lundi 27 avril 2026

pensées

Hélas ! Le recueil des Pensées de Cavanna, que je me suis donné tant de mal à trouver, ne me plait pas beaucoup, je le trouve médiocre. L’auteur confie lui-même en introduction qu’il ne tenait pas à ce livre, dont l’existence serait due à l’insistance de l’éditeur. Une partie des pensées sont extraites de textes déjà publiés, mais on ne sait lesquelles, certaines seulement ont été composées exprès pour ce volume. J’y retrouve p 153 celle qui est sans doute la plus connue et dont j’avais souvenir : « La publicité nous prend pour des cons. La publicité nous rend cons. » Ce n’est pas faux, et cela sonne bien, mais ce n’est pas très profond non plus. Et l’on voit là une des pauvretés de l’auteur, qui parait incapable, en tout cas dans ce livre, d’écrire plus de deux phrases sans utiliser le mot « con », comme adjectif ou substantif. Souvent je ne suis pas en désaccord avec lui sur le fond, et je sauverais par exemple la belle diatribe des pages 143-144 sur les ignobles graffitis dits tags. Mais dans l’ensemble je trouve ces pensées pas terribles, elles ne vont que de la potacherie à la sornette, de la platitude au militantisme, cela manque de finesse. Un peu à l’image du portrait de l’auteur en couverture : grosse tignasse, grosse moustache, et grosses idées. De gauche, bien entendu. Tâtez-moi cette perle de la p 55 : « La gauche, c’est ce qui essaie de comprendre. La droite, c’est ce qui se refuse même d’envisager qu’il y ait quelque chose à comprendre. Quand la gauche se comporte de la façon numéro deux, c’est simplement qu’elle n’est pas la gauche. » Ben voyons. On retrouve là concentré tout le penchant fanatique de la gaucherie ordinaire : étant donné que la gauche, c’est le Bien, et la droite le Mal, comment peut-on ne pas être de gauche ? Je vous le demande. Ce qui est certain, c’est que celui qui écrit une telle phrase ne cherche nullement à comprendre comment on peut penser autrement que lui…

dimanche 26 avril 2026

Cavanna

    Lorsque j’ai su, il y a bien six mois, qu’il existait un recueil de Pensées de François Cavanna (Le Cherche Midi, 1994) j’ai voulu le lire. Non que j’en attendisse grand chose mais ce genre me plait, et malgré tout ce qui peut me séparer de Cavanna, je conserve envers lui une dette de sympathie, parce qu’il fut le premier à accueillir une de mes rares publications dans la presse nationale (une note étymologique dans Charlie, jadis). L’auteur ayant acquis de son vivant la célébrité avec ses best-sellers autobiographiques sur Les Ritals et Les Russkoffs (que je n’ai pas lus), je pensais trouver facilement le moyen d’emprunter ce recueil de pensées. Il n’en était rien. L’ouvrage ne se trouvait bien sûr pas dans les biblis publiques des deux bleds voisins, Villeneuve et Loulay, mais pas non plus dans le catalogue en ligne des villes de la contrée : ni à Saint-Jean (20 km), ni à Surgères (autant), ni à Saintes (45 km), ni même à La Rochelle (60 km). Pas la peine donc d’y aller. Il n’était pas non plus dans les collections de la Médiathèque départementale de la Charente-Maritime, ni dans celles de la bibliothèque universitaire de Bordeaux-Pessac, en Gironde où je me rends une fois par mois. Je consultai aussi le Sudoc, c’est à dire le richissime catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, qui permet de faire venir par le prêt entre bibliothèques les livres qu’on ne trouve pas sur place. Las ! Le seul exemplaire se trouvait à la b-u de Nouméa, d’où je ne pouvais décemment demander qu’on me l’envoie. Il fallait se rendre à l’évidence : ce fichu livre était une rareté. Je finis par en repérer un exemplaire dans le catalogue en ligne du réseau des biblis de Niort et des environs, dans le département voisin, les Deux-Sèvres : il se trouvait à Chauray, une banlieue située à dix kilomètres au nord-est de Niort, Niort étant elle-même à trente km au nord de chez moi. Mais valait-il le coup d’investir dans une inscription pour emprunter ce seul ouvrage, ou d’effectuer le trajet (30 + 10 = 40, aller-retour = 80 km) pour prendre connaissance d’un livre que je ne pouvais espérer lire sur place en une seule fois ? Il y avait la solution de l’acheter d’occasion en ligne, où on le trouvait en vente pour une demi-douzaine d’euros. Mais il fallait en ajouter autant pour le port, et là encore : valait-il la peine, vu mes rentes, d’engager une telle somme pour un livre que je n’étais pas sûr de vouloir conserver, et que je revendrais au mieux un euro dans un vide-grenier ? Je tentai de le faire acheter d’occasion par l’université, après tout pourquoi pas, s’il était absent de toutes les b-u de métropole, mais cela fut refusé, pour la bonne raison que les crédits avaient été drastiquement réduits. Je pouvais aussi renoncer à connaitre ce livre, dont je n’avais pas vraiment besoin, mais bêtement la difficulté m’entêtait à y parvenir. Le problème a fini par se résoudre naguère, quand j’ai appris que l’inscription au réseau des biblis de Niort était gratuite, ce qui changeait la donne. La semaine dernière, donc, devant me rendre dans cette ville pour y acheter des planches, j’en profitai pour avancer jusqu’à Chauray, m’y inscrire et emprunter le recueil. Ce fut laborieux car je me perdis en route à l’aller, et de même au retour, mais enfin j’ai obtenu ce que je voulais.

samedi 25 avril 2026

formule

    Un jour une rurale, avec qui je discutais de la vie, qui présente l’inconvénient d’aboutir à la mort, a résumé son point de vue dans cette formule abrupte : De toute façon, on va tous y passer. Je le savais déjà. Mais dès lors, je l’ai su encore mieux.

vendredi 24 avril 2026

incitation

    La façon la plus sûre, la plus efficace, d’inciter à la haine, c’est d’accuser n’importe quel propos critique d’être une incitation à la haine. Mais attention : l’accusateur a souvent l’air plus haineux que l’accusé…

jeudi 23 avril 2026

Petchanatz

    Reçu du camarade Christophe Petchanatz ses Fragments de Journal, parus, quelle chance, sous la forme d’un charmant petit volume de la collection Club Samizdat (Editions Deleatur, dans les Alpes, 2026). L’on s’y tient à la règle de «ne pas écrire trop long» et en effet ces fragments sont brefs, tantôt un paragraphe, parfois juste une ou deux lignes. Ce sont des notations, des esquisses de portraits, des lambeaux de rêves, des aphorismes, des souvenirs, ou de simples jeux de mots, dont l’auteur est friand, genre «En tricycle, Jean Moulin» ou «Par l’étang qui court»…

mardi 21 avril 2026

caatinga

    Chaque année le retour du printemps repose à l’horticulteur, à l’agriculteur et même au sylviculteur le problème de la prolifération végétale. Dans les trois parcelles de bois que j’ai sur les hauteurs, le phénomène reste modéré, soit parce que le sol y est moins fertile, soit parce qu’il s’agit de futaies ombreuses, qui buissonnent surtout en lisière, pour celles qui par endroit bordent les champs. Il en va tout autrement au bois de la Rigeasse, petite parcelle triangulaire de mille mètres carrés isolée au milieu de la plaine. Par devers moi pour plaisanter je l’appelle ma caatinga. La caatinga est une formation végétale du nord-est brésilien, une brousse clairsemée, épineuse et lumineuse, tenant son nom du tupi caa, forêt, et tinga, blanche. Ce n’est pas tout à fait la même chose à la Rigeasse, bien sûr, mais ce bosquet entouré de champs, et peuplé principalement d’épineux de faible hauteur (aubépines et prunelliers) et d’ormeaux ne produisant qu’une ombre claire, ce bosquet donc est inondé de lumière propice à l’explosion végétale. L’autre jour pour me faire plaisir j’ai embauché un ouvrier à passer sa débroussailleuse pendant une heure dans ce fouillis. Quelle clarté, soudain, quel apaisement, je respire enfin. Pour quelque temps.

dimanche 19 avril 2026

Camacho

Lettre documentaire 537

SIX POEMES BREFS 
de Carmen CAMACHO 

extraits de son recueil Deslengua
(Libros de la Herida, Sevilla, 2020) 
et ici traduits par Philippe Billé

X
Je vais du bruit au silence,
tu vas du silence au bruit.
Que pourrons-nous bien nous dire
lorsque nous nous croiserons !

XV
Le Demain
n’est aucun jour
de la semaine.

XXXVII
En hiver à la maison.
Ton petit linge et le mien
sur la chaise.

LVIII
Double sens :
apprends à t’en aller
par où tu es venu.

LXXIII 
Petite lanterne de rien,
au sein de ma nuit obscure,
était la lune.

LXXXIV 
Dans la gare
attendent le dernier train
deux petits vieux au soleil.