vendredi 16 octobre 2026

aigrettes

    Vision féérique mais fugitive, en voiture, ces derniers jours, d'une vingtaine de jolies aigrettes blanches, dans les champs. A différents endroits mais la même vingtaine, je suppose.

jeudi 15 octobre 2026

doubles

    Coups doubles de ces derniers temps. Deux sales coups : une tortue perdue et un pneu crevé. Par consolation, deux bonnes nouvelles : un collage vendu et un article accepté. Enfin deux Edouard, parmi mes lectures : le Loyal conseiller du roi Dom Duarte, et des lettres de jeunesse d’Edouard Manet, en voyage à Rio.

mercredi 14 octobre 2026

Duarte

    Il y a vingt ans, à l’automne de 2006, je me suis intéressé par hasard à un livre écrit par un roi portugais du quinzième siècle, Dom Duarte, et intitulé Leal conselheiro, soit Loyal conseiller. Longtemps resté à l’état de manuscrit, il n’a été publié qu’au dix-neuvième siècle et a connu depuis quelques éditions en portugais. Le bon Edouard y a rassemblé une centaine de chapitres dans lesquels il médite sur des sujets très divers. L’éclectisme des questions abordées, l’inclination vers la philosophie, le ton volontiers intimiste, le goût de l’introspection, en font en quelque sorte un précurseur des Essais de Montaigne. J’ai visité avec plaisir ce curieux ouvrage, j’en ai tiré deux notes de lecture, parues dans mon Journal les 4 et 18 novembre 2006, et le même mois j’en ai traduit un chapitre, Sur le régime de l’estomac, traitant de diététique, dans ma Lettre documentaire n° 372. Jusqu’alors, à ma connaissance, seul un autre chapitre du livre avait été traduit en français par une dame sur le site de la fondation Gulbenkian, et je pensais que personne ne se donnerait jamais la peine de traduire le livre en entier. Or voilà que le mois dernier, de passage à l’université, je découvre parmi les nouveautés une édition complète du Loyal conseiller, mis en français par une lusitaniste courageuse, madame Anne-Marie Quint. C’est un fort volume de 500 pages, paru cette année aux éditions Chandeigne et Lima. Naturellement je l’ai emprunté, pour avoir le plaisir de le parcourir.

    En cette occasion je republie ci-dessous la Ld 372. (Si l’on a la curiosité de lire mes notes, et si l’on ne sait où les trouver, je peux aider. Je copie ici ce seul extrait, touchant le texte de cette Ld : « Certains des conseils que donne Duarte sur le sujet sont sans doute bons, d’autres seraient désavoués par les diététiciens d’aujourd’hui. Le texte m'intéresse par sa franchise, sa maniaquerie, parfois sa bizarrerie, aussi par la curiosité des points de vue qu’il ouvre sur la vie concrète de cet homme. »).

Ld 372

(réédition)

Lettre documentaire 372  --  18 novembre 2006

SUR LE REGIME DE L’ESTOMAC, par le roi Dom Duarte (1391-1438)


Selon ce que j’ai pu observer sur moi-même, voici brièvement écrit ce que je crois bon pour celui dont l’estomac est sujet aux aigreurs, ou aux dérèglements.

En déjeunant, bien mâcher, et ne boire que deux coups, trois tout au plus. Et pas trop à chaque fois, juste autant que l’on doit raisonnablement s’en contenter. Et si c’est du vin que l’on boit, qu’il soit raisonnablement coupé d’eau, car s’il est fort, il est plus difficile à digérer, et il donne soif, de sorte que l’on a du mal à se contenter d’en boire peu.

De la crème ou de tout autre laitage, en manger peu ou pas du tout, et si l’on en mange, que ce soit après tous les autres aliments. Ne pas boire dessus, ou si vous en mangez au début, mangez bien d’autre chose avant de boire. En tout cas mangez peu de laitages, et rarement.

Et de même pour tout autre aliment humide, comme les cerises, les pêches et les huîtres, ou la graisse des viandes et des poissons. Manger peu ou pas du tout de ce genre d’aliments, et de même de ceux qui sont très froids et piquants, comme le vinaigre, le citron, et d’autres. Quant aux œufs, il n’y a pas de règle certaine, car à certains ils profitent, et nuisent à d’autres. Que chacun en use donc selon ce qu’il ressent.

Après manger, ne pas dormir, le jour, sans d’abord laisser passer une heure. Et si l’on doit dormir, ne jamais se déshabiller ou se déboutonner complètement, et si l’on défait quelque vêtement, que l’autre reste toujours bien boutonné. Et ne faire qu’un somme, et plus il sera bref, mieux ce sera. Et quand on se réveille, se lever aussitôt.

Après avoir dormi, ne pas boire quoi que ce soit avant que passe une heure. Et si l’on peut tenir sans boire jusqu’au dîner, c’est parfait. Sinon, moins l’on boira, mieux ce sera.

Après un grand effort, où le corps s’est échauffé, il est bon de se passer de manger et de boire tant que l’on ne s’est pas tempéré. Que l’on suive au dîner le même régime qu’au déjeuner. Et si l’on peut se passer de boire après dîner, que l’on s’en passe, et si l’on ne peut, ne boire qu’une fois. Les vêtements ne doivent pas être déboutonnés ou défaits sur le ventre, mais toujours bien serrés.

Si l’on a mangé beaucoup de viande ou de poisson au déjeuner, ou si l’on en a envie (?), se contenter de pain. Boire moins. De fruits, peu ou aucun.

Après un grand repas, si l’on a soif, on peut mieux la supporter qu’à tout autre moment, car le plus souvent elle est trompeuse, et si on l’endure elle disparaît, et cela profite à de tels estomacs, et ne peut leur nuire à ce moment-là.

Aussi tard que l’on dîne, ne pas se coucher ensuite sans avoir laissé passer une heure, ni se déboutonner avant de se coucher, ce qui serait grave erreur.

Bien veiller, si l’on a déjeuné abondamment, à dîner modérément, en espaçant les deux repas de VII ou VIII heures. Et si l’on dîne abondamment, que l’on soit encore plus strict sur le régime d’après dîner, et que le déjeuner du lendemain soit tempéré. Et que l’on se garde des grands jeûnes inhabituels, car la privation d’un jour veut se reporter au lendemain, et l’estomac, habitué quelques jours à manger peu, souffrira quand on changera son habitude. Se coucher le soir à une heure raisonnable, et se lever tôt, est fort bon. Et quand on se lève, s’habiller aussitôt.

Pour dormir, ne pas trop se couvrir, car si l’on a trop chaud, on va se découvrir et changer de température, et il est très mauvais d’avoir froid.

Si un déplacement ou quelque autre travail empêche de manger à l’heure, et que l’on ne puisse déjeuner qu’à une ou deux heures après midi, il faut manger modérément, le moins possible, et l’on se rattrapera au repas suivant. De même pour le dîner, car une des choses qui dérangent fort l’estomac et le reste du corps, c’est de manger beaucoup d’un coup, après un grand effort, quand l’heure du déjeuner ou du dîner est passée. Et s’il advient que l’on déjeune tard et abondamment, il faut ne pas dîner, ou aussi peu que possible.

Si l’on se trouve mal, de manger quelque aliment, il ne faut pas en prendre, même si les autres n’en souffrent pas, car il est sûr que certains aliments, par quelque vertu spéciale, conviennent à certains hommes et nuisent à d’autres. Et si l’on croit ne pas souffrir d’un mauvais aliment, ou d’un mauvais régime, il faut pourtant s’en passer, car souvent l’habitude fait que l’on ne ressent pas sur le moment l’effet nuisible, mais que l’on ne s’en rend compte que trop tard.

Et après un grand repas, il faut éviter de fournir aussitôt un grand effort, et ne vous habituez pas à vous mettre un emplâtre sur le ventre mais couvrez-vous comme font les autres.

Si parfois vous avez mal, voyez le régime que vous avez suivi dernièrement, et si le mal vient du froid, il disparaîtra en quelques heures pour peu que l’on se réchauffe le ventre en mangeant chaud et en se couvrant.

Si le mal vient d’un excès de table, il faut manger peu et tard, et de quelque aliment sec, comme du pain grillé, et boire peu, et du vin peu coupé, et l’on s’en trouvera bien. Et si l’on se sent alourdi par un excès d’aliment, il ne faut jamais prendre un autre aliment pour corriger cet effet, car en ce cas il n’y a pas meilleur remède que de supporter ce que l’on a mangé, qui s’écoulera tout seul, et de se couvrir et de se réchauffer raisonnablement, selon le temps. Et il faut habituer raisonnablement le corps au travail à pied, et à cheval. Lors d’un jeûne, il vaut mieux manger quelque peu.

Tous les XV jours, ou chaque mois, il faut prendre des pilules communes, et si l’on souffre de quelque aigreur ou de quelque autre humeur excessive, chercher le meilleur remède pour l’évacuer, l’expulser ou la faire disparaître, par le bon travail et l’abstinence.

Après un grand repas, si quelque effort fait que l’on s’échauffe ou que l’on transpire, il faut bien se garder du vent et de l’air, et ne pas se déboutonner dans une maison froide.

Le soir, après un grand repas, boire beaucoup, ou de l’eau, est nocif, surtout si l’on a déjà bu et que l’on s’apprête à se coucher.

Je pense qu’il est bon pour de tels estomacs de se faire vomir deux fois par an, une fois après Pâques, pour la continuation passée du péché, une autre en septembre, pour les fruits de l’été, si l’on continue d’en manger beaucoup.

Si l’on compte veiller tard ou toute la nuit, il vaut mieux manger peu au dîner, ou pas du tout. Et si le manque de sommeil dérègle l’estomac, cela se soigne simplement en dormant, sans manger ni boire.

Et chaque soir, avant de se coucher, même s’il semble que l’on n’en a pas envie, il faut se forcer à sortir un peu, et de même le matin.

De même, un point de régime important pour la santé est d’observer une tempérance raisonnable dans les travaux du corps et de l’esprit, en tenant compte de l’âge, de la disposition et du moment. Et tout cela peut paraître difficile à observer, mais en réalité c’est facile, si l’on s’y habitue. Et je pense que celui qui se plie à une telle discipline s’en trouvera mieux, mais s’il préfère, qu’il aille donc demander l’avis d’un meilleur médecin.

Bien que j’aie entrepris par jeu de raconter tout cela, je pense que l’on jugera que je dis vrai et que je suis de bon conseil.


* «Do regimento do estômago», chapitre 100 de son Leal conselheiro, circa 1438 (Editorial Estampa p 253-256, Imprensa Nacional p 437-440). Traduction Ph Billé.


lundi 12 octobre 2026

jeunes

    Une drôle d’expérience. J’ai regardé sur le net une vidéo de rue, où l’on demandait à des ados ce qu’ils avaient commandé pour Noël. Ils répondaient sans hésiter mais je ne comprenais quasiment rien de ce qu’ils disaient, soit qu’ils s’exprimassent par abréviations, soit qu’ils désignassent des réalités qui m’étaient inconnues. Ce monde est-il encore le mien ?

dimanche 11 octobre 2026

octobre

    (Ma vie palpiteuse, suite). Octobre morose. Le froid approche, on entend de nouveau chanter les rouges-gorges. Mes deux tortues se sont engourdies, sortant et mangeant de moins en moins. La grande est cependant restée assez dégourdie pour enfin réussir, après plusieurs tentatives, à franchir la bordure de leur enclos et à s’évader. Je l’ai vue la dernière fois jeudi après-midi et j'ai constaté la disparition vendredi en fin de matinée. Comme je laisse en général le portail du jardin ouvert, elle a pu prendre la clé des champs. En tout cas, après l’avoir cherchée en vain dans le jardin, où je venais de tondre l’herbe, j’ai perdu espoir de la revoir. Mes cailles, après avoir vaguement recommencé à pondre quelques jours, semblent maintenant en panne pour la saison. Quelques consolations horticoles : le grand rosier grimpant s’est remis à donner de belles fleurs rouge foncé, bien parfumées. Et mon increvable pied de tomates-cerises ne finit pas d’en produire, il est toujours garni après avoir fourni plusieurs centaines de fruits (je précise que dans cette phrase le mot centaines et le mot plusieurs ne sont pas des hyperboles).