vendredi 14 août 2026

Saer

    Un ami palois, qui croit que j’ai le temps de lire, m’avait suggéré de m’intéresser à L’ancêtre (El entenado, 1983) du romancier argentin Juan José Saer («ça devrait te plaire, il y a plein d'Indiens qui boulottent des marins et s’entre-sodomisent»). Je viens d’en lire les soixante-dix premières pages en traduction française. Cela se présente comme le récit par un vieil homme de la Renaissance, d’un voyage aventureux fait dans sa jeunesse. Parti outre Atlantique comme mousse à bord d’un navire, il se fait enfiler en cours de route par tous les marins sans que cela le gêne outre mesure (il est d'un naturel compréhensif). Puis les voyageurs arrivent dans un pays forestier, où les invraisemblances commencent aussitôt. A peine débarqué sur une plage, tout l’équipage se fait massacrer à coups de flèches par les indigènes, sauf le narrateur, qui s’en étonne à peine et demeure incroyablement serein. Les sauvages l’emmènent dans leur village en le portant par les coudes pendant des heures, sans se fatiguer. Mieux : ils transportent aussi tous les cadavres, en trottinant sans peine pendant des heures. Arrivés sur place, ils organisent avec les corps un banquet cannibale, dont la cuisson et la consommation nous valent des descriptions interminables. Le repas est suivi d’une beuverie, puis d’une orgie homo-, hétéro- et auto-sexuelle. A ce point le récit, passé de l’ethnographie à la pornographie, entre dans la fantaisie pure. Halte là, il me faut une préparation psychologique avant d’aller plus loin, si j’y vais. Un trait d’humour qui m’a amusé : chaque fois qu’ils examinent le jeune homme blanc, les sauvages répètent le mot par lequel ils le désignent : def-ghi, def-ghi. Je me demandais à quel lexique l’auteur avait piqué ce vocable, avant de réaliser que c’est tout simplement une suite de lettres, dans l’ordre alphabétique.

jeudi 13 août 2026

Biarritz

    Un publiciste de Biarritz, monsieur FS, m’a semble-t-il «bloqué» après que j’eus déposé sur sa page Facebook le 9 août un commentaire qui ne lui a pas plu. Il est vrai que je n’avais pas cherché à plaire. Dans ce commentaire je ne disais rien du passage de sa dépêche, où ce monsieur se plaçait modestement dans la lignée de Marc-Aurèle («un de mes lointains ancêtres», on voit le genre). Je me référais à un autre développement, où il se déclarait «ennemi des Français qui se disent de souche», en ajoutant cette explication : «ce sont pour moi des étrangers». Je me suis borné à lui demander si vraiment, pour lui, un étranger est en soi un ennemi. Et visiblement c'était trop demander. Récemment cet internaute avait confié à son public être d’origine gitane. De là peut-être son ressentiment vis-à-vis de la population dite de souche. S’il en est ainsi, cet incident ne fera qu’aggraver mon pessimisme quant à la possibilité de rapports harmonieux entre «communautés». Pour ma part je ne renie pas les métaphores de Français de souche, et Français de branche, je reconnais leur commodité expressive sans attribuer de valeur morale aux situations démographiques ainsi désignées. Je considère qu’il n’y a ni gloire ni honte à être de souche ou pas, et je ne juge pas les individus en fonction de leur origine ethnique. Je ne saurai pas plus précisément ce qu’en pensait l’humaniste gitano-basque susceptible, qui a préféré rendre la communication impossible entre nous. Mais après tout ce n’est pas bien grave, comme il ne s’annonçait pas que nous eussions grand chose à nous dire. 


mercredi 12 août 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : défête, emmentalité, plébitude,

mardi 11 août 2026

Brême

    Dans le conte des frères Grimm, Les musiciens de Brême, j’aime surtout le début, la rencontre successive des quatre vieux animaux qui s’unissent pour aller chanter à la ville. La découverte de la maison des brigands, que les bêtes font fuir, me plait moins, par son côté grand guignol.

lundi 10 août 2026

Vlady

    Dans Du coeur au ventre (Fayard, 1996) Marina Vlady a eu la bonne idée de réunir une cinquantaine de «récits» où elle raconte en deux trois pages des moments de sa vie, des incidents, des rencontres avec des proches, des inconnus et des célébrités. Dans ces souvenirs il est toujours question d’une boisson ou d’un plat, qui donne son nom à chaque texte. (Je pense que les crêpes fourrées grecques qu’elle mange à New York sont des souvlakis et non des slouvakis). On apprend qu’elle a connu dans leurs derniers jours des gens aussi différents qu’Andreï Tarkovski (qu’elle hébergeait (Bitotchki)), Simone Signoret (Caviar) ou Jean-Marc Reiser (Thé fumé). Au moins deux des récits (Caipirinha et Boeuf grillé) évoquent la propriété rurale de son fils Vladimir dans le chaco sud-américain. Je n’ai pas lu tout le livre mais j’ai bien aimé ce que j’en ai lu.

dimanche 9 août 2026

oeufs

    Cette année je m’efforce de noter chaque jour sur le calendrier le nombre d’oeufs pondus par mes trois cailles. Elles ont commencé de pondre fin mars, 2 oeufs le 30, aucun le 31. Moyenne : 1 par jour.
    En avril, 46 oeufs en trente jours, soit en moyenne 1,5 par jour. Cela veut dire trois en deux jours, période sur laquelle elles pondent donc un oeuf chacune, si elles se partagent le travail.
    En mai un peu moins : 40, soit seulement 1,3 par jour.
    En juin, forte croissance : 56 oeufs, soit 1,86 par jour.
    En juillet, presque moitié moins : 34 oeufs, soit guère plus d’un par jour.
    Dernièrement nous venons de traverser une période de onze jours de stérilité, du 27 juillet au 6 août. Je ne peux en vouloir aux cailles, il fait chaud et sec, il n’y a plus un brin d’herbe verte dans la volière. Elles endurent stoïquement ces chaleurs, comme le froid et la pluie en hiver. Respect, comme on dit. Et la production a repris : un oeuf avant-hier, deux hier…

samedi 8 août 2026

Escarpit 3/3

    VII, p 104-120. Sur la religion et le temps. Où l’auteur, lui-même athée et anti-clérical, parle des Basques cathos et des Béarnais protestants (106), et de son pauvre père qui souffrit d’une maladie pendant ses vingt-cinq dernières années de vie (113-115).
    VIII, 121-136. Sur ses amours, ses études, et son épouse Denise. Il y a p 134 la très drôle transcription d’une conversation onomatopéique entre paysans landais.
    IX, p 137-160. A Arcachon, où il était prof d’anglais, et à Mexico, où on le bombarde secrétaire général de l’Institut français d’Amérique latine, alors qu’il est angliciste et ne parle pas un mot d’espagnol (148-149). Mais il est normalien et agrégé, alors tout est permis. Là encore, le révolutionnaire oublie de se demander s’il n’y aurait pas quelques privilèges à abolir chez certains enfants gâtés de la haute fonction publique…
    X, p 161-177. Sur l’âme, le corps, et les amis. Il affirme p 170 avoir «horreur de l’exclusion», ce qui ne colle pas bien avec son obsession de la «conscience de classe».
    XI, p 178-198. Sur la littérature. Où l’auteur déplore que ses livres ne bénéficient pas de plus gros tirages et ne soient pas des best sellers (181-182). Mais comment peut-on avouer cela et se prétendre égalitariste ? Sa réflexion que «je lis peu, je relis surtout quelques livres» (184) me rappelle celle de Dávila, selon qui, de mémoire, on ne lit que pour découvrir ce que l’on doit relire. Page 192 et suivantes, apparition de Roger Caillois (que je ne cesse de recroiser cette année), avec qui Robert prend une cuite au rhum et tombe en extase devant une belle Mexicaine.
    XII. p 199-214. Sur l’enseignement, dont Escarpit se réjouit qu’il soit de moins en moins élitiste. Le problème étant que l’anti-élitisme conduit à la situation présente, où le niveau d’instruction des étudiants à l’université se distingue de moins en moins de celui des bambins de l’école primaire. L’auteur évoque aussi p 205 sq ses nombreux voyages dans le monde entier et notamment dans les pays socialistes, qui ont sa «sympathie». Il ne précise pas quels voyages étaient à ses frais ou à ceux du contribuable. Il confie p 212 être de plus en plus à gauche à mesure qu’il vieillit, c’est à dire à mesure qu’il est de plus en plus embourgeoisé installé monumental. Quelle surprise.
    XIII, p 215-217. Quelques mots de conclusion. Pour la mienne, je reviendrai à une plaisanterie du début du livre (p 10), où l’auteur cinquantenaire déclare vouloir faire ainsi le bilan de ses souvenirs «tous les cinquante ans», de sorte que les deuxième et troisième volumes de ses mémoires paraitraient en 2018 et en 2068. Les deux dates semblaient alors lointaines, la première aujourd’hui est déjà passée. Quant à la seconde, je me demande s’il y aura encore quelqu’un qui nous lise, Escarpit et moi, à ce moment-là.