Le conte de Perrault Barbe-Bleue (initiales BB !) découvert dans la charmante collection des Contes du Gai Pierrot (Editions Bias, 1962) m’a épouvanté par sa cruauté et intrigué par sa bizarrerie. Les trois points remarquables sont d’abord cette idée de la barbe bleue, censée enlaidir le personnage. Cela ne me parait pas évident, mais il est vrai que je vis à l’époque où certains ont banalisé la mode des cheveux bleus. Parmi les différentes illustrations vues en ligne, nulle ne m’a paru aussi suggestive que la gravure de Gustave Doré, où le regard terrible du mari parait plus effrayant que la barbe, dont on ne voit la couleur. Ensuite le placard fatal, ce prêt de la clef assorti de l’interdiction de s’en servir pour ouvrir la porte, et les questions que se pose le lecteur : pourquoi le mari prête-t-il la clé à sa femme s’il ne veut qu’elle s’en serve ? Le fait-il en sachant qu’elle ne résistera pas à la tentation et lui offrira ainsi un prétexte pour la tuer ? Pourquoi est-elle si curieuse et désobéissante ? Comment les corps des femmes mortes sont-ils conservés et non décomposés ? Enfin le suspense lancinant de la question répétée à la soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Le genre du conte ne m’attire pas a priori mais j’arrive à en lire, celui-ci m’a captivé sans toutefois m’enchanter.

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