mercredi 29 juillet 2026

incendies

(Ma vie palpiteuse, suite.)
    Mercredi dernier mon aide de camp est venue me rendre visite depuis sa Gironde, par hasard juste avant que ne s’y déclarent les énormes incendies de forêt qui depuis font la une. Un des motifs du déplacement était de me conduire le lendemain jeudi après-midi à une consultation d’ophtalmologie à Lagord, une banlieue au nord de La Rochelle. Nous nous y rendîmes en partant le matin assez tôt pour avoir le temps de passer d’abord quelques heures dans la commune voisine de L’Houmeau, en bord de mer. Nous visitâmes l’église Sainte-Anne (quatre vitraux de Charles Champigneulle, 1902), nous déjeunâmes sur l’herbe à l’ombre des arbres, au port du Plomb, et nous passâmes un moment sur une plage de galets où, la marée étant haute et la mer étale, j’eus le plaisir de me baigner. L’ophtalmo devait ensuite m’annoncer que depuis ma dernière visite il y a neuf mois, l’évolution de la cataracte avait fait passer mon acuité visuelle de six degrés à quatre pour les deux yeux, et que je devrais envisager une opération en décembre. Je me résigne à cette perspective qui ne me réjouit pas, mais que je préfère quand même à celle de devenir tout à fait aveugle. Dans les jours qui suivirent nous apprîmes comme tout le monde que des feux avaient éclaté en Gironde, à Biscarosse et à Saumos, celui-ci s’étendant ensuite vers la presqu’ile du Cap-Ferret puis vers la rive Nord du Bassin d’Arcachon, où réside ma camarade. Elle envisagea d’abord de rentrer promptement chez elle, je l’incitais plutôt à s’abstenir de ce retour, qui bientôt s’avéra impossible car sa commune était évacuée. Elle reste donc pour l’instant dans mon hacienda. Sa maison n’est pas menacée par les flammes, le danger principal est celui des fumées, nous songeons maintenant à l’action de possibles pillards sur les habitations abandonnées. Nous nous tenons quotidiennement informés de la situation, par les réseaux sociaux et par les télévisions BFM et CNews. Pour nous c’est une impression curieuse, que d’entendre répéter sans cesse des toponymes qui d’ordinaire font rarement les grands titres mais nous sont familiers, comme ceux des communes riveraines du Bassin (d’Ouest en Est Lège, Arès, Andernos, Lanton, Audenge) mais aussi ceux de hameaux plus lointains (Blagon, Lubec, Pointe-Emile, Marcheprime, Croix-d’Hins). Et je trouve dans les Google News des titres comme celui-ci de la BBC : 
Wildfire now nine miles from French city of Bordeaux. Je m’amuse à noter les poncifs dans la rhétorique des journalistes. Il y a bien sûr les Soldats du feu (il faudrait créer un prix spécial pour récompenser les journalistes capables de prononcer dix phrases au sujet des pompiers sans recourir à cette périphrase). Il y a aussi l’Elan de solidarité. Je charrie ma réfugiée en lui faisant remarquer l’élan de solidarité qui m’incite à lui permettre de prolonger son séjour sous mon toit…

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