lundi 31 août 2026

Bouvard

    (Réédition)  A propos du regretté Philippe Bouvard, disparu la semaine dernière, voici deux notes de lecture parues dans le Journal documentaire :

    (Mars 2004). Le hasard a placé en même temps, sur les deux tables de nuit que je fréquente en alternance, deux ouvrages semblables, deux livres du même format de poche, deux journaux modérément intimes, écrits par deux Philippe, Bouvard et Sollers. Du premier, Journal drôle et impertinent (1992-1996, en J'ai Lu). Le titre est assez gonflé, alors que le ton est sans prétention, et le contenu moins gonflant que je n'aurais cru. Des anecdotes, des réflexions, des bons mots. J'ai aimé son portrait de Kersauzon (p 125), ses remerciements à ses chauffeurs (p 128), son évocation d'une ingrate (p 139), j'ai aimé "La postérité de l'homme sans talent, sans génie : des enfants, des maisons et des arbres, qui ne lui survivront que quelques décennies" (p 291). Il m'a surpris qu'une de ses fréquentations le plus souvent citées soit celle de Hallier. Il y a un paragraphe en double p 63 et 64. Le style de Bouvard est appliqué, assez soutenu, il ne se permet pas des "c'est vrai que" à la Sollers. De celui-ci, L'année du tigre : journal de l'année 1998 (Seuil, Points). Sollers a écrit en un an plus que Bouvard en cinq, mais il faut dire qu'il remplit sans se gêner : les trois quarts du texte sont constitués des nouvelles du jour et de citations de ses lectures (...).

    (Mercredi 2 septembre 2009). J’ai obtenu à la brocante et lu en diagonale un livre de Philippe Bouvard intitulé Du vinaigre sur les huiles (poche 1978 d’un original de 1976). Les huiles sont les célébrités que Bouvard a rencontrées, le vinaigre les portraits pas toujours flatteurs qu’il en tire. Fatalement certaines de ces personnalités sont aujourd’hui bien oubliées, d’autres non. Le ton général désabusé mais soigneux me plaît assez, ainsi que la forme de l’ouvrage conçu comme un dictionnaire, dans lequel les notices apparaissent dans l’ordre alphabétique des patronymes. Une des rencontres les plus improbables est sans doute celle de Pier Paolo Pasolini, que l’auteur se trouve être le dernier journaliste à avoir fait parler, deux jours avant qu'il ne soit lynché.

dimanche 30 août 2026

septante

 


Bruno Richard, Août 2026.
Lettrage, environ 9 x 9 cm.
Offert pour son anniversaire.

samedi 29 août 2026

prunes

    Les consolations du jardin : par exemple ces temps-ci mes deux pruniers à mirabelles pondent leurs bons fruits. Ils produisent chichement mais comme je ne suis pas nombreux, cela va. Et cette année mon vieux prunier à quetsches donne plus de prunes mangeables que d’ordinaire. Il en tombe dans l’enclos des tortues, qui les dédaignent. Elles n’ont même pas voulu des mirabelles exquises que je leur ai proposées. Ces reptiles sont bien difficiles. Mais ils ne tordent pas le nez devant les bonnes fraises, que j’achète au prix fort à Beauvoir.

vendredi 28 août 2026

déluge 2

    Le pire dégât des pluies diluviennes de lundi, chez moi, je ne l’ai constaté que mardi matin, dans les deux pièces annexes situées à l’arrière de la maison, qui servent de remises. Il y a d’abord celle que tout le monde et moi compris appelle le chai, bien qu’il s’agisse probablement d’une ancienne écurie, au sol en terre battue. Sa grande porte mal jointe donne sur une impasse en légère pente, où s’engouffre toute l’eau qui ruisselle dans les rues du village quand il pleut, et il arrive, dans les pires cas, qu’un peu d’eau coule à l’intérieur. Mais cette fois-ci, fait sans précédent depuis que je suis maitre des lieux, le chai a été complètement inondé. Quand j’y suis allé l’eau avait été absorbée mais le sol était encore détrempé et on voyait sur le bas des murs et des quelques meubles, que l’eau avait monté jusqu’à une vingtaine de centimètres. Une palette avait flotté et changé de place. J’aurais voulu voir de mes yeux ce spectacle d’horreur. La salle voisine, dite la grande pièce, au sol cimenté surélevé de quinze centimètres par rapport à celui du chai, avait elle aussi été inondée, sur une hauteur de cinq centimètres. Dans cette pièce, la plupart des objets sont placés sur des étagères et des tables, mais quelques caisses de livres étaient posées à même le sol. Celles en plastique n’ont pas souffert, celles en carton ont été trempées. Cela aurait pu être pire, je n’y ai perdu que deux douzaines de livres, littéraires et documentaires, et la moitié de la quarantaine d’exemplaires invendus du Voyage de Mocquet en Andalousie. Et quelques vinyles, souvenirs de jeunesse : adieu Robert Fripp et De Fabriek, adieu Enya et Fad Gadget… Bah, bon débarras, après tout. Perdre un peu de lest ne nuit pas. Mais il faudra que je m’occupe de cette fichue porte. En tout cas les concitoyens que j’ai croisés ce jour-là étaient tous d’avis que les abats d’eau de la veille étaient hors norme, et que la plupart des maisons ont été peu ou prou inondées, par le haut ou par le bas.

jeudi 27 août 2026

déluge

    (Ma vie palpiteuse, suite). Lundi en début d’après-midi, comme je descendais me ravitailler à Saint-Jean, il s’est mis à pleuvoir si fort que l’on n’y voyait quasiment plus rien et j’ai hésité à faire halte. Mais le temps d’arriver, le ciel s’était éclairci et il faisait encore beau quand je suis rentré dans l’heure qui suivait. Vers quatre heures et demie il s’est remis à tomber une averse accompagnée de grêle, violente et assez longue, telle que j’en avais rarement vu. J’entendais les grêlons crépiter contre les fenêtres, que je n’osais ouvrir pour fermer les volets. On aurait dit que le ciel envoyait soudain toute l’eau dont il nous avait privés depuis des semaines. Dans les cas de forte pluie ma porte d’entrée laisse passer un peu d’eau je ne sais comment, cette fois-ci il y en avait jusqu’au milieu du couloir. J’ai fait un tour au jardin après le déluge. Le sol était jonché de feuilles, dont beaucoup déchiquetées menu. Le bassin était de nouveau rempli à ras bord. Un petit pêcher, qui n’en finit pas d’être jeune et ne fiche pas grand chose, brandissait depuis le printemps deux menues pêches, qui ne seraient sans doute jamais arrivées à maturité, et gisaient maintenant dans l’herbe. Le seul pied de tomates qui me reste, un grand pied chargé de tomates-cerises, maintenant plus haut que moi et que j’ai laissé ramifier, s’était aussi fait plumer d’une cinquantaine de petites tomates vertes.

mercredi 26 août 2026

par

DE PAR EN PAR

par ailleurs

par bonheur

par conséquent

par défaut

par exemple

par faveur

par goût

par hasard

par ici

par jour

par k.o.

par là

par mégarde

par nature

par omission

par procuration

par quoi

par ricochet

par suite

par terre

par uppercut

par vaux

mardi 25 août 2026

infanticides

    Il y a vingt ans, en été 2006, éclatait une bizarre affaire, lorsqu’on découvrit les corps de deux bébés dans le congélateur des époux Courjault, Véronique et Jean-Louis, demeurant alors à Séoul en Corée du Sud. La femme avait parait-il réussi à masquer deux grossesses à son mari, puis s’était débarrassée des nouveaux-nés en les congelant. L’enquête devait ensuite révéler qu’elle avait aussi occis un premier bébé auparavant, lorsque le couple habitait en France. La presse ne parle guère de ce triste anniversaire, le souvenir étant peut-être gênant pour l’image de la Féminité inoffensive opprimée impeccable. Il est toutefois signalé cette semaine dans l’hebdo local, L’Angérien libre, parce que le premier bébé avait été tué à Villeneuve la Comtesse. Par coïncidence un fait divers du même ordre défraie la chronique ces jours-ci aux Etats-Unis, où se déroule le procès d’une certaine Lindsay Clancy. Un beau jour de janvier 2023, en l’absence de son mari, elle a étranglé leurs trois enfants, âgés de cinq ans, trois ans et huit mois, puis a tenté de se suicider en se défenestrant, mais n’a fait que s’estropier et vit maintenant en fauteuil roulant. Certaines femmes souffrent parait-il d’une dépression post-partum mais on ne voit pas que cela suffise à expliquer des actes aussi monstrueux. Malgré quoi la mère infanticide reçoit un vaste soutien féministe et semble-t-il pas seulement de gauche, sous la forme de déclarations en ligne, de manifestations de rue, et d’une belle cagnotte qui a déjà rapporté près d’un million de dollars. Il est ainsi des cas où le crime paye !

lundi 24 août 2026

à

A HUE ET A DIA

à abattre

à bout

à cause

à demain

à emporter

à fond

à gauche

à hauteur

à intervalle

à jour

à kidnapper

à louer

à mesure

à nouveau

à outrance

à propos

à quai

à rebours

à suivre

à travers

à l’usure

à vendre

dimanche 23 août 2026

Barrett

Au début de l’année dernière (le 11 janvier) rendant compte d’une anthologie d’aphorismes hispano-américains, j’en ai traduit mes préférés, dont un d’un certain Rafael Barrett («C’est bizarre : je ne connaissais pas certaines des personnes que je saluais, mais maintenant que je les connais, je ne les salue plus»). Je n’avais jamais entendu parler de ce journaliste né espagnol de père anglais en 1876 à Torrelavega, près de Santander, ayant ensuite passé ses années de maturité en Amérique du Sud, principalement au Paraguay. La notice succincte signalait sans explication qu’il était mort en 1910 à Arcachon. Ce dernier détail inexpliqué m'intriguait. En me renseignant sur le personnage j’ai trouvé dans Wikipédia une notice fort longue, mais peu bavarde sur la biographie. L’on y mentionne aussi sans commentaire son lieu de mort et l’on apprend au moins qu’il était issu d’une famille fortunée, qu’il fut un jeune homme bagarreur, fréquentant les casinos, mais qu'il fut quand même très à gauche (quelle surprise), tous traits qui ne m’attirent pas beaucoup. Il se disait anarchiste mais n’était pas anti-chrétien (dans une lettre à sa soeur Angelina, il se réclamera même de la verdadera caridad, du verdadero cristianismo (Cartas íntimas, p 109)). J’ai consulté quelques livres de lui dans une collection publique. Je partage sa compassion pour les humbles mais en général sa prose lugubre m’assomme. Il écrivait principalement des reportages et des chroniques à caractère social, qui furent ensuite réunis en recueils, dont un seul a paru de son vivant, les autres sont posthumes. Dans un fort volume de ses Obras completas (paru aux Ediciones Tantín, Santander, 2010) il y a quelques pages (p 117-121) de Reflexiones, parmi lesquelles celle-ci m’a amusé, je traduis : «L’amour est une obscénité délicieuse. Nous le cachons, comme les trésors et les crimes» (El amor es una obscenidad deliciosa. Lo ocultamos como les tesoros y los crímenes). Dans un recueil de textes, publié en 1978 sous le titre général de El dolor paraguayo par la célèbre Biblioteca Ayacucho, signe d’une certaine notoriété, se trouve une Cronología assez précise. On y apprend que Barrett était à Montevideo début 1909 quand on lui diagnostiqua un début de tuberculose, et qu’il partit l’année suivante se soigner en France. L’on y donne aussi quelques détails sur cette dernière année de vie, laquelle est exposée plus précisément dans le volume de ses Cartas íntimas, publiées et annotées par sa veuve Francisca López Maíz de Barrett à Montevideo en 1967 (soit cinquante-sept ans après sa mort!). 
    Je me suis intéressé à ces Lettres intimes, principalement adressées à la jeune épouse. Elle était restée en Amérique avec leur garçonnet Alex, car par manque de moyens financiers Rafael ne les emmène pas avec lui en Europe (110). Il quitte Asunción en bateau fin août 1910, descendant le fleuve Paraguay jusqu’à Corrientes (02-IX) puis le Paraná jusqu’à Buenos Aires (05-IX), passant aussitôt à Montevideo (06-IX) d’où il embarque le soir même à bord d’un navire italien qu’il appelle d’abord le Victoria, en fait le Re Vittorio, bateau rapide pouvant gagner l’Europe en deux semaines (p 96-98). Après une unique escale à l’ile São Vicente du Cap-Vert (11-IX), il débarque à Barcelone (22-IX) puis se rend à Paris, en train j’imagine, où il arrive le 24 septembre. Il y consulte aussitôt le docteur Quinton, avec qui il a correspondu depuis le Paraguay, et qui lui semble plus fiable qu’un autre médecin spécialiste de la tuberculose, le docteur Doyen, plus célèbre mais réputé cupide. Il a donné comme adresse postale la Sucursal de La Prensa, 4 boulevard de la Madeleine (97 & 100) mais loge d’abord au luxueux Palais d’Orsay (à la gare du même nom) puis au moins coûteux Grand Hôtel, sur un boulevard (104). Les lettres mettent alors un mois pour aller d'Asunción à Paris (110). Dès le premier jour le docteur Quinton lui conseille d'aller séjourner à Arcachon, plutôt qu’à Nice ou en Suisse (102). Il répétera qu’on lui a expliqué qu’il doit éviter la chaleur et préférer le climat tempéré du Sud-Ouest de la France (Arcachon, Pau ou Saint-Jean de Luz) et il envisage de s’installer à Montevideo à son retour (113, 115). En attendant il n’est pas pressé de quitter Paris, ville «sublime, incomparable» (105) et «si commode» (107), où il peut prendre une voiture pour aller se promener au Bois (104). Sa chère Panchita a dû lui faire une crise de jalousie, car il se sentira obligé de préciser qu’il n’était pas allé à Paris pour sortir tous les soirs avec Boceta (?) dans les pornocinematógrafos (115). Enfin il s’arrache à la capitale et arrive à Arcachon le 12 octobre, pressé par la menace d’une grève des employés du chemin de fer (déjà!). Bizarrement le préfacier du livre à trois reprises (p XIII & XXVI) et Barrett lui-même une fois (p 104) considèrent Arcachon comme une ville cantábrica, soit située sur la côte de la Mer cantabrique, donnant à ce toponyme espagnol un sens large correspondant à ce que nous appellerions le golfe de Gascogne. A Arcachon, Barrett s’en remet au docteur Lalesque, un disciple de Quinton. Il se fait d’abord envoyer le courrier à la Poste restante et loge à une première adresse inconnue, où il dispose d’une chambre avec vue sur la mer, qui lui fait s’exclamer Qué hermosura y qué sosiego (quelle beauté et quel calme! p 112). Deux jours après, Lalesque le fait installer à l’hôtel Régina Forêt, d’où il ne voit plus la mer mais occupe une chambre à l’angle du bâtiment, avec vue sur une pinède (114. C’est peut-être l’actuelle résidence Villa Régina, construite en 1881 dans le quartier de la Ville d’Hiver, allée Corrigan). Dans une lettre du 20 octobre Barrett se réjouit d’être ainsi à huit heures de Paris et à trois de l’Espagne, dans un cadre agréable (una delicia, una belleza) avec les commodités de la vie moderne (beaux bâtiments, bains, automobiles, etc, 115). Mais les nouvelles sont mauvaises, sa santé ne s’arrange pas (113). A partir de novembre il est alité en permanence (121). Le courrier et la presse du Paraguay ne lui parviennent pas, ou trop lentement, et il se sent «enterré à Arcachon» (121). Le 14 décembre, en désespoir de cause, Lalesque doit monter à Paris se procurer les remèdes du docteur Doyen, qu’il compte administrer au malade à partir du 19 (123). Trop tard : Rafael rend l’âme le 17 dans sa chambre de l’hôtel Regina (124), assisté par sa tante Susana Barrett, venue de Saint-Sébastien (122). Il n’avait que 34 ans.

samedi 22 août 2026

cauchemars

    De petits cauchemars plus ridicules qu’effrayants, en quelque sorte rassurants : on ne va pas si mal, après tout.

mardi 18 août 2026

re-Giono

    En déplacement hier en Gironde, passant par l’Université, j’ai emprunté l’édition en Folio du recueil Ecrits pacifistes, de Jean Giono, comprenant Refus d’obéissance, Précisions, et Recherche de la pureté. C’est dans ce dernier texte, que je retrouve les pages terribles (p 180-183) auxquelles je faisais allusion dans ma note d’hier : « C’est la grande bataille de Verdun (…) Dehors, c’est un déluge de fer (…) il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. (…) Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier que ça a pris est sorti : depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. (…) Nous n’avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. (…) nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d’avaler de petites boulettes de terre pour calmer la faim (…) Nous faisons dans notre main. C’est une dysenterie qui coule entre nos doigts. (…) nous nous apercevons que nous faisons du sang. (…) Alors nous faisons carrément  sur place, là, sous nous. (…) » Hier aussi mon lecteur Philippe Martineau m’a envoyé une copie numérique de ce passage, avec une note indiquant que Giono sera le seul survivant de ces neuf hommes. Autant son anti-capitalisme simpliste ne me convainc pas, autant je comprends qu’après de telles expériences il ait été fermement pacifiste…

lundi 17 août 2026

Giono

    J’avais lu je ne sais plus où un texte saisissant de Jean Giono à propos de la Guerre, d’hommes réduits à se chier dans la main et à bazarder l’étron où ils pouvaient, ce genre d’extrémités. Cela provenait censément de Refus d’obéissance, dont je me suis procuré un exemplaire dans la collection des Folio à trois euros. J’ai été doublement déçu de n’y pas retrouver le texte en question, et de trouver peu d’attrait à ceux qui y sont réunis. Le premier, Je ne peux pas oublier, se termine sur une belle évocation de camarades tués (Je te reconnais, Untel…) mais consiste essentiellement en une démonstration d’anti-capitalisme primaire : «On ne peut tuer la guerre sans tuer l’état capitaliste … La guerre est le coeur de l’état capitaliste…» L’auteur n’a visiblement pas idée de ce que la guerre a existé longtemps avant le capitalisme, de tous temps à vrai dire. Pas idée non plus de ce que si la guerre bénéficie évidemment à certaines entreprises, elle en ruine aussi quantité d’autres. Mais passons. Les quatre autres textes sont présentés comme des chapitres inédits du Grand troupeau. Ils contiennent des passages intéressants (vues de morts et de blessés, animaux domestiques divaguant en liberté…) mais très souvent le texte est peu clair, comme s’il s’agissait de notes hâtives que seul l’auteur peut comprendre. J’ai remarqué que Giono, en bon rural, parle peu d’arbres en général, mais sait désigner plus précisément les frênes, ormes, hêtres, saules etc. Je vois indiqué sur la couverture que ce mince volume serait extrait d’Ecrits pacifistes, où j’aurais peut-être trouvé ce que je cherchais. On verra ça une autre fois.

dimanche 16 août 2026

haïku


    Dans un moment d’optimisme, j’ai participé à un concours de haïkus francophone, que l’on m’avait signalé. Le thème en était la Bonté. J’ai eu l’idée de proposer pour l’occasion un tercet que j’avais composé il y a une dizaine d’années : 
        Je garde les miettes
        pour les oiseaux, les poissons,
        à chacun sa part. 
    Voilà quelques jours, il fut annoncé que je faisais partie des quatre finalistes et que le classement définitif serait dévoilé le 15 août, c’est à dire hier. Je pensais bien mériter la première place mais hélas, je n’ai obtenu que la Mention d’excellence 3. Je suis le dernier des premiers, le moins bon des quatre meilleurs. Mais c’est tout de même une distinction…

samedi 15 août 2026

en tout

en avance

en biais

en catimini

en double

en effet

en fanfare

en garde

en haut

en interne

en jachère

en kiosque

en ligne

en marche

en nage

en outre

en principe

en question

en retard

en suspens

en trombe

en urgence

en vitesse


vendredi 14 août 2026

Saer

    Un ami palois, qui croit que j’ai le temps de lire, m’avait suggéré de m’intéresser à L’ancêtre (El entenado, 1983) du romancier argentin Juan José Saer («ça devrait te plaire, il y a plein d'Indiens qui boulottent des marins et s’entre-sodomisent»). Je viens d’en lire les soixante-dix premières pages en traduction française. Cela se présente comme le récit par un vieil homme de la Renaissance, d’un voyage aventureux fait dans sa jeunesse. Parti outre Atlantique comme mousse à bord d’un navire, il se fait enfiler en cours de route par tous les marins sans que cela le gêne outre mesure (il est d'un naturel compréhensif). Puis les voyageurs arrivent dans un pays forestier, où les invraisemblances commencent aussitôt. A peine débarqué sur une plage, tout l’équipage se fait massacrer à coups de flèches par les indigènes, sauf le narrateur, qui s’en étonne à peine et demeure incroyablement serein. Les sauvages l’emmènent dans leur village en le portant par les coudes pendant des heures, sans se fatiguer. Mieux : ils transportent aussi tous les cadavres, en trottinant sans peine pendant des heures. Arrivés sur place, ils organisent avec les corps un banquet cannibale, dont la cuisson et la consommation nous valent des descriptions interminables. Le repas est suivi d’une beuverie, puis d’une orgie homo-, hétéro- et auto-sexuelle. A ce point le récit, passé de l’ethnographie à la pornographie, entre dans la fantaisie pure. Halte là, il me faut une préparation psychologique avant d’aller plus loin, si j’y vais. Un trait d’humour qui m’a amusé : chaque fois qu’ils examinent le jeune homme blanc, les sauvages répètent le mot par lequel ils le désignent : def-ghi, def-ghi. Je me demandais à quel lexique l’auteur avait piqué ce vocable, avant de réaliser que c’est tout simplement une suite de lettres, dans l’ordre alphabétique.

jeudi 13 août 2026

Biarritz

    Un publiciste de Biarritz, monsieur FS, m’a semble-t-il «bloqué» après que j’eus déposé sur sa page Facebook le 9 août un commentaire qui ne lui a pas plu. Il est vrai que je n’avais pas cherché à plaire. Dans ce commentaire je ne disais rien du passage de sa dépêche, où ce monsieur se plaçait modestement dans la lignée de Marc-Aurèle («un de mes lointains ancêtres», on voit le genre). Je me référais à un autre développement, où il se déclarait «ennemi des Français qui se disent de souche», en ajoutant cette explication : «ce sont pour moi des étrangers». Je me suis borné à lui demander si vraiment, pour lui, un étranger est en soi un ennemi. Et visiblement c'était trop demander. Récemment cet internaute avait confié à son public être d’origine gitane. De là peut-être son ressentiment vis-à-vis de la population dite de souche. S’il en est ainsi, cet incident ne fera qu’aggraver mon pessimisme quant à la possibilité de rapports harmonieux entre «communautés». Pour ma part je ne renie pas les métaphores de Français de souche, et Français de branche, je reconnais leur commodité expressive sans attribuer de valeur morale aux situations démographiques ainsi désignées. Je considère qu’il n’y a ni gloire ni honte à être de souche ou pas, et je ne juge pas les individus en fonction de leur origine ethnique. Je ne saurai pas plus précisément ce qu’en pensait l’humaniste gitano-basque susceptible, qui a préféré rendre la communication impossible entre nous. Mais après tout ce n’est pas bien grave, comme il ne s’annonçait pas que nous eussions grand chose à nous dire. 

mercredi 12 août 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : défête, emmentalité, plébitude,

mardi 11 août 2026

Brême

    Dans le conte des frères Grimm, Les musiciens de Brême, j’aime surtout le début, la rencontre successive des quatre vieux animaux qui s’unissent pour aller chanter à la ville. La découverte de la maison des brigands, que les bêtes font fuir, me plait moins, par son côté grand guignol.

lundi 10 août 2026

Vlady

    Dans Du coeur au ventre (Fayard, 1996) Marina Vlady a eu la bonne idée de réunir une cinquantaine de «récits» où elle raconte en deux trois pages des moments de sa vie, des incidents, des rencontres avec des proches, des inconnus et des célébrités. Dans ces souvenirs il est toujours question d’une boisson ou d’un plat, qui donne son nom à chaque texte. (Je pense que les crêpes fourrées grecques qu’elle mange à New York sont des souvlakis et non des slouvakis). On apprend qu’elle a connu dans leurs derniers jours des gens aussi différents qu’Andreï Tarkovski (qu’elle hébergeait (Bitotchki)), Simone Signoret (Caviar) ou Jean-Marc Reiser (Thé fumé). Au moins deux des récits (Caipirinha et Boeuf grillé) évoquent la propriété rurale de son fils Vladimir dans le chaco sud-américain. Je n’ai pas lu tout le livre mais j’ai bien aimé ce que j’en ai lu.

dimanche 9 août 2026

oeufs

    Cette année je m’efforce de noter chaque jour sur le calendrier le nombre d’oeufs pondus par mes trois cailles. Elles ont commencé de pondre fin mars, 2 oeufs le 30, aucun le 31. Moyenne : 1 par jour.
    En avril, 46 oeufs en trente jours, soit en moyenne 1,5 par jour. Cela veut dire trois en deux jours, période sur laquelle elles pondent donc un oeuf chacune, si elles se partagent le travail.
    En mai un peu moins : 40, soit seulement 1,3 par jour.
    En juin, forte croissance : 56 oeufs, soit 1,86 par jour.
    En juillet, presque moitié moins : 34 oeufs, soit guère plus d’un par jour.
    Dernièrement nous venons de traverser une période de onze jours de stérilité, du 27 juillet au 6 août. Je ne peux en vouloir aux cailles, il fait chaud et sec, il n’y a plus un brin d’herbe verte dans la volière. Elles endurent stoïquement ces chaleurs, comme le froid et la pluie en hiver. Respect, comme on dit. Et la production a repris : un oeuf avant-hier, deux hier…

samedi 8 août 2026

Escarpit 3/3

    VII, p 104-120. Sur la religion et le temps. Où l’auteur, lui-même athée et anti-clérical, parle des Basques cathos et des Béarnais protestants (106), et de son pauvre père qui souffrit d’une maladie pendant ses vingt-cinq dernières années de vie (113-115).
    VIII, 121-136. Sur ses amours, ses études, et son épouse Denise. Il y a p 134 la très drôle transcription d’une conversation onomatopéique entre paysans landais.
    IX, p 137-160. A Arcachon, où il était prof d’anglais, et à Mexico, où on le bombarde secrétaire général de l’Institut français d’Amérique latine, alors qu’il est angliciste et ne parle pas un mot d’espagnol (148-149). Mais il est normalien et agrégé, alors tout est permis. Là encore, le révolutionnaire oublie de se demander s’il n’y aurait pas quelques privilèges à abolir chez certains enfants gâtés de la haute fonction publique…
    X, p 161-177. Sur l’âme, le corps, et les amis. Il affirme p 170 avoir «horreur de l’exclusion», ce qui ne colle pas bien avec son obsession de la «conscience de classe».
    XI, p 178-198. Sur la littérature. Où l’auteur déplore que ses livres ne bénéficient pas de plus gros tirages et ne soient pas des best sellers (181-182). Mais comment peut-on avouer cela et se prétendre égalitariste ? Sa réflexion que «je lis peu, je relis surtout quelques livres» (184) me rappelle celle de Dávila, selon qui, de mémoire, on ne lit que pour découvrir ce que l’on doit relire. Page 192 et suivantes, apparition de Roger Caillois (que je ne cesse de recroiser cette année), avec qui Robert prend une cuite au rhum et tombe en extase devant une belle Mexicaine.
    XII. p 199-214. Sur l’enseignement, dont Escarpit se réjouit qu’il soit de moins en moins élitiste. Le problème étant que l’anti-élitisme conduit à la situation présente, où le niveau d’instruction des étudiants à l’université se distingue de moins en moins de celui des bambins de l’école primaire. L’auteur évoque aussi p 205 sq ses nombreux voyages dans le monde entier et notamment dans les pays socialistes, qui ont sa «sympathie». Il ne précise pas quels voyages étaient à ses frais ou à ceux du contribuable. Il confie p 212 être de plus en plus à gauche à mesure qu’il vieillit, c’est à dire à mesure qu’il est de plus en plus embourgeoisé installé monumental. Quelle surprise.
    XIII, p 215-217. Quelques mots de conclusion. Pour la mienne, je reviendrai à une plaisanterie du début du livre (p 10), où l’auteur cinquantenaire déclare vouloir faire ainsi le bilan de ses souvenirs «tous les cinquante ans», de sorte que les deuxième et troisième volumes de ses mémoires paraitraient en 2018 et en 2068. Les deux dates semblaient alors lointaines, la première aujourd’hui est déjà passée. Quant à la seconde, je me demande s’il y aura encore quelqu’un qui nous lise, Escarpit et moi, à ce moment-là.

vendredi 7 août 2026

Escarpit 2/3

    III, p 26-48. Sur la politique. C’est où le bât blesse. Escarpit est de gauche autant qu’on peut l’être, a eu comme maitres à penser Marx et Sartre (27), a été dès sa jeunesse militant socialiste, n’a jamais adhéré au parti communiste (45) mais se déclare marxiste «viscéral» (36). Il insiste sur l’importance d’avoir « la conscience de classe » (36-37). Il me semblerait plus valable d’avoir de la conscience tout court et je ne suis pas sûr de saisir ce qu’il entend quand il prétend « reconnaitre les siens » (le peuple évidemment de gauche) et s’opposer aux «ennemis de classe». Sans blague. Se croit-il vraiment si plébéien, si extérieur à la «bourgeoisie» ? Je me marre un peu. Il n’a visiblement jamais entendu parler des crimes du communisme et fera plus loin l’éloge de l’Albanie maoïste (206)…
    IV, p 49-64. Sur Saint-Macaire (sa ville natale), son père et son oncle Oswald, auquel il a voulu consacrer un article dans la série des personnages extraordinaires du Reader’s Digest, qui l'a refusé (63-64), ce qui semble avoir aggravé son anti-américanisme (c’est la série pour laquelle Giono avait préparé l’imposture de L’homme qui plantait des arbres, Cf le Jd au 02-XI-2009).
    V, p 65-87. Sur Langon et la gastronomie. Originaire des parages de Langon et Saint-Macaire, ayant résidé à Bordeaux, Libourne, Arcachon et Dieu sait où dans la région, Escarpit est un Sud-Ouestain de compétition et un grand connaisseur des produits du cru. Le risque sur ce sujet est de se laisser aller à un épicurisme bébête, mais l’auteur s’en sort très bien. Ses paragraphes sur la rivalité de l’armagnac et du cognac (73), sur le repas de restes (76) ou sur la sociologie et la technique de la grillade (77-79), sont des morceaux d’anthologie. Il m’a étonné qu’Escarpit n’ait pas l’air gêné de ce que les femmes de la famille, après le grand repas de Pâques, restent faire le ménage à la maison pendant que les hommes vont assister aux courses de chevaux (74-75), mais le féminisme n’était pas si répandu encore début 68. J’ai bien aimé la remarque sur le «masque de monotonie» que présente la forêt de pins vue de loin en passant, alors qu’en réalité elle est plus variée qu’il ne semble (80. J’avais fait une note à ce propos dans le Jd au 15-IX-2011).
    VI, p 88-103. Sur son enfance et la musique. Où l’on apprend que son morceau préféré est Les barricades mystérieuses, de François Couperin (100). J’aime bien cette phrase : «Connaitre un pays, pour moi, c’est humer l’air de sa rue, manger sa cuisine, parler sa langue et chanter ses chansons» (102-103).
    (Suite et fin demain)

jeudi 6 août 2026

Escarpit 1/3

    Escarpit m’épate. J’ai dû déjà lire ou au moins feuilleter jadis ses Paramémoires d’un Gaulois (Flammarion, 1968). Ayant retrouvé ce livre, j’y ai recherché une indication dont je me souvenais : à un moment de son enfance, son père instituteur étant nommé à l’école de la rue du Mulet, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux, l’auteur y a vécu avec sa famille dans un appartement de fonction. Ce détail m’avait frappé parce que j’ai moi-même habité pendant un lustre, vers 90, dans un appartement de fonction, peut-être le même, en tout cas dans la même école. En fait il est question de ce logement à deux reprises, pages 93 et 114, mais sans plus de précision. Cependant comme le livre paraissait intéressant où que je l’ouvre, je l’ai lu ou relu en entier. Je l’ai trouvé agaçant par endroits, mais captivant le plus souvent. Robert Escarpit était un bon écrivain et un conteur hors pair. Né en 1918, moins connu pour avoir écrit quelques romans et nouvelles que pour avoir été billettiste au Monde, sociologue de la littérature, directeur de l’université de Bordeaux III et créateur d’un IUT de journalisme, il a livré ce volume de mémoires à l’âge de cinquante ans. Le livre est constitué de treize chapitres sans titre ni numéro, comme si le passage de chacun au suivant était une simple pause dans le flux désordonné des souvenirs. Ils ont cependant des thèmes plus ou moins discernables et je les évoquerai succinctement, en les numérotant.

    I, pages 7-14. Dans cette introduction l’auteur parle de sa manière d’écrire et explicite le mot Gaulois du titre, mais ne dit rien de la notion de Paramémoires. Je suppose qu’il a voulu ainsi se démarquer des mémoires classiques, d’habitude ordonnés selon la chronologie, alors que lui n’a de cesse de parcourir en tous sens l’espace et le temps. Il y a bizarrement p 12 une ligne imprimée à l’envers, signe que l’impression date d’avant la photocomposition ?

    II, p 15-25. Sur les ancêtres de l’auteur. Comme souvent les bourges de gauche, il met beaucoup de zèle à démontrer qu’il appartient au véritable peuple populaire, aux «gens», et non à la «croupissante bourgeoisie bordelaise» (16). En effet ses parents instits n’étaient pas d’un rang social très élevé (ni très bas) et l’on veut bien croire qu’il a connu des périodes de vache maigre, mais enfin il ne peut s’empêcher d’évoquer quelques aïeux pittoresques, parmi lesquels on compte un propriétaire de remorqueur (18), un trafiquant d’esclaves (19), un châtelain possédant écurie et vignes (20-23), si bien que ses quartiers de plébitude ne sont pas garantis.

    (à suivre demain)

mercredi 5 août 2026

rêve

    J’ai rêvé que je voyais par la fenêtre de la cuisine un autocar s’arrêter dans la rue près de la maison. Une femme en descendit et se dirigea droit vers la fenêtre en gambadant. Surprise : c’était ma mère, vivante, rajeunie, énergique et joviale. Elle me salua chaleureusement mais ne pouvait rester et repartit aussitôt, sans que j’aie eu le temps de dire un mot.

mardi 4 août 2026

beefsteak

    Le nom anglais de la tranche de boeuf, the beefsteak, présente en son centre une accumulation de consonnes (FST) propre à décourager le locuteur étranger. Les Français ont adapté le mot en en supprimant le S (le bifteck), les Espagnols le F (el bistec). Les uns et les autres ont naturellement simplifié les doubles voyelles, faisant de EE un I et de EA un E. Pourquoi les Français ont-ils compliqué la terminaison en ajoutant au K un C, on se le demande.

dimanche 2 août 2026

croisade

    Je n’ai lu que jusque vers la moitié la Chronique anonyme de la première croisade (traduction nouvelle, du latin, Arléa, 1998) ouvrage attirant mais un peu décevant parce qu’on n’y comprend pas grand chose, peut-être du fait que l’auteur, comme fait remarquer la préfacière, s’adresse au lecteur ainsi qu’on le ferait à des convives qui connaissent déjà les faits. Il ne se soucie pas de faire oeuvre d’historien, il indique que telle action se déroule à tel moment de l’année mais sans préciser quelle année, et situe trop vaguement les lieux pour que l’on puisse bien se figurer ce qui se passe dans les innombrables batailles, sièges et embuscades. On peut tout de même humer l’air du temps, savourer les vieux noms (Robert le Normand, Robert de Sourde-Vallée, Hugues le Grand, Hermann de Cannes…). L’Anonyme trouve justifiée la croisade, à laquelle il a pris part, mais ne cache pas les exactions inutiles, ni l’hécatombe qu’elle fut pour les Européens, chevaliers comme piétons…

samedi 1 août 2026

Royan

    Bizarrement Open AI me situe vers la grande ville du département la plus éloignée de chez moi : Approximate location : Royan, FR (au lieu de Saintes, La Rochelle ou Rochefort).