Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
jeudi 23 juillet 2026
Césaire
Le poète martiniquais Aimé Césaire (1913-2008) n’avait personnellement pas trop à se plaindre de la société française, dans laquelle dès l’époque coloniale il fut étudiant boursier, avant de mener une longue carrière d’enseignant, d’écrivain et de député maire, qui fut suivie d’obsèques nationales. Malgré quoi le Discours sur le colonialisme, qu’il publia en 1955, est d’une extrême virulence. Cette dissertation (lue dans une réédition de chez Présence Africaine, 1994, 58 pages) est fort bien rédigée mais sur le fond l'auteur convainc mal, par manque de mesure. Il était parfaitement légitime, surtout à l’époque, de protester contre les méfaits ou les rudesses de la colonisation, cela n’autorisait pas à raconter n’importe quoi. Césaire présente une vision manichéenne où tout est soit noir soit blanc, sans nuance. Pour lui la colonisation n’a eu aucun aspect positif, il refuse de considérer ou juge négligeables les « maladies guéries » (p 20), l’équipement des pays en ponts et chaussées, etc. D’après lui les colons ne connaissaient que « la brutalité, la cruauté, le sadisme » (p 19) et ne rêvaient que de supplicier ou d’exterminer leurs serviteurs. Il mêle en un tout diabolique les hommes blancs-colons-riches-dominateurs-européens-occidentaux-bourgeois-capitalistes qu’il assimile à Hitler (« le très chrétien bourgeois du XXe siècle … porte en lui un Hitler qui s’ignore… Hitler l’habite… Hitler est son démon », p 12). En revanche il idéalise l’indigène colonisé : « Je fais l’apologie systématique des sociétés détruites par l’impérialisme » (p 21). Il juge « admirables » les « civilisations indiennes… des Aztèques et des Incas » (p 19) et assure que « nos vieilles civilisations nègres, c’étaient des civilisations courtoises ». Il n’était visiblement pas renseigné sur les aspects fâcheux (les sacrifices humains, l’anthropophagie, les vendettas sans fin, etc) ou ne voulait rien en savoir. Il est toujours avantageux de prendre la pose en lançant des anathèmes, plutôt que d’étudier sérieusement les problèmes que créent inévitablement les contacts entre cultures au développement inégal. Une grande part de l’argumentation de Césaire consiste à présenter des citations racistes, méprisantes ou condescendantes, destinées à prouver la malveillance fondamentale de l’homme blanc. Il en existe aussi de positives et bienveillantes, mais il n’en a semble-t-il pas eu connaissance. Certaines citations sont empruntées à des auteurs inconnus, d’autres à des célébrités (Renan, Romains). Maladroitement Césaire produit d’abord les propos les plus accablants et réserve pour la fin de longues diatribes au moins insensé de ceux qu’il dénonce, à savoir Roger Caillois. Cela laisse à supposer, vu la date, qu’un des buts de l’auteur de ce Discours était de se signaler à l’occasion de la polémique qui venait d’opposer Claude Lévi-Strauss et Roger Caillois. Le premier avait publié l’année précédente son célèbre essai Race et histoire, dans lequel il défendait ce qu’on appellerait bientôt le point de vue relativiste, tendant à déprecier systématiquement l’Occident pour faire l’apologie des peuples sans écriture, à quoi Caillois avait répondu en faisant observer ce qu’il y avait là de critiquable. Un autre aspect du pamphlet de Césaire est son militantisme marxiste. Adhérent aux Jeunesses communistes dès 1935 et membre du Parti dès 1945, il avait déjà publié cette année-là une brochure intitulée Pourquoi je suis communiste. Cette idéologie se ressent en plusieurs points du texte, qui dénonce régulièrement la « bourgeoisie » et dont la dernière phrase se conclut sur le mot « prolétariat ». Quant aux solutions à apporter pour créer une société de justice, Césaire estime que « l’Union Soviétique nous en donne quelques exemples » (p 29). Laquelle Union, comme on sait, n’avait presque pas persécuté, déporté ou massacré des innocents. Il changera d’avis l’année suivante, en 1956, et démissionnera du Parti suite aux révélations du rapport Khroutchev. Mais son Discours partisan continuera de jouir d’une assez bonne réputation pour figurer encore au programme du bac bien des années après.
mercredi 22 juillet 2026
bi
BILOGIE
(poème-liste
à partir d'une suggestion
de Bruno Richard)
Biarritz
Bible
Bic
Bidassoa
Bierce
Biface
Biganos
Bihar
Biisk
Bijou
Bikini
Billé
Bimensuel
Bingo
Biographie
Biplan
Bique
Birmanie
Biscaye
Bitume
Biu
Bivouac
Biwa
Bixby
Biyang
Bizarre
Biarritz
Bible
Bic
Bidassoa
Bierce
Biface
Biganos
Bihar
Biisk
Bijou
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Billé
Bimensuel
Bingo
Biographie
Biplan
Bique
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Biscaye
Bitume
Biu
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Biwa
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Biyang
Bizarre
mardi 21 juillet 2026
Momoche
On m’a appris le mois dernier la mort de Christian Archambeau, que j’avais connu jadis et perdu de vue depuis longtemps. Il faisait partie de la bande de beaux-arteux de mon âge (il avait trois ans de moins que moi, me dit-on) que j’ai fréquentés dans la bohème des années 80. Certains étaient charentais et lui a été enterré à Bresdon, ce qui n’est pas très loin de chez moi, vers Matha. Je ne sais pourquoi il était surnommé Momoche, étant plutôt joli garçon (PS. Selon Florence B, ce serait un jeu de mots en rapport avec son patronyme terminé par -beau). C’était un homme de petite stature avec un visage aux traits fins, où transparaissait un tempérament nerveux. Je me souviens de lui avoir vu une moustache minimale, réduite à un trait. Et de l’avoir entendu se moquer du communisme, à l’époque où je prenais encore cette religion au sérieux. Nous ne nous sommes jamais bien connus ni n’avons été vraiment amis mais à un moment la vie nous a rapprochés, peut-être parce que nous fréquentions les mêmes filles. Il s’est bêtement cassé les chevilles en sautant d’une fenêtre et je suis allé le voir à l’hôpital. Il avait des broches qui lui traversaient la peau et m’épouvantaient. En rentrant chez moi le soir j’ai moi-même eu par autosuggestion de violentes douleurs aux chevilles. Avant ou après cet accident, était-ce en 84, nous avons partagé quelques mois ou seulement quelques semaines un appartement rue du Hâ. De cette époque je garde envers lui deux dettes artistiques. L’une est que nous avons produit ensemble, sous sa direction parce qu’il savait s’y prendre, une planche de cartes postales en sérigraphie, au moins cinq chacun, peut-être plus. Je ne sais plus ce que représentaient les siennes. La plupart des miennes reproduisaient des portraits de moi tirés de détails de photos que j’avais agrandis en photocopie et réduits à un contraste de noir et blanc sans demi-teinte. Mes sérigraphies étaient des bichromes bleu sur fond blanc, ou bleu et rouge orangé. J’en ai encore quelques unes. L’autre dette est que pendant cette période mon cohabitant a dessiné un bon portrait de moi au crayon violet, sur une feuille A4, en se servant d’une chambre claire (voir ci-dessous). Il l’avait signé Dani Logan, du nom d’un chanteur des années 60, avec une faute peut-être voulue au prénom. La seule autre oeuvre de lui dont je me souvienne est une courte vidéo où il avait fait se succéder rapidement des portraits de la Joconde avec des couleurs différentes et un effet de scintillement. Puis on s’est éloignés, il est parti à Paris et je n’ai plus rien su de lui, sauf une fois où l’on m’a dit qu’il dansait le tango. Mais je ne l’avais pas oublié.
(Je remets en page ma note d'hier pour y insérer la photo communiquée par l'ami Yannick Lavigne, qui l'avait prise jadis, où apparait un profil juvénile du disparu).
dimanche 19 juillet 2026
odonymie
Il parait que la mairie de Paris a débaptisé une place Maurice-Barrès pour la renommer Lucie-Dreyfus, nom de l’épouse de l’Officier Parfait. Je me suis instruit de cette nouvelle dans un article d’actuParis intitulé « La Ville de Paris renomme une place portant le nom d'un antisémite en hommage à Lucie Dreyfus ». Entre l’initiative municipale et la formulation journalistique, je me demande laquelle est la plus putassière.
samedi 18 juillet 2026
lierre
Le lierre est un ennemi invincible, infatigable, immortel, que l’on peut toutefois tenir en respect et faire reculer, temporairement.
vendredi 17 juillet 2026
bilan
Après mon exposition de deux semaines le mois dernier au Château Pallettes d’Isidore, à Bordeaux, je n’ai pas tout de suite rendu de compte parce qu’il a fallu quelque temps avant que mes affaires passant de main en main me reviennent enfin. Cette occasion a confirmé le peu d’expérience que j’ai de ce genre d’événement : tout arrive le premier jour, en l’occurrence le seul où j’étais sur place, et ensuite il ne se passe pas grand chose. J’ai eu l’avantage de vendre sept des dix-huit collages que je présentais (total 215 euros), mais aucun de mes huit lettrages, aucun de mes quatre pots de couleur, aucun de mes dix livres uniques, toutes choses que je proposais pourtant à bon marché (dans les 20 ou 25 euros, je suis un artiste low cost), J’ai vendu une seule des deux sérigraphies qui me restaient (20 euros), un livre à dix euros et quelques livrettes à deux euros dont je n’ai pas le compte exact. A ce propos je me réjouis que mon Verbier tiré à 33 exemplaires soit maintenant épuisé, et je me désole qu’il me reste encore UN exemplaire de ma Correspondance passive, tirée à cent exemplaires en 2001 ! Quant à mon petit dernier chef d’oeuvre, ma carte-pochoir à l’étoile de Duchamp, entre les exemplaires achetés tout de suite par des collectionneurs et ceux vendus à l’expo, il m’en reste trente-cinq, soit un peu plus de la moitié du tirage (de 64 exemplaires). Je n’en demande qu’un doublon (deux euros) mais elle sera difficile à vendre par correspondance, car je demande aussi un timbre pour l’envoi (1,50 euro) et il faut dépenser un timbre pour m’envoyer ce timbre, ce qui porte le total à cinq euros, merci la Poste. Mais enfin de nouvelles aventures nous attendent, le bruit court que j’exposerai en septembre à Marsais…
jeudi 16 juillet 2026
Bruno
Il serait peut-être temps que je complète ma Lettre documentaire 516, de juin 2021, dans laquelle j’établissais la liste de mes onze rencontres avec Bruno Richard, en y apportant ces deux mises à jour :
12 : le 5 janvier 2026 à Paris sous la neige, où nous étions allés passer quelques jours avec mon aide de camp parce que je devais participer à une émission de télévision. Le jour de notre arrivée Bruno nous a reçus chez lui en fin d’après-midi le temps d’un apéritif.
13 : du 6 au 15 juillet 2026 à la Croix-Comtesse, où j’accueillais Bruno conduit par sa soeur Nadine. Vu les circonstances météorologiques, nous ne foutîmes pas grand chose : pour l’essentiel nous nous contentâmes de survivre à la canicule et nous discutâmes de diététique et d’histoire de l’art.
12 : le 5 janvier 2026 à Paris sous la neige, où nous étions allés passer quelques jours avec mon aide de camp parce que je devais participer à une émission de télévision. Le jour de notre arrivée Bruno nous a reçus chez lui en fin d’après-midi le temps d’un apéritif.
13 : du 6 au 15 juillet 2026 à la Croix-Comtesse, où j’accueillais Bruno conduit par sa soeur Nadine. Vu les circonstances météorologiques, nous ne foutîmes pas grand chose : pour l’essentiel nous nous contentâmes de survivre à la canicule et nous discutâmes de diététique et d’histoire de l’art.
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