LA MOUFETTE BRESILIENNE, par Gabriel Soares de Sousa
En français le nom de moufette (ou mouffette, ou mofette, de l’italien moffetta) peut servir à désigner sinon tous, du moins la plupart des mammifères carnivores de la famille des méphitidés, tous capables de se défendre en projetant depuis leurs glandes anales un liquide nauséabond propre à décourager l’assaillant. Ladite famille compte une douzaine d’espèces, dont deux asiatiques, les télagons ou blaireaux-puants de Java et des Philippines, du genre Mydaus. Les autres espèces, toutes américaines, se répartissent entre les genres Mephitis, Spilogale et Conepatus. L’espèce type est la moufette rayée (Mephitis mephitis) d’Amérique du Nord, parfois désignée par le synonyme skunk, mot algonquin. Les trois espèces sud-américaines sont toutes du genre Conepatus. On trouve au Brésil la moufette des Andes (Conepatus chinga) mais la plus répandue est la moufette d’Amazonie (C semistriatus). Cet animal a été décrit par Gabriel Soares de Sousa en 1587 dans sa Notícia do Brasil, au chapitre II-99, Qui traite de la nature et de l’étrangeté du jagurecaca. Aujourd’hui l’animal est désigné en portugais brésilien par les noms tupis cangambá et jaritataca, celui-ci ayant diverses variantes rappelant plus ou moins le terme employé par Sousa (jaritacaca, jaguaritaca, etc). On lui applique aussi la périphrase de doninha-fedorenta, soit belette puante. Voici ce qu’en dit Sousa (ici traduit par Ph Billé) :
Le jagurecaca est un animal de la taille d’un grand chat, de couleur brunâtre. Il a le poil long, des pieds et des mains comme ceux des singes, une face de chien, et une longue queue. Il se nourrit de fruits des bois. Il se déplace toujours à terre et ne met bas qu’un seul petit. C’est un animal étrange et nauséabond, car partout où il passe, il laisse une telle puanteur jusqu’à un jet de pierre de part et d’autre, que nul ne peut la supporter. Et pendant plus de deux mois nul ne peut passer par là, car tout est empesté d’une mauvaise odeur intenable. Les chiens prennent de ces animaux à la chasse, mais aussitôt après ils se jettent à l’eau et se roulent par terre pour se débarrasser de cette puanteur, et continuent ainsi en vain pendant des jours. Quant au chasseur, il a beau se laver, la terrible odeur lui reste et perdure trois ou quatre mois. Quand cet animal se voit cerné par les chiens, il lâche une ventosité si pestilentielle, qu’elle embaume tous ceux qui se trouvent à proximité. C’est par cette arme qu’il se défend contre les onces et les autres animaux, quand il est poursuivi. Cette artillerie est si puissante, que l’once ou les autres ennemis font demi-tour et l’abandonnent. Et ils vont aussitôt se laver et se rouler par terre, pour se libérer de la terrible odeur. Il est arrivé à un Portugais que son chasseur lui ayant rapporté de la forêt un de ces animaux mort, pour lui servir de remède, il en fut si empuanti que, ne pouvant plus se supporter, il en devint tout jaune et rentra chez lui malade de l’odeur qui lui collait, et qui lui resta des jours et des jours. La chair de cet animal est bonne pour soigner la dysenterie, mais la maison où il y en a empeste à tout jamais. C’est pourquoi les Indiennes la font rôtir toute enveloppée de feuilles, après l’avoir bien fait sécher près du feu, et elles la fument pour qu’elle se conserve, mais cela n’empêche qu’on la sente jusque dans la rue, tant qu’il y en a dans la maison.
(Note du traducteur, pour nuancer ce qu’en dit Sousa : l’animal a certes un pelage noirâtre mais aussi en partie blanc, il n’a pas des mains ni des pieds de singe, ni une gueule de chien, la femelle n’a pas qu’un petit mais en général une portée de quatre ou cinq, le régime omnivore comporte aussi de petits animaux, et la puanteur résulte d’un jet de liquide et non de gaz.)
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