lundi 15 juin 2026

Nélson

    Le plus intéressant de ces trois livres était Flor de obsessão : As 1000 melhores frases de Nélson Rodrigues (São Paulo : Companhia das Letras, 1997). Fleur d’obsession était parait-il un surnom de Nélson Rodrigues (1912-1980) qui fut un journaliste infatigable et un célèbre dramaturge brésilien. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert dans ce recueil de presque mille phrases, extraites de ses écrits par un certain Rui Castro, son ton cynique mais subtil, qui ne me déplait pas. J’en traduis quelques unes dans ma Lettre documentaire n° 542.

Rodrigues

Lettre documentaire 542

VINGT-TROIS PHRASES de Nélson Rodrigues

extraites du recueil Flor de obsessäo
(conçu par R Castro, S Paulo, 1997)
et ici traduites par Philippe Billé.

(Artistes)  L’artiste a besoin de solitude, pour ne pas pourrir.

(Cariocas)  Le Carioca est le seul type capable de hurler des confidences très secrètes d’un trottoir à l’autre.

(Mariage - Casamento)  L’idéal est que le mari soit d’une classe et la femme d’une autre. Par exemple c’est parfait, si la femme est une Marie-Antoinette et le mari un chauffeur de bus.

(Confessions)  Il y a des choses que l’on n’avoue ni au prêtre, ni au psychanalyste, ni au médecin, ni même au médium, une fois mort.

(Faute - Culpa)  Si nous ne sommes pas en train de hurler à quatre pattes dans les bois, c’est uniquement parce que le sentiment de culpabilité nous sauve.

(Diète)  Sartre a écrit un jour que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas ça. Pour moi, l’enfer c’est la régime sans sel que je dois suivre. Opinion, comme on voit, bien moins littéraire, mais à mes yeux bien plus véridique.

(Argent - Dinheiro)  Il y a des gens qui, pour de l’argent, seraient même capables d’une bonne action.

(Education sexuelle)  L’éducation sexuelle ne devrait être dispensée que par un vétérinaire.

(Erreur)  Nous avons tous déjà aimé par erreur, haï par erreur.

(Enfants - Filhos)  Quand le type est un abruti incapable de rien faire, il fait des enfants.

(Gloire)  Je suis un narcissique très négligent, très relâché dans l’administration de ma gloire.

(Ennemi - Inimigo)  Il n’y a pas d’admiration plus délicieuse que celle de l’ennemi.

(Ennemi - Inimigo)  Rien de plus doux, rien de plus tendre qu’un ex-ennemi.

(Jeunes)  Le jeune est soit un Rimbaud, soit un débile mental.

(Liberté)  Je crois la liberté plus importante que le pain.

(Médecine)  Le médecin est soit un saint, soit un gangster.

(Mystère)  La moindre femme de ménage a sa part de mystère.

(Prostituées)  Seuls des marxistes de bas étage attribuent à la prostitution des causes économiques. Il y a des femmes qui paieraient pour exercer ce métier.

(Réactionnaire)  Aujourd’hui le bonhomme préfère qu’on injurie sa mère, plutôt qu’on le traite de réactionnaire.

(Saints)  Toute dévotion est belle. Peu importe si le saint ne la mérite pas. Ou même que ce soit un faux saint. (Je veux croire qu’il existe aussi des saints canailles.)

(Sexe)  Si tout le monde connaissait l’intimité sexuelle des autres, personne ne saluerait plus personne.

(Staline)  Vous connaissez la photo montrant Staline et Ribbentrop en train de signer le pacte nazi-communiste. Nul ne peut oublier leur sourire complaisant et obscène. S’il a manqué quelqu’un à Nuremberg, c’est Staline.

(Sous-développement)  Rien de plus abject que le sous-développement consenti, avoué, et même radieux.

dimanche 14 juin 2026

frases

    Il y a quelque temps, l’idée m’est venue de chercher dans le catalogue de la Bu les livres dont le titre contiendrait le mot frases, c’est à dire phrases en espagnol et en portugais. Il y en avait trois. Je les ai empruntés.
    L’un d’eux était Frases de Jorge Batlle, paru en 2003, à l’époque où cet homme était président de l’Uruguay. C’est un recueil de coupures de presse reproduisant des propos de ce politicien et les commentaires de journalistes. Pour moi aucun intérêt, je ne le lirai pas. Une bizarrerie notable est que ce livre est du genre qui ne s’adresse qu’aux citoyens du pays où il est publié, et qui savent naturellement de quoi il est question. Mais l’identification dudit pays est une énigme pour le bibliographe lointain, qui ne sait pas forcément qui est Jorge Batlle et doit d’abord se renseigner, car le livre ne donne aucune mention de maison, ni de ville, ni même de pays d’édition. Or il y a nombre de pays hispanophones de par le monde, dont dix-sept dans la seule Amérique latine continentale. Tout juste signale-t-on que l’ouvrage a été imprimé chez Rumifax SA, ce qui peut être n’importe où, et que l’organisateur du recueil a enseigné à l’Universidad de la República, sans préciser de quelle république. Cela me rappelle être tombé il y a des années sur un livre plus mystérieux encore, car il n’y avait pas de personnalité citée dans le titre, ni aucune localisation, la seule indication étant que l’ouvrage était publié par la Editorial del Ejército (les Editions de l’Armée)…
    Un livre plus alléchant était le Florilegio de frases envenenadas, sous-titré Una antología de la maledicencia, publié par un certain Gregorio Doval aux Ediciones del Prado, à Madrid, en 1996. Mais je n’ai fait que le feuilleter brièvement, bientôt découragé par la masse indigeste des 360 grandes pages, et par le fait que ces citations non référencées, donc invérifiables, ne sont pas si méchantes que ça, et pour beaucoup sont attribuées à ou concernent des vedettes qui ne m’intéressent pas.

    Je parlerai du troisième livre demain.

samedi 13 juin 2026

vendredi 12 juin 2026

bestiole

L’autre soir en dinant, je vois soudain passer sur le plancher, entre le pied de la table et le mien, une sorte de gros insecte noir, long de trois ou quatre centimètres. N’écrasant plus systématiquement les intrus, je me contente de les expulser, si possible. Je me lève, balaye la bestiole dans une pelle à poussière, et me dirige vers l’entrée. Le déporté s’échappe en cours de route mais il est repris. Arrivé dehors, je le considère. Il se tient maintenant immobile au milieu de la pelle, tourné vers moi dans une posture de défi, l’abdomen recourbé vers le haut. Je n’en ai jamais vu ici mais je me demande si ça peut être un scorpion, auquel cas il serait peut-être plus prudent de lui appliquer la solution finale. La clémence prenant le dessus, je le balance dans l’herbe, puis je rentre dans la maison en me demandant si j’ai bien fait. Renseignements pris, il s’agirait en fait d’un staphylin noir (Ocypus olens), soit un insecte et non un arachnide comme les scorpions. Et sans danger pour l’homme, donc pas de regret.
    (Photo piquée en ligne)

jeudi 11 juin 2026

Berlin

    Il y a quelques nuits j’ai rêvé cette phrase : Les sonnets à Berlin n’auront pas lieu.

mercredi 10 juin 2026

pirates

    Vu l'autre soir le film Capitaine Phillips, de Paul Greengrass (2013). Un sujet intéressant, l’attaque d’un navire de commerce et la prise en otage de son capitaine par des sauvages de la Somalie, mais le film qu’on en a tiré ne m’a pas emballé. Beaucoup de scènes filmées avec une caméra sursautante sont pénibles à regarder, et l’histoire m’a paru ennuyeuse. D.