Ps. A tout hasard : quelqu'un de mes lecteurs posséderait-il ou aurait-il accès au livre de R Caillois, Images du labyrinthe, et pourrait-il m'envoyer une photo de la table des matières ?
Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
lundi 16 mars 2026
Caillois
La visite à Paris début janvier, sur l’opportun conseil de l’ami Carnif, d’une exposition de pierres ayant appartenu à Roger Caillois, fut pour moi l’occasion de retrouver cet écrivain que je connais mal, n’ayant pas lu ses oeuvres principales. Il est à mes yeux d’abord le traducteur et l’éditeur des auteurs hispano-américains qu’il a révélés au public français après guerre, dans la collection La Croix du Sud créée par lui aux éditions Gallimard (collection où ont paru quelque cinquante livres en dix-neuf ans, de 1951 à 1970, avant d’être intégrée à la collection Du monde entier, voilà qui mériterait une notice dans Wiki). Je n’ai pas aimé un article bêtement méprisant que Caillois a écrit sur les journaux d’écrivains, mais je prise son pamphlet Description du marxisme et son recueil de textes sur les Pierres. Je me souviens aussi d’avoir publié en 1995, dans ma Lettre documentaire 141, des extraits d’une présentation qu’il avait écrite en 1973 pour le catalogue d’une exposition du paysagiste brésilien Roberto Burle Marx. Caillois y tenait des propos lumineux sur l’art des jardins. Je n’ai jamais su avec certitude si ce document était resté inédit depuis lors, ou avait été repris en volume. Pour essayer de m’en assurer, j’ai consulté naguère le pavé de ses Oeuvres en Quarto, mais il ne contient que ses oeuvres canoniques. J’en ai profité pour y lire la trentaine de pages où est retracée la chronologie de sa vie. On y mentionne une seule fois, en 1965, que Son éthylisme s’accentue (un travers dont je n’ai été informé que naguère par un correspondant au téléphone). On rapporte qu’en 1968 Il n’éprouve aucune sympathie pour les événements. On signale les deux intéressantes heures d’entretiens qu’il a accordées en 1971 à Jean-José Marchand (Archives du XXe siècle, aujourd’hui visibles sur YouTube). On y suit ses relations épisodiques mais toujours chaleureuses avec la charmante mécène argentine Victoria Ocampo, qui cherchait le contact humain (et qui le trouvait, semble-t-il).
dimanche 15 mars 2026
sauvetage
Je sauve sans hésiter l’insecte qui se noie, je le tire de l’eau avec ce que je peux, feuille ou brindille. Le geste peut paraitre inutile ou dérisoire, mais au moins il me réjouit.
samedi 14 mars 2026
Tejero
La lecture des mémoires de Juan Carlos m’a fait repenser au lieutenant-colonel Antonio Tejero, l’officier moustachu qui avait mené en 1981 une tentative de coup d’état, dont l’échec avait renforcé l’autorité incertaine du nouveau roi. Tejero était parait-il non seulement pour le retour au franquisme mais aussi pour l’abolition de la monarchie. Je me souviens qu’il y a quelques années, lorsque je travaillais encore à l’université, j’avais entendu dire que le brave homme, après avoir purgé une peine de prison, se consacrait à la peinture en amateur. J’avais alors caressé un temps l’idée de le faire inviter par la fac pour une petite exposition ou une causerie. Plus exactement, sachant qu’un tel projet n’avait aucune chance d’être accepté, je caressais l’idée d’en formuler quand même la proposition, à seule fin de me divertir en provoquant quelques évanouissements dans le corps enseignant. Mais j’y avais renoncé, pour ne pas aggraver ma triste réputation. J’apprends maintenant que ce rebelle vient de mourir à 93 ans, le 25 février, jour même où je publiais une note sur le destin parallèle des deux Galiciens, Franco et Castro…
vendredi 13 mars 2026
fleurs
Je revois ma mère l’air songeur me dire ou se dire, comme si cela lui revenait soudain, qu’à un moment de l’année il y a ainsi partout des fleurs jaunes.
jeudi 12 mars 2026
mercredi 11 mars 2026
Re-Ferré
Après j’arrête, promis. Mais le passage en revue de cette compilation de Ferré a eu ceci de frustrant que beaucoup de chansons n’étaient pas à mon goût, et qu’il y manquait plusieurs de mes préférées. Aussi je voudrais ajouter quelques mots à propos de l’homme et de ses oeuvres.
Son gauchisme haineux ne me gênait pas trop quand j’étais jeunot, je le trouve imbuvable maintenant que je suis plus malin. En d’autres temps il aurait peut-être applaudi les guillotineurs, les fusilleurs, les goulagueurs et les tchékistes, les assassins et tortionnaires que la haine de classe rend sûrs de leur bon droit. Cela étonne, si l’on considère que lui-même n’était précisément pas d’origine plébéienne et a mené une belle carrière d'artiste riche, ou enrichi, propriétaire successivement d’un château en Bretagne (l’ilot du fort du Guesclin) puis d’un autre dans le Lot (le Perdrigal) et je suppose que sa piaule finale en Toscane n’était pas misérable. Sans doute a-t-il fait partie de ces bourges de gauche gênés d’être nantis et en rajoutant dans le gauchisme afin de se donner bonne mine. A part ça il fut un bon parolier, poète inspiré dans ses meilleurs moments, avec souvent des visions de type surréaliste, même s’il a aussi écrit des âneries balourdes. Il fut un bon musicien, son premier métier, je lis dans Wiki qu’il a même composé des oeuvres religieuses à ses débuts. On s’étonne en songeant qu’il a failli se contenter d’une carrière d’auteur-compositeur et non interprète, alors qu’il était doté d’une voix superbe. Des disques de lui que j’ai possédés, au temps du vinyle, mes deux préférés étaient le deuxième volume d’Amour Anarchie et la compilation Avec le temps / Les chansons d’amour de Léo Ferré. Je l’ai beaucoup écouté dans mon jeune âge, il a été mon chanteur favori avec Brassens.
J’aime les traits plaisants que l’on trouve dans des chansons popu comme Le guinche (Souliers pointus, robe à carreaux, Coeurs vermoulus, incognito…) ou dans la Chanson mécanisée (Mozart pour faire ses trilles, N’avait ni stylo à bille, Ni plume sergent-major : Quand il voulait une plume, Il plumait dans le costume, D’une oie qui passait dehors).
Je suis embarrassé par des chansons comme Petite (la pédophilie ne gênait pas les révolutionnaires d’alors) ou Le crachat, bien tournée mais dégoûtante.
Il a écrit de belles chansons d’amour, parfois lourdettes comme Ton style (c’est ton cul !), parfois d’une légèreté délicieuse, comme On s’aimera, Ça t’va, L’amour fou, (et A toi, Si tu t’en vas…).
Malgré la teneur idéologique je continue d’apprécier l’énergie de chansons comme Ecoute-moi ou Sur la scène, et la majesté de compositions plus lentes comme le Psaume 151, Tu ne dis jamais rien ou Night and day.
J’aime bien certains traits dans des chansons qui par ailleurs ne me plaisent pas trop (Je te vois comme un cygne noir sur la chaussée, à la marée du soir gare Saint-Lazare, quand ça descend vers le Tiers Monde…).
J’aime le Léo d’au-delà de l’idéologie dans Richard (Les gens, il conviendrait de ne les connaitre que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, … avec des problèmes d’homme, simplement, des problèmes de mélancolie…).
Son gauchisme haineux ne me gênait pas trop quand j’étais jeunot, je le trouve imbuvable maintenant que je suis plus malin. En d’autres temps il aurait peut-être applaudi les guillotineurs, les fusilleurs, les goulagueurs et les tchékistes, les assassins et tortionnaires que la haine de classe rend sûrs de leur bon droit. Cela étonne, si l’on considère que lui-même n’était précisément pas d’origine plébéienne et a mené une belle carrière d'artiste riche, ou enrichi, propriétaire successivement d’un château en Bretagne (l’ilot du fort du Guesclin) puis d’un autre dans le Lot (le Perdrigal) et je suppose que sa piaule finale en Toscane n’était pas misérable. Sans doute a-t-il fait partie de ces bourges de gauche gênés d’être nantis et en rajoutant dans le gauchisme afin de se donner bonne mine. A part ça il fut un bon parolier, poète inspiré dans ses meilleurs moments, avec souvent des visions de type surréaliste, même s’il a aussi écrit des âneries balourdes. Il fut un bon musicien, son premier métier, je lis dans Wiki qu’il a même composé des oeuvres religieuses à ses débuts. On s’étonne en songeant qu’il a failli se contenter d’une carrière d’auteur-compositeur et non interprète, alors qu’il était doté d’une voix superbe. Des disques de lui que j’ai possédés, au temps du vinyle, mes deux préférés étaient le deuxième volume d’Amour Anarchie et la compilation Avec le temps / Les chansons d’amour de Léo Ferré. Je l’ai beaucoup écouté dans mon jeune âge, il a été mon chanteur favori avec Brassens.
J’aime les traits plaisants que l’on trouve dans des chansons popu comme Le guinche (Souliers pointus, robe à carreaux, Coeurs vermoulus, incognito…) ou dans la Chanson mécanisée (Mozart pour faire ses trilles, N’avait ni stylo à bille, Ni plume sergent-major : Quand il voulait une plume, Il plumait dans le costume, D’une oie qui passait dehors).
Je suis embarrassé par des chansons comme Petite (la pédophilie ne gênait pas les révolutionnaires d’alors) ou Le crachat, bien tournée mais dégoûtante.
Il a écrit de belles chansons d’amour, parfois lourdettes comme Ton style (c’est ton cul !), parfois d’une légèreté délicieuse, comme On s’aimera, Ça t’va, L’amour fou, (et A toi, Si tu t’en vas…).
Malgré la teneur idéologique je continue d’apprécier l’énergie de chansons comme Ecoute-moi ou Sur la scène, et la majesté de compositions plus lentes comme le Psaume 151, Tu ne dis jamais rien ou Night and day.
J’aime bien certains traits dans des chansons qui par ailleurs ne me plaisent pas trop (Je te vois comme un cygne noir sur la chaussée, à la marée du soir gare Saint-Lazare, quand ça descend vers le Tiers Monde…).
J’aime le Léo d’au-delà de l’idéologie dans Richard (Les gens, il conviendrait de ne les connaitre que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, … avec des problèmes d’homme, simplement, des problèmes de mélancolie…).
mardi 10 mars 2026
Ferré 4
Le chien. Long délire libertaire grandiloquent, en partie en charabia incompréhensible, et plein d’apostrophes haineuses, au vu desquelles le disque Amour Anarchie devrait plutôt s’intituler Haine Anarchie. Il y a tromperie sur la marchandise !
C’est extra. Grand slow kitsch boursouflé mou .
L’oppression. Longue tirade molle de gauchisme sirupeux ridicule.
La The Nana. Assez kitsch, dès le titre, mais plein de trouvailles expressives.
La solitude. Slow philosophique sibyllin emphatique longuet. Mon vers préféré est le dernier, quand il dit La lucidité se tient dans mon froc, avec sa grosse voix en colère et le roulement de tambour. Jamais pigé ce qu’il voulait dire, mais je trouvais que ça sonnait bien.
Avec le temps. Terriblement triste mais très belle, doit être sa plus connue, en tout cas la première à sortir quand on demande Ferré sur YouTube, probablement celle qui restera s’il n’en reste qu’une.
L’espoir. Interminable litanie ibéro-anarchiste menaçante, prétentieuse et gonflante.
Ni Dieu ni maître. Hymne anar grandiloquent pénible.
C’est extra. Grand slow kitsch boursouflé mou .
L’oppression. Longue tirade molle de gauchisme sirupeux ridicule.
La The Nana. Assez kitsch, dès le titre, mais plein de trouvailles expressives.
La solitude. Slow philosophique sibyllin emphatique longuet. Mon vers préféré est le dernier, quand il dit La lucidité se tient dans mon froc, avec sa grosse voix en colère et le roulement de tambour. Jamais pigé ce qu’il voulait dire, mais je trouvais que ça sonnait bien.
Avec le temps. Terriblement triste mais très belle, doit être sa plus connue, en tout cas la première à sortir quand on demande Ferré sur YouTube, probablement celle qui restera s’il n’en reste qu’une.
L’espoir. Interminable litanie ibéro-anarchiste menaçante, prétentieuse et gonflante.
Ni Dieu ni maître. Hymne anar grandiloquent pénible.
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