jeudi 6 août 2026

Escarpit 1/3

    Escarpit m’épate. J’ai dû déjà lire ou au moins feuilleter jadis ses Paramémoires d’un Gaulois (Flammarion, 1968). Ayant retrouvé ce livre, j’y ai recherché une indication dont je me souvenais : à un moment de son enfance, son père instituteur étant nommé à l’école de la rue du Mulet, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux, l’auteur y a vécu avec sa famille dans un appartement de fonction. Ce détail m’avait frappé parce que j’ai moi-même habité pendant un lustre, vers 90, dans un appartement de fonction, peut-être le même, en tout cas dans la même école. En fait il est question de ce logement à deux reprises, pages 93 et 114, mais sans plus de précision. Cependant comme le livre paraissait intéressant où que je l’ouvre, je l’ai lu ou relu en entier. Je l’ai trouvé agaçant par endroits, mais captivant le plus souvent. Robert Escarpit était un bon écrivain et un conteur hors pair. Né en 1918, moins connu pour avoir écrit quelques romans et nouvelles que pour avoir été billettiste au Monde, sociologue de la littérature, directeur de l’université de Bordeaux III et créateur d’un IUT de journalisme, il a livré ce volume de mémoires à l’âge de cinquante ans. Le livre est constitué de treize chapitres sans titre ni numéro, comme si le passage de chacun au suivant était une simple pause dans le flux désordonné des souvenirs. Ils ont cependant des thèmes plus ou moins discernables et je les évoquerai succinctement, en les numérotant.

    I, pages 7-14. Dans cette introduction l’auteur parle de sa manière d’écrire et explicite le mot Gaulois du titre, mais ne dit rien de la notion de Paramémoires. Je suppose qu’il a voulu ainsi se démarquer des mémoires classiques, d’habitude ordonnés selon la chronologie, alors que lui n’a de cesse de parcourir en tous sens l’espace et le temps. Il y a bizarrement p 12 une ligne imprimée à l’envers, signe que l’impression date d’avant la photocomposition ?

    II, p 15-25. Sur les ancêtres de l’auteur. Comme souvent les bourges de gauche, il met beaucoup de zèle à démontrer qu’il appartient au véritable peuple populaire, aux «gens», et non à la «croupissante bourgeoisie bordelaise» (16). En effet ses parents instits n’étaient pas d’un rang social très élevé (ni très bas) et l’on veut bien croire qu’il a connu des périodes de vache maigre, mais enfin il ne peut s’empêcher d’évoquer quelques aïeux pittoresques, parmi lesquels on compte un propriétaire de remorqueur, un trafiquant d’esclaves, un châtelain possédant écurie et vignes, si bien que ses quartiers de plébitude ne sont pas garantis.

    (à suivre demain)

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