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jeudi 17 avril 2025

piraterie

J’ai lu avec intérêt l’ouvrage de Roland Courtinat sur La piraterie barbaresque en Méditerranée : XVIe-XIXe siècle (Editions Jacques Gandini, Nice, 2003). A vrai dire il y a eu de la piraterie un peu partout depuis que la navigation existe, mais le livre porte presque uniquement sur Alger, restée la seule base permanente et irréductible de piraterie pendant toute cette période, correspondant à la régence turque de la ville. La piraterie était d’ailleurs la seule source de revenus d’Alger, dont l’économie était entièrement parasitaire. L’auteur distingue les purs pirates des corsaires, la course étant une piraterie officielle et légale au service d’un état, et la piraterie une activité de hors-la-loi. Dans le cas des Barbaresques nord-africains, elle ajoutait au vol des embarcations et des cargaisons la réduction en esclavage des personnes : esclavage sexuel pour les femmes, qui n’en revenaient jamais, enrôlement des enfants dans les troupes de janissaires, travaux forcés pour les hommes, aux bagnes ou aux galères (j’apprends en l’occurrence la parenté des mots bain et bagne, un bagne italien ayant été jadis bâti sur d’anciens bains). La piraterie barbaresque ajoutait aussi aux exactions en mer des razzias à terre sur les côtes espagnoles, françaises et italiennes. Cette piraterie fut un des aspects de l’affrontement entre chrétienté et islam, avec des ambiguïtés, puisque nombre de pirates ne furent que des renégats chrétiens ayant changé de camp, certains forcés par le destin, d’autres par goût de l’aventure, dont le célèbre Barberousse. Après avoir bien fait chier toute la Méditerranée occidentale pendant plus de trois siècles, Alger a fini par subir les conséquences de l’évolution progressive du rapport de force en faveur des Européens, et c’est ainsi qu’en 1830 les Français ont fini par appliquer le seul moyen d’avoir la paix avec cette ville, qui était d’en prendre le contrôle. Peuple bricoleur, les Français ont ensuite eu l’idée de créer autour un nouveau pays, l’Algérie, dont le nom n’apparait qu’en 1834. Etait-ce bien nécessaire ?

lundi 4 septembre 2023

Belezi

    Au cours d’un vide-grenier catastrophique hier à Brioux sur Boutonne, où il y avait peu d’exposants et guère plus de visiteurs, et où je m’ennuyais ferme, j’ai lu, un peu en diagonale j’avoue, un roman que l’on m’avait suggéré, Attaquer la terre et le soleil, de Mathieu Belezi (Le Tripode, 2022). Cette histoire sinistre raconte la vie misérable de colons français en Algérie, qui croupissent entre le dénuement, la crasse, la promiscuité, les maladies, les attaques des indigènes et j’en oublie, et parallèlement les ravages de l’armée française, qui semble-t-il passait son temps à incendier, violer et massacrer tout ce qu’elle pouvait. Il y a dans cette œuvre un procédé voyant mais à mes yeux inutile, consistant à ignorer la ponctuation, de sorte que la plupart des paragraphes commencent sans majuscule et se terminent sans point. Je ne vois pas ce que le récit y gagne. Quant au fond, l’ouvrage tend à démontrer courageusement cette vérité presque originale, que la colonisation est une bien vilaine chose. Pour faire bonne mesure, ou pour en donner l’impression, l’auteur décrit des atrocités commises aussi bien par les Arabes que par les Français. On notera toutefois que les premières sont évoquées chaque fois succinctement, en quelques lignes, tandis que les secondes s’étalent sur des pages entières. C’est peu dire, que l’auteur appuie le trait, entre les diatribes du capitaine sadique («gorgez-vous de sang», p 36, «nous serons sans pitié», p 115) et les fanfaronnades de ses troufions («nous avons éperonné le ventre de cent mille femelles», pas moins, p 29, «nos ruades de boucs», p 82, nous sommes «contents de ce qu’on vient de faire», p 85). Grand-Guignol dans les djebels.

mercredi 3 août 2022

brocante

 Rude épreuve le week-end dernier, où j’ai pris part au vide-grenier de Prissé-la-Charrière, samedi et dimanche. Je n’en ai tiré qu’un peu plus de quatre-vingts euros mais ce n’est pas mal, en négociant surtout de petites marchandises au prix moyen d’un euro. Des livres et des objets, principalement de la vaisselle. Le deuxième jour j’ai renoncé aux livres, en ayant trop peu vendu la veille. La vente la plus étonnante dans cet arrière-pays a été celle d’une Introduction à la philosophie médiévale. Il faisait chaud mais j’étais installé par chance à l’ombre des arbres. Le seul incident déplaisant est que je me suis fait arnaquer par un Arabe, qui m’a fourgué ce qui avait tout l’air d’une pièce de deux euros, et quand je me suis aperçu que ce n’en était pas une, l’escroc avait filé depuis longtemps. Comme je n’étais pas bousculé par la clientèle, j’ai eu le temps de lire deux petits livres que j’avais emportés. D’abord une chronique, intéressante mais sans plus, sur l’histoire d’une famille de colons viticulteurs en Algérie, avant l’Indépendance. Ensuite un recueil d’aphorismes de Paul Léautaud, qui m’a bien plu, j'en parlerai demain.