samedi 24 février 2024

métamorphose

    Ce n’était pas évident a priori mais j’ai réussi à lire en entier La métamorphose de Franz Kafka, malgré mon peu d’attrait pour ce genre d’histoire. A vrai dire j’étais moins stimulé par l’histoire elle-même que fasciné par la prouesse de l’auteur, qui réussit à baratiner sur une petite centaine de pages avec un sujet aussi improbable. Il paraît qu’on a donné à cette célèbre nouvelle de multiples interprétations psychologiques et surtout sociales. Certains se plaisent à y voir bien sûr de la «critique sociale», mais quel intérêt y aurait-il à cela ? Du reste, ne peut-on en voir autant, avec un peu de bonne volonté, dans n’importe quelle fiction où il apparaît qu’il existe des situations sociales différentes ? Pour ma part il me semble que la bizarrerie de ce drôle de récit lui suffit, sans qu’il soit besoin d’y fournir une explication. J’ai remarqué cette astuce de l’auteur, qui se garde de décrire trop en détail l’aspect du protagoniste métamorphosé et nous laisse en grande partie le soin de l’imaginer. Il indique vaguement que son dos est une coque dure, que son abdomen est divisé en arceaux et que ses membres sont remplacés par de fines pattes, mais il se garde de préciser la taille globale de l’organisme : elle semble aussi petite que celle d’un véritable insecte, quand on nous dit qu’il est capable de grimper aux murs et jusqu’au plafond, mais elle paraît plus importante quand on sait qu’il tient tout juste sous un canapé. De même on ignore ce qu’il en est du visage, s’il a encore figure humaine ou s’il est devenu tout à fait bestial. Il y a là un stratagème ingénieux.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire