jeudi 2 juillet 2026

Forn

    J’ai découvert les écrits de l’Argentin Juan Forn (1959-2021) au hasard d’une chronique qu’il avait consacrée à la mort de Horacio Quiroga (1898-1937) et que quelqu’un avait reproduite dans Facebook. Dans cet article intitulé El hombre que nos enseñó a tener frío (L’homme qui nous a appris à avoir froid) je suppose qu’il n’y a pas d’informations inédites, mais où que l’auteur soit allé se renseigner, il a su agencer les éléments en un récit d’une fluidité remarquable. J’ai longuement considéré ce texte avant de me décider à n’en traduire que la moitié pour ma Lettre documentaire d'hier (Ld 543), les trois premiers et les plus denses des six paragraphes qui le composent (les trois suivants concernant plus l’histoire de la littérature argentine que la vie des hommes).
    Ayant emprunté le recueil Yo recordaré por ustedes (Je me souviendrai pour vous), contenant cette chronique (que l’on trouve aussi en ligne sur le site du magazine Página 12), j’en ai lu quelques autres. J’ai bien aimé celle intitulée Entre las ruinas de mi inteligencia (Parmi les ruines de mon intelligence) consacrée aux derniers jours de Jaime Gil de Biedma (1929-1990), homosexuel alcoolique et dirigeant d’une grande entreprise, que Forn tenait pour le meilleur poète de son temps, bien qu’il n’eût écrit que 87 poèmes. Il traite avec humour l’épisode funèbre (je traduis) : «La seule chose qui lui importait, alors qu’il agonisait du sida en 1990, c’était de ne pas mourir avant sa mère, afin qu’elle n’apprenne pas dans les journaux que son fils était homosexuel. La vieille dame de quatre-vingt-dix ans était la seule personne de tout Barcelone à ne pas être au courant.»
    Tout cela est bien raconté mais j’ai un peu déchanté en lisant la chronique El idiota útil de derecha (L’idiot utile de la droite) dans lequel Forn reproche au journaliste américain Tom Wolfe d’avoir créé en 1970 l’expression Radical chic, qui devait rester pour désigner ironiquement les bourges culturels de gauche, comme ceux avec lesquels Leonard Bernstein avait organisé une réception luxueuse en l’honneur de membres des Black Panthers poursuivis pour actes de terrorisme (actes que Forn ne nie cependant pas). C’est qu’en montrant des ridicules de la gauche, Wolfe a peut-être donné des arguments à la droite, crime impardonnable… Visiblement ce bon Juan faisait partie de ceux pour qui « mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron » et qui préfèrent rester sourds-muets-aveugles devant certaines réalités, pour ne pas faire le jeu de… Mais je ne marche pas dans ce genre de combine. Grumble.

mercredi 1 juillet 2026

Quiroga

Lettre documentaire 543

La mort de Horacio Quiroga en 1937

évoquée par Juan Forn

dans sa chronique de décembre 2014

El hombre que nos enseñó a tener frío 

(L’homme qui nous a appris à avoir froid)

ici partiellement traduite par Ph Billé


Horacio Quiroga aimait Martínez Estrada comme un jeune frère et il lui offrit un hectare de ses terres dans la province de Misiones, pour l’inciter à devenir son voisin. Il le défricha lui-même à la machette, il lui envoya par la poste le titre de propriété et les plans de la maisonnette en bois qu’il pouvait lui construire de ses mains. Il proposait même de lui faire des meubles (et ils étaient notoirement commodes, les meubles que Quiroga fabriquait avec l’aide du journalier devenu charpentier Jacinto Escalera). Martínez Estrada avait un petit boulot minable à la Poste centrale et il détestait le milieu littéraire de Buenos Aires, mais il ne se décidait pas à partir pour les Misiones, si bien que Quiroga recourut à un ultime geste pour convaincre son ami mélomane : il lui envoya un violon fait en bois de timbó. « Il était aussi plat de face et de dos que Quiroga lui-même, il avait un cheviller préhistorique, des ouïes laborieusement creusées à la gouge et il produisait un bruit de chat en rut, hypnotique et horripilant. » Martínez Estrada, le coeur serré, comprit que telle serait sa vie s’il devenait le voisin de Quiroga aux Misiones, mais il n’eut pas à envoyer une lettre cruelle, car son ami débarqua à Buenos Aires.

Il venait se faire examiner par les médecins pour des douleurs qui ne le quittaient plus. C’était un cancer en phase terminale mais ils n’osèrent pas le lui dire. Ils le firent interner au Centre hospitalier avec une autorisation de sortie, en lui faisant croire qu’on le soumettait à des examens pour le préparer à une opération. Un jour qu’il errait au sous-sol de l’hôpital, il rencontra un patient nommé Batistessa. Il avait été relégué là à cause de son aspect physique, car il souffrait d’éléphantiasis. Quiroga exigea que Batistessa quitte le sous-sol et soit transféré dans sa propre chambre, où aux heures creuses il lui racontait des histoires de jungle. Un jour Batistessa entendit les médecins parler entre eux, puis il répéta à Quiroga que l’opération envisagée n’apporterait qu’un simple et douloureux sursis avant la mort. Quiroga dit qu’il sortait se promener. Il alla dans une quincaillerie acheter du cyanure, rentra à l’hôpital, mélangea la poudre dans un verre de whisky et l’avala. « Il s’est  tué comme une femme de chambre », dit de lui Leopoldo Lugones, qui un an plus tard allait se suicider de la même façon à Tigre. « On ne vit pas impunément dans la jungle », écrivit Alfonsina Storni dans un poème qu’elle lui dédia avant de se suicider elle aussi, en se jetant d’une digue à Mar del Plata.

Ni Lugones, qui avait été son maitre et son protecteur, ni Alfonsina, qui avait été son amante, n’accompagnèrent les cendres du défunt en Uruguay. Par contre Borges, qui avait dit que Quiroga était « une superstition uruguayenne, qui écrivait mal ce que Kipling avait bien écrit », s’y rendit. C’était au moment du carnaval et il raconta que le défilé s’était arrêté au passage du cortège, et que les enfants demandaient à toucher l’urne en bois de caroubier où l’artiste russe Stepan Erzia avait sculpté le visage du défunt. Parfois les extrêmes se rejoignent : il arriva un peu la même chose à Roberto Arlt, qui s’était lui aussi moqué de Quiroga : dans une chronique sur la fondation de la Société Argentine des Ecrivains, créée pour défendre les droits des gens de lettres, il avait écrit : « Ce doit être une idée de Quiroga, l’homme qui arbore une barbe de séfarade et une trogne de faux-monnayeur à faire peur ». Mais Onetti raconte que, le jour où Quiroga mourut, Arlt était assis au bout d’une grande table et ignorait fièrement les commentaires sur le décès, jusqu’à ce qu’arrive son ami Kostia, qui lui raconta comment il avait rencontré Quiroga dans la rue trois jours plus tôt. Il était habillé comme un clochard, sa barbe lui dévorait la moitié du visage, et il suivait depuis le Jardin japonais la dernière femme qu’il aurait l’occasion de suivre dans la rue, une beauté à couper le souffle. C’était la fameuse veuve de Gómez Carrillo, qui fréquentait maintenant Saint-Exupéry. Kostia en informait Quiroga quand le Français sortit de l’Hôtel Plaza et s’avança vers la dame, qu’il prit dans ses bras. Quiroga, en contemplant la scène, murmura : « J’aurais aimé être aviateur », et il s’en retourna vers sa chambre à l’hôpital, drapé dans le manteau qu’il avait passé par-dessus son pyjama, en plein mois de janvier. Du bout de la table, derrière la fumée de sa cigarette, on entendit la voix d’Arlt : « J’ai changé d’avis sur Quiroga. » (…)

mardi 30 juin 2026

idées

    A ce qu’il semble les idées de gauche, les idées anti-capitalistes, sont extrêmement répandues dans les milieux artistiques, où l’on dirait qu’elles vont de soi. Et pourtant l’activité artistique est probablement l’activité capitaliste ou lucrative la plus irréprochable. Cela est vrai pour la production, puisqu’il est tout à fait possible de produire des oeuvres d’art sans exploiter personne et sans nuire à l’environnement. Cela est vrai aussi pour la commercialisation des oeuvres, puisque ne s’agissant pas de marchandises de première nécessité, et l’acquéreur n’ayant aucune obligation d’acheter, le prix convient forcément aux deux parties et ne saurait être abusif.

lundi 29 juin 2026

Caraco

    Je dois à Christopher M Gérard d’avoir su qu’était paru l’an dernier aux Presses Universitaires de Liège le livre de Frédéric Saenen : «Mon oeuvre est ma vengeance», Essai sur la pensée radicale et gnostique d’Albert Caraco, et je dois à la bibli universitaire de Bordeaux-Pessac de m’avoir permis de le lire. La couverture annonce qu’il s’agirait là de «la première étude consacrée» à Caraco, mais il s’agit plus exactement du premier livre commercialisé, et l’auteur signale lui-même le précédent du mémoire de master composé par Romain Delpeuch sur le même écrivain en 2015. L’ouvrage fait honnêtement le tour des principaux aspects du personnage et de ses idées en treize chapitres sans titre, portant sur sa vie, sa mère, sa chasteté, sa judéité, les races, la France, la peuplade, l’ordre, l’humanisme, le savoir-vivre, la religion, la gnose, et l’art. Signalons deux petites erreurs à propos des parents de Caraco. Sa mère n’est pas morte d’un cancer de la joue mais plutôt du poumon, selon les indications données par son fils dans Le semainier de l’agonie et dans Post mortem. Quant à José Caraco, c’était bien le père d’Albert mais seulement son père adoptif et non le «géniteur». Le père biologique, Henri, étant mort quand l’enfant était en bas âge, son frère jumeau José a épousé la veuve et adopté l’orphelin, selon le chercheur espagnol Mario Martín Gijón, dont la biographie de Caraco est à paraitre. Dans deux notes de mon journal, les 2 et 30 août 2014, j’avais examiné avec mes lecteurs différentes hypothèses quant à ce que pourrait ou devrait être l’adjectif dérivé du nom de Caraco, dont caracoïen, caracolien (comme hugolien), caracasque (comme monégasque), caracain (comme mexicain), caraquien (comme chiraquien) et caracien (comme balzacien). Delpeuch dans son mémoire s’était servi de caraconien, puis de caracien. Saenen dit caracien, c’est sans doute l’option la plus simple. Des conclusions de l’auteur, je reproduirai cette phrase traduisant bien le mélange d’intérêt et d’embarras que peuvent susciter les écrits de Caraco : «Il laisse une oeuvre aussi massive que déconcertante, où l’irritante lucidité de certains constats cohabite en permanence avec une outrance verbale qui s’égare dans le délire haineux.» Je note aussi la méchante pique de l’auteur contre Cioran, «dandy de mansarde germanopratine»… Un aspect secondaire mais appréciable du livre de Frédéric Saenen est qu’il consacre une partie annexe à «Caraco, ciseleur d’envois», dans laquelle il reproduit une vingtaine de dédicaces de l’écrivain adressées à des inconnus ou à des célébrités (Eliade, Rebatet, Buffet…) extraites de sa collection, laquelle en compterait le double. Les connaisseurs savent que Caraco prenait grand soin de ses envois, qu’il calligraphiait en petits pavés aphoristiques, et qui sont assurément un très digne objet de collection. J’en avais moi-même posté quelques uns jadis dans un blog dédié, laissé depuis à l’abandon. On en voit aussi régulièrement reproduits dans des catalogues de vente. Il conviendrait peut-être de recréer un espace en ligne où exposer ces trouvailles…

dimanche 28 juin 2026

pluriel

    Je me pose une question de logique graphique, à propos des belles pages que je publie depuis fort longtemps sous le titre de Lettre documentaire. Lorsqu’il m’arrive de devoir évoquer plusieurs numéros à la fois, ou la collection dans son ensemble, j’en parle comme des Lettres documentaires, avec un s à la fin. Ce pluriel est-il abusif ? Connait-on une règle à ce propos, ou peut-on citer d’autres exemples ?

samedi 27 juin 2026

famille

VIE DE FAMILLE

Air de famille,
Bijoux de famille,
Chef de famille,
Esprit de famille,
Livret de famille,
Maison de famille,
Médecin de famille,
Mère de famille,
Nom de famille,
Pension de famille,
Père de famille, 
Photo de famille,
Réunion de famille,
Secret de famille,
Soutien de famille.

vendredi 26 juin 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : demidi, soliditude, récien.

jeudi 25 juin 2026

graphzine

Cette année, grâce à un don aimable de l’auteur, j’ai enfin pu prendre connaissance du livre que les connaisseurs unanimes tiennent pour la référence sur le sujet, le Graphzine graphzone de Xavier-Gilles Néret (coédition Le Dernier Cri / Editions du Sandre, 2019). En effet cet ouvrage copieusement illustré présente une remarquable somme d’informations et d’analyses quant à l’histoire et à l’essence des graphzines, ces publications graphiques auto-produites, nées dans les dernières années 70 avant de proliférer dans les décennies suivantes. On augmenterait la valeur pédagogique d’un tel livre en le dotant d’un index, qui permettrait de retrouver sur tel ou tel personnage des éléments épars dans le texte. Je n’apparais moi-même que discrètement dans cette étude, qui du reste ne vise pas à l’exhaustivité. Il est vrai que mes revues des années 80, comme Ljmite, n’entraient pas bien dans le canon du graphzine «classique», de par leur contenu éclectique et leur lien à d’autres courants marginaux comme le mail art. Je suis cependant cité une paire de fois comme source, pour une bibliographie du graphzine français que j’avais publiée en 1986, et un essai sur la copie dans les arts plastiques paru dans une des premières Lettres documentaires. Je figure aussi incognito par la formule «Exposition à feuilleter» citée quatre fois et attribuée à Bruno Richard, mais le même historien d'art a établi depuis que j’en étais l’auteur. Néret a raison d’insister sur le rôle fondateur de la revue Elles sont de sortie et il a les mots justes pour caractériser son étrange duo de créateurs, entre «la précision obsessionnelle du trait» de Doury et «la rage expressionniste» de Richard. J’apprends ici et là des choses que je ne soupçonnais pas, comme la rude controverse qui a opposé Franck Garcia et Stéphane Blanquet, ou que je connaissais mal, comme le rôle important joué par les libraires J Noël et J-P Faur. Parmi les développements analytiques, j’ai été sensible en particulier aux considérations sur le statut artistique du graphzine : est-il la simple reproduction d’oeuvres (dessins etc) conservant par ailleurs leur aura d’objets uniques originaux, ou bien la reproduction est-elle l’oeuvre achevée ? Les deux points de vue sont légitimes, on peut fétichiser l’oeuvre originale et reconnaitre à l’imprimé une beauté propre. J’avais remarqué dans le temps des cas de «callicopie», où la copie embellit l’original, par exemple la photocopie donnant une unité graphique aux éléments hétéroclites d’un collage. Je me fais parfois la même réflexion en voyant des collages bonifiés par le scannage et la mise en ligne, l’image apparaissant sur écran plus lumineuse et dotée de couleurs plus vives. A un moment l’auteur observe qu’à l’inverse des courants d’avant-garde, celui du graphzine se distingue par son «ambition théorique … moindre, voire tout à fait absente». Son bon ouvrage y remédie.

mercredi 24 juin 2026

solution

    On lance les deux sabliers en même temps. Quand le sablier de 5 mn a terminé, on le retourne. Au bout de 2 mn (quand le sablier de 7 mn arrive à bout) on enfourne la pizza. Elle va déjà cuire 3 mn, le temps que le sablier de 5 mn arrive au bout, puis on le retournera deux fois.

mardi 23 juin 2026

sabliers

    Je suis retombé sur cette énigme anonyme trouvée en ligne, qui me plait bien. Je la soumets à mes lecteurs, si ça intéresse. Solution prochainement.
    On veut mettre au four une pizza qui doit cuire 13 minutes. On n’a pas de montre, on ne dispose que de deux sabliers, respectivement de 5 et de 7 minutes. Comment s’y prendre ?

lundi 22 juin 2026

silence

    Luxueux silence à La Croix hier soir. On crève de chaud comme partout, mais au moins on n'a toujours pas de fête de la musique. C'est appréciable.

dimanche 21 juin 2026

interlude

    Le ciel était comme ça au-dessus de mon jardin à La Croix le 1er juin.
(Cliquer sur l'image pour agrandir)

samedi 20 juin 2026

traduction

    Financièrement, mon principal métier a été celui de bibliothécaire, qui m’a nourri pendant vingt-huit ans. J’étais assez bien fait pour cet emploi, car j’aime les livres, l’ordre, le classement, les catalogues, la bibliographie. Mais je ressens depuis longtemps que mon vrai métier, mon métier spontané, mon métier ontologique, comme je dis pour me donner un genre, est celui de traducteur. Il ne m’a pas rapporté autant que les biblis, mais je l’ai exercé très tôt et très assidûment, souvent bénévolement. Cette activité me plait si bien que j’ai parfois eu l’impression qu’elle me délassait, plus qu’elle me fatiguait. Après mon bac j’ai erré deux ans avant de trouver ma voie en me lançant dans des études de langues à l’université, l’espagnol et plus longuement le portugais. Auparavant, pendant l’année passée à l’Ecole normale de Mérignac, comme un professeur d’espagnol nous avait chargés de préparer chacun un travail personnel, j’avais choisi de traduire en entier un petit roman de García Márquez, La mala hora si je me souviens bien. C’était sans doute un travail médiocre mais j’avais appris beaucoup par cette expérience initiatique. Après mes cinq années d’études, étant allergique aux concours, ma première démarche a été d’explorer l’univers des revues littéraires, où je plaçais des traductions parfois payées, de textes brefs, poèmes et nouvelles. Puis la providence a voulu que je sois embauché par un grand éditeur pour traduire un roman et ensuite quelques autres. C’étaient des chantiers de trois ou quatre mois, qui me procuraient de quoi vivre un an dans la bohème. J’ai aussi traduit pour d’autres éditeurs, payant généralement moins bien, parfois pas du tout, des livres qui m’intéressaient davantage. Jusqu’à présent sauf erreur j’en ai traduit dix-neuf : dix du portugais, sept de l’anglais, deux de l’espagnol. Il était naturel que cette inclination personnelle se ressente sur mes propres publications, notamment sur mes Lettres documentaires, qui sont en quelque sorte les belles pages de mon Journal documentaire. Sur près de six cents Lettres documentaires parues (une première série de 51 numéros, puis l’actuelle série, qui en est à 542), je pense qu’un bon tiers sont des traductions. Il m’est arrivé d’en confier à des collaborateurs (B Ceron, Fr Desvois, J-R Lassalle, L Suel, W Pozoga, R Delpeuch) mais la plupart ont été réalisées par moi-même. Je viens de faire ce compte, auquel je songeais depuis quelque temps : sauf erreur j’ai traduit 90 Ld de l’anglais, 66 de l’espagnol, 32 du portugais, deux de l’italien et une du catalan, ce qui fait environ 190. C’est un safari, à sa façon.

vendredi 19 juin 2026

ciel

    Aujourd’hui n’importe quelle personne moyennement instruite sait instantanément localiser sur une mappemonde les océans, les continents, les pôles et au moins quelques pays et quelques iles. Pas besoin d’être expert en géographie pour s’y retrouver. Mais la carte du ciel n’est pas aussi bien connue, la plupart des gens l’ignorent même totalement. Un de mes buts en étudiant l’astronomie une paire d’années dans ma jeunesse était de me familiariser avec la vue du ciel nocturne, suffisamment pour pouvoir m’y orienter comme devant une mappemonde. Je n’y suis parvenu que médiocrement, mais au moins sais-je sans peine localiser le nord, le bandeau du Zodiaque, et selon les saisons telle ou telle constellation. Une différence, peut-être une difficulté, est que de même que le soleil traverse le ciel d’est en ouest pendant la journée, de même les étoiles dérivent d’un bord de l’horizon à l’autre pendant la nuit, et se décalent aussi au fil de l’année. Mais elles sont toujours situées à la même place les unes par rapport aux autres, seules les quelques planètes se promènent parmi elles. Je me suis souvent dit que les gens d’autrefois devaient être mieux habitués que nous à observer le ciel nocturne, à l’époque d’avant que l’éclairage public ne le rende difficile à voir, et plus encore aux époques primitives, où l’habitat était campement. S’il en est ainsi, il faut considérer que la connaissance commune s’est inversée : on connait mieux maintenant la carte du monde que celle du ciel, on connaissait mieux le ciel à l’époque où il n’existait pas encore de carte du monde, et où l’on n’avait pas idée de sa configuration.

mercredi 17 juin 2026

artichauts

Je n’avais jamais cultivé d’artichauts avant 2023. La pousse que j’ai plantée cette année-là a littéralement explosé, elle est devenue gigantesque et m’a donné vingt-six beaux artichauts. L’année suivante, vingt seulement. L’an dernier, sans doute moins, je n’ai pas noté. Cette année je n’en ai eu que trois, les rares qui ont éclos ensuite ont pourri avant de grossir. La plante a fait son temps, elle est à remplacer.

mardi 16 juin 2026

paronymes

Dix titres paronymiques inventés : 
L’automne automatique, 
Bagarre au barrage, 
Les émeraudes des émirats, 
L’espace espagnol, 
Le fascisme fascinant, 
Le goéland du Groenland, 
Menue monnaie, 
Le radical ridicule, 
La risée des réseaux, 
L’uchronie ukrainienne.

lundi 15 juin 2026

Nélson

    Le plus intéressant de ces trois livres était Flor de obsessão : As 1000 melhores frases de Nélson Rodrigues (São Paulo : Companhia das Letras, 1997). Fleur d’obsession était parait-il un surnom de Nélson Rodrigues (1912-1980) qui fut un journaliste infatigable et un célèbre dramaturge brésilien. Ne l’ayant jamais lu, j’ai découvert dans ce recueil de presque mille phrases, extraites de ses écrits par un certain Rui Castro, son ton cynique mais subtil, qui ne me déplait pas. J’en traduis quelques unes dans ma Lettre documentaire n° 542.

Rodrigues

Lettre documentaire 542

VINGT-TROIS PHRASES de Nélson Rodrigues

extraites du recueil Flor de obsessäo
(conçu par R Castro, S Paulo, 1997)
et ici traduites par Philippe Billé.

(Artistes)  L’artiste a besoin de solitude, pour ne pas pourrir.

(Cariocas)  Le Carioca est le seul type capable de hurler des confidences très secrètes d’un trottoir à l’autre.

(Mariage - Casamento)  L’idéal est que le mari soit d’une classe et la femme d’une autre. Par exemple c’est parfait, si la femme est une Marie-Antoinette et le mari un chauffeur de bus.

(Confessions)  Il y a des choses que l’on n’avoue ni au prêtre, ni au psychanalyste, ni au médecin, ni même au médium, une fois qu'on est mort.

(Faute - Culpa)  Si nous ne sommes pas en train de hurler à quatre pattes dans les bois, c’est uniquement parce que le sentiment de culpabilité nous sauve.

(Diète)  Sartre a écrit un jour que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas ça. Pour moi, l’enfer c’est la régime sans sel que je dois suivre. Opinion, comme on voit, bien moins littéraire, mais à mes yeux bien plus véridique.

(Argent - Dinheiro)  Il y a des gens qui, pour de l’argent, seraient même capables d’une bonne action.

(Education sexuelle)  L’éducation sexuelle ne devrait être dispensée que par un vétérinaire.

(Erreur)  Nous avons tous déjà aimé par erreur, haï par erreur.

(Enfants - Filhos)  Quand le type est un abruti incapable de rien faire, il fait des enfants.

(Gloire)  Je suis un narcissique très négligent, très relâché dans l’administration de ma gloire.

(Ennemi - Inimigo)  Il n’y a pas d’admiration plus délicieuse que celle de l’ennemi.

(Ennemi - Inimigo)  Rien de plus doux, rien de plus tendre qu’un ex-ennemi.

(Jeunes)  Le jeune est soit un Rimbaud, soit un débile mental.

(Liberté)  Je crois la liberté plus importante que le pain.

(Médecine)  Le médecin est soit un saint, soit un gangster.

(Mystère)  La moindre femme de ménage a sa part de mystère.

(Prostituées)  Seuls des marxistes de bas étage attribuent à la prostitution des causes économiques. Il y a des femmes qui paieraient pour exercer ce métier.

(Réactionnaire)  Aujourd’hui le bonhomme préfère qu’on injurie sa mère, plutôt qu’on le traite de réactionnaire.

(Saints)  Toute dévotion est belle. Peu importe si le saint ne la mérite pas. Ou même que ce soit un faux saint. (Je veux croire qu’il existe aussi des saints canailles.)

(Sexe)  Si tout le monde connaissait l’intimité sexuelle des autres, personne ne saluerait plus personne.

(Staline)  Vous connaissez la photo montrant Staline et Ribbentrop en train de signer le pacte nazi-communiste. Nul ne peut oublier leur sourire complaisant et obscène. S’il a manqué quelqu’un à Nuremberg, c’est Staline.

(Sous-développement)  Rien de plus abject que le sous-développement consenti, avoué, et même radieux.

dimanche 14 juin 2026

frases

    Il y a quelque temps, l’idée m’est venue de chercher dans le catalogue de la Bu les livres dont le titre contiendrait le mot frases, c’est à dire phrases en espagnol et en portugais. Il y en avait trois. Je les ai empruntés.
    L’un d’eux était Frases de Jorge Batlle, paru en 2003, à l’époque où cet homme était président de l’Uruguay. C’est un recueil de coupures de presse reproduisant des propos de ce politicien et les commentaires de journalistes. Pour moi aucun intérêt, je ne le lirai pas. Une bizarrerie notable est que ce livre est du genre qui ne s’adresse qu’aux citoyens du pays où il est publié, et qui savent naturellement de quoi il est question. Mais l’identification dudit pays est une énigme pour le bibliographe lointain, qui ne sait pas forcément qui est Jorge Batlle et doit d’abord se renseigner, car le livre ne donne aucune mention de maison, ni de ville, ni même de pays d’édition. Or il y a nombre de pays hispanophones de par le monde, dont dix-sept dans la seule Amérique latine continentale. Tout juste signale-t-on que l’ouvrage a été imprimé chez Rumifax SA, ce qui peut être n’importe où, et que l’organisateur du recueil a enseigné à l’Universidad de la República, sans préciser de quelle république. Cela me rappelle être tombé il y a des années sur un livre plus mystérieux encore, car il n’y avait pas de personnalité citée dans le titre, ni aucune localisation, la seule indication étant que l’ouvrage était publié par la Editorial del Ejército (les Editions de l’Armée)…
    Un livre plus alléchant était le Florilegio de frases envenenadas, sous-titré Una antología de la maledicencia, publié par un certain Gregorio Doval aux Ediciones del Prado, à Madrid, en 1996. Mais je n’ai fait que le feuilleter brièvement, bientôt découragé par la masse indigeste des 360 grandes pages, et par le fait que ces citations non référencées, donc invérifiables, ne sont pas si méchantes que ça, et pour beaucoup sont attribuées à ou concernent des vedettes qui ne m’intéressent pas.

    Je parlerai du troisième livre demain.

samedi 13 juin 2026

vendredi 12 juin 2026

bestiole

L’autre soir en dinant, je vois soudain passer sur le plancher, entre le pied de la table et le mien, une sorte de gros insecte noir, long de trois ou quatre centimètres. N’écrasant plus systématiquement les intrus, je me contente de les expulser, si possible. Je me lève, balaye la bestiole dans une pelle à poussière, et me dirige vers l’entrée. Le déporté s’échappe en cours de route mais il est repris. Arrivé dehors, je le considère. Il se tient maintenant immobile au milieu de la pelle, tourné vers moi dans une posture de défi, l’abdomen recourbé vers le haut. Je n’en ai jamais vu ici mais je me demande si ça peut être un scorpion, auquel cas il serait peut-être plus prudent de lui appliquer la solution finale. La clémence prenant le dessus, je le balance dans l’herbe, puis je rentre dans la maison en me demandant si j’ai bien fait. Renseignements pris, il s’agirait en fait d’un staphylin noir (Ocypus olens), soit un insecte et non un arachnide comme les scorpions. Et sans danger pour l’homme, donc pas de regret.
    (Photo piquée en ligne)

jeudi 11 juin 2026

Berlin

    Il y a quelques nuits j’ai rêvé cette phrase : Les sonnets à Berlin n’auront pas lieu.

mercredi 10 juin 2026

pirates

    Vu l'autre soir le film Capitaine Phillips, de Paul Greengrass (2013). Un sujet intéressant, l’attaque d’un navire de commerce et la prise en otage de son capitaine par des sauvages de la Somalie, mais le film qu’on en a tiré ne m’a pas emballé. Beaucoup de scènes filmées avec une caméra sursautante sont pénibles à regarder, et l’histoire m’a paru ennuyeuse. D.

lundi 8 juin 2026

exposition

Grave journée pour moi que celle d’avant-hier samedi, première journée de mon expo de deux semaines au Château Pallettes d’Isidore Krapo, et la seule où il était convenu que je sois sur place. L’opération impliquait que je me rendisse à Bordeaux dans la bétaillère du tram, ce qui déjà pour moi n’est pas un petit exploit. Quelque temps avant j’avais livré l’essentiel de mes oeuvres à Isidore, qui se chargeait de les accrocher, comme il a très bien fait, et j’apportais ce jour-là quelques éléments supplémentaires, dont mes cartes-pochoirs à l’étoile de Duchamp réalisées tout dernièrement. L’exposition est intitulée Collages, Lettrages, Livrages, on aurait pu y ajouter Etc, car ayant rarement l’occasion d’exposer ainsi dans une grande ville, j’en profitais pour présenter un vaste assortiment de mes productions, comprenant quelque dix-huit collages encadrés, neuf lettrages, deux exemplaires restants d’une sérigraphie, dix livres uniques, quatre bocaux de couleur, quelques livrettes, et mes cartes-pochoirs. Artiste low cost, je proposais la plupart de mes oeuvres à des prix abordables, entre vingt et cinquante euros, les livrettes et les cartes pour un doublon. Ce fut une bonne soirée, l’amertume des absences regrettables étant compensée par les présences nombreuses, dont certaines inespérées. J’ai bien vendu (entre autres sept collages), beaucoup discuté, pas mal bu. En outre, le bruit ayant couru auprès de certains que c’était le jour de mon anniversaire, on m’a gentiment offert des cadeaux : bouteilles de graves, gâteau vietnamien, énorme livre Au bonheur des listes, et bons d’achat. Je ne peux pas me plaindre.

(Photos Isidore Krapo)
(Voir aussi quelques photos par Charlie Devier ici)




vendredi 5 juin 2026

mardi 2 juin 2026

expo















Exposition 
Collages, Lettrages, Livrages,
et autres oeuvres de Philippe Billé
au Château Pallettes, chez Isidore Krapo
17 rue Elie Gintrac, à Bordeaux
du Samedi 6 au Vendredi 19 Juin 2026
Tous les jours à partir de 16 heures.
Présence de l'artiste le 6 seulement.


Précisons, si cela intéresse, qu'outre un assortiment de mes collages et lettrages encadrés, et mes brochures de ces dernières années, j'exposerai là ces nouveautés :
- les cartes postales d'Hommage à M Duchamp décrites hier.
- quatre de mes bocaux de couleurs enfin remplis (bleu, jaune, rouge, vert).
- dix des onze livres uniques (à tous égards) que j'ai créés ces dernières années, et dont voici la liste :
1. CARNET D’ADRESSE. Carnet fabriqué avec douze enveloppes libellées à mon adresse à la Croix-Comtesse. 24 feuilles de 11 x 11 cm. Décembre 2018.
2. CARNET D’ADRESSES. Carnet fabriqué avec dix enveloppes libellées à des adresses que j'ai eues en banlieue de Bordeaux. 20 feuilles de 11 x 11 cm. Décembre 2018.
3. IN GIRUM … (1/2). 32 feuilles de 6,5 x 10 cm. Mars 2019.
4. IN GIRUM … (2/2). 32 feuilles de 6,5 x 10 cm. Mars 2019.
5. CALENDOSCOPE. 24 feuilles de 9 x 14 cm. Non daté (2019 ?)
6. VINGT-QUATRE LISTES DE COURSES collectées entre 2008 et 2016. 24 feuilles. Novembre 2019. Collection Placid.
7. VINGT-QUATRE LISTES DE COURSES. 24 feuilles de 7,5 x 12 cm. Eté 2020.
8. QUARANTE LISTES DE COURSES. 40 feuilles de 14 x 20,5 cm. Août 2021.
9. CHANGEMENTS D’ADRESSE. Reliure de 17 enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Philippe Billé à différentes adresses, avec certains expéditeurs mentionnés. Mai 2026.
10. RUE DE L’AMITIE. Reliure de 20 enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Ph Billé, Rue de l’Amitié à la Croix-Comtesse, placées dans l’ordre alphabétique des expéditeurs, tous identifiés. Mai 2026.
11. A2. Reliure de 29 dessus d’enveloppes de 11 x 16 cm, adressées à Ph Billé à la Croix-Comtesse, placées dans l’ordre chronologique des tampons, de 1999 à 2026, avec certains expéditeurs mentionnés. Mai 2026.

lundi 1 juin 2026

étoiles

La semaine dernière j’ai enfin réalisé un projet artistique auquel je songeais depuis longtemps. C’est un Hommage à Marcel Duchamp, sous la forme d’une silhouette d’étoile peinte au pochoir sur des cartons de format carte postale. Ce projet était la résultante de l’intérêt que j’ai porté à quelques objets.
    Les étoiles, tout d’abord. Elles m’ont intéressé depuis l’époque lointaine où, dans ma jeunesse, j’ai passé quelque temps à étudier des rudiments d’astronomie. J’envisageais dès lors de leur consacrer un travail artistique.
    Ensuite la personnalité de Marcel Duchamp. Je ne suis pas un grand amateur de ses oeuvres (je ne fais pas partie des adorateurs du Grand verre et de la Roue de bicyclette), je ne partage pas son goût du jeu de mot dérisoire (LHOOQ fait sourire, mais ça ne vole pas très haut) ou de la provocation insolente (sa Fontaine, bof), mais j’ai de l’estime pour son style de personnage et en particulier pour l’inventeur de la notion de Ready-made. J’ai souvent contemplé la photo par Man Ray de la tête à Duchamp, où l’on voit la tonsure en forme d’étoile filante que lui avait faite l’artiste mexicain George de Zayas, en 1919 parait-il. La queue de la comète est figurée par une bande tondue partant du devant de la tête et aboutissant sur l’arrière à une étoile à cinq branches.
    Le goût du pochoir m’a été donné par ceux que j’ai vus çà et là au hasard des rues. J’aime mieux que les murs se contentent d’exercer leur métier de mur, sans qu’on ait la grandiloquence d’y étaler des fresques ou des tags, mais je ne suis pas contre le discret pochoir glissé dans un coin. Bien que n’étant guère attiré par l’artisanat chimique de la peinture, je me savais capable de façonner un pochoir, pour l’avoir déjà fait jadis deux trois fois.
    Enfin j’admire depuis longtemps le format de papier du standard A, dont le rapport de la largeur sur la longueur est égal à un sur racine de deux, de sorte qu’en pliant une feuille en deux, on obtient une surface deux fois plus petite mais proportionnelle à la première. Dans cette norme A, le A0 (A zéro) est égal à un mètre carré. Le format usuel du papier d’imprimante ou de courrier est le bien connu A4 (21 x 29,7 cm) équivalent à un seizième de mètre carré. Le A5, moitié du A4, est le format archétypique de bien des brochures et livrettes, et le A6, quart du A4, est le format des cartes postales (10,5 x 14,8 cm).
    Ainsi s’est constituée peu à peu l’idée de reproduire au pochoir, sur des cartons A6, l’étoile de Duchamp telle qu’elle apparait sur la photo, c’est à dire vue de biais, un peu déformée ou anamorphosée, certains rayons semblant plus longs que d’autres.
    Quant au nombre d’exemplaires, après avoir hésité à m’aventurer jusqu’à la centaine ou à me contenter d’une cinquantaine, j’ai opté finalement pour la quantité de 64, puisque le format A6 équivaut à un soixante-quatrième de mètre carré (format A0). Et ce nombre tombe bien, car il est aussi celui des cases du jeu d’échecs, dont Duchamp était un grand pratiquant.
    La constellation ainsi obtenue est assez variée, parce que je me suis servi de cartons de différentes couleurs : marron (exemplaires 1 à 3, carton ondulé pour ces trois seuls), gris (4-8), blanc (9-12), vert (13-28), rose (29-44), jaune (45-62), enfin bleu nuit (63-64). Environ la moitié des exemplaires ont été exécutés avec deux petits pots de peinture dorée qui se trouvaient dans mon chai depuis fort longtemps, dont un de dorure Corsain et un de la marque Eba («Super rayon d’or, Teinte or riche, Made in France» !), environ un quart des exemplaires ont été faits au marqueur Bic indélébile noir, et un quart avec de l’encre à tampon violette étalée au pinceau, anonyme pour cause d’étiquette déchirée. Les quatre types d’encrage se trouvent sur toutes les couleurs de cartons. Sur certains fonds, l’encre violette parait si foncée qu’elle se distingue difficilement du noir.
    Les cartes comportent au verso une ligne médiane manuscrite indiquant simplement Hommage à MD et le numéro de l’exemplaire. Au recto elles sont signées PhB en bas à gauche et datées 2026 en bas à droite.
    Maintenant que ce chef d’oeuvre existe, je vais m’employer à faire fortune en le commercialisant. Je compte vendre chaque exemplaire pour un doublon (deux euros). Je le présenterai à mon exposition de samedi prochain à Bordeaux mais il est d’ores et déjà disponible par correspondance (dans ce cas il faut s’arranger pour me faire parvenir 2 euros + un timbre ou le prix d’un timbre, soit environ 1,50 euro. Dans la mesure des disponibilités, je peux tenir compte des souhaits pour la couleur du fond ou le type d’enduit).





dimanche 31 mai 2026

apprivoisement

Lettre documentaire n° 541

ANIMAUX APPRIVOISÉS DES INDIENS DU BRÉSIL
d'après Gabriel Soares de Sousa

Il est connu que les chasseurs-cueilleurs d’Amérique, avant la colonisation européenne, ne possédaient pas d’animaux domestiques, du moins pas au sens que cela a en Europe : pas de bétail, ni de basse-cour, ni chien ni chat. En relisant naguère la Notícia do Brasil rédigée en 1587 par Gabriel Soares de Sousa, je suis cependant frappé par les nombreuses mentions, pas moins de trente, d’animaux capturés et apprivoisés par les Indiens, à des fins semble-t-il essentiellement récréatives. Ce sont :
les aras canindé bleus et jaunes (les Indiens les prennent jeunes dans les nids, pour les élever dans leurs maisons, chapitre II-80)
les aras rouges (idem, ibidem)
les toucans (idem, ibidem)
les canards (idem, qui deviennent très domestiques, II-80)
les tourterelles pairari (ils les apprivoisent dans les maisons, comme des pigeons, II-82)
les grands perroquets verts ajuruaçu (qui deviennent très domestiques dans les maisons, II-83)
les perroquets verts et rouges ajurueté (ils les prennent jeunes pour les apprivoiser, ibidem)
les perroquets curica (idem, ibidem)
les perroquets verts maracanã (idem, ibidem)
les perruches tuim (idem, ibidem)
d’autres, un peu plus grandes (idem, ibidem)
les vautours noirs urubu (les Indiens en ont apprivoisé quelques uns, pris au nid, II-85)
les tangaras jaunes et noirs (pris jeunes, II-87)
les passereaux suiriri (qu’on élève en cage et qui chantent très bien, II-88)
les passereaux urandi (idem, ibidem)
les passereaux uraenhangatá (idem, ibidem)
les passereaux sabiá-poca (idem, ibidem)
de petits passereaux noirs (idem, ibidem)
de petits passereaux bleus (idem, ibidem)
des tapirs (pris jeunes, ils s’apprivoisent et jouent avec les chiens, II-94)
les coatis (jeunes, ils s’apprivoisent, II-98)
les chats sauvages maracajá (pris petits, ils s’apprivoisent mais tuent les poules et les perroquets, ibidem)
les loutres irara (prises jeunes, elles s’apprivoisent bien, II-101)
les agoutis (pris jeunes, ils s’apprivoisent comme des lapins, II-103)
les petits singes sagouins (II-104)
les petits singes-lions (très mignons mais ils meurent s’il fait froid, ibidem)
les tortues jabuti (dans les maisons, elles mangent tout ce qui traine par terre, II-106)
les paresseux (les Indiens en emportent dans leurs maisons pendant deux ou trois semaines, mais comme ils ne mangent rien, ils les relâchent par pitié, II-107)
le serpent non venimeux non identifié tiopurana (qui s’apprivoise si bien qu’il peut sortir se nourrir en forêt pendant la journée puis rentre le soir à la maison, ce qui parait quand même difficile à croire, II-113)
enfin les iguanes anijuacanga (mais elles ne veulent rien manger de ce qu’on leur donne, II-114).


vendredi 29 mai 2026

commerce

    Ce mois-ci j’ai enfin eu le temps de saisir non seulement le texte de mon journal de l’an dernier, mais aussi celui de l’année 2001, la seule dont je n’avais plus de version numérique depuis longtemps. J’ajoute ces deux documents à la liste de mes pdf en vente à 1 euro. Je profite de cette occasion pour rappeler quelques précisions, notamment à l’intention de ceux et celles qui ne lisent mon Journal documentaire que par les citations que j’en reproduis sur Facebook, ou qui le lisent à la source dans Blogspot mais sur téléphone, où le format réduit ne permet pas de voir les liens marginaux. Si l’on consulte ce journal sur un écran d’ordi, on peut remarquer dans la marge à droite ces deux onglets : l’onglet A lire, où je propose un certain nombre de documents en accès libre, et l’onglet A vendre, où je liste les pdf que je vends 1 euro, notamment le texte intégral des volumes annuels ou pluri-annuels de mon journal. J’ai opté pour cette formule éditoriale plus légère, plus maniable et moins couteuse que ne serait l’impression de livres en papier. J’accepte tous les moyens de paiement, avec une préférence pour le virement bancaire (j’envoie mon iban sur demande). J’ai un compte PayPal mais ne sais pas bien m’en servir, il parait qu’on m’y trouve par mon adresse mail philippe.bille@hotmail.fr (j’ai déjà eu en effet des règlements par ce moyen). Un copain expert en marketing (!) me suggère de proposer la vente des pdf par groupes de cinq contre un billet de 5 euros par la poste. C’est une possibilité. Si l’on a d’autres suggestions, cela m’intéresse. Merci de votre attention.

jeudi 28 mai 2026

scènes

Pour m’accorder un moment de détente, j’ai emprunté un album de dessins d’humour, Scènes de la vie parentale, par Jean-Philippe Delhomme (Denoël, 2007). Ce sont des dessins pleine page, avec une légende en bas, caricaturant les rapports problématiques de parents bobos avec leurs lardons. La meilleure page est celle de la préface, bien écrite par l’auteur. A part ça le livre m’a déçu, les dessins sont moches et la satire pas tellement drôle.

mercredi 27 mai 2026

résumé

    En résumé, grosso modo, nous tuons pour vivre, et nous vivons pour mourir. Il faut s’arranger avec ça. Les croyances religieuses et philosophiques y aident plus ou moins.

lundi 25 mai 2026

néomots

    Chaque fois qu’un nouveau néomot me vient à l’esprit, je vérifie d’abord dans Google que le mot n’existe pas déjà comme nom d’un lieu-dit, d’une marque, d’un site, d’un groupe, d’un concept ou de quoi que ce soit. Je ne le publie et je ne l’ajoute à mon Verbier (ma collection de néologismes), que s’il est inconnu et donc original. Sans quoi je l’écarte. Dernièrement toutefois je me suis amusé à noter à part les candidats malheureux que j'ai cru inventer, mais qui se sont avérés déjà trouvés ici ou là. En voici dix : camignon, décompressif, draguerie, éclairière, empoterie, forture, popute, solitarité, surpassion, tortune.

dimanche 24 mai 2026

Sánchez

    Le hasard m’a fait découvrir un curieux petit livre paru l’an dernier à Madrid aux éditions Dilema et intitulé Torrelodones. L’auteur, Jonás Sánchez Pedrero, homme de peu de mots, donne là un recueil de quelque 540 sentences très brèves, tenant toutes, à une exception près, sur une seule ligne. Ce sont toutes des phrases, commençant par une majuscule et se terminant par un point, bien que certaines aient l’air de simples fragments de phrase, avec ou sans verbe. Leur point commun est la brièveté, les plus courtes n’ayant que deux mots, mais leur type de contenu varie. On trouve parmi ces formulations laconiques des aphorismes, des réparties, des expressions souvent inattendues. Cet ouvrage minimaliste prouve qu’il suffit de peu pour qu’un énoncé soit un objet de contemplation, donnant matière à méditer ou à sourire. Avec la permission de l’auteur, j’ai le plaisir de présenter à mes lecteurs, dans la Lettre documentaire 540, une vingtaine de ces sentences, que j’ai traduites de l’espagnol.

Torrelodones

Lettre documentaire n° 540

VINGT-DEUX PHRASES de Jonás Sánchez Pedrero 

extraites de son recueil Torrelodones
(Madrid : Dilema, 2025)
et ici traduites par Philippe Billé

Le rideau aussi était un mur.

Il faut progresser à l’ancienne.

Il applaudissait à coups de coude.

Il était humain à sa façon.

Il apprit à déboucher des mots.

Tous les dimanches ont un air de mars.

Il perdit ses dents comme des pointes de crayon.

La poésie ne va pas pas à l’Université.

Et ils transformèrent le temps en moments.

Toute science a sa fiction.

Il est tombé malade à cause de la quarantaine.

Cours de yoga urgent.

Les poissons pleurent à l’intérieur du cerveau.

Antiquités de saison.

L’automne avec sa beauté de rimmel qui coule.

Savoir oblige.

Bonne journée du kilo.

La tristesse a raison.

L’excentricité ne fait pas le talent.

Un jour tout cela sera avant.

Je hais de mieux en mieux.

Ne me dis surtout pas ça un jeudi.

(Textes originaux : También la cortina era muro. - Hay que progresar a la antigua. - Aplaudía a codazos. - Era humano a su manera. - Aprendió a destapar palabras. - Cualquier domingo parece marzo. - Perdió los dientes como puntas de lápiz. - La poesía no va a la Universidad. - Y convirtieron el tiempo en ratos. - Toda ciencia tiene ficción. - Enfermó de cuarentena. - Clases de yoga urgente. - Los peces lloran en el cerebro. - Antigüedades de temporada. - El otoño con su belleza de rimmel corrido. - Saber obliga. - Feliz día del kilo. - La tristeza tiene razón. - Excentricidad no hace talento. - Algún día todo esto será antes. - Cada vez odio mejor. - Eso no me lo dices un jueves.)

samedi 23 mai 2026

arbres

    En Gironde, où j’étais de passage cette semaine, il m’a semblé remarquer comme la dernière fois, qu’une maladie ravage tous les palmiers visibles au bord des routes et dans les rues. Cela semble affecter aussi bien les palmiers à chanvre et les phoenix, leurs feuilles pâlissent, ternissent et sèchent.
    Ici ce sont des animaux, c'est peut-être simplement un lièvre, qui a attaqué trois arbrisseaux que j’avais plantés dernièrement dans la haie du fond à la Rigeasse (la Caatinga). Une espèce de thuya low cost acheté dans un supermarché, un faux-cyprès que j’étais tout content d’avoir récupéré intact dans la benne de cimetière où il avait été jeté, et une pousse de troène que j’avais en pot. Les deux premiers ont eu l’écorce rongée, surtout le thuya, le troisième a eu ses feuilles mangées presque entièrement. Je les ai protégés avec du grillage. Le faux-cyprès est mort quand même. Le thuya était si abimé que j’ai dû couper le petit tronc très bas, ne laissant pratiquement que les deux premières branches, horizontales. J’en ai redressé une et l’ai tuteurée en position verticale contre le moignon de tronc, en espérant qu’elle forme un tronc de remplacement, mais ce n’est pas gagné. Le troène refait des feuilles à profusion, il a bien repris.

lundi 18 mai 2026

expos

    Comme l’Espace Oscar Niemeyer du Parti communiste français n’était pas disponible, j’avais opté hier pour la Salle des fêtes de La Jarrie-Audouin (17330) afin d’exposer un assortiment de mes collages. Ce fut une excellente journée, riche en rencontres fort aimables. Je devrais exposer de nouveau prochainement le samedi 6 juin au Château Pallettes, dans Bordeaux.

dimanche 17 mai 2026

Bergerac

    Rêve que j’étais à Bergerac, et qu'à la nuit tombée j’allais à pied au centre-ville, que je trouvai totalement désert. Aucune voiture en vue, même garée, ni aucun piéton sur toute la place devant l’église, ni à côté sur la place Gambetta. J’en étais bien étonné. Et dans cette solitude extrême, il n’y avait personne à qui demander comment il se faisait qu’il n’y avait personne.

samedi 16 mai 2026

expo


    Demain dimanche 17 mai je présenterai une vingtaine de mes collages à la Salle des fêtes de La Jarrie-Audouin (17330).
    Comme chaque année, à l’occasion du vide-grenier qui se tient dans le pré à côté, ladite Salle accueille une expo des peintres locaux, auxquels on a bien voulu que je me joigne.
     Entrée libre toute la journée dès le matin.

vendredi 15 mai 2026

moufette

Lettre documentaire 539

LA MOUFETTE BRESILIENNE, par Gabriel Soares de Sousa

    En français le nom de moufette (ou mouffette, ou mofette, de l’italien moffetta) peut servir à désigner sinon tous, du moins la plupart des mammifères carnivores de la famille des méphitidés, tous capables de se défendre en projetant depuis leurs glandes anales un liquide nauséabond propre à décourager l’assaillant. Ladite famille compte une douzaine d’espèces, dont deux asiatiques, les télagons ou blaireaux-puants de Java et des Philippines, du genre Mydaus. Les autres espèces, toutes américaines, se répartissent entre les genres Mephitis, Spilogale et Conepatus. L’espèce type est la moufette rayée (Mephitis mephitis) d’Amérique du Nord, parfois désignée par le synonyme skunk, mot algonquin. Les trois espèces sud-américaines sont toutes du genre Conepatus. On trouve au Brésil la moufette des Andes (Conepatus chinga) mais la plus répandue est la moufette d’Amazonie (C semistriatus). Cet animal a été décrit par Gabriel Soares de Sousa en 1587 dans sa Notícia do Brasil, au chapitre II-99, Qui traite de la nature et de l’étrangeté du jagurecaca. Aujourd’hui l’animal est désigné en portugais brésilien par les noms tupis cangambá et jaritataca, celui-ci ayant diverses variantes rappelant plus ou moins le terme employé par Sousa (jaritacaca, jaguaritaca, etc). On lui applique aussi la périphrase de doninha-fedorenta, soit belette puante. Voici ce qu’en dit Sousa (ici traduit par Ph Billé) :

    Le jagurecaca est un animal de la taille d’un grand chat, de couleur brunâtre. Il a le poil long, des pieds et des mains comme ceux des singes, une face de chien, et une longue queue. Il se nourrit de fruits des bois. Il se déplace toujours à terre et ne met bas qu’un seul petit. C’est un animal étrange et nauséabond, car partout où il passe, il laisse une telle puanteur jusqu’à un jet de pierre de part et d’autre, que nul ne peut la supporter. Et pendant plus de deux mois nul ne peut passer par là, car tout est empesté d’une mauvaise odeur intenable. Les chiens prennent de ces animaux à la chasse, mais aussitôt après ils se jettent à l’eau et se roulent par terre pour se débarrasser de cette puanteur, et continuent ainsi en vain pendant des jours. Quant au chasseur, il a beau se laver, la terrible odeur lui reste et perdure trois ou quatre mois. Quand cet animal se voit cerné par les chiens, il lâche une ventosité si pestilentielle, qu’elle embaume tous ceux qui se trouvent à proximité. C’est par cette arme qu’il se défend contre les onces et les autres animaux, quand il est poursuivi. Cette artillerie est si puissante, que l’once ou les autres ennemis font demi-tour et l’abandonnent. Et ils vont aussitôt se laver et se rouler par terre, pour se libérer de la terrible odeur. Il est arrivé à un Portugais que son chasseur lui ayant rapporté de la forêt un de ces animaux mort, pour lui servir de remède, il en fut si empuanti que, ne pouvant plus se supporter, il en devint tout jaune et rentra chez lui malade de l’odeur qui lui collait, et qui lui resta des jours et des jours. La chair de cet animal est bonne pour soigner la dysenterie, mais la maison où il y en a empeste à tout jamais. C’est pourquoi les Indiennes la font rôtir toute enveloppée de feuilles, après l’avoir bien fait sécher près du feu, et elles la fument pour qu’elle se conserve, mais cela n’empêche qu’on la sente jusque dans la rue, tant qu’il y en a dans la maison.

    (Note du traducteur, pour nuancer ce qu’en dit Sousa : l’animal a certes un pelage noirâtre mais aussi en partie blanc, il n’a pas des mains ni des pieds de singe, ni une gueule de chien, la femelle n’a pas qu’un petit mais en général une portée de quatre ou cinq, le régime omnivore comporte aussi de petits animaux, et la puanteur résulte d’un jet de liquide et non de gaz.)

jeudi 14 mai 2026

Volume

Connaissant déjà le talent soigneux de Siméon Lerouge, j’ai aimé son nouveau livre Volume horaire (paru aux Editions de la Renouée) avant même de l’avoir lu. C’était imprudent mais j’avais raison, l’ouvrage est superbe. Un recueil de deux cents quatrains sans rime, étrangement rythmés, tous écrits en exactement vingt-quatre mots, chaque vers en comptant six. Par exemple : Quand on regarde sous le maïs / c’est une forêt de bambous / très sombre, sans végétation, plantée serrée / pour qu’on s’y perde. Ils sont écrits au fil des jours pendant un an et répartis en douze chapitres mensuels, allant de mai à avril. Ce sont des vues instantanées prises la plupart dans les jardins, les maisons et les rues. Cette forme brève, pour ainsi dire carrée, est un choix ingénieux mais la recette ne suffit pas, il faut aussi l’inspiration qui transparait dans les détails retenus, les rapprochements, les comparaisons. Chaque quatrain est précédé d’une mention de la date et du lieu, avec par endroits de petites cartes joliment tracées. On comprend que ce poète jardinier, donc terrien, que l’on pourrait croire sédentaire, au contraire a la bougeotte. Il réside en la Sarthe mais gravite sans cesse dans un assez vaste périmètre, entre Paris et Brest. Je recommande son bon livre (les détails ici). Un autre extrait pour la route : En poussant le portail, mon frère / aperçoit dans le gravier, qui brille / d’humidité tant il a plu, / une grenouille. Il part. Elle aussi.

mardi 12 mai 2026

Hazlitt

Pendant quelques années j’ai possédé une jolie petite édition reliée en daim, d’un essai de William Hazlitt rédigé vers 1820, Why distant objects please. Je ne l’ai plus, j’ai sans doute revendu le charmant opuscule acheté jadis à Saint-Pierre chez un bouquiniste extrême, qui bradait ses trésors à un prix abordable. Depuis lors je me suis procuré en ligne une version numérique du texte et je tente régulièrement de le lire, sans jamais y parvenir en entier, j’avoue, car autant le sujet, Pourquoi les objets lointains nous plaisent, me semble attirant, autant les ratiocinations qu’en tire ce bon William me sont vite soporifiques. J’en retiens au moins la conjecture ingénieuse, que l’éloignement favorise la rêverie. Ainsi par exemple, lorsque nous contemplons un paysage, notre esprit aime vagabonder dans le sfumato des lointains, où il se plait à imaginer et à embellir ce qu’en réalité il ne voit. Mes observations du sentiment de la Nature me permettent d’ajouter à cela l’idée que le paysage, admiré de loin, nous épargne la vue de ce qu’on découvre quand on y regarde de plus près, les rudesses de la biodiversité, le carnage incessant…

lundi 11 mai 2026

nichoirs

    Ces vidéos que l’on fait maintenant en allant filmer les oiseaux jusqu’à l’intérieur de leurs nichoirs, je trouve ça indiscret. Et pas très utile, d’ailleurs, si c’est pour apprendre que les oeufs éclosent et qu’ensuite les parents donnent la becquée aux petits, quelle révélation…

dimanche 10 mai 2026

vingt


        En feuilletant un album de mes recherches graphiques, je retrouve cette découverte curieuse, quoique sans importance : le nom de Louis-Ferdinand Céline et le titre Voyage au bout de la nuit comportent tous deux exactement vingt caractères.

vendredi 8 mai 2026

conventions

    Au fil des ans j’ai renoncé à certaines conventions graphiques. D’abord les points d’abréviation, dont je me passe car je les juge inutiles. J’écris V Hugo au lieu de V. Hugo, qui cela gêne-t-il ? Je pense que le point ne devrait servir qu’à marquer la fin de la phrase, ou à séparer les centaines des milliers dans les grands nombres (14.000). Ensuite les traits d’union, souvent inutiles eux aussi. Je trouve qu’il y en a trop. Je ne les bannis pas mais j’en suis avare, et quand je ne sais si la règle en veut ou pas, je fais à ma guise sans consulter le dictionnaire. J’écris Saint-Jean Pied de Port pour Saint-Jean-Pied-de-Port, c’est à dire pour c’est-à-dire. Enfin l’italique et les guillemets pour les mots étrangers et les citations. C’est pareil, on en met trop. S’il n’y a pas d’ambiguïté, je m’en passe. Parfois une simple majuscule suffit à les remplacer. Je donne ces précisions s’il en est besoin, afin que mes lecteurs ne prennent pas mes options graphiques pour des négligences, sait-on jamais.

jeudi 7 mai 2026

turtur

    Parce que j’y vais tous les jours, je sais qu’en ce moment les bois résonnent d’un mot latin : c’est la Tourterelle des bois qui répète inlassablement le nom qu’on lui a donné dans l’Antiquité, Turtur. Je viens de m’aviser que, des deux espèces de tourterelles visibles en France, la plus commune, la plus proche de l’homme, celle que l’on voit maintenant partout dans les villes et villages, soit la Tourterelle turque, immigrée de fraiche date n’ayant colonisé l’Europe qu’au vingtième siècle, était inconnue des Romains et ce n’est donc pas elle, qu’ils ont baptisée par cette onomatopée imitant le cri : tur-tur, tur-tur. Ce nom conviendrait aussi mais imparfaitement à la Tourterelle turque, laquelle scande plutôt toutou-tou, toutou-tou en trois syllabes bien nettes et d’une voix plus sonore. En vérité le nom latin de la tourterelle, turtur, est bien celui de l’espèce primitive et discrète, au cri plus roucoulant et volontiers bisyllabique, qu’on entend dans les bois plus souvent qu'au village.
    (On peut écouter sur le site Oiseaux-net de petits enregistrements de la Tourterelle des bois et de la Tourterelle turque.)
    (Rappel d'une note descriptive sur les deux Tourterelles)

mercredi 6 mai 2026

coucou

    Parmi les cris d’extase s’élevant de toutes parts pour célébrer les perfections de la Nature, il est très étonnant de tomber, dans L’Angérien libre de cette semaine (paru jeudi dernier le 30 avril) sur la chronique hebdomadaire On passe au vert avec Gianni, portant cette fois-ci sur le «Coucou gris, le chanteur imposteur». Rare cas d’un ornithologue, qui plus est médiatique, se permettant d’exprimer un avis négatif sur un comportement animal, et sans mâcher ses mots : le coucou est «l’une des plus admirables sales bêtes de nos contrées … le plus sournois des oiseaux de la campagne … de ceux qui profitent sans vergogne du dévouement des autres … cette immense fraude de l’avifaune … la grosse vilaine bête … (d’une) nature profondément discutable.» Et il détaille en effet le parasitisme impitoyable de cette espèce. Ces considérations critiques sont comme un peu d’air frais parmi la bondieuserie biodiversitaire.

mardi 5 mai 2026

Nature

    Chaque fois que je m’attarde à lire, sous ces innombrables photos d’animaux et de paysages, les innombrables commentaires consistant ou se résumant à dire que la Nature est belle, et bonne, et grande, et forte, et sage, bref, que c’est une Déesse en tous points adorable, je me demande quel besoin de se rassurer est ici à l’oeuvre, quel besoin de se mentir, de ne pas voir ce qui est réellement. Et quand il arrive qu’un maladroit, sans malice, montre un prédateur déchiquetant sa proie encore vive, si je m’amuse à faire remarquer que ce sont là les horreurs de la Biodiversité, on ne trouve rien à répondre qu’Ah oui, mais c’est la vie, hein…

lundi 4 mai 2026

demi

DEMI-MONDE

demi-cercle
demi-dieu
demi-douzaine
demi-finale
demi-franc 
demi-frère
demi-gros
demi-heure
demi-jour
demi-litre
demi-lune
demi-mesure
demi-mot
demi-pension
demi-portion
demi-sel
demi-siècle
demi-soeur
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demi-tarif
demi-teinte
demi-ton
demi-tour

samedi 2 mai 2026

troupeau

Lettre documentaire 538

ATTENTION, TROUPEAU !

Petite anthologie de citations contre l’esprit grégaire
(à compléter).

«C’est dans le troupeau, que l’homme est le plus bovin.» (Anonyme).

«… c’est en groupe, que nous pensons le moins.»
(André Blanchard, Impasse de la Défense : Carnets, juillet 1995). 

«Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre, on est une bande de cons.»
(Georges Brassens, Le pluriel, 1966)

«… où plusieurs douzaines se réunissent, l’esprit déménage…»
(Albert Caraco, Semainier de l’agonie, 1963, p 127).

«J’aime les hommes un par un mais, en troupe et grouillant, je ne puis que les haïr.»
(Jacques-Marie Dupin, Opus incertum, 1982).

« Un par un, les hommes sont peut-être notre prochain, mais en troupeau, sûrement pas. »
(Nicolás Gómez Dávila, Escolios 2, 1977, p 66).

«L’âme est une quantité qui décroît à mesure que plus d’individus se regroupent.»
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 1, 1986, p 71).

« L’intelligence isole, la stupidité agrège. »
(Nicolás Gómez Dávila, Nuevos escolios 2, 1986, p 140).

«Solitude où je trouve une douceur secrète…»
(La Fontaine, Le songe d’un habitant du Mogol, 1678).

«Les hommes rassemblés valent moins qu’isolés.»
(Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1900).

«A plus de deux, les hommes sont des cons.»
(Marc-Edouard Nabe, Kamikaze : Journal intime, tome 4, 7 mai 1989).

vendredi 1 mai 2026

Baselitz

    J’ai toujours trouvé les peintures de Georg Baselitz, notamment ses peintures la tête en bas, non seulement laides, mais ridicules.

mercredi 29 avril 2026

états

ETATS GENERAUX

état d’âme
état d’arrestation
état de choc
état de choses
état de droit
état d’ébriété
état d’esprit
état de fait
état de grâce
état des lieux
état de marche
état de nature
état de santé
état de siège
état d’urgence
état de veille

mardi 28 avril 2026

suites

    Après le récit de ma laborieuse quête des fichues Pensées de Cavanna, je me sens tout penaud maintenant qu’un gentilhomme de mes lecteurs, monsieur D F, se vante d’avoir « trouvé en cinq secondes sur le Net » un fac-similé numérique de l’ouvrage ! Je profite de l’occasion pour le mettre au défi d’en faire autant avec les Pensées échevelées de Jerzy Lec. Ça va moins rigoler, là.
    Par ailleurs, en réponse aux deux millions de lecteurs, pardon, faute de frappe, je voulais dire En réponse aux deux lecteurs qui m’ont demandé ce qu’était cette note étymologique, je révèle qu’elle a paru dans Charlie Hebdo n° 472, du 28 novembre 1979, page 15. Je l’ai conservée. Je ne la reproduirai pas, car mon ton juvénile d’alors, salutant et tutoyant, ne me plait pas, mais je peux en indiquer la teneur. En réponse à une livraison précédente de sa chronique Virgules et circonflexes (dans Charlie n° 469) entre temps rebaptisée Virgules et machin-chouettes, où Cavanna s’étonnait que le verbe Décimer, devenu synonyme de massacrer, avait d’abord voulu dire supprimer un dixième, je lui signalais d'autres correspondances mathématiques entre destruction et division : Trancher venant du latin trinicare (couper en trois), Ecarteler d’exquartare (couper en quatre) et Esquinter d’exquintare (couper en cinq)…

lundi 27 avril 2026

pensées

Hélas ! Le recueil des Pensées de Cavanna, que je me suis donné tant de mal à trouver, ne me plait pas beaucoup, je le trouve médiocre. L’auteur confie lui-même en introduction qu’il ne tenait pas à ce livre, dont l’existence serait due à l’insistance de l’éditeur. Une partie des pensées sont extraites de textes déjà publiés, mais on ne sait lesquelles, certaines seulement ont été composées exprès pour ce volume. J’y retrouve p 153 celle qui est sans doute la plus connue et dont j’avais souvenir : « La publicité nous prend pour des cons. La publicité nous rend cons. » Ce n’est pas faux, et cela sonne bien, mais ce n’est pas très profond non plus. Et l’on voit là une des pauvretés de l’auteur, qui parait incapable, en tout cas dans ce livre, d’écrire plus de deux phrases sans utiliser le mot « con », comme adjectif ou substantif. Souvent je ne suis pas en désaccord avec lui sur le fond, et je sauverais par exemple la belle diatribe des pages 143-144 sur les ignobles graffitis dits tags. Mais dans l’ensemble je trouve ces pensées pas terribles, elles ne vont que de la potacherie à la sornette, de la platitude au militantisme, cela manque de finesse. Un peu à l’image du portrait de l’auteur en couverture : grosse tignasse, grosse moustache, et grosses idées. De gauche, bien entendu. Tâtez-moi cette perle de la p 55 : « La gauche, c’est ce qui essaie de comprendre. La droite, c’est ce qui se refuse même d’envisager qu’il y ait quelque chose à comprendre. Quand la gauche se comporte de la façon numéro deux, c’est simplement qu’elle n’est pas la gauche. » Ben voyons. On retrouve là concentré tout le penchant fanatique de la gaucherie ordinaire : étant donné que la gauche, c’est le Bien, et la droite le Mal, comment peut-on ne pas être de gauche ? Je vous le demande. Ce qui est certain, c’est que celui qui écrit une telle phrase ne cherche aucunement à comprendre comment on peut penser autrement que lui…