Je n’ai lu que jusque vers la moitié la Chronique anonyme de la première croisade (traduction nouvelle, du latin, Arléa, 1998) ouvrage attirant mais un peu décevant parce qu’on n’y comprend pas grand chose, peut-être du fait que l’auteur, comme fait remarquer la préfacière, s’adresse au lecteur ainsi qu’on le ferait à des convives qui connaissent déjà les faits. Il ne se soucie pas de faire oeuvre d’historien, il indique que telle action se déroule à tel moment de l’année mais sans préciser quelle année, et situe trop vaguement les lieux pour que l’on puisse bien se figurer ce qui se passe dans les innombrables batailles, sièges et embuscades. On peut tout de même humer l’air du temps, savourer les vieux noms (Robert le Normand, Robert de Sourde-Vallée, Hugues le Grand, Hermann de Cannes…). L’Anonyme trouve justifiée la croisade, à laquelle il a pris part, mais ne cache pas les exactions inutiles, ni l’hécatombe qu’elle fut pour les Européens, chevaliers comme piétons…
Journal documentaire
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
dimanche 2 août 2026
samedi 1 août 2026
Royan
Bizarrement Open AI me situe dans la grande ville du département la plus éloignée de chez moi : Approximate location : Royan, FR (au lieu de Saintes, La Rochelle ou Rochefort).
vendredi 31 juillet 2026
Vaneigem
Réédition : quelques notes du Journal documentaire à propos de Raoul Vaneigem (1934-2026).
Février 1996. Avertissement aux écoliers et lycéens, par Raoul Vaneigem (Mille et une nuits, 1995). Brochure d’octante pages, bon marché, 10 francs, mais cette médiocre marchandise ne vaut même pas ce qu’elle coûte. Il s’en vend paraît-il des dizaines de milliers d’exemplaires. Ce succès tient plus, je pense, à la célébrité de l’auteur, héros situationniste, qu’à l’intérêt de sa pensée pédagogique. Sur une question aussi difficile que celle de l’enseignement, il est toujours décevant de lire de telles balourdises. C’est encore un numéro de capitalisme-qui-explique-tout et d’anarchisme-qui-résout-tout. «Il est temps d’en finir avec les billevesées du passé», dit justement RV, qui devrait d’abord faire le ménage chez lui-même. Septembre 2003. Le supplément littéraire du Monde, comme du reste le quotidien lui-même, est imbibé d’un humanisme épais, qui le porte à faire cas d'accablantes sottises. J’en prends de plus en plus rarement connaissance, mais je suis tombé l’autre jour sur la page entière où l’on recueillait, pour saluer la parution d’un nouveau chef d’œuvre, les propos de Raoul Vaneigem, farouche révolutionnaire qui n’a «jamais cessé de vouloir détruire cette société de profit qu’(il) exècre», vous voyez le genre. Il serait vain, et trop long, de rapporter ici la cataracte d’âneries, qu’il débite à une cadence étourdissante. Le sommet me semble atteint dans l’affirmation que « la maladie, la mort sont l’effet d’une vie absente, non d’une malédiction ontologique ». Je lis aussi ces balivernes selon lesquelles ce serait l’architecture des banlieues qui y susciterait la délinquance. Je pense, après en avoir eu longtemps l’expérience, qu’il n’en est rien. Ce n’est pas leur laideur qui rend ces immeubles invivables mais la malveillance de certains habitants. Que l’on transporte les crétins où l’on voudra, ils mettront partout le souk.
23 mai 2015. ... critique mordante de Pierre-Henri Simon (cité par Christophe Bourseiller) en 1968, à propos de Debord et Vaneigem : «… les deux auteurs … ont passé largement la trentaine, ce qui les autorise sans doute à donner des conseils aux jeunes gens, mais pas tout à fait à parler en leur nom … il est difficile de vanter la fête d’une façon plus ennuyeuse que ne font nos situationnistes…» Simon juge aussi que Vaneigem «patauge dans des sottises dont il est juste de dire que Debord se garde beaucoup mieux».
10 janvier 2024. Un des rares points sur lesquels, tout compte fait, je reste d’accord avec Guy Debord, est son opinion sur Raoul Vaneigem, dont il disait que «tout ce qu’il écrit est nul». Vaneigem me fait la même impression chaque fois que j’entrouvre un de ses livres. Dernièrement en tombant sur ce récent chef d’œuvre, dans une boite à livres : Appel à la vie, contre la tyrannie étatique et marchande (Libertalia, 2019). A ce que j’en ai aperçu, c’est encore un long chapelet de jérémiades et de billevesées marxistoïdes. Raoul s’y connaît un peu en préhistoire : il nous explique que jadis l’humanité a vécu dans un état paradisiaque mais presque, avant que des salauds n’inventent le vilain capitalisme patriarcal, qu’est très méchant. Un pic de jobardise semble atteint à la page 66, où l’on propose d’«instaurer, au-delà du virilisme et du féminisme, la prééminence acratique de la femme». C’est que les hommes et les femmes ont beau être égaux, ces dames sont en quelque sorte d’une égalité un brin supérieure, si vous voyez...
jeudi 30 juillet 2026
pompières
Cela m'a peut-être échappé, mais j'ai l'impression qu'on n'entend pas beaucoup les féministes réclamer la parité hommes-femmes chez les « soldats du feu ».
mercredi 29 juillet 2026
incendies
(Ma vie palpiteuse, suite.)
Mercredi dernier mon aide de camp est venue me rendre visite depuis sa Gironde, par hasard juste avant que ne s’y déclarent les énormes incendies de forêt qui depuis font la une. Un des motifs du déplacement était de me conduire le lendemain jeudi après-midi à une consultation d’ophtalmologie à Lagord, une banlieue au nord de La Rochelle. Nous nous y rendîmes en partant le matin assez tôt pour avoir le temps de passer d’abord quelques heures dans la commune voisine de L’Houmeau, en bord de mer. Nous visitâmes l’église Sainte-Anne (quatre vitraux de Charles Champigneulle, 1902), nous déjeunâmes sur l’herbe à l’ombre des arbres, au port du Plomb, et nous passâmes un moment sur une plage de galets où, la marée étant haute et la mer étale, j’eus le plaisir de me baigner. L’ophtalmo devait ensuite m’annoncer que depuis ma dernière visite il y a neuf mois, l’évolution de la cataracte avait fait passer mon acuité visuelle de six degrés à quatre pour les deux yeux, et que je devrais envisager une opération en décembre. Je me résigne à cette perspective qui ne me réjouit pas, mais que je préfère quand même à celle de devenir tout à fait aveugle. Dans les jours qui suivirent nous apprîmes comme tout le monde que des feux avaient éclaté en Gironde à Saumos et dans les Landes voisines à Biscarosse, l'incendie girondin s’étendant ensuite vers la presqu’ile du Cap-Ferret puis vers la rive Nord du Bassin d’Arcachon, où réside ma camarade. Elle envisagea d’abord de rentrer promptement chez elle, je l’incitais plutôt à s’abstenir de ce retour, qui bientôt s’avéra impossible car sa commune était évacuée. Elle reste donc pour l’instant dans mon hacienda. Sa maison n’est pas menacée par les flammes, le danger principal est celui des fumées, nous songeons maintenant à l’action de possibles pillards sur les habitations abandonnées. Nous nous tenons quotidiennement informés de la situation, par les réseaux sociaux et par les télévisions BFM et CNews. Pour nous c’est une impression curieuse, que d’entendre répéter sans cesse des toponymes qui d’ordinaire font rarement les grands titres mais nous sont familiers, comme ceux des communes riveraines du Bassin (d’Ouest en Est Lège, Arès, Andernos, Lanton, Audenge) mais aussi ceux de hameaux plus lointains (Blagon, Lubec, Pointe-Emile, Marcheprime, Croix-d’Hins). Et je trouve dans les Google News des titres comme celui-ci de la BBC : Wildfire now nine miles from French city of Bordeaux. Je m’amuse à noter les poncifs dans la rhétorique des journalistes. Il y a bien sûr les Soldats du feu (il faudrait créer un prix spécial pour récompenser les journalistes capables de prononcer quatre phrases au sujet des pompiers sans recourir à cette périphrase). Il y a aussi l’Elan de solidarité. Je charrie ma réfugiée en lui faisant remarquer l’élan de solidarité qui m’incite à lui permettre de prolonger son séjour sous mon toit…
Mercredi dernier mon aide de camp est venue me rendre visite depuis sa Gironde, par hasard juste avant que ne s’y déclarent les énormes incendies de forêt qui depuis font la une. Un des motifs du déplacement était de me conduire le lendemain jeudi après-midi à une consultation d’ophtalmologie à Lagord, une banlieue au nord de La Rochelle. Nous nous y rendîmes en partant le matin assez tôt pour avoir le temps de passer d’abord quelques heures dans la commune voisine de L’Houmeau, en bord de mer. Nous visitâmes l’église Sainte-Anne (quatre vitraux de Charles Champigneulle, 1902), nous déjeunâmes sur l’herbe à l’ombre des arbres, au port du Plomb, et nous passâmes un moment sur une plage de galets où, la marée étant haute et la mer étale, j’eus le plaisir de me baigner. L’ophtalmo devait ensuite m’annoncer que depuis ma dernière visite il y a neuf mois, l’évolution de la cataracte avait fait passer mon acuité visuelle de six degrés à quatre pour les deux yeux, et que je devrais envisager une opération en décembre. Je me résigne à cette perspective qui ne me réjouit pas, mais que je préfère quand même à celle de devenir tout à fait aveugle. Dans les jours qui suivirent nous apprîmes comme tout le monde que des feux avaient éclaté en Gironde à Saumos et dans les Landes voisines à Biscarosse, l'incendie girondin s’étendant ensuite vers la presqu’ile du Cap-Ferret puis vers la rive Nord du Bassin d’Arcachon, où réside ma camarade. Elle envisagea d’abord de rentrer promptement chez elle, je l’incitais plutôt à s’abstenir de ce retour, qui bientôt s’avéra impossible car sa commune était évacuée. Elle reste donc pour l’instant dans mon hacienda. Sa maison n’est pas menacée par les flammes, le danger principal est celui des fumées, nous songeons maintenant à l’action de possibles pillards sur les habitations abandonnées. Nous nous tenons quotidiennement informés de la situation, par les réseaux sociaux et par les télévisions BFM et CNews. Pour nous c’est une impression curieuse, que d’entendre répéter sans cesse des toponymes qui d’ordinaire font rarement les grands titres mais nous sont familiers, comme ceux des communes riveraines du Bassin (d’Ouest en Est Lège, Arès, Andernos, Lanton, Audenge) mais aussi ceux de hameaux plus lointains (Blagon, Lubec, Pointe-Emile, Marcheprime, Croix-d’Hins). Et je trouve dans les Google News des titres comme celui-ci de la BBC : Wildfire now nine miles from French city of Bordeaux. Je m’amuse à noter les poncifs dans la rhétorique des journalistes. Il y a bien sûr les Soldats du feu (il faudrait créer un prix spécial pour récompenser les journalistes capables de prononcer quatre phrases au sujet des pompiers sans recourir à cette périphrase). Il y a aussi l’Elan de solidarité. Je charrie ma réfugiée en lui faisant remarquer l’élan de solidarité qui m’incite à lui permettre de prolonger son séjour sous mon toit…
mardi 28 juillet 2026
jardin
Au jardin cet été. Pour l’instant il n’y a guère de prunes et mes framboisiers sont carbonisés. J’ai planté cinq pieds de tomates, dont trois restent chétifs, deux placés contre des murs sont grands comme un homme, et un seul de ces deux donne des tomates-cerises en abondance. J’ai deux pieds de courgettes, dont un de longues vertes classiques et un de rondes jaunes, qui produisent raisonnablement : peu de courgettes mais de belles. Ma treille a de grosses grappes, et sentant que les oiseaux comme d’habitude s’apprêtaient à les dévorer avant l’heure, j’en ai coupé pour moi deux énormes, dont les raisins sont à peine mûrs mais déjà délicieux. C’est toujours ça de gagné sur la volaille.
lundi 27 juillet 2026
pentasyllabes
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