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vendredi 27 juin 2025

Madrid

    Avec un peu de retard, j'ai déposé sur Facebook un album réunissant une vingtaine de photos prises durant mon séjour à Madrid le mois dernier. Voir ici.

mardi 27 mai 2025

Madrid 3

Le jeudi 22, au Reina Sofía. Devant l’entrée, rencontre-surprise avec Guillaume H, un jeune historien que nous avions bien connu à la fac, et qui s’est trouvé juste derrière nous dans la file d’attente. A l’extérieur du musée se dresse une sculpture, comme un grand totem tout en hauteur. C'est parait-il la réplique d'une oeuvre conçue par un certain Alberto Sánchez en 1937, et elle porte un titre ampoulé, Le peuple espagnol a un chemin qui conduit à une étoile, mais je lui trouvais fière allure. Il y a au centre du musée un beau grand cloitre, enlaidi par quelques sculptures moches. Le Reina Sofía est un musée d’art contemporain où il semble que les gens viennent principalement pour voir l’inévitable Guernica de Picasso. Au Prado le public est maintenu à quelque distance des tableaux par un fil tendu à hauteur du genou, au Thyssen on se contente élégamment d’un trait tracé au sol, mais au Reina, musée de gauche, il n’y a plus rien, ni trait ni fil, sauf bien sûr devant le Guernica, oeuvre sacro-sainte. Elle avait l’air de plaire aux écoliers, qui reconnaissent dans ses formes simples ici une tête de vache, ici une de cheval, là un bonhomme vautré avec des gros pieds. Pour ma part elle ne m’a jamais emballé, non plus que le personnage de l’auteur, révolutionnaire en robe de chambre, bien installé en France où il n’était guère en danger, et pouvait s’employer à guerniquer tranquillo. Mais ne commençons pas à persifler. Dans ce musée nous avons visité hâtivement les collections permanentes et deux des expositions temporaires, une de Laia Estruch qui ne m’a pas du tout plu, genre gros boudins gonflés et bruits de vrombissement, l’autre de l’artiste libanaise Huguette Caland, que j’ai trouvée très intéressante. Nous ne restâmes que deux heures dans le musée, puis nous prîmes un bon déjeuner de pintxos au petit restaurant basque Sukaldea Atotxa, rue du Doctor Drumen, où je mangeai pour la première fois me semble-t-il des pibales. L’après-midi nous gagnâmes en métro la station Príncipe Pío, pour une virée dans l’ouest de la ville, qui m’a un peu déçu. Je me faisais une idée romantique de rues citées dans un bon passage du Lazarillo español de Ciro Bayo, que j’avais traduit jadis (Ld 491). Mais la Cuesta de San Vicente n’est plus qu’une autoroute urbaine, et le Paseo de la Florida une grande avenue sans grâce, bordée de cités énormes, et au bout de laquelle nous trouvâmes l’ermitage de San Antonio de la Florida lui aussi fermé pour travaux. Quant au Manzanares, qui passe non loin de là, c’est une petite rivière chétive, où il y a plus de terre, bancs et iles, que d’eau (un plaisantin a dit un jour qu’elle était navigable en voiture et à cheval). Charmante cependant, et je m’y fusse volontiers trempé les pieds, mais sur les quelques hectomètres où nous la longeâmes, elle était encaissée entre de hauts murs, sans passage pour y descendre. C’est je crois cet après-midi-là (ou la veille) que dans un métro bondé j’ai senti distinctement un doigt qui s’enfonçait dans la poche arrière de mon pantalon, là où se trouvait ma petite liasse de billets pliés en deux. J’y portai aussitôt la main, le doigt disparut, et la personne à qui il me semblait appartenir, une jeune femme à l’air sérieux, tout de noir vêtue, regardait calmement ailleurs. Revenus en ville, nous revisitâmes la belle Plaza Mayor et la chocolaterie San Ginés. Le soir, dîner médiocre au Tapa Café (ce nom aurait dû nous alerter) rue Saint-Jérôme.
    Nous devions repartir le lendemain matin. Ainsi s’achevait ce bref séjour, qui dans l’ensemble fut agréable. Notre rue portait donc le nom de saint Jérôme, et par coïncidence nous avons vu ce personnage souvent représenté dans les peintures anciennes. Notre voyage était ainsi placé sous le signe du saint patron des traducteurs, ce qui n’était pas pour me déplaire. Parmi mes regrets, peut-être celui de n’avoir pas vu plus de vitraux : nous n’avons pas recherché les églises, mais toutes celles que nous avons trouvées étaient fermées, sauf les deux cathédrales... La plupart des gens à qui nous avons eu affaire étaient bien aimables. Mention spéciale à la petite Latinette qui a eu la charité de m’offrir sa place assise, dans un métro.

lundi 26 mai 2025

Madrid 2

Le mardi 20 mai, nous commençâmes donc la journée en allant arpenter le Prado pendant trois heures (10 h - 13 h). C’est épuisant. Depuis longtemps je considère qu’il n’y aurait rien d’exagéré à inscrire la visite des grands musées (et celui-ci est immense) parmi les disciplines olympiques. Personnellement je suis peu friand de ce sport, mais enfin nous y sacrifiâmes et il aurait été dommage de ne pas profiter de l’occasion de contempler enfin l’aspect réel d’oeuvres célèbres, dont nous ne connaissions que des reproductions, et de découvrir une foule d’oeuvres inconnues. Le Prado est si vaste et ses salles sont si bizarrement agencées qu’il est à peu près impossible de ne pas en rater quelques unes, mais de toute façon au bout de trois heures de trek nous n’aurions pas eu la force d’en voir plus. Ce musée présente des peintures et des sculptures datant de la fin du Moyen Age au XIXe siècle, ou au tout début du XXe. Il y a bizarrement un unique Picasso présenté parmi des peintures plus anciennes, étaient-ce des Vélasquez ? Il y a d’importantes collections de Vélasquez, de Goya, de Poussin, de Bosch et des Brueghel. L’excellent état de conservation des peintures m’a étonné, les Bosch en particulier sont pimpants. Je ne suis pas fan de Rubens mais j’ai aimé la série de cinq tableaux horizontaux qu’il a composée avec Jan Brueghel l’Ancien sur le thème des cinq sens, j’aurais voulu avoir le temps de les examiner plus en détail. Parmi les bonnes surprises, des Chicos en la playa de Sorolla, un magnifique Lion de Rosa Bonheur, et la découverte des belles peintures de Joachim Patinir. Dans l’après-midi nous allâmes par la rue d’Alcalá voir l’immeuble Metropolis et plus loin l’immense palais de Cibeles, puis nous rentrâmes par la Gran Vía et le Callao. Excellent dîner de poulet grillé au Gaucho, parrilla argentina desde 1989, juste à côté de l’hôtel.

    Le mercredi 21 mai, trek de deux heures et demie au musée Thyssen-Bornemisza. Il présente comme le Prado des peintures anciennes mais aussi beaucoup du XXe siècle, et même du XXIe. L’oeuvre qui m’a le plus frappé est un grand tableau sans titre de Ross Bleckner, de 2022, présentant des formes floues. L’après-midi nous nous promenâmes dans le parc du Buen Retiro. Il y a un gigantesque monument à Alphonse XII. Nous n’avons que vaguement aperçu la toiture du palais de Vélasquez et du palais de Cristal, barricadés derrière des palissades de chantier. Devant ce dernier il y avait une belle pièce d’eau avec des cygnes noirs, et des tortues qui prenaient le soleil. Un peu partout dans le parc, des parcelles laissées en friche «para la defensa de la biodiversidad», nouvelle tarte à la crème. Nous déjeunâmes convenablement dans un Starbucks du Paseo del Prado, pour ma part d’une Focaccia con jamón y brie et d’un grand café. Plus tard nous avançâmes jusqu’à la Plaza de España, vaste mais fade. En rentrant, nous nous fîmes arnaquer dans un café où je commandai deux cañas de bière et l’on nous servit deux jarras. Nous ne protestâmes, étant incertains du vocabulaire, mais il semble que c’était un abus. Le soir, petit dîner bon mais léger sur la place Santa Ana, elle aussi en travaux.

dimanche 25 mai 2025

Madrid 1

Impressions de Madrid

Avec mon aide de camp, ayant été longtemps en contact avec le monde ibérique de par nos études et nos professions, nous regrettions de n’avoir jamais mis les pieds à Madrid. Nous avions tenté de nous y rendre une première fois il y a quelques années, mais alors le vol avait été annulé à cause de l’épidémie de covid, puis la compagnie aérienne avait cessé d’assurer la ligne et nous avions renoncé. Cette fois-ci nous y sommes parvenus. Nous y fûmes quelques jours, de lundi dernier le 19 mai vers midi à vendredi matin. Ce séjour ressemblait à celui que nous avons fait l’automne dernier à Berlin : une petite semaine dans une capitale de pays voisin, avec par coïncidence le même symbole de l’Ours, el Oso, auquel les Madrilènes associent l’Arbousier, arbuste fruitier dont le nom, el Madroño, commence comme celui de la ville. La bête et l’arbre sont représentés partout, sur les murs, les enseignes, les bibelots, you name it, et même sur les boites à ordures.

    Ma camarade nous avait réservé une chambre au bien nommé Hostal Centro Sol, un hôtel modeste mais propre et calme, bizarrement réparti sur deux étages, le deuxième et le quatrième du 5 de la rue de San Jerónimo, et idéalement situé à quelques décamètres à l’Est de la Puerta del Sol, qui semble être le milieu du centre de la ville. 

    Comme il arrive dans beaucoup de métropoles, la liaison entre l’aéroport et le centre-ville est remarquablement mal assurée par les transports publics, puisqu’il faut prendre pas moins de trois lignes de métro pour accomplir le trajet, avec en outre une taxe supplémentaire pour tout départ de ou arrivée à l’aéroport. Mais notre hébergement très central nous a permis de faire la plupart de nos déplacements en marchant, sans prendre le métro. Nous n’avons pas circulé plus loin que la Gran vía et la calle de Alcalá au nord, le parc du Buen Retiro à l’Est, la rue d'Atocha au sud et la rivière Manzanares à l’ouest. La ville nous a paru bien entretenue, aussi propre que d’autres sont sales (Berlin, Paris, Bordeaux…), pleine de grands et beaux bâtiments. Il m’avait semblé en préparant le voyage et il s’est avéré que Madrid est une ville de places, nous en avons vu une quantité.

    Nous n’avions que trois jours entiers à passer sur place et, comme ma camarade était d’humeur culturelle, nous avions décidé de visiter chaque jour un des plus célèbres musées de la ville. Pour cela nous avions acheté un pass en ligne et nous entendions commencer nos journées en nous présentant chaque matin sur les dix heures à l’ouverture d’un des établissements : au Prado le mardi, au Thyssen-Bornemisza le mercredi, et au Reina Sofía le jeudi.

    Mais en attendant, le lundi 19, jour de notre arrivée, nous fîmes connaissance avec notre voisine la Puerta del Sol, grande place toute étirée en longueur est-ouest. Elle est ornée d’une statue de l’Ours et de l’Arbousier, et on y voit par ailleurs, tracé au sol devant la Presidencia de la Comunidad de Madrid, le magique point zéro des routes d’Espagne. Elle comporte aussi un Carrefour City où nous achetâmes un petit stock de tranches de pain, de fromage et de charcuterie, pour nous restaurer le matin, l'hôtel n'offrant pas de petit-déjeuner. Cet après-midi-là nous déjeunâmes de sandwiches au Museo del Jamón situé juste en face de l’hôtel (et juste à côté du vieux restaurant Lhardy, où nous nous contentâmes prudemment d’acheter des croissants un matin). Puis nous nous rendîmes à la chocolaterie San Ginés (un délice), à la Plaza Mayor (à mes yeux la plus belle, un grand rectangle rouge bordé d’arcades), au Mercado San Miguel (un marché couvert charmant mais hors de prix), à la Iglesia catedral de las Fuerzas Armadas (superbement décorée mais sans vitraux), à la cathédrale de l’Almudena (avec de beaux plafonds peints et des vitraux récents, où je n’ai pas vu de signature), à l’esplanade devant le palais royal, à la Plaza de Oriente, très végétale. Petit dîner d'oeufs au plat bacon-cheddar et de saucisses-frites, arrosé d’un pichet de sangria, à la Paradita, rue Carlos III. Comme dans toutes les villes, l’ornithologie consistait principalement en moineaux et en pigeons, surtout des bisets, avec quelques ramiers. En rentrant nous avons remarqué près de chez nous le très bel immeuble de Hermès, à l’angle des rues d’Alcalá et de Séville, avec des consoles en forme de tête d’éléphant. Il y a tout près la place Canalejas, un simple évasement de la carrera de San Jerónimo, bordé de bâtiments superbes.