mardi 30 juin 2026

idées

    A ce qu’il semble les idées de gauche, les idées anti-capitalistes, sont extrêmement répandues dans les milieux artistiques, où l’on dirait qu’elles vont de soi. Et pourtant l’activité artistique est probablement l’activité capitaliste ou lucrative la plus irréprochable. Cela est vrai pour la production, puisqu’il est tout à fait possible de produire des oeuvres d’art sans exploiter personne et sans nuire à l’environnement. Cela est vrai aussi pour la commercialisation des oeuvres, puisque ne s’agissant pas de marchandises de première nécessité, et l’acquéreur n’ayant aucune obligation d’acheter, le prix convient forcément aux deux parties et ne saurait être abusif.

lundi 29 juin 2026

Caraco

    Je dois à Christopher M Gérard d’avoir su qu’était paru l’an dernier aux Presses Universitaires de Liège le livre de Frédéric Saenen : «Mon oeuvre est ma vengeance», Essai sur la pensée radicale et gnostique d’Albert Caraco, et je dois à la bibli universitaire de Bordeaux-Pessac de m’avoir permis de le lire. La couverture annonce qu’il s’agirait là de «la première étude consacrée» à Caraco, mais il s’agit plus exactement du premier livre commercialisé, et l’auteur signale lui-même le précédent du mémoire de master composé par Romain Delpeuch sur le même écrivain en 2015. L’ouvrage fait honnêtement le tour des principaux aspects du personnage et de ses idées en treize chapitres sans titre, portant sur sa vie, sa mère, sa chasteté, sa judéité, les races, la France, la peuplade, l’ordre, l’humanisme, le savoir-vivre, la religion, la gnose, et l’art. Signalons deux petites erreurs à propos des parents de Caraco. Sa mère n’est pas morte d’un cancer de la joue mais plutôt du poumon, selon les indications données par son fils dans Le semainier de l’agonie et dans Post mortem. Quant à José Caraco, c’était bien le père d’Albert mais seulement son père adoptif et non le «géniteur». Le père biologique, Henri, étant mort quand l’enfant était en bas âge, son frère jumeau José a épousé la veuve et adopté l’orphelin, selon le chercheur espagnol Mario Martín Gijón, dont la biographie de Caraco est à paraitre. Dans deux notes de mon journal, les 2 et 30 août 2014, j’avais examiné avec mes lecteurs différentes hypothèses quant à ce que pourrait ou devrait être l’adjectif dérivé du nom de Caraco, dont caracoïen, caracolien (comme hugolien), caracasque (comme monégasque), caracain (comme mexicain), caraquien (comme chiraquien) et caracien (comme balzacien). Delpeuch dans son mémoire s’était servi de caraconien, puis de caracien. Saenen dit caracien, c’est sans doute l’option la plus simple. Des conclusions de l’auteur, je reproduirai cette phrase traduisant bien le mélange d’intérêt et d’embarras que peuvent susciter les écrits de Caraco : «Il laisse une oeuvre aussi massive que déconcertante, où l’irritante lucidité de certains constats cohabite en permanence avec une outrance verbale qui s’égare dans le délire haineux.» Je note aussi la méchante pique de l’auteur contre Cioran, «dandy de mansarde germanopratine»… Un aspect secondaire mais appréciable du livre de Frédéric Saenen est qu’il consacre une partie annexe à «Caraco, ciseleur d’envois», dans laquelle il reproduit une vingtaine de dédicaces de l’écrivain adressées à des inconnus ou à des célébrités (Eliade, Rebatet, Buffet…) extraites de sa collection, laquelle en compterait le double. Les connaisseurs savent que Caraco prenait grand soin de ses envois, qu’il calligraphiait en petits pavés aphoristiques, et qui sont assurément un très digne objet de collection. J’en avais moi-même posté quelques uns jadis dans un blog dédié, laissé depuis à l’abandon. On en voit aussi régulièrement reproduits dans des catalogues de vente. Il conviendrait peut-être de recréer un espace en ligne où exposer ces trouvailles…

dimanche 28 juin 2026

pluriel

    Je me pose une question de logique graphique, à propos des belles pages que je publie depuis fort longtemps sous le titre de Lettre documentaire. Lorsqu’il m’arrive de devoir évoquer plusieurs numéros à la fois, ou la collection dans son ensemble, j’en parle comme des Lettres documentaires, avec un s à la fin. Ce pluriel est-il abusif ? Connait-on une règle à ce propos, ou peut-on citer d’autres exemples ?

samedi 27 juin 2026

famille

VIE DE FAMILLE

Air de famille,
Bijoux de famille,
Chef de famille,
Esprit de famille,
Livret de famille,
Maison de famille,
Médecin de famille,
Mère de famille,
Nom de famille,
Pension de famille,
Père de famille, 
Photo de famille,
Réunion de famille,
Secret de famille,
Soutien de famille.

vendredi 26 juin 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : demidi, soliditude, récien.

jeudi 25 juin 2026

graphzine

Cette année, grâce à un don aimable de l’auteur, j’ai enfin pu prendre connaissance du livre que les connaisseurs unanimes tiennent pour la référence sur le sujet, le Graphzine graphzone de Xavier-Gilles Néret (coédition Le Dernier Cri / Editions du Sandre, 2019). En effet cet ouvrage copieusement illustré présente une remarquable somme d’informations et d’analyses quant à l’histoire et à l’essence des graphzines, ces publications graphiques auto-produites, nées dans les dernières années 70 avant de proliférer dans les décennies suivantes. On augmenterait la valeur pédagogique d’un tel livre en le dotant d’un index, qui permettrait de retrouver sur tel ou tel personnage des éléments épars dans le texte. Je n’apparais moi-même que discrètement dans cette étude, qui du reste ne vise pas à l’exhaustivité. Il est vrai que mes revues des années 80, comme Ljmite, n’entraient pas bien dans le canon du graphzine «classique», de par leur contenu éclectique et leur lien à d’autres courants marginaux comme le mail art. Je suis cependant cité une paire de fois comme source, pour une bibliographie du graphzine français que j’avais publiée en 1986, et un essai sur la copie dans les arts plastiques paru dans une des premières Lettres documentaires. Je figure aussi incognito par la formule «Exposition à feuilleter» citée quatre fois et attribuée à Bruno Richard, mais le même historien d'art a établi depuis que j’en étais l’auteur. Néret a raison d’insister sur le rôle fondateur de la revue Elles sont de sortie et il a les mots justes pour caractériser son étrange duo de créateurs, entre «la précision obsessionnelle du trait» de Doury et «la rage expressionniste» de Richard. J’apprends ici et là des choses que je ne soupçonnais pas, comme la rude controverse qui a opposé Franck Garcia et Stéphane Blanquet, ou que je connaissais mal, comme le rôle important joué par les libraires J Noël et J-P Faur. Parmi les développements analytiques, j’ai été sensible en particulier aux considérations sur le statut artistique du graphzine : est-il la simple reproduction d’oeuvres (dessins etc) conservant par ailleurs leur aura d’objets uniques originaux, ou bien la reproduction est-elle l’oeuvre achevée ? Les deux points de vue sont légitimes, on peut fétichiser l’oeuvre originale et reconnaitre à l’imprimé une beauté propre. J’avais remarqué dans le temps des cas de «callicopie», où la copie embellit l’original, par exemple la photocopie donnant une unité graphique aux éléments hétéroclites d’un collage. Je me fais parfois la même réflexion en voyant des collages bonifiés par le scannage et la mise en ligne, l’image apparaissant sur écran plus lumineuse et dotée de couleurs plus vives. A un moment l’auteur observe qu’à l’inverse des courants d’avant-garde, celui du graphzine se distingue par son «ambition théorique … moindre, voire tout à fait absente». Son bon ouvrage y remédie.

mercredi 24 juin 2026

solution

    On lance les deux sabliers en même temps. Quand le sablier de 5 mn a terminé, on le retourne. Au bout de 2 mn (quand le sablier de 7 mn arrive à bout) on enfourne la pizza. Elle va déjà cuire 3 mn, le temps que le sablier de 5 mn arrive au bout, puis on le retournera deux fois.

mardi 23 juin 2026

sabliers

    Je suis retombé sur cette énigme anonyme trouvée en ligne, qui me plait bien. Je la soumets à mes lecteurs, si ça intéresse. Solution prochainement.
    On veut mettre au four une pizza qui doit cuire 13 minutes. On n’a pas de montre, on ne dispose que de deux sabliers, respectivement de 5 et de 7 minutes. Comment s’y prendre ?

lundi 22 juin 2026

silence

    Luxueux silence à La Croix hier soir. On crève de chaud comme partout, mais au moins on n'a toujours pas de fête de la musique. C'est appréciable.

dimanche 21 juin 2026

interlude

    Le ciel était comme ça au-dessus de mon jardin à La Croix le 1er juin.
(Cliquer sur l'image pour agrandir)

samedi 20 juin 2026

traduction

    Financièrement, mon principal métier a été celui de bibliothécaire, qui m’a nourri pendant vingt-huit ans. J’étais assez bien fait pour cet emploi, car j’aime les livres, l’ordre, le classement, les catalogues, la bibliographie. Mais je ressens depuis longtemps que mon vrai métier, mon métier spontané, mon métier ontologique, comme je dis pour me donner un genre, est celui de traducteur. Il ne m’a pas rapporté autant que les biblis, mais je l’ai exercé très tôt et très assidûment, souvent bénévolement. Cette activité me plait si bien que j’ai parfois eu l’impression qu’elle me délassait, plus qu’elle me fatiguait. Après mon bac j’ai erré deux ans avant de trouver ma voie en me lançant dans des études de langues à l’université, l’espagnol et plus longuement le portugais. Auparavant, pendant l’année passée à l’Ecole normale de Mérignac, comme un professeur d’espagnol nous avait chargés de préparer chacun un travail personnel, j’avais choisi de traduire en entier un petit roman de García Márquez, La mala hora si je me souviens bien. C’était sans doute un travail médiocre mais j’avais appris beaucoup par cette expérience initiatique. Après mes cinq années d’études, étant allergique aux concours, ma première démarche a été d’explorer l’univers des revues littéraires, où je plaçais des traductions parfois payées, de textes brefs, poèmes et nouvelles. Puis la providence a voulu que je sois embauché par un grand éditeur pour traduire un roman et ensuite quelques autres. C’étaient des chantiers de trois ou quatre mois, qui me procuraient de quoi vivre un an dans la bohème. J’ai aussi traduit pour d’autres éditeurs, payant généralement moins bien, parfois pas du tout, des livres qui m’intéressaient davantage. Jusqu’à présent sauf erreur j’en ai traduit dix-neuf : dix du portugais, sept de l’anglais, deux de l’espagnol. Il était naturel que cette inclination personnelle se ressente sur mes propres publications, notamment sur mes Lettres documentaires, qui sont en quelque sorte les belles pages de mon Journal documentaire. Sur près de six cents Lettres documentaires parues (une première série de 51 numéros, puis l’actuelle série, qui en est à 542), je pense qu’un bon tiers sont des traductions. Il m’est arrivé d’en confier à des collaborateurs (B Ceron, Fr Desvois, J-R Lassalle, L Suel, W Pozoga, R Delpeuch) mais la plupart ont été réalisées par moi-même. Je viens de faire ce compte, auquel je songeais depuis quelque temps : sauf erreur j’ai traduit 90 Ld de l’anglais, 66 de l’espagnol, 32 du portugais, deux de l’italien et une du catalan, ce qui fait environ 190. C’est un safari, à sa façon.

vendredi 19 juin 2026

ciel

    Aujourd’hui n’importe quelle personne moyennement instruite sait instantanément localiser sur une mappemonde les océans, les continents, les pôles et au moins quelques pays et quelques iles. Pas besoin d’être expert en géographie pour s’y retrouver. Mais la carte du ciel n’est pas aussi bien connue, la plupart des gens l’ignorent même totalement. Un de mes buts en étudiant l’astronomie une paire d’années dans ma jeunesse était de me familiariser avec la vue du ciel nocturne, suffisamment pour pouvoir m’y orienter comme devant une mappemonde. Je n’y suis parvenu que médiocrement, mais au moins sais-je sans peine localiser le nord, le bandeau du Zodiaque, et selon les saisons telle ou telle constellation. Une différence, peut-être une difficulté, est que de même que le soleil traverse le ciel d’est en ouest pendant la journée, de même les étoiles dérivent d’un bord de l’horizon à l’autre pendant la nuit, et se décalent aussi au fil de l’année. Mais elles sont toujours situées à la même place les unes par rapport aux autres, seules les quelques planètes se promènent parmi elles. Je me suis souvent dit que les gens d’autrefois devaient être mieux habitués que nous à observer le ciel nocturne, à l’époque d’avant que l’éclairage public ne le rende difficile à voir, et plus encore aux époques primitives, où l’habitat était campement. S’il en est ainsi, il faut considérer que la connaissance commune s’est inversée : on connait mieux maintenant la carte du monde que celle du ciel, on connaissait mieux le ciel à l’époque où il n’existait pas encore de carte du monde, et où l’on n’avait pas idée de sa configuration.

mercredi 17 juin 2026

artichauts

Je n’avais jamais cultivé d’artichauts avant 2023. La pousse que j’ai plantée cette année-là a littéralement explosé, elle est devenue gigantesque et m’a donné vingt-six beaux artichauts. L’année suivante, vingt seulement. L’an dernier, sans doute moins, je n’ai pas noté. Cette année je n’en ai eu que trois, les rares qui ont éclos ensuite ont pourri avant de grossir. La plante a fait son temps, elle est à remplacer.

mardi 16 juin 2026

paronymes

Dix titres paronymiques inventés : 
L’automne automatique, 
Bagarre au barrage, 
Les émeraudes des émirats, 
L’espace espagnol, 
Le fascisme fascinant, 
Le goéland du Groenland, 
Menue monnaie, 
Le radical ridicule, 
La risée des réseaux, 
L’uchronie ukrainienne.

lundi 15 juin 2026

Nélson

    Le plus intéressant de ces trois livres était Flor de obsessão : As 1000 melhores frases de Nélson Rodrigues (São Paulo : Companhia das Letras, 1997). Fleur d’obsession était parait-il un surnom de Nélson Rodrigues (1912-1980) qui fut un journaliste infatigable et un célèbre dramaturge brésilien. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert dans ce recueil de presque mille phrases, extraites de ses écrits par un certain Rui Castro, son ton cynique mais subtil, qui ne me déplait pas. J’en traduis quelques unes dans ma Lettre documentaire n° 542.

Rodrigues

Lettre documentaire 542

VINGT-TROIS PHRASES de Nélson Rodrigues

extraites du recueil Flor de obsessäo
(conçu par R Castro, S Paulo, 1997)
et ici traduites par Philippe Billé.

(Artistes)  L’artiste a besoin de solitude, pour ne pas pourrir.

(Cariocas)  Le Carioca est le seul type capable de hurler des confidences très secrètes d’un trottoir à l’autre.

(Mariage - Casamento)  L’idéal est que le mari soit d’une classe et la femme d’une autre. Par exemple c’est parfait, si la femme est une Marie-Antoinette et le mari un chauffeur de bus.

(Confessions)  Il y a des choses que l’on n’avoue ni au prêtre, ni au psychanalyste, ni au médecin, ni même au médium, une fois qu'on est mort.

(Faute - Culpa)  Si nous ne sommes pas en train de hurler à quatre pattes dans les bois, c’est uniquement parce que le sentiment de culpabilité nous sauve.

(Diète)  Sartre a écrit un jour que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas ça. Pour moi, l’enfer c’est la régime sans sel que je dois suivre. Opinion, comme on voit, bien moins littéraire, mais à mes yeux bien plus véridique.

(Argent - Dinheiro)  Il y a des gens qui, pour de l’argent, seraient même capables d’une bonne action.

(Education sexuelle)  L’éducation sexuelle ne devrait être dispensée que par un vétérinaire.

(Erreur)  Nous avons tous déjà aimé par erreur, haï par erreur.

(Enfants - Filhos)  Quand le type est un abruti incapable de rien faire, il fait des enfants.

(Gloire)  Je suis un narcissique très négligent, très relâché dans l’administration de ma gloire.

(Ennemi - Inimigo)  Il n’y a pas d’admiration plus délicieuse que celle de l’ennemi.

(Ennemi - Inimigo)  Rien de plus doux, rien de plus tendre qu’un ex-ennemi.

(Jeunes)  Le jeune est soit un Rimbaud, soit un débile mental.

(Liberté)  Je crois la liberté plus importante que le pain.

(Médecine)  Le médecin est soit un saint, soit un gangster.

(Mystère)  La moindre femme de ménage a sa part de mystère.

(Prostituées)  Seuls des marxistes de bas étage attribuent à la prostitution des causes économiques. Il y a des femmes qui paieraient pour exercer ce métier.

(Réactionnaire)  Aujourd’hui le bonhomme préfère qu’on injurie sa mère, plutôt qu’on le traite de réactionnaire.

(Saints)  Toute dévotion est belle. Peu importe si le saint ne la mérite pas. Ou même que ce soit un faux saint. (Je veux croire qu’il existe aussi des saints canailles.)

(Sexe)  Si tout le monde connaissait l’intimité sexuelle des autres, personne ne saluerait plus personne.

(Staline)  Vous connaissez la photo montrant Staline et Ribbentrop en train de signer le pacte nazi-communiste. Nul ne peut oublier leur sourire complaisant et obscène. S’il a manqué quelqu’un à Nuremberg, c’est Staline.

(Sous-développement)  Rien de plus abject que le sous-développement consenti, avoué, et même radieux.

dimanche 14 juin 2026

frases

    Il y a quelque temps, l’idée m’est venue de chercher dans le catalogue de la Bu les livres dont le titre contiendrait le mot frases, c’est à dire phrases en espagnol et en portugais. Il y en avait trois. Je les ai empruntés.
    L’un d’eux était Frases de Jorge Batlle, paru en 2003, à l’époque où cet homme était président de l’Uruguay. C’est un recueil de coupures de presse reproduisant des propos de ce politicien et les commentaires de journalistes. Pour moi aucun intérêt, je ne le lirai pas. Une bizarrerie notable est que ce livre est du genre qui ne s’adresse qu’aux citoyens du pays où il est publié, et qui savent naturellement de quoi il est question. Mais l’identification dudit pays est une énigme pour le bibliographe lointain, qui ne sait pas forcément qui est Jorge Batlle et doit d’abord se renseigner, car le livre ne donne aucune mention de maison, ni de ville, ni même de pays d’édition. Or il y a nombre de pays hispanophones de par le monde, dont dix-sept dans la seule Amérique latine continentale. Tout juste signale-t-on que l’ouvrage a été imprimé chez Rumifax SA, ce qui peut être n’importe où, et que l’organisateur du recueil a enseigné à l’Universidad de la República, sans préciser de quelle république. Cela me rappelle être tombé il y a des années sur un livre plus mystérieux encore, car il n’y avait pas de personnalité citée dans le titre, ni aucune localisation, la seule indication étant que l’ouvrage était publié par la Editorial del Ejército (les Editions de l’Armée)…
    Un livre plus alléchant était le Florilegio de frases envenenadas, sous-titré Una antología de la maledicencia, publié par un certain Gregorio Doval aux Ediciones del Prado, à Madrid, en 1996. Mais je n’ai fait que le feuilleter brièvement, bientôt découragé par la masse indigeste des 360 grandes pages, et par le fait que ces citations non référencées, donc invérifiables, ne sont pas si méchantes que ça, et pour beaucoup sont attribuées à ou concernent des vedettes qui ne m’intéressent pas.

    Je parlerai du troisième livre demain.

samedi 13 juin 2026

vendredi 12 juin 2026

bestiole

L’autre soir en dinant, je vois soudain passer sur le plancher, entre le pied de la table et le mien, une sorte de gros insecte noir, long de trois ou quatre centimètres. N’écrasant plus systématiquement les intrus, je me contente de les expulser, si possible. Je me lève, balaye la bestiole dans une pelle à poussière, et me dirige vers l’entrée. Le déporté s’échappe en cours de route mais il est repris. Arrivé dehors, je le considère. Il se tient maintenant immobile au milieu de la pelle, tourné vers moi dans une posture de défi, l’abdomen recourbé vers le haut. Je n’en ai jamais vu ici mais je me demande si ça peut être un scorpion, auquel cas il serait peut-être plus prudent de lui appliquer la solution finale. La clémence prenant le dessus, je le balance dans l’herbe, puis je rentre dans la maison en me demandant si j’ai bien fait. Renseignements pris, il s’agirait en fait d’un staphylin noir (Ocypus olens), soit un insecte et non un arachnide comme les scorpions. Et sans danger pour l’homme, donc pas de regret.
    (Photo piquée en ligne)

jeudi 11 juin 2026

Berlin

    Il y a quelques nuits j’ai rêvé cette phrase : Les sonnets à Berlin n’auront pas lieu.

mercredi 10 juin 2026

pirates

    Vu l'autre soir le film Capitaine Phillips, de Paul Greengrass (2013). Un sujet intéressant, l’attaque d’un navire de commerce et la prise en otage de son capitaine par des sauvages de la Somalie, mais le film qu’on en a tiré ne m’a pas emballé. Beaucoup de scènes filmées avec une caméra sursautante sont pénibles à regarder, et l’histoire m’a paru ennuyeuse. D.

lundi 8 juin 2026

exposition

Grave journée pour moi que celle d’avant-hier samedi, première journée de mon expo de deux semaines au Château Pallettes d’Isidore Krapo, et la seule où il était convenu que je sois sur place. L’opération impliquait que je me rendisse à Bordeaux dans la bétaillère du tram, ce qui déjà pour moi n’est pas un petit exploit. Quelque temps avant j’avais livré l’essentiel de mes oeuvres à Isidore, qui se chargeait de les accrocher, comme il a très bien fait, et j’apportais ce jour-là quelques éléments supplémentaires, dont mes cartes-pochoirs à l’étoile de Duchamp réalisées tout dernièrement. L’exposition est intitulée Collages, Lettrages, Livrages, on aurait pu y ajouter Etc, car ayant rarement l’occasion d’exposer ainsi dans une grande ville, j’en profitais pour présenter un vaste assortiment de mes productions, comprenant quelque dix-huit collages encadrés, neuf lettrages, deux exemplaires restants d’une sérigraphie, dix livres uniques, quatre bocaux de couleur, quelques livrettes, et mes cartes-pochoirs. Artiste low cost, je proposais la plupart de mes oeuvres à des prix abordables, entre vingt et cinquante euros, les livrettes et les cartes pour un doublon. Ce fut une bonne soirée, l’amertume des absences regrettables étant compensée par les présences nombreuses, dont certaines inespérées. J’ai bien vendu (entre autres sept collages), beaucoup discuté, pas mal bu. En outre, le bruit ayant couru auprès de certains que c’était le jour de mon anniversaire, on m’a gentiment offert des cadeaux : bouteilles de graves, gâteau vietnamien, énorme livre Au bonheur des listes, et bons d’achat. Je ne peux pas me plaindre.

(Photos Isidore Krapo)
(Voir aussi quelques photos par Charlie Devier ici)




vendredi 5 juin 2026

mardi 2 juin 2026

expo















Exposition 
Collages, Lettrages, Livrages,
et autres oeuvres de Philippe Billé
au Château Pallettes, chez Isidore Krapo
17 rue Elie Gintrac, à Bordeaux
du Samedi 6 au Vendredi 19 Juin 2026
Tous les jours à partir de 16 heures.
Présence de l'artiste le 6 seulement.


Précisons, si cela intéresse, qu'outre un assortiment de mes collages et lettrages encadrés, et mes brochures de ces dernières années, j'exposerai là ces nouveautés :
- les cartes postales d'Hommage à M Duchamp décrites hier.
- quatre de mes bocaux de couleurs enfin remplis (bleu, jaune, rouge, vert).
- dix des onze livres uniques (à tous égards) que j'ai créés ces dernières années, et dont voici la liste :
1. CARNET D’ADRESSE. Carnet fabriqué avec douze enveloppes libellées à mon adresse à la Croix-Comtesse. 24 feuilles de 11 x 11 cm. Décembre 2018.
2. CARNET D’ADRESSES. Carnet fabriqué avec dix enveloppes libellées à des adresses que j'ai eues en banlieue de Bordeaux. 20 feuilles de 11 x 11 cm. Décembre 2018.
3. IN GIRUM … (1/2). 32 feuilles de 6,5 x 10 cm. Mars 2019.
4. IN GIRUM … (2/2). 32 feuilles de 6,5 x 10 cm. Mars 2019.
5. CALENDOSCOPE. 24 feuilles de 9 x 14 cm. Non daté (2019 ?)
6. VINGT-QUATRE LISTES DE COURSES collectées entre 2008 et 2016. 24 feuilles. Novembre 2019. Collection Placid.
7. VINGT-QUATRE LISTES DE COURSES. 24 feuilles de 7,5 x 12 cm. Eté 2020.
8. QUARANTE LISTES DE COURSES. 40 feuilles de 14 x 20,5 cm. Août 2021.
9. CHANGEMENTS D’ADRESSE. Reliure de 17 enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Philippe Billé à différentes adresses, avec certains expéditeurs mentionnés. Mai 2026.
10. RUE DE L’AMITIE. Reliure de 20 enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Ph Billé, Rue de l’Amitié à la Croix-Comtesse, placées dans l’ordre alphabétique des expéditeurs, tous identifiés. Mai 2026.
11. A2. Reliure de 29 dessus d’enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Ph Billé à la Croix-Comtesse, placées dans l’ordre chronologique des tampons, de 1999 à 2026, avec certains expéditeurs mentionnés. Mai 2026.

lundi 1 juin 2026

étoiles

La semaine dernière j’ai enfin réalisé un projet artistique auquel je songeais depuis longtemps. C’est un Hommage à Marcel Duchamp, sous la forme d’une silhouette d’étoile peinte au pochoir sur des cartons de format carte postale. Ce projet était la résultante de l’intérêt que j’ai porté à quelques objets.
    Les étoiles, tout d’abord. Elles m’ont intéressé depuis l’époque lointaine où, dans ma jeunesse, j’ai passé quelque temps à étudier des rudiments d’astronomie. J’envisageais dès lors de leur consacrer un travail artistique.
    Ensuite la personnalité de Marcel Duchamp. Je ne suis pas un grand amateur de ses oeuvres (je ne fais pas partie des adorateurs du Grand verre et de la Roue de bicyclette), je ne partage pas son goût du jeu de mot dérisoire (LHOOQ fait sourire, mais ça ne vole pas très haut) ou de la provocation insolente (sa Fontaine, bof), mais j’ai de l’estime pour son style de personnage et en particulier pour l’inventeur de la notion de Ready-made. J’ai souvent contemplé la photo par Man Ray de la tête à Duchamp, où l’on voit la tonsure en forme d’étoile filante que lui avait faite l’artiste mexicain George de Zayas, en 1919 parait-il. La queue de la comète est figurée par une bande tondue partant du devant de la tête et aboutissant sur l’arrière à une étoile à cinq branches.
    Le goût du pochoir m’a été donné par ceux que j’ai vus çà et là au hasard des rues. J’aime mieux que les murs se contentent d’exercer leur métier de mur, sans qu’on ait la grandiloquence d’y étaler des fresques ou des tags, mais je ne suis pas contre le discret pochoir glissé dans un coin. Bien que n’étant guère attiré par l’artisanat chimique de la peinture, je me savais capable de façonner un pochoir, pour l’avoir déjà fait jadis deux trois fois.
    Enfin j’admire depuis longtemps le format de papier du standard A, dont le rapport de la largeur sur la longueur est égal à un sur racine de deux, de sorte qu’en pliant une feuille en deux, on obtient une surface deux fois plus petite mais proportionnelle à la première. Dans cette norme A, le A0 (A zéro) est égal à un mètre carré. Le format usuel du papier d’imprimante ou de courrier est le bien connu A4 (21 x 29,7 cm) équivalent à un seizième de mètre carré. Le A5, moitié du A4, est le format archétypique de bien des brochures et livrettes, et le A6, quart du A4, est le format des cartes postales (10,5 x 14,8 cm).
    Ainsi s’est constituée peu à peu l’idée de reproduire au pochoir, sur des cartons A6, l’étoile de Duchamp telle qu’elle apparait sur la photo, c’est à dire vue de biais, un peu déformée ou anamorphosée, certains rayons semblant plus longs que d’autres.
    Quant au nombre d’exemplaires, après avoir hésité à m’aventurer jusqu’à la centaine ou à me contenter d’une cinquantaine, j’ai opté finalement pour la quantité de 64, puisque le format A6 équivaut à un soixante-quatrième de mètre carré (format A0). Et ce nombre tombe bien, car il est aussi celui des cases du jeu d’échecs, dont Duchamp était un grand pratiquant.
    La constellation ainsi obtenue est assez variée, parce que je me suis servi de cartons de différentes couleurs : marron (exemplaires 1 à 3, carton ondulé pour ces trois seuls), gris (4-8), blanc (9-12), vert (13-28), rose (29-44), jaune (45-62), enfin bleu nuit (63-64). Environ la moitié des exemplaires ont été exécutés avec deux petits pots de peinture dorée qui se trouvaient dans mon chai depuis fort longtemps, dont un de dorure Corsain et un de la marque Eba («Super rayon d’or, Teinte or riche, Made in France» !), environ un quart des exemplaires ont été faits au marqueur Bic indélébile noir, et un quart avec de l’encre à tampon violette étalée au pinceau, anonyme pour cause d’étiquette déchirée. Les quatre types d’encrage se trouvent sur toutes les couleurs de cartons. Sur certains fonds, l’encre violette parait si foncée qu’elle se distingue difficilement du noir.
    Les cartes comportent au verso une ligne médiane manuscrite indiquant simplement Hommage à MD et le numéro de l’exemplaire. Au recto elles sont signées PhB en bas à gauche et datées 2026 en bas à droite.
    Maintenant que ce chef d’oeuvre existe, je vais m’employer à faire fortune en le commercialisant. Je compte vendre chaque exemplaire pour un doublon (deux euros). Je le présenterai à mon exposition de samedi prochain à Bordeaux mais il est d’ores et déjà disponible par correspondance (dans ce cas il faut s’arranger pour me faire parvenir 2 euros + un timbre ou le prix d’un timbre, soit environ 1,50 euro. Dans la mesure des disponibilités, je peux tenir compte des souhaits pour la couleur du fond ou le type d’enduit).