Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
jeudi 23 juillet 2026
Césaire
mardi 7 juillet 2026
Leiris
Je ne lirai jamais en entier l’ouvrage pourtant fort bref mais extrêmement pâteux de Michel Leiris, Race et civilisation (Unesco, Paris, 1954). Son pouvoir soporifique est tel que j’ai renoncé avant d’arriver au bout. L’auteur y disserte laborieusement, à grands renforts de circonvolutions, pour nous convaincre que les cultures ne sont pas inégales, tout en reconnaissant que l’homme blanc a « des raisons de s’enorgueillir » de ses « grandes inventions et découvertes » (p 5) ou du « développement impressionnant pris chez lui par les techniques » (p 20). Il faudrait savoir. Je ne crois pas que la science ait confirmé l’affirmation que « des traits psychologiques ne peuvent pas se transmettre héréditairement » (p 18). J’ai remarqué au moins deux différences entre la rhétorique anti-raciste d’alors et celle d’aujourd’hui. L’une est que Leiris ne niait pas l’existence de grosso modo trois grandes races d’hommes (blancs, jaunes et noirs) tandis qu’aujourd’hui beaucoup d’humanistes jugent raciste de simplement admettre ce fait. Une autre est que la superstition anti-raciste, selon laquelle le mot nègre serait par essence méprisant, n’était alors pas en vigueur. Ainsi Leiris parle-t-il sans gêne du « cerveau des nègres » (p 17) ou fait-il l’éloge d’« Aimé Césaire, nègre de la Martinique » et de « Richard Wright, nègre du Mississipi » (p 36), de même que quelques années plus tôt Léopold Sédar Senghor avait publié une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (Presses Universitaires de France, 1948). Mais chaque époque a ses tabous.
vendredi 18 juillet 2025
Vylan
dimanche 20 avril 2025
Walsh
Deux points de vue de Matt Walsh, publiés avant-hier et hier dans Facebook, je traduis :
L'ironie est que les bodycams étaient une idée des Black Lives Matter. Il y a quelques années, ils ont mené le combat pour rendre les caméras corporelles obligatoires. Ils disaient que cela révélerait la violence policière, que cela assurerait la transparence et contribuerait à la justice. Maintenant que l'exact contraire s'est produit, maintenant que c'est la violence criminelle qui a été révélée, ils ont changé d'avis. Tout d'un coup, les caméras corporelles sont un instrument de la suprématie blanche. Ils se plaignent que les vidéos servent à accuser "des citoyens principalement pauvres, noirs". En effet, car telles sont les personnes montrant un comportement criminel sur les vidéos. BLM exigeait des bodycams. Ils les ont eues. Maintenant ils le regrettent.
Je ne comprends pas les gens qui baissent le rideau du hublot, en avion. On est à 10.000 mètres d'altitude. Vous ne voulez pas profiter de la vue? On est carrément au-dessus des nuages, Grand Dieu. Pendant des millénaires, les gens n'ont pu que rêver d'un tel point de vue. Et vous baissez le rideau. J'ai fait des centaines de vols et je ne me lasserai jamais du spectacle. Laissez le rideau levé. Même la nuit. Plongez vos regards dans l'abîme noir. Dans le vide. Contemplez-le. Le problème est que le passager près du hublot pense qu'il a l'autorité pour contrôler le rideau sans consulter le reste du rang. Ce hublot nous appartient à tous. Vous ne pouvez pas nous boucher la vue sans nous demander notre avis.
(Textes originaux : The irony is that bodycams were BLM’s idea. Just a few years ago, they led the charge for mandatory body cameras. They said it would expose police brutality, increase transparency, and lead to justice. And now that it’s done exactly the opposite — now that it’s exposed violent criminals instead — they’ve changed their tune. Suddenly, bodycams are a tool of white supremacy. They complain that the footage is being used to prosecute “largely poor, largely Black citizens.” Of course it is — because those are the people committing the crimes on video. BLM demanded bodycams. They got what they wanted. And now they regret it. --- I don’t understand people who keep the window shade down on a plane. We’re 35,000 feet in the sky. You don’t want to check out the view? We’re above the freaking clouds, for God’s sake. Humans could only dream of a view like this for millennia. And you have the shade down. I’ve flown hundreds of times and will never get tired of the view. Always keep the shade up. Even at night. Stare out into the black abyss. The void. Contemplate it. The worst part is that the window seat passenger thinks he has the authority to control the shade without consulting the rest of the row. That window belongs to all of us. You can’t shut off our view without asking first.)
jeudi 26 décembre 2024
superstition
Une nouvelle superstition anti-raciste, qui gagne du terrain, consiste à estimer que le racisme n’est pas seulement l’hostilité ou le mépris envers les gens de telle race, mais aussi le simple fait de créditer le concept de race, de croire qu’il existe en effet quelque chose comme différentes races humaines. Cela pose un sérieux problème de raisonnement, car si les races n’existent pas, on se demande à quoi rime la notion de racisme. Mais certains se contentent de cette logique boiteuse, voire s’y complaisent. Ce progrès de la jobardise intellectuelle laisse prévoir pour bientôt des démonstrations du genre : Il était antisémite, il croyait que les Juifs existaient...
mercredi 28 août 2024
mélange
L’idéologie du métissage, qui fétichise le mélange racial et rêve d’une espèce ainsi uniformisée, n’a peut-être rien à voir avec le militantisme non-binaire, qui fétichise le mélange des genres et glorifie l’ambiguïté sexuelle. Mais il me semble voir à l’œuvre, dans les deux cas, la même phobie de la différence, la même joie de l'hybride, la même frénésie d’indistinction. L’idéal unitaire de ces partisans serait-il une humanité de travelos bronzés à cheveux mauves ? Je le crains. En tout cas, sur le plan esthétique, le taux de réussite du métissage est nettement supérieur à celui de la transmanie.
jeudi 2 mai 2024
prêchi-prêcha
Il a fallu que je me force pour lire jusqu’au bout Le racisme expliqué à ma fille, de Tahar Ben Jelloun (Seuil, 1998). L’ouvrage est pourtant bref, dans les soixante pages, mais c’est un tel tissu d’âneries fusant dans tous les sens, que l’on ne sait où donner de la tête pour juger du propos. Je suis pourtant d’accord avec l’idée de fond : le racisme, c’est mal. De même que le fascisme, n’est-ce pas. Mais une fois posées ces banalités de base, je dois avouer que j’éprouve le même embarras quand je considère les agissements des antifascistes et les divagations des antiracistes. Déjà ce livret pèche par la forme, celle d’un dialogue entre le père et la fille. Celui-ci a beau avouer dans l’Introduction qu’il ne s’agit pas d’un dialogue réel mais d’une fabrication (une fabrication laborieuse, si «Ce texte a été écrit pas moins de quinze fois», page 6), l’effet est raté, cela pue l’artifice ridicule d’un bout à l’autre. Quant au fond... «Les racistes sont des menteurs, ils racontent n’importe quoi sans se soucier de la vérité», clame Tahar. Le problème est qu’on peut en dire autant de lui. Il serait trop long de passer en revue toutes les erreurs, faussetés et niaiseries réunies dans ces pages, mais j’en exposerai quelques unes.
«En général les métis sont beaux. C’est le mélange qui produit la beauté» (p 25). Affirmations idiotes, puisqu’on ne manque pas d’exemples de métis moches et de non-métis beaux. Cette idéologie du «métis über alles» est tout aussi raciste que le culte inverse de la pureté de race.
«Je dirai que celui qui est anti-juif est aussi anti-arabe» (p 42). Mais alors que dire, s’il se trouvait qu’il y ait des Juifs et des Arabes qui ne puissent s’encadrer ? Sait-on jamais...
«Le colonialisme ... a souvent divisé les populations pour régner» (p 45). Et il semble que le vilain colonialisme soit uniquement le fait des méchants Blancs. Tahar n’a jamais entendu parler du colonialisme arabe, par exemple. De même sur l’esclavage. S’il se renseignait, il saurait que l’esclavage a existé sous tous les cieux, et que probablement tout homme a eu des ancêtres esclaves dans un passé plus ou moins lointain. Cependant comme par hasard lui ne cite en exemple que la traite des Noirs par les Blancs, et surtout pas celle pratiquée par les Arabes. Mais bizarrement il confie qu’au Maroc, «On a pris l’habitude d’appeler les Noirs Abid (esclaves)» (p 48, et cela fait penser aux mots slave / esclave en Europe).
Au Maroc, pays formidable, «pendant plus de deux mille ans Juifs et musulmans ont vécu dans la paix» (p 46). Les musulmans étaient donc déjà paisibles des siècles avant la création de l’islam...
«indigènes : ce terme, qui signifie originaire d’un pays occupé par le colonisateur...» (p 53). Non, Tahar, ce n’est pas tout à fait ça. Ouvre un dictionnaire.
«Les Indiens ont été massacrés par les Espagnols puis par les Américains blancs» (p 54). Est-ce à dire que les Espagnols ne sont pas des Blancs ? Qu’il n’y a pas eu de massacres de Blancs par les Indiens ? Que les Indiens ne se massacraient pas déjà entre eux copieusement avant l’arrivée des Blancs ?
«... un enfant ne nait pas avec le racisme dans la tête» (p 55), affirmation contradictoire avec celle de la page suivante : «on doit inculquer à un enfant des idées saines, pour qu’il ne se laisse pas aller à ses instincts»
«... les cultures diffèrent et sont toutes belles et riches, il n’existe pas de culture supérieure à une autre...» (p 58) et «Le mélange est un enrichissement mutuel» (p 62). En effet, un quart de siècle plus tard, les rues du pays offrent quotidiennement des exemples de l’enrichissement apporté par l’immigration massive et incontrôlée.
La difficile question des rapports entre races ou entre nations demande autre chose que ce genre de catéchisme foireux.
jeudi 7 décembre 2023
Sartre
Je voudrais revenir un instant sur Le voyant d’Etampes, précisément à la page 354, où l’auteur Abel Quentin nous régale d’une citation édifiante de Jean-Paul Sartre, extraite d’Orphée noir (ce texte est la préface de Sartre à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, de Léopold Sédar Senghor, parue aux PUF en 1948) : «L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés dans le même combat doit être précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener à l’abolition des différences de races.» Ce «racisme antiraciste», on croit rêver : l’expression (répétée p xiv et xl) vaut son pesant. Il y a là comme la source vive de tout le délire déconnolonial actuel. Je déplorais naguère (le 16 X) que l’antiracisme engendre un autre racisme, j’ignorais que cette aberration idéologique avait été formulée et revendiquée déjà il y a trois quarts de siècle. Que reste-t-il de ce pauvre Sartre, bourgeois anti-bourgeois fanatique et bigleux, le «philosophe de la liberté» qui s'est distingué en ne levant pas le petit doigt contre l'Occupation allemande, puis après-guerre en défendant systématiquement les dictatures communistes ? Un beau fils de pute parmi les fils de pute, que vaut n’importe quel fils de pute et qui les vaut tous.
lundi 16 octobre 2023
métamorphoses
Au départ, on n’était pas forcé de deviner que l’antifascisme engendrerait un nouveau fascisme, l’antiracisme un autre racisme, et le féminisme un vulgaire sexisme. Comme quoi, tout peut arriver.
jeudi 2 mars 2023
Kanye
La personnalité de Kanye West ne m’attire pas particulièrement et je dois avouer que j’ignorais complètement qui il était, avant ses frasques de la fin 2022. Un grand homme, à ce que je lis dans Wiki : rappeur à succès devenu richissime, époux d’une Kardashian, tout ce qu’il faut pour être un chouchou de la médiaterie à paillettes. Avec ça un peu affolé, souffrant de troubles bi-polaires, soutenant successivement Obama puis Trump, et se chamaillant volontiers avec ses petits camarades musicos à bagouzes. La paillettocratie pardonne aisément les écarts de langage ou de conduite de ses petits génies indisciplinés, sauf s’ils vont vraiment trop loin, comme ce pauvre Kanye au mois d’octobre. Sa déchéance est advenue en deux étapes, selon les gazettes. Tout d’abord, lors d’un défilé de mode, il s’est affiché en compagnie de la polémiste noire conservatrice Candace Owens, les deux arborant des T-shirts avec le slogan White Lives Matter, détournement du nom de Black Lives Matter. Personnellement je trouvais très bien que deux célébrités osent ainsi défier publiquement cette organisation marxiste-raciste, et qu’en outre ce fussent deux personnalités noires. La médiaterie a très mal pris la chose, elle a grondé. Mais le pire était à venir. Voilà qu’un peu plus tard en ce mois d’octobre, Kanye s’est répandu en propos anti-sémites, en partie inspirés par ses démêlés professionnels, et en partie relevant du simple délire psychiatrique. Là c’en était trop, West avait perdu le Nord, il fallait appliquer sans plus tarder le Grand Plan d’Elimination d’Urgence. Le pouvoir humaniste-médiatique ne fusille ni ne pend les blasphémateurs, il ne les envoie pas au bagne ni en camp de rééducation, simplement il met tout en oeuvre pour les ruiner, les réduire au silence et à l’invisibilité, c’est à dire au néant social. Tout à coup les micros et les lumières s’éteignent, le condamné est banni de tous les réseaux sociaux, abandonné par tous ses sponsors et associés, on ne doit plus le voir et il doit disparaître. Le détail qui m’a frappé, c’est que même la figure de cire de la vedette a été retirée du musée Madame Tussauds. C’est le Nettoyage par le Vide, le Devoir d’Oubli Total, Amnésie International.

