un petit roman de García Márquez, La mala hora si je me souviens bien. C’était sans doute un travail médiocre mais j’avais appris beaucoup par cette expérience initiatique. Après mes cinq années d’études, étant allergique aux concours, ma première démarche a été d’explorer l’univers des revues littéraires, où je plaçais des traductions parfois payées, de textes brefs, poèmes et nouvelles. Puis la providence a voulu que je sois embauché par un grand éditeur pour traduire un roman et ensuite quelques autres. C’étaient des chantiers de trois ou quatre mois, qui me procuraient de quoi vivre un an dans la bohème. J’ai aussi traduit pour d’autres éditeurs, payant généralement moins bien, parfois pas du tout, des livres qui m’intéressaient davantage. Jusqu’à présent sauf erreur j’en ai traduit dix-neuf : dix du portugais, sept de l’anglais, deux de l’espagnol. Il était naturel que cette inclination personnelle se ressente sur mes propres publications, notamment sur mes Lettres documentaires, qui sont en quelque sorte les belles pages de mon Journal documentaire. Sur près de six cents Lettres documentaires parues (une première série de 51 numéros, puis l’actuelle série, qui en est à 542), je pense qu’un bon tiers sont des traductions. Il m’est arrivé d’en confier à des collaborateurs (B Ceron, Fr Desvois, J-R Lassalle, L Suel, W Pozoga, R Delpeuch) mais la plupart ont été réalisées par moi-même. Je viens de faire ce compte, auquel je songeais depuis quelque temps : sauf erreur j’ai traduit 90 Ld de l’anglais, 66 de l’espagnol, 32 du portugais, deux de l’italien et une du catalan, ce qui fait environ 190. C’est un safari, à sa façon.
vendredi 19 juin 2026
ciel
Aujourd’hui n’importe quelle personne moyennement instruite sait instantanément localiser sur une mappemonde les océans, les continents, les pôles et au moins quelques pays et quelques iles. Pas besoin d’être expert en géographie pour s’y retrouver. Mais la carte du ciel n’est pas aussi bien connue, la plupart des gens l’ignorent même totalement. Un de mes buts en étudiant l’astronomie une paire d’années dans ma jeunesse était de me familiariser avec la vue du ciel nocturne, suffisamment pour pouvoir m’y orienter comme devant une mappemonde. Je n’y suis parvenu que médiocrement, mais au moins sais-je sans peine localiser le nord, le bandeau du Zodiaque, et selon les saisons telle ou telle constellation. Une différence, peut-être une difficulté, est que de même que le soleil traverse le ciel d’est en ouest pendant la journée, de même les étoiles dérivent d’un bord de l’horizon à l’autre pendant la nuit, et se décalent aussi au fil de l’année. Mais elles sont toujours situées à la même place les unes par rapport aux autres, seules les quelques planètes se promènent parmi elles. Je me suis souvent dit que les gens d’autrefois devaient être mieux habitués que nous à observer le ciel nocturne, à l’époque d’avant que l’éclairage public ne le rende difficile à voir, et plus encore aux époques primitives, où l’habitat était campement. S’il en est ainsi, il faut considérer que la connaissance commune s’est inversée : on connait mieux maintenant la carte du monde que celle du ciel, on connaissait mieux le ciel à l’époque où il n’existait pas encore de carte du monde, et où l’on n’avait pas idée de sa configuration.
mercredi 17 juin 2026
artichauts
Je n’avais jamais cultivé d’artichauts avant 2023. La pousse que j’ai plantée cette année-là a littéralement explosé, elle était gigantesque et m’a donné vingt-six beaux artichauts. L’année suivante, vingt seulement. L’an dernier, sans doute moins, je n’ai pas noté. Cette année je n’en ai eu que trois, les rares qui ont éclos ensuite ont pourri avant de grossir. La plante a fait son temps, elle est à remplacer.
mardi 16 juin 2026
paronymes
Dix titres paronymiques inventés :
L’automne automatique,
Bagarre au barrage,
Les émeraudes des émirats,
L’espace espagnol,
Le fascisme fascinant,
Le goéland du Groenland,
Menue monnaie,
Le radical ridicule,
La risée des réseaux,
L’uchronie ukrainienne.
lundi 15 juin 2026
Nélson
Le plus intéressant de ces trois livres était Flor de obsessão : As 1000 melhores frases de Nélson Rodrigues (São Paulo : Companhia das Letras, 1997). Fleur d’obsession était parait-il un surnom de Nélson Rodrigues (1912-1980) qui fut un journaliste infatigable et un célèbre dramaturge brésilien. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert dans ce recueil de presque mille phrases, extraites de ses écrits par un certain Rui Castro, son ton cynique mais subtil, qui ne me déplait pas. J’en traduis quelques unes dans ma Lettre documentaire n° 542.
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