lundi 20 juillet 2026

Momoche

On m’a appris le mois dernier la mort de Christian Archambeau, que j’avais connu jadis et perdu de vue depuis longtemps. Il faisait partie de la bande de beaux-arteux de mon âge (il avait trois ans de moins que moi, me dit-on) que j’ai fréquentés dans la bohème des années 80. Certains étaient charentais et lui a été enterré à Bresdon, ce qui n’est pas très loin de chez moi, vers Matha. Je ne sais pourquoi il était surnommé Momoche, étant plutôt joli garçon. C’était un homme de petite stature avec un visage aux traits fins, où transparaissait un tempérament nerveux. Je me souviens de lui avoir vu une moustache minimale, réduite à un trait. Et de l’avoir entendu se moquer du communisme, à l’époque où je prenais encore cette religion au sérieux. Nous ne nous sommes jamais bien connus ni n’avons été vraiment amis mais à un moment la vie nous a rapprochés, peut-être parce que nous fréquentions les mêmes filles. Il s’est bêtement cassé les chevilles en sautant d’une fenêtre et je suis allé le voir à l’hôpital. Il avait des broches qui lui traversaient la peau et m’épouvantaient. En rentrant chez moi le soir j’ai moi-même eu par autosuggestion de violentes douleurs aux chevilles. Avant ou après cet accident, était-ce en 84, nous avons partagé quelques mois ou seulement quelques semaines un appartement rue du Hâ. De cette époque je garde envers lui deux dettes artistiques. L’une est que nous avons produit ensemble, sous sa direction parce qu’il savait s’y prendre, une planche de cartes postales en sérigraphie, au moins cinq chacun, peut-être plus. Je ne sais plus ce que représentaient les siennes. La plupart des miennes reproduisaient des portraits de moi tirés de détails de photos que j’avais agrandis en photocopie et réduits à un contraste de noir et blanc sans demi-teinte. Mes sérigraphies étaient des bichromes bleu sur fond blanc, ou bleu et rouge orangé. J’en ai encore quelques unes. L’autre dette est que pendant cette période mon cohabitant a dessiné un bon portrait de moi au crayon violet, sur une feuille A4, en se servant d’une chambre claire (voir ci-dessus). Il l’avait signé Dani Logan, du nom d’un chanteur des années 60, avec une faute peut-être voulue au prénom. La seule autre oeuvre de lui dont je me souvienne est une courte vidéo où il avait fait se succéder rapidement des portraits de la Joconde avec des couleurs différentes et un effet de scintillement. Puis on s’est éloignés, il est parti à Paris et je n’ai plus rien su de lui, sauf une fois où l’on m’a dit qu’il dansait le tango. Mais je ne l’avais pas oublié.

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