Je ne lirai jamais en entier l’ouvrage pourtant fort bref mais extrêmement pâteux de Michel Leiris, Race et civilisation (Unesco, Paris, 1954). Son pouvoir soporifique est tel que j’ai renoncé avant d’arriver au bout. L’auteur y disserte laborieusement, à grands renforts de circonvolutions, pour nous convaincre que les cultures ne sont pas inégales, tout en reconnaissant que l’homme blanc a « des raisons de s’enorgueillir » de ses « grandes inventions et découvertes » (p 5) ou du « développement impressionnant pris chez lui par les techniques » (p 20). Il faudrait savoir. Je ne crois pas que la science ait confirmé l’affirmation que « des traits psychologiques ne peuvent pas se transmettre héréditairement » (p 18). J’ai remarqué au moins deux différences entre la rhétorique anti-raciste d’alors et celle d’aujourd’hui. L’une est que Leiris ne niait pas l’existence de grosso modo trois grandes races d’hommes (blancs, jaunes et noirs) tandis qu’aujourd’hui beaucoup d’humanistes jugent raciste de simplement admettre ce fait. Une autre est que la superstition anti-raciste, selon laquelle le mot nègre serait par essence méprisant, n’était alors pas en vigueur. Ainsi Leiris parle-t-il sans gêne du « cerveau des nègres » (p 17) ou fait-il l’éloge d’Aimé Césaire, « nègre de la Martinique » et de Richard Wright, « nègre du Mississipi » (p 36), de même que quelques années plus tôt Léopold Sédar Senghor avait publié une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (Presses Universitaires de France, 1948). Mais chaque époque a ses tabous.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire