Affichage des articles dont le libellé est bibli. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bibli. Afficher tous les articles

dimanche 26 avril 2026

Cavanna

    Lorsque j’ai su, il y a bien six mois, qu’il existait un recueil de Pensées de François Cavanna (Le Cherche Midi, 1994) j’ai voulu le lire. Non que j’en attendisse grand chose mais ce genre me plait, et malgré tout ce qui peut me séparer de Cavanna, je conserve envers lui une dette de sympathie, parce qu’il fut le premier à accueillir une de mes rares publications dans la presse nationale (une note étymologique dans Charlie, jadis). L’auteur ayant acquis de son vivant la célébrité avec ses best-sellers autobiographiques sur Les Ritals et Les Russkoffs (que je n’ai pas lus), je pensais trouver facilement le moyen d’emprunter ce recueil de pensées. Il n’en était rien. L’ouvrage ne se trouvait bien sûr pas dans les biblis publiques des deux bleds voisins, Villeneuve et Loulay, mais pas non plus dans le catalogue en ligne des villes de la contrée : ni à Saint-Jean (20 km), ni à Surgères (autant), ni à Saintes (45 km), ni même à La Rochelle (60 km). Pas la peine donc d’y aller. Il n’était pas non plus dans les collections de la Médiathèque départementale de la Charente-Maritime, ni dans celles de la bibliothèque universitaire de Bordeaux-Pessac, en Gironde où je me rends une fois par mois. Je consultai aussi le Sudoc, c’est à dire le richissime catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, qui permet de faire venir par le prêt entre bibliothèques les livres qu’on ne trouve pas sur place. Las ! Le seul exemplaire se trouvait à la b-u de Nouméa, d’où je ne pouvais décemment demander qu’on me l’envoie. Il fallait se rendre à l’évidence : ce fichu livre était une rareté. Je finis par en repérer un exemplaire dans le catalogue en ligne du réseau des biblis de Niort et des environs, dans le département voisin, les Deux-Sèvres : il se trouvait à Chauray, une banlieue située à dix kilomètres au nord-est de Niort, Niort étant elle-même à trente km au nord de chez moi. Mais valait-il le coup d’investir dans une inscription pour emprunter ce seul ouvrage, ou d’effectuer le trajet (30 + 10 = 40, aller-retour = 80 km) pour prendre connaissance d’un livre que je ne pouvais espérer lire sur place en une seule fois ? Il y avait la solution de l’acheter d’occasion en ligne, où on le trouvait en vente pour une demi-douzaine d’euros. Mais il fallait en ajouter autant pour le port, et là encore : valait-il la peine, vu mes rentes, d’engager une telle somme pour un livre que je n’étais pas sûr de vouloir conserver, et que je revendrais au mieux un euro dans un vide-grenier ? Je tentai de le faire acheter d’occasion par l’université, après tout pourquoi pas, s’il était absent de toutes les b-u de métropole, mais cela fut refusé, pour la bonne raison que les crédits avaient été drastiquement réduits. Je pouvais aussi renoncer à connaitre ce livre, dont je n’avais pas vraiment besoin, mais bêtement la difficulté m’entêtait à y parvenir. Le problème a fini par se résoudre naguère, quand j’ai appris que l’inscription au réseau des biblis de Niort était gratuite, ce qui changeait la donne. La semaine dernière, donc, devant me rendre dans cette ville pour y acheter des planches, j’en profitai pour avancer jusqu’à Chauray, m’y inscrire et emprunter le recueil. Ce fut laborieux car je me perdis en route à l’aller, et de même au retour, mais enfin j’ai obtenu ce que je voulais.

jeudi 12 décembre 2024

correspondance

Vie sociale

    Le jeudi 05/12/2024 à 06:39, Philippe Billé a écrit :

    Madame,

    J’ai eu l’honneur de servir à la Bibliothèque universitaire pendant près de trente ans, de 1993 à mon départ à la retraite en 2021, et je reste un usager fidèle de l’établissement.

    Je m’adresse à vous pour essayer d’éclaircir un mystère.

    Je m’étais abonné à la page Facebook de la Bu, j’ai récemment découvert que je ne l’étais plus. Lorsque je clique sur l’icône Fb dans la partie Bibliothèques du site de l’UBM, un message automatique me signale que « ce contenu n’est plus disponible » (This content isn't available right now).

    J’ai d’abord cru, comme le message semble indiquer, que ladite page Fb était en dérangement, ou peut-être supprimée. Mais j’ai pu constater depuis, auprès d’ex-collègues, qu’elle reste parfaitement disponible pour les autres usagers.

    Cela n’est pas bien grave, mais tout de même fâcheux.

    Sauriez-vous me dire si cette anomalie est due à quelque problème technique, ou si je suis intentionnellement tenu à l’écart de ce contenu ? Quelle en est l’explication ?

    Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Madame, mes sincères salutations.

    Philippe Billé


    Réponse, le 06/12/2024 à 17:57 :

    Monsieur

    Suite à un commentaire jugé inadmissible par la direction de la communication et la cellule juridique de l'établissement en lien avec une publication sur un événement autour des récits de féminicides organisé à la bibliothèque en mars dernier, nous avons bloqué votre compte.

    Nous le réactivons à compter de ce jour.

    Je vous remercie de veiller dorénavant à modérer les propos que vous y publiez publiquement.

    Je vous prie d'agréer, monsieur, mes sincères salutations.

    ***, Directrice.


    Epilogue

    Eh bien, je suis au moins reconnaissant à Madame la Directrice d’avoir pris la peine de me répondre, même si elle n’a éclairci qu’en partie le mystère que je lui signalais. Son mail m’apprend :

- qu’en effet, comme on pouvait s’en douter, j’ai été bloqué par le ou les responsables de la page Fb de la Bu,

- que cette exclusion remontait à mars, signe que je n’en souffrais pas trop, s’il m’a fallu tout ce temps pour m’en rendre compte,

- que la sanction était motivée par un mien commentaire «en lien avec une publication sur un événement autour des récits de féminicides»,

- et qu’elle approuve la procédure, allant même jusqu’à me sermonner.

    Par contre elle n’apporte pas plus de précision quant à la publication en question, dont je n’ai aucun souvenir, et se garde bien, peut-être pour s’épargner le ridicule, de rapporter mon commentaire, dont je n’ai aucun souvenir non plus.

    Pour ma part je me rappelle avoir parfois salué d’un pouce bleu les annonces de ladite page quand elles me paraissaient louables, et d’avoir parfois usé de l’icône de rigolade quand je les trouvais risibles, notamment quand elles étaient chargées d’idéologie partisane. Mais en l’occurrence, n’ayant aucun souvenir du commentaire « jugé inadmissible » que j’ai « publié publiquement », je continue d’ignorer de quel blasphème, de quel délit d’opinion, de quel crime de lèse-suffragette je me suis rendu coupable.

    Bizarrement l’affaire semble à la fois si grave, que l’on a alerté la cellule juridique (rien que ça !) et en même temps assez bénigne pour que l’on réactive mon compte sans barguigner (on se demande alors pourquoi).

    De mon côté, quand je considère le type de mentalité à l’œuvre derrière ces agissements, cette façon de préférer la censure à la discussion, le procédé sournois et mesquin consistant à saquer quelqu'un sans mettre en garde et sans informer la personne visée, qui plus est s’agissant d’un ex-collègue, je préfère ne pas dire ce que j’en pense, pour rester dans les limites de la courtoisie.

         Bon. Parlons d’autre chose.

vendredi 27 septembre 2024

culture

    On est bien barrés, me dis-je en apprenant dans L’Angérien de cette semaine que les imbéciles du Ministère de la Culture ont créé une « grande manifestation culturelle » baptisée « Biblis en folie ». Quelle pauvreté. « Les bibliothèques ne sont pas que des lieux d’emprunt et de consultation », explique l’article. Non, il faut que ce soient aussi des lieux de crétinisation... Autre merveille de la vie locale à la page suivante : un cinéma de la contrée va accueillir des « invités prestigieux », dont le plus glorieux semble être « le doubleur de Daniel Craig et Bruce Willis », vous voyez le genre. Et pour finir de me mettre de bonne humeur, l’Agenda bourré de niaiseries du style « Atelier créatif dans le cadre d’Octobre rose »... Bon, je vais aller prendre l’air au jardin. Même s’il pleut.

dimanche 17 décembre 2023

bibliothèque

    J’ai regardé sur YouTube une vidéo de la revue Eléments où l’on visite La bibliothèque d’Alain de Benoist, qui serait la plus grande ou du moins l’une des plus grandes biblis privées d’Europe, avec ses 100.000 volumes. J’avais déjà vu mentionner ce chiffre, si imposant qu’il me paraissait douteux. Mais après tout, pourquoi pas ? Les bibliothécaires considèrent qu’une étagère d’un mètre de long contient en moyenne 50 livres, et qu’ainsi 100 livres occupent 200 centimètres. Cent mille livres remplissent donc 200.000 centimètres linéaires, soit deux kilomètres d’étagères. Si les étagères sont superposées par dix (cela semble être tantôt moins et tantôt plus chez A de B), il leur faut 200 mètres de longueur de murs, ce qui paraît possible, surtout si ladite bibliothèque est répartie à ce qu’on dit entre deux maisons... Une belle collection, en tout cas, et qui a l'air bien ordonnée, ce qui est essentiel.

lundi 31 juillet 2023

conditions

    Un de mes souvenirs les plus amusants remonte aux premières années où j’ai travaillé à la bibliothèque universitaire. Un collègue plus âgé que moi, représentant syndical, et d’ailleurs sympathique, passait le plus clair de son temps à se promener dans les couloirs en discutant ici et là, et à descendre fumer des cigarettes à la cafétéria du rez de chaussée. A part ça il ne foutait pas grand chose, et le peu qu’il faisait était si mal fait que c’était à refaire. Je n’oublierai jamais le jour où je l’ai entendu déclarer à la cantonade : C’est quand même vrai qu’on n’a pas de bonnes conditions de travail...

jeudi 21 juillet 2022

interactions

 Un rêve tirant sur le cauchemar, cette nuit. J’étais invité à un vaste banquet, il y avait des tables dans plusieurs salles. A la mienne, j’étais assis à la droite de mon copain Bernie. On déposait à sa gauche un beau plat d’oignons hachés frits, dont je me régalais d’avance. Mais quand il se fut servi, il n’en restait plus rien. Je lui fis remarquer qu’il abusait un peu, et lui ne voyait pas pourquoi. Un moment après, voilà qu’on déposait à ma droite un même plat, avec en outre sur les oignons des vanets bien dorés, grâce auxquels j’allais pouvoir me consoler. Mais pour quelque raison il fallait d’abord que je m’éloigne un instant, et à mon retour le plat avait disparu. D’ailleurs la fête était finie, les gens partaient. J’allai au fond de la salle récupérer dans un capharnaüm ma clé de voiture (la clé noire de mon ancienne voiture, que je regrette tant) et mon petit sac à dos, que je retrouvais hélas couvert de taches de peinture. Une fois dehors, c’était sur les quais de Bordeaux, je rencontrai mon ancienne collègue Marie-Emilia. Sur un ton un peu hautain (qu’elle n’a jamais en réalité) elle m’expliqua qu’elle allait faire une séance de lecture publique, comme tous les samedis soir. Elle était avec trois jeunes hommes de belle taille, qui paraissaient aimables et malins. Elle est bien accompagnée, me disais-je, tout en éprouvant une espèce de mélancolie. Je crois que c’est là mon sentiment général à l’égard du monde du travail, dont je ne fais plus partie. J’ai beau maintenir par mail des relations aimables avec deux trois collègues, je me sens un peu comme un paria vis-à-vis de ce milieu, comme quelqu’un qui n’est plus dans le coup, et ma foi cela est sans doute inévitable.

J’ai fait ce rêve cette nuit alors qu’internet était en panne depuis hier en fin de matinée (la panne a duré près de 24 heures). A cette occasion je mesure une fois de plus à quel point cette machinerie nous manque, quand elle fait défaut. Plus possible de consulter ses messageries, de musarder sur les réseaux, de chercher des informations. De regarder des vidéos sur YouTube en déjeunant. Dans l’après-midi j’ai eu un passage à vide, le genre de moment où la flemme, l’indécision et la chaleur se conjuguent pour vous réduire à l’inertie. J’ai pris ma voiture et je suis d’abord allé au bourg de Villeneuve, acheter un pain blanc à la Coop, puis rendre mes livres à la bibli et en prendre d’autres. J’ai bien assez à lire chez moi mais je vais là pour avoir un peu de vie sociale, j’y emprunte surtout des livres légers qui ne me feront pas perdre trop de temps et j’en profite pour saluer et bavarder un peu avec les dames qui s’y retrouvent. Après quoi je suis monté passer deux bonnes heures, de cinq à sept, dans mon bois en longueur, sur le plateau. Cela faisait longtemps et j’y allais sans conviction mais cette activité m’a ragaillardi. J’ai poursuivi mes interminables travaux d’élagage et de nettoyage, récupéré quelques bouts de bois. Après mon retour un gentilhomme du voisinage est passé chez moi et nous en avons profité pour discuter un peu. Comme il est expert dans la revente, j’attendais une occasion de lui demander son avis sur certaines de mes marchandises de brocante, savoir ce qu’il jugeait plus ou moins vendable. Au cours du passage en revue il s’est intéressé à une baïonnette, qu’il a bien voulu m’acheter trente euros. Je ne sais s’il connait mes revenus actuels, et s’il se doutait combien cette petite affaire imprévue était pour moi une aubaine. Finalement cette fichue journée n’aura pas été si mauvaise.

lundi 31 janvier 2022

Guérin

 L’on m’a appris la mort de Joël Guérin, qui était âgé de quatre-vingts ans. Il avait joué un rôle important dans mon parcours. Un mail de la fac, puisque je les reçois encore, rappelle qu’après des années passées à la Casa de Velázquez à Madrid, il avait dirigé la bibliothèque universitaire de Lettres à Bordeaux-Pessac de 1980 à sa retraite en 2006. Je l’avais connu lors de mon année de formation au métier de bibliothécaire, en 1992-93. C’était lui qui nous donnait les cours de bibliographie, ma discipline préférée, et je crois avoir été son meilleur élève. Ce professeur m’avait à la bonne et allait bientôt me rendre un grand service. Mes condisciples se répartissaient entre deux situations professionnelles : pour les uns, déjà en poste dans quelque établissement, le petit examen que nous préparions rendait possible une promotion. Pour les autres, dont je faisais partie, il représentait tout simplement l’espoir de s’arracher au chômage, et je crois avoir été le seul parmi nous à trouver du travail en cours d’année. Ce fut grâce à Monsieur Guérin, qui avait repéré que j’avais suivi des études en Lettres ibériques. Or il recherchait quelqu’un pour prendre en main, en attendant la nomination d’un titulaire, le nouveau service spécialisé dans la culture latino-américaine, dont la bibliothèque universitaire venait de se voir confier la charge. C’est ainsi qu’il me proposa un contrat de neuf mois, d’avril à décembre 93, pendant lesquels je fus employé à temps plein pour ébaucher les collections de ce nouveau secteur. C’était pour moi une aubaine, d’abord parce que j’y gagnais un salaire (qui plus est pour opérer dans un domaine dont j’étais familier), ensuite parce j’avais ainsi le pied à l’étrier (je devais par la suite, avec des hauts et des bas, rester au service des biblis de l’université), enfin parce que c’est la situation documentaire très favorable où je me trouvais placé, qui m’a donné le courage de reprendre plus tard mes études pour passer un doctorat (lequel, par contre, ne m’a pas servi à grand chose sinon à me faire plaisir). Monsieur Guérin était avec moi aux petits soins. Le jour où j’embauchai, il passa la matinée à me promener dans tous les étages du bâtiment, me présentant à des collègues, me faisant visiter le vaste labyrinthe des magasins. Au bout de quelques jours, il me félicita d’avoir su remettre de l’ordre dans le bureau qui m’avait échu, où la précédente occupante avait accumulé un invraisemblable capharnaüm. Deux ou trois fois, en fin de journée, il eut la bonté de me raccompagner lui-même en voiture de Pessac à Bordeaux, afin de m’épargner le trajet que je faisais alors en bus. Cette sollicitude me gênait un peu. Je dois dire que si j’ai jamais été le chouchou de quelqu’un, ce fut alors. Ma situation professionnelle se dégrada quelque peu au terme de ce bel emploi. L’université me garda sous son aile mais comme une marâtre parfois ingrate, m’octroyant pendant les vingt années qui suivirent une trentaine de contrats plus ou moins avantageux. Cependant peu après ces débuts, ce fut encore Guérin qui me fit profiter d’une nouvelle opportunité inattendue quand, l’un des cadres de l’institution étant écroué pour une affaire de mœurs, je pus bénéficier pendant quelques mois d'un traitement de conservateur. De 1994 à 97, je fus employé à traiter des livres de différents secteurs, dans le cadre de l’immense chantier d’informatisation des catalogues. J’étais alors logé dans les obscurs bureaux d’un des étages intermédiaires, où le public n’avait pas accès. Guérin fut une des personnes qui m’initièrent patiemment aux nouvelles procédures. Il avait son humour, ses bons mots. Comme les universités françaises adoptaient alors progressivement le Système informatique des bibliothèques de Lausanne, en abrégé Sibil, il se plaisait à répéter que nous faisions désormais partie des bibliothèques sibilisées. Il me rejoignait parfois dans mon antre, pour un brin de conversation. Une fois où je m’excusais de n’être guère présentable, car je n’étais pas rasé depuis des jours, il me rassura en jugeant qu’il n’était pas mal d’avoir «une petite barbe de pirate». Un beau jour où il nous aidait, avec quelques collègues, à apprêter une salle à l’occasion d’un pot (on ne disait pas encore un «moment de convivialité»), il provoqua la bonne humeur générale en lançant tout de go : «Je suis comme Lady Diana, il paraît qu’elle adore faire le ménage…» C’était le bon temps. Monsieur Guérin eut encore une influence décisive sur mon destin en me nommant à la rentrée de 1997 à la Bibliothèque ibérique, où je devais servir jusqu’à la fin de ma carrière. Après quoi peu à peu nos relations s'espacèrent, s’atténuèrent, se dégradèrent, jusqu’au moment où j’en vins à considérer que j’étais tombé en disgrâce. Peut-être parce que loin des yeux, loin du cœur, peut-être parce que j’avais fini par décevoir ce supérieur par mon manque d’ambition, en refusant systématiquement de passer des concours selon ses conseils, peut-être pour d’autres raisons et maintenant peu importe. Les dernières fois où je l’ai revu, ce fut après son départ à la retraite, à l’occasion de réunions festives où il était encore invité. Il avait alors souvent un air absent, comme s’il était devenu étranger à cet univers qui n’était en effet déjà plus le sien, ce que je peux comprendre. La nouvelle de sa mort m’a peiné. Je lui garde mon estime, et ma reconnaissance pour l’aide qu’il m’a apportée.

lundi 5 juillet 2021

retraite

 Bientôt je serai à la retraite, officiellement le 1er septembre et concrètement le 13 juillet au soir. A l’approche de cette échéance, je considère ce que je vais y gagner et ce que je vais y perdre. Côté gain, plus de temps libre, et je serai débarrassé de la part de corvées que comporte mon travail, ainsi que de la pénible situation actuelle, l’université étant chamboulée par les travaux et accablée par la crise sanitaire. A cet égard, je vais prendre ma retraite comme on prend la fuite. Côté dégâts, tout d’abord la pensée déprimante que le départ à la retraite est quand même un grand pas dans la direction du cimetière. Ensuite la perspective de la précarité financière (je n’ai pas réussi à savoir combien je vais palper, mais dans un premier temps il n’est pas certain que ma pension s’élève à seulement 500 euros). Enfin la perte des avantages dont je disposais : la grande ville, ses services, ses grands magasins, ses grandes biblis, ses boîtes à livres cossues, ses imprimantes et ses scans, toutes choses dont je vais devoir me passer au fond de ma brousse. Ce que je vais aussi regretter, c’est de ne plus pouvoir travailler dans le Sudoc, le catalogue collectif des biblis universitaires de France, qui est vraiment un outil épatant, dans lequel j’aurai œuvré plus d’un quart de siècle comme bibliographe de base, à créer et à retoucher des notices. C’est une des choses qui va le plus me manquer.