Une de mes images préférées du graveur hollandais Maurits Cornelis Escher n’appartient pas aux grandes séries qui ont fait sa célébrité, comme les figures imbriquées ou les géométries paradoxales, mais au thème plus discret des reflets. Il s’agit de sa Flaque d’eau (ou de boue, Modderplas, 1952) représentant le sol boueux d’un chemin forestier détrempé et creusé d’ornières, qui s’élargissent en une flaque où se reflètent le soleil et des arbres. Cette gravure sur bois est solidement charpentée entre les lignes verticales des troncs et les lignes obliques des ornières. Elle retient l’attention non seulement par la beauté plastique de la composition, mais parce qu’elle imbrique des notions distinctes, comme les quatre éléments (la terre du chemin et l’eau de la flaque, celle-ci reflétant l’air du ciel et le feu du soleil), les trois états de la matière (le solide de la terre et des troncs, le liquide de l’eau, le gazeux du ciel) ou différents moyens de locomotion (les ornières créées par des roues de voiture ou de camion et de vélo, et des traces de pas). En outre la scène juxtapose des éléments contraires : la nature (ciel et forêt) et l’humanité (traces de roues et de semelles), l’horizontale du sol et la verticale des arbres, la mollesse de la boue et la dureté des troncs, la clarté du soleil pâle et la noirceur des troncs vus à contre-jour, le mouvement suggéré par les traces de passage et la fixité des arbres, la pureté du ciel et la saleté de la boue. Plus qu’un objet de contemplation, cette oeuvre est un sujet de rêverie.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
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samedi 3 octobre 2026
Escher
Une de mes images préférées du graveur hollandais Maurits Cornelis Escher n’appartient pas aux grandes séries qui ont fait sa célébrité, comme les figures imbriquées ou les géométries paradoxales, mais au thème plus discret des reflets. Il s’agit de sa Flaque d’eau (ou de boue, Modderplas, 1952) représentant le sol boueux d’un chemin forestier détrempé et creusé d’ornières, qui s’élargissent en une flaque où se reflètent le soleil et des arbres. Cette gravure sur bois est solidement charpentée entre les lignes verticales des troncs et les lignes obliques des ornières. Elle retient l’attention non seulement par la beauté plastique de la composition, mais parce qu’elle imbrique des notions distinctes, comme les quatre éléments (la terre du chemin et l’eau de la flaque, celle-ci reflétant l’air du ciel et le feu du soleil), les trois états de la matière (le solide de la terre et des troncs, le liquide de l’eau, le gazeux du ciel) ou différents moyens de locomotion (les ornières créées par des roues de voiture ou de camion et de vélo, et des traces de pas). En outre la scène juxtapose des éléments contraires : la nature (ciel et forêt) et l’humanité (traces de roues et de semelles), l’horizontale du sol et la verticale des arbres, la mollesse de la boue et la dureté des troncs, la clarté du soleil pâle et la noirceur des troncs vus à contre-jour, le mouvement suggéré par les traces de passage et la fixité des arbres, la pureté du ciel et la saleté de la boue. Plus qu’un objet de contemplation, cette oeuvre est un sujet de rêverie.
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