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vendredi 11 septembre 2026

Barbe-Bleue

Le conte de Perrault Barbe-Bleue (initiales BB !) découvert dans la charmante collection des Contes du Gai Pierrot (Editions Bias, 1962) m’a épouvanté par sa cruauté et intrigué par sa bizarrerie. Les trois points remarquables sont d’abord cette idée de la barbe bleue, censée enlaidir le personnage. Cela ne me parait pas évident, mais il est vrai que je vis à l’époque où certains ont banalisé la mode des cheveux bleus. Parmi les différentes illustrations vues en ligne, nulle ne m’a paru aussi suggestive que la gravure de Gustave Doré, où le regard terrible du mari parait plus effrayant que la barbe, dont on ne voit la couleur. Ensuite le placard fatal, ce prêt de la clef assorti de l’interdiction de s’en servir pour ouvrir la porte, et les questions que se pose le lecteur : pourquoi le mari prête-t-il la clé à sa femme s’il ne veut qu’elle s’en serve ? Le fait-il en sachant qu’elle ne résistera pas à la tentation et lui offrira ainsi un prétexte pour la tuer ? Pourquoi est-elle si curieuse et désobéissante ? Comment les corps des femmes mortes sont-ils conservés et non décomposés ? Enfin le suspense lancinant de la question répétée à la soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Le genre du conte ne m’attire pas a priori mais j’arrive à en lire, celui-ci m’a captivé sans toutefois m’enchanter.

mardi 11 novembre 2025

Carabas

      J’ai tiré d’une boite un livre fait pour moi. Fort mince, une brochure, il n’y a pas vingt pages. C’est un des huit Contes de ma mère l’Oye, de Charles Perrault : Le chat botté. J’adore. L’immoralité de l’histoire me gêne, cet éloge de la ruse est en somme un éloge du mensonge, mais elle m’enchante quand même par le ton tranquille, l’enchainement rapide et merveilleux des actes, la facilité incroyable. Cela me ravit comme m’avait ravi La Belle au bois dormant, lue il y a quelques années (voir au 8 IV 2016). Et puis il y a malgré tout une moralité, l’industrie surpassant l’héritage, et la belle mine surpassant le rang social. On a dû me lire cette histoire quand j’étais petit, car j’en ai possédé un livret, mais j’en avais perdu tout souvenir, hors celui d’une image qui m’épouvantait : ledit marquis de Carabas se baignant dans la rivière, et comme une partie de son bras était plongée dans l’eau, il me semblait coupé. Je n'ai peut-être plus l'âge de lire ce genre de conte, mais je lui trouve à chaque ligne une telle magie… (... Ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles ... Un soir qu'il sut que le roi devait aller à la promenade sur le bord de la rivière avec sa fille, la plus belle princesse du monde ...)
        (Comme illustration j'ai retrouvé en ligne la couverture du conte de mon enfance).