Le pire dégât des pluies diluviennes de lundi, chez moi, je ne l’ai constaté que mardi matin, dans les deux pièces annexes situées à l’arrière de la maison, qui servent de remises. Il y a d’abord celle que tout le monde et moi compris appelle le chai, bien qu’il s’agisse probablement d’une ancienne écurie, au sol en terre battue. Sa grande porte mal jointe donne sur une impasse en légère pente, où s’engouffre toute l’eau qui ruisselle dans les rues du village quand il pleut, et il arrive, dans les pires cas, qu’un peu d’eau coule à l’intérieur. Mais cette fois-ci, fait sans précédent depuis que je suis maitre des lieux, le chai a été complètement inondé. Quand j’y suis allé l’eau avait été absorbée mais le sol était encore détrempé et on voyait sur le bas des murs et des quelques meubles, que l’eau avait monté jusqu’à une vingtaine de centimètres. Une palette avait flotté et changé de place. J’aurais voulu voir de mes yeux ce spectacle d’horreur. La salle voisine, dite la grande pièce, au sol cimenté surélevé de quinze centimètres par rapport à celui du chai, avait elle aussi été inondée, sur une hauteur de cinq centimètres. Dans cette pièce, la plupart des objets sont placés sur des étagères et des tables, mais quelques caisses de livres étaient posées à même le sol. Celles en plastique n’ont pas souffert, celles en carton ont été trempées. Cela aurait pu être pire, je n’y ai perdu que deux douzaines de livres, littéraires et documentaires, et la moitié de la quarantaine d’exemplaires invendus du Voyage de Mocquet en Andalousie. Et quelques vinyles, souvenirs de jeunesse : adieu Robert Fripp et De Fabriek, adieu Enya et Fad Gadget… Bah, bon débarras, après tout. Perdre un peu de lest ne nuit pas. Mais il faudra que je m’occupe de cette histoire de porte. En tout cas les concitoyens que j’ai croisés ce jour-là étaient tous d’avis que les abats d’eau de la veille étaient hors norme, et que la plupart des maisons ont été peu ou prou inondées, par le haut ou par le bas.
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