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Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
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Un ami palois, qui croit que j’ai le temps de lire, m’avait suggéré de m’intéresser à L’ancêtre (El entenado, 1983) du romancier argentin Juan José Saer («ça devrait te plaire, il y a plein d'Indiens qui boulottent des marins et s’entre-sodomisent»). Je viens d’en lire les soixante-dix premières pages en traduction française. Cela se présente comme le récit par un vieil homme de la Renaissance, d’un voyage aventureux fait dans sa jeunesse. Parti outre Atlantique comme mousse à bord d’un navire, il se fait enfiler en cours de route par tous les marins sans que cela le gêne outre mesure (il est d'un naturel compréhensif). Puis les voyageurs arrivent dans un pays forestier, où les invraisemblances commencent aussitôt. A peine débarqué sur une plage, tout l’équipage se fait massacrer à coups de flèches par les indigènes, sauf le narrateur, qui s’en étonne à peine et demeure incroyablement serein. Les sauvages l’emmènent dans leur village en le portant par les coudes pendant des heures, sans se fatiguer. Mieux : ils transportent aussi tous les cadavres, en trottinant sans peine pendant des heures. Arrivés sur place, ils organisent avec les corps un banquet cannibale, dont la cuisson et la consommation nous valent des descriptions interminables. Le repas est suivi d’une beuverie, puis d’une orgie homo-, hétéro- et auto-sexuelle. A ce point le récit, passé de l’ethnographie à la pornographie, entre dans la fantaisie pure. Halte là, il me faut une préparation psychologique avant d’aller plus loin, si j’y vais. Un trait d’humour qui m’a amusé : chaque fois qu’ils examinent le jeune homme blanc, les sauvages répètent le mot par lequel ils le désignent : def-ghi, def-ghi. Je me demandais à quel lexique l’auteur avait piqué ce vocable, avant de réaliser que c’est tout simplement une suite de lettres, dans l’ordre alphabétique.
Un publiciste de Biarritz, monsieur FS, m’a semble-t-il «bloqué» après que j’eus déposé sur sa page Facebook le 9 août un commentaire qui ne lui a pas plu. Il est vrai que je n’avais pas cherché à plaire. Dans ce commentaire je ne disais rien du passage de sa dépêche, où ce monsieur se plaçait modestement dans la lignée de Marc-Aurèle («un de mes lointains ancêtres», on voit le genre). Je me référais à un autre développement, où il se déclarait «ennemi des Français qui se disent de souche», en ajoutant cette explication : «ce sont pour moi des étrangers». Je me suis borné à lui demander si vraiment, pour lui, un étranger est en soi un ennemi. Et visiblement c'était trop demander. Récemment cet internaute avait confié à son public être d’origine gitane. De là peut-être son ressentiment vis-à-vis de la population dite de souche. S’il en est ainsi, cet incident ne fera qu’aggraver mon pessimisme quant à la possibilité de rapports harmonieux entre «communautés». Pour ma part je ne renie pas les métaphores de Français de souche, et Français de branche, je reconnais leur commodité expressive sans attribuer de valeur morale aux situations démographiques ainsi désignées. Je considère qu’il n’y a ni gloire ni honte à être de souche ou pas, et je ne juge pas les individus en fonction de leur origine ethnique. Je ne saurai pas plus précisément ce qu’en pensait l’humaniste gitano-basque susceptible, qui a préféré rendre la communication impossible entre nous. Mais après tout ce n’est pas bien grave, comme il ne s’annonçait pas que nous eussions grand chose à nous dire.
Dans le conte des frères Grimm, Les musiciens de Brême, j’aime surtout le début, la rencontre successive des quatre vieux animaux qui s’unissent pour aller chanter à la ville. La découverte de la maison des brigands, que les bêtes font fuir, me plait moins, par son côté grand guignol.
Dans Du coeur au ventre (Fayard, 1996) Marina Vlady a eu la bonne idée de réunir une cinquantaine de «récits» où elle raconte en deux trois pages des moments de sa vie, des incidents, des rencontres avec des proches, des inconnus et des célébrités. Dans ces souvenirs il est toujours question d’une boisson ou d’un plat, qui donne son nom à chaque texte. (Je pense que les crêpes fourrées grecques qu’elle mange à New York sont des souvlakis et non des slouvakis). On apprend qu’elle a connu dans leurs derniers jours des gens aussi différents qu’Andreï Tarkovski (qu’elle hébergeait (Bitotchki)), Simone Signoret (Caviar) ou Jean-Marc Reiser (Thé fumé). Au moins deux des récits (Caipirinha et Boeuf grillé) évoquent la propriété rurale de son fils Vladimir dans le chaco sud-américain. Je n’ai pas lu tout le livre mais j’ai bien aimé ce que j’en ai lu.