Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
samedi 20 juin 2026
traduction
Financièrement, mon principal métier a été celui de bibliothécaire, qui m’a nourri pendant vingt-huit ans. J’étais assez bien fait pour cet emploi, car j’aime les livres, l’ordre, le classement, les catalogues, la bibliographie. Mais je ressens depuis longtemps que mon vrai métier, mon métier spontané, mon métier ontologique, comme je dis pour me donner un genre, est celui de traducteur. Il ne m’a pas rapporté autant que les biblis, mais je l’ai exercé très tôt et très assidûment, souvent bénévolement. Cette activité me plait si bien que j’ai parfois eu l’impression qu’elle me délassait, plus qu’elle me fatiguait. Après mon bac j’ai erré deux ans avant de trouver ma voie en me lançant dans des études de langues à l’université, l’espagnol et plus longuement le portugais. Auparavant, pendant l’année passée à l’Ecole normale de Mérignac, comme un professeur d’espagnol nous avait chargés de préparer chacun un travail personnel, j’avais choisi de traduire en entier un petit roman de García Márquez, La mala hora si je me souviens bien. C’était sans doute un travail médiocre mais j’avais appris beaucoup par cette expérience initiatique. Après mes cinq années d’études, étant allergique aux concours, ma première démarche a été d’explorer l’univers des revues littéraires, où je plaçais des traductions parfois payées, de textes brefs, poèmes et nouvelles. Puis la providence a voulu que je sois embauché par un grand éditeur pour traduire un roman et ensuite quelques autres. C’étaient des chantiers de trois ou quatre mois, qui me procuraient de quoi vivre un an dans la bohème. J’ai aussi traduit pour d’autres éditeurs, payant généralement moins bien, parfois pas du tout, des livres qui m’intéressaient davantage. Jusqu’à présent sauf erreur j’en ai traduit dix-neuf : dix du portugais, sept de l’anglais, deux de l’espagnol. Il était naturel que cette inclination personnelle se ressente sur mes propres publications, notamment sur mes Lettres documentaires, qui sont en quelque sorte les belles pages de mon Journal documentaire. Sur près de six cents Lettres documentaires parues (une première série de 51 numéros, puis l’actuelle série, qui en est à 542), je pense qu’un bon tiers sont des traductions. Il m’est arrivé d’en confier à des collaborateurs (B Ceron, Fr Desvois, J-R Lassalle, L Suel, W Pozoga, R Delpeuch) mais la plupart ont été réalisées par moi-même. Je viens de faire ce compte, auquel je songeais depuis quelque temps : sauf erreur j’ai traduit 90 Ld de l’anglais, 66 de l’espagnol, 32 du portugais, deux de l’italien et une du catalan, ce qui fait environ 190. C’est un safari, à sa façon.
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