A HUE ET A DIA
à abattre
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à cause
à demain
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Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
A HUE ET A DIA
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De petits cauchemars plus ridicules qu’effrayants, en quelque sorte rassurants : on ne va pas si mal, après tout.
En déplacement hier en Gironde, passant par l’Université, j’ai emprunté l’édition en Folio du recueil Ecrits pacifistes, de Jean Giono, comprenant Refus d’obéissance, Précisions, et Recherche de la pureté. C’est dans ce dernier texte, que je retrouve les pages terribles (p 180-183) auxquelles je faisais allusion dans ma note d’hier : « C’est la grande bataille de Verdun (…) Dehors, c’est un déluge de fer (…) il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. (…) Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier que ça a pris est sorti : depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. (…) Nous n’avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. (…) nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d’avaler de petites boulettes de terre pour calmer la faim (…) Nous faisons dans notre main. C’est une dysenterie qui coule entre nos doigts. (…) nous nous apercevons que nous faisons du sang. (…) Alors nous faisons carrément sur place, là, sous nous. (…) » Hier aussi mon lecteur Philippe Martineau m’a envoyé une copie numérique de ce passage, avec une note indiquant que Giono sera le seul survivant de ces neuf hommes. Autant son anti-capitalisme simpliste ne me convainc pas, autant je comprends qu’après de telles expériences il ait été fermement pacifiste…
J’avais lu je ne sais plus où un texte saisissant de Jean Giono à propos de la Guerre, d’hommes réduits à se chier dans la main et à bazarder l’étron où ils pouvaient, ce genre d’extrémités. Cela provenait censément de Refus d’obéissance, dont je me suis procuré un exemplaire dans la collection des Folio à trois euros. J’ai été doublement déçu de n’y pas retrouver le texte en question, et de trouver peu d’attrait à ceux qui y sont réunis. Le premier, Je ne peux pas oublier, se termine sur une belle évocation de camarades tués (Je te reconnais, Untel…) mais consiste essentiellement en une démonstration d’anti-capitalisme primaire : «On ne peut tuer la guerre sans tuer l’état capitaliste … La guerre est le coeur de l’état capitaliste…» L’auteur n’a visiblement pas idée de ce que la guerre a existé longtemps avant le capitalisme, de tous temps à vrai dire. Pas idée non plus de ce que si la guerre bénéficie évidemment à certaines entreprises, elle en ruine aussi quantité d’autres. Mais passons. Les quatre autres textes sont présentés comme des chapitres inédits du Grand troupeau. Ils contiennent des passages intéressants (vues de morts et de blessés, animaux domestiques divaguant en liberté…) mais très souvent le texte est peu clair, comme s’il s’agissait de notes hâtives que seul l’auteur peut comprendre. J’ai remarqué que Giono, en bon rural, parle peu d’arbres en général, mais sait désigner plus précisément les frênes, ormes, hêtres, saules etc. Je vois indiqué sur la couverture que ce mince volume serait extrait d’Ecrits pacifistes, où j’aurais peut-être trouvé ce que je cherchais. On verra ça une autre fois.
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