lundi 29 juin 2026

Caraco

    Je dois à Christopher M Gérard d’avoir su qu’était paru l’an dernier aux Presses Universitaires de Liège le livre de Frédéric Saenen : «Mon oeuvre est ma vengeance», Essai sur la pensée radicale et gnostique d’Albert Caraco, et je dois à la bibli universitaire de Bordeaux-Pessac de m’avoir permis de le lire. La couverture annonce qu’il s’agirait là de «la première étude consacrée» à Caraco, mais il s’agit plus exactement du premier livre commercialisé, et l’auteur signale lui-même le précédent du mémoire de master composé par Romain Delpeuch sur le même écrivain en 2015. L’ouvrage fait honnêtement le tour des principaux aspects du personnage et de ses idées en treize chapitres sans titre, portant sur sa vie, sa mère, sa chasteté, sa judéité, les races, la France, la peuplade, l’ordre, l’humanisme, le savoir-vivre, la religion, la gnose, et l’art. Signalons deux petites erreurs à propos des parents de Caraco. Sa mère n’est pas morte d’un cancer de la joue mais plutôt du poumon, selon les indications données par son fils dans Le semainier de l’agonie et dans Post mortem. Quant à José Caraco, c’était bien le père d’Albert mais seulement son père adoptif et non le «géniteur». Le père biologique, Henri, étant mort quand l’enfant était en bas âge, son frère jumeau José a épousé la veuve et adopté l’orphelin, selon le chercheur espagnol Mario Martín Gijón, dont la biographie de Caraco est à paraitre. Dans deux notes de mon journal, les 2 et 30 août 2014, j’avais examiné avec mes lecteurs différentes hypothèses quant à ce que pourrait ou devrait être l’adjectif dérivé du nom de Caraco, dont caracoïen, caracolien (comme hugolien), caracasque (comme monégasque), caracain (comme mexicain), caraquien (comme chiraquien) et caracien (comme balzacien). Delpeuch dans son mémoire s’était servi de caraconien. Saenen dit caracien, c’est sans doute l’option la plus simple. Des conclusions de l’auteur, je reproduirai cette phrase traduisant bien le mélange d’intérêt et d’embarras que peuvent susciter les écrits de Caraco : «Il laisse une oeuvre aussi massive que déconcertante, où l’irritante lucidité de certains constats cohabite en permanence avec une outrance verbale qui s’égare dans le délire haineux.» Je note aussi la méchante pique de l’auteur contre Cioran, «dandy de mansarde germanopratine»… Un aspect secondaire mais appréciable du livre de Frédéric Saenen est qu’il consacre une partie annexe à «Caraco, ciseleur d’envois», dans laquelle il reproduit une vingtaine de dédicaces de l’écrivain adressées à des inconnus ou à des célébrités (Eliade, Rebatet, Buffet…) extraites de sa collection, laquelle en compterait le double. Les connaisseurs savent que Caraco prenait grand soin de ses envois, qu’il calligraphiait en petits pavés aphoristiques, et qui sont assurément un très digne objet de collection. J’en avais moi-même reproduit quelques uns jadis dans un blog dédié, laissé depuis à l’abandon. On en voit aussi régulièrement reproduits dans des catalogues de vente. Il conviendrait peut-être de recréer un espace en ligne où exposer ces trouvailles…

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