J’ai lu Les cygnes, un des Contes du chat perché, de Marcel Aymé, et ça ne m’a pas emballé.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
mercredi 21 octobre 2026
vendredi 11 septembre 2026
Barbe-Bleue
Le conte de Perrault Barbe-Bleue (initiales BB !) découvert dans la charmante collection des Contes du Gai Pierrot (Editions Bias, 1962) m’a épouvanté par sa cruauté et intrigué par sa bizarrerie. Les trois points remarquables sont d’abord cette idée de la barbe bleue, censée enlaidir le personnage. Cela ne me parait pas évident, mais il est vrai que je vis à l’époque où certains ont banalisé la mode des cheveux bleus. Parmi les différentes illustrations vues en ligne, nulle ne m’a paru aussi suggestive que la gravure de Gustave Doré, où le regard terrible du mari parait plus effrayant que la barbe, dont on ne voit la couleur. Ensuite le placard fatal, ce prêt de la clef assorti de l’interdiction de s’en servir pour ouvrir la porte, et les questions que se pose le lecteur : pourquoi le mari prête-t-il la clé à sa femme s’il ne veut qu’elle s’en serve ? Le fait-il en sachant qu’elle ne résistera pas à la tentation et lui offrira ainsi un prétexte pour la tuer ? Pourquoi est-elle si curieuse et désobéissante ? Comment les corps des femmes mortes sont-ils conservés et non décomposés ? Enfin le suspense lancinant de la question répétée à la soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Le genre du conte ne m’attire pas a priori mais j’arrive à en lire, celui-ci m’a captivé sans toutefois m’enchanter.
mardi 11 août 2026
Brême
Dans le conte des frères Grimm, Les musiciens de Brême, j’aime surtout le début, la rencontre successive des quatre vieux animaux qui s’unissent pour aller chanter à la ville. La découverte de la maison des brigands, que les bêtes font fuir, me plait moins, par son côté grand guignol.
mardi 11 novembre 2025
Carabas
samedi 25 janvier 2025
lectures
(Réédition : texte des trois notes que j'ai lues hier soir à Doeuil)
Mercredi 18 septembre 2013. Dans l'apparte que je sous-loue, j'ai découvert un petit livre qui a fait ma joie quelques jours, et chaque jour un peu plus à mesure que j'approchais d'en finir la lecture. C'est l'Histoire amoureuse des Gaules, écrite en 1662 par Roger de Rabutin, comte de Bussy, appelé d'ordinaire Bussy-Rabutin. Cet écrivain pas très connu, qui brille par son absence dans le Lagarde et Michard, était un cousin de madame de Sévigné, et un officier. Dans cet ouvrage écrit pour divertir ses ami(e)s, il relate en réalité les histoires de cul et de coeur de quelques personnages de son temps, dont les noms étaient à l'origine travestis, malgré quoi, le manuscrit ayant circulé plus que prévu, et plusieurs intéressés s'en étant plaints, le livre a valu à l'auteur des ennuis sans fin. Les histoires s'enchaînent d'un personnage à l'autre, avec parfois un peu de complication, dont on est dédommagé par les grâces du style. J'ai souri en lisant cette phrase, que l'on n'écrirait aujourd'hui sous aucun prétexte : «Ces diables seraient bien mieux dans leur pays qu'ici» (il s'agit de Normands, page 48 dans l'édition Garnier-Flammarion). Une relation surprenante, racontée sans ostentation ni condamnation, est celle du couple gay, comme on ne disait pas encore, formé par le comte de Guiche et son amant Manicamp, qui «s'aimaient fortement comme s'ils eussent été de différent sexe» (60). Il y a notamment cette scène dramatique où de Guiche, étant parvenu à séduire une dame et se retrouvant dans son lit, se découvre impuissant à la servir. «Il faut se connaître, confie-t-il ensuite à un ami, et savoir à quoi on est propre ; pour moi je vois bien que ce n'est pas mon fait que les dames» (85 sq). Je remarque ces traits appuyés, dans les portraits de deux femmes, ici une «princesse, qui était malpropre et qui sentait mauvais» (106), là au contraire une dame «propre au dernier point, et l'air qu'elle souffle est plus pur que celui qu'elle respire» (158). J'admire un portrait contrasté comme celui-ci, où le positif et le négatif se chamaillent : «Condé avait les yeux vifs, le nez aquilin et serré, les joues creuses et décharnées, la forme du visage longue, la physionomie d'un aigle, les cheveux frisés, les dents mal rangées et malpropres, l'air négligé, et peu de soin de sa personne, la taille belle. Il avait du feu dans l'esprit, mais il ne l'avait pas juste. Il riait beaucoup et fort désagréablement, il avait le génie admirable pour la guerre, et particulièrement pour les batailles. Le jour du combat il était doux aux amis, fier aux ennemis. Il avait une netteté d'esprit, une force de jugement et une facilité sans égale. Il était né fourbe, mais il avait de la foi et de la probité aux grandes occasions. Il était né insolent et sans égard, mais l'adversité lui avait appris à vivre» (107). Je m'amuse de l'usage, qu'ils avaient tous et toutes à l'époque, de posséder une «cassette» où ranger leurs lettres et leurs bijoux (131, par exemple). J'aime des remarques psychologiques comme celle-ci : «Avec tant de feu, il n'est pas étrange que le discernement soit médiocre : ces deux choses étant d'ordinaire incompatibles, la nature ne peut faire de miracle...» (146) ou celle-là : «Celui-ci néanmoins a quelque faux brillant qui peut éblouir d'abord les étourdis, mais qui ne trompe pas les gens qui font des réflexions» (159). Je retiens aussi la vision enchantée de cette fête nocturne donnée dans un bois, où d'aucuns «se promenaient avec leurs maîtresses dans les allées où l'on se touchait sans se voir» (167). J'ai beaucoup aimé lire ce petit livre charmant. J'étais si déçu d'en avoir fini, que j'ai encore lu tout l'appareil critique sans en perdre une miette.
Vendredi 28 novembre 2008. Il y avait un Victor excellent poète, il y avait aussi un Hugo les Gros-Sabots, c’est ce dernier qui a pondu les cent pages d’emmerdement ridicule que compte Le dernier jour d’un condamné. L’ouvrage est parvenu à moi précédé de sa grosse réputation, c’est donc sans grande surprise que j’en ai pris connaissance (en Folio). Ce petit livre lugubre est non seulement d’un ennui mortel, mais d’une mauvaise foi grotesque. Le protagoniste passe son temps à se lamenter sur son triste sort, sans avoir l’honnêteté d’indiquer clairement ce pour quoi il a été jugé, sans exprimer non plus un seul regret vis-à-vis de la personne qu’il a vraisemblablement estourbie. Avec une impudeur de cochon, il essaie de nous avoir aux sentiments, nous expliquant que sa petite fille va être bien malheureuse de se retrouver orpheline etc. Avec moi ça ne marche pas, je trouve ses raisonnements foireux, j’ai bien l’impression de lire Le dernier jour d’un con tout court, et qui n’éveille nullement ma pitié, pourtant Dieu sait si j’ai bon coeur. Dans une préface de 1832, l’auteur présentait cette bouse comme une «plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés présents et à venir», ouvrant en effet la voie à l’humanisme fanatique moderne, dont l’idéal est de prendre systématiquement la défense des criminels, en se souciant fort peu des victimes.
Vendredi 8 avril 2016. Autant qu’il m’en souvienne, je n’avais jamais connu que de titre l’histoire de La belle au bois dormant. Je l’ai découverte l’autre jour dans la version des frères Grimm, qui tient sur deux pages et demie. Je dois avoir exactement l’âge mental qui convient, car vraiment je poussais des oh et des ah en lisant ce conte sublime, où tout me ravissait : la malédiction contredite, les interventions féeriques, la dormition des personnages, les buissons qui s’écartent et se referment au passage du jeune chevalier, le happy end… Là-dessus mon garde du corps, à qui je faisais part de ma vive émotion, m’a lu la version de Perrault, quelque peu différente et plus longue, qui était en sa possession. C’était un bon moment. En y réfléchissant, je me dis que j’aurais sans doute aimé le métier de prince charmant. Si c’était à refaire…
mardi 4 janvier 2022
féerie
Je ne peux pas me plaindre, en cette période de fêtes, car plusieurs mains secourables se sont chargées de me procurer toutes sortes de chocolateries, qui ne sont plus dans mes moyens. Et comme l’époque est aux sucreries, je me suis amusé à lire un recueil de trois Contes de fées, de la comtesse de Ségur. J’avais soutiré d’une boîte à livres ce petit volume paru en 1957, délabré mais joliment illustré d’aquarelles. Les trois récits m’ont plu, bien qu’inégalement, par leur ambiance magique et leur pureté morale. Je n’ai pas trop aimé la durée interminable des épreuves imposées au Bon petit Henri, ni l’argument tarabiscoté de La petite souris grise. C’est La princesse Rosette, heureusement mariée au roi Charmant, qui a eu ma préférence. Ces histoires de princes et princesses bien élevés, finement idéalisés, triomphant de la méchanceté, ont quand même une autre allure que la ragougnasse idéologique dont on farcit aujourd’hui la cervelle des enfants. Une indication des pages liminaires, comme quoi ces contes s’adressent aux garçons et aux filles de huit à douze ans, me rassure : s’ils m’ont bien plu, c’est sans doute que je suis resté assez jeune d’esprit…

