Le pire dégât des pluies diluviennes de lundi, chez moi, je ne l’ai constaté que mardi matin, dans les deux pièces annexes situées à l’arrière de la maison, qui servent de remises. Il y a d’abord celle que tout le monde et moi compris appelle le chai, bien qu’il s’agisse probablement d’une ancienne écurie, au sol en terre battue. Sa grande porte mal jointe donne sur une impasse en légère pente, où s’engouffre toute l’eau qui ruisselle dans les rues du village quand il pleut, et il arrive, dans les pires cas, qu’un peu d’eau coule à l’intérieur. Mais cette fois-ci, fait sans précédent depuis que je suis maitre des lieux, le chai a été complètement inondé. Quand j’y suis allé l’eau avait été absorbée mais le sol était encore détrempé et on voyait sur le bas des murs et des quelques meubles, que l’eau avait monté jusqu’à une vingtaine de centimètres. Une palette avait flotté et changé de place. J’aurais voulu voir de mes yeux ce spectacle d’horreur. La salle voisine, dite la grande pièce, au sol cimenté surélevé de quinze centimètres par rapport à celui du chai, avait elle aussi été inondée, sur une hauteur de cinq centimètres. Dans cette pièce, la plupart des objets sont placés sur des étagères et des tables, mais quelques caisses de livres étaient posées à même le sol. Celles en plastique n’ont pas souffert, celles en carton ont été trempées. Cela aurait pu être pire, je n’y ai perdu que deux douzaines de livres, littéraires et documentaires, et la moitié de la quarantaine d’exemplaires invendus du Voyage de Mocquet en Andalousie. Et quelques vinyles, souvenirs de jeunesse : adieu Robert Fripp et De Fabriek, adieu Enya et Fad Gadget… Bah, bon débarras, après tout. Perdre un peu de lest ne nuit pas. Mais il faudra que je m’occupe de cette fichue porte. En tout cas les concitoyens que j’ai croisés ce jour-là étaient tous d’avis que les abats d’eau de la veille étaient hors norme, et que la plupart des maisons ont été peu ou prou inondées, par le haut ou par le bas.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
vendredi 28 août 2026
jeudi 27 août 2026
déluge
(Ma vie palpiteuse, suite). Lundi en début d’après-midi, comme je descendais me ravitailler à Saint-Jean, il s’est mis à pleuvoir si fort que l’on n’y voyait quasiment plus rien et j’ai hésité à faire halte. Mais le temps d’arriver, le ciel s’était éclairci et il faisait encore beau quand je suis rentré dans l’heure qui suivait. Vers quatre heures et demie il s’est remis à tomber une averse accompagnée de grêle, violente et assez longue, telle que j’en avais rarement vu. J’entendais les grêlons crépiter contre les fenêtres, que je n’osais ouvrir pour fermer les volets. On aurait dit que le ciel envoyait soudain toute l’eau dont il nous avait privés depuis des semaines. Dans les cas de forte pluie ma porte d’entrée laisse passer un peu d’eau je ne sais comment, cette fois-ci il y en avait jusqu’au milieu du couloir. J’ai fait un tour au jardin après le déluge. Le sol était jonché de feuilles, dont beaucoup déchiquetées menu. Le bassin était de nouveau rempli à ras bord. Un petit pêcher, qui n’en finit pas d’être jeune et ne fiche pas grand chose, brandissait depuis le printemps deux menues pêches, qui ne seraient sans doute jamais arrivées à maturité, et gisaient maintenant dans l’herbe. Le seul pied de tomates qui me reste, un grand pied chargé de tomates-cerises, maintenant plus haut que moi et que j’ai laissé ramifier, s’était aussi fait plumer d’une cinquantaine de petites tomates vertes.
