lundi 9 juin 2025

street

Théoriquement, je suis pour toute liberté en art. Devant certains cas concrets, toutefois, j’hésite. Imaginez par exemple qu’un beau matin, vous ouvrez vos fenêtres et découvrez que sur le mur juste en face, le street artist Vincent Glowinski, alias Bonom, Révélation Art Urbain 2018, «l’artiste français qui envoûte les murs de Bruxelles» (France Info) a pris la liberté de peindre une énorme bite (le «pénis de Saint-Gilles») sans vous demander votre avis. Et vous allez maintenant avoir tous les jours cette énorme bouse picturale sous les yeux, ainsi que sous ceux de vos enfants et de vos visiteurs. Etes-vous en effet envoûté ou… Ainsi va la vie, tantôt on se sent d’humeur libérale, tantôt on a envie d’envoyer des baffes…
(Note inspirée par un article sur cette peinture datant de 2016, qui a été effacée deux ans après).

dimanche 8 juin 2025

filiation

    Chaque fois que je réfléchis à cette question, je me dis que je ne vois pas quel système de transmission du nom de famille des parents aux enfants peut ne pas privilégier un sexe ou l’autre. Comment réformer les actuels systèmes de filiation, autrement qu’en passant du patrilinéaire au matrilinéaire, ce qui ne reviendrait qu’à remplacer une injustice par une autre, symétrique ?

jeudi 5 juin 2025

fillette

    En rêve cette nuit j'étais bien embêté, d'avoir perdu dans la foule une petite fille que j'étais chargé de surveiller. J'avais fait sa connaissance peu avant en lui demandant : Quel âge as-tu ? - Cinq heures, m'avait-elle répondu.

mercredi 4 juin 2025

Pensées

Le procédé consistant à extraire des aphorismes qui se trouvaient insérés dans les textes d’un auteur peut paraitre discutable. Pour ma part je le trouve légitime et j’ai tiré profit de recueils d’aphorismes extraits par exemple des oeuvres de Pío Baroja (Lettre documentaire 352) ou de Machado de Assis (Ld 392). Dans le même genre je viens de lire le recueil de 501 pensamentos tirados dos Sermões do Padre Vieira (501 pensées extraites des Sermons du père Antônio Vieira (1608-1697) par le père Gerardo Cabada, sj, Edições Loyola, São Paulo, 2001). J’étais un peu déçu de n’y pas retrouver une fameuse citation du grand prédicateur luso-brésilien, lue je ne sais plus où et jamais oubliée : Le pire, dans les mauvaises habitudes, ce n’est pas qu’elles soient mauvaises, c’est que ce soient des habitudes (O pior, nos maus costumes, não é serem maus, é serem costumes) mais peut-être ne venait-elle pas d’un sermon. Un peu déçu aussi de la teneur assez banalement pieuse de la plupart de ces pensées, banalité que la rhétorique baroque de l’auteur ne suffit pas à rehausser. J’en ai quand même trouvé quelques unes assez à mon goût et j’en traduis onze dans ma Lettre documentaire n° 527.

Vieira

Lettre documentaire 527

ONZE PENSEES du père ANTONIO VIEIRA sj


extraites des 501 pensamentos tirados dos Sermões do Pe Vieira

par G Cabada (Edições Loyola, São Paulo, 2001)

ici traduites du portugais par Philippe Billé.

(On a conservé entre parenthèses leur numéro d’ordre, qui est aléatoire dans le livre, mais on les a replacées en ordre chronologique).


    (320) Là où l’envie règne, les vertus sont des péchés, les mérites sont des fautes, les oeuvres ou les bonnes qualités sont des crimes. - (Sermon du samedi précédant le dimanche de Rameaux, 1634).


    (74) La peste du gouvernement est l’irrésolution. - (Sermon de Saint Pierre, 1644).


    (415) Qui ne demande ne veut savoir, qui ne veut savoir veut se tromper. - (ibidem).


    (133) L’absence est une demi-mort, la prison une demi-sépulture. - (Sermon des obsèques de Dom Duarte, 1649).


    (431) Dans les maladies, le plus grand bienfait que puisse vous apporter qui vous aime, c’est d’être avec vous. - (Sermon de Saint Roch, 1649).


    (348) L’humilité, c’est essentiellement la conscience de sa propre dépendance, de sa propre imperfection, et de sa propre misère. - (Sermon du Mandat, 1655).


    (294) On dit qu’il faut se tenir avec le roi comme avec le feu : ni si près qu’il brûle, ni si loin qu’il ne réchauffe. Mais c’est tout le contraire. Le roi, il faut en être ou très proche ou très éloigné. - (Sermon du quatrième dimanche de Carême, 1657).


    (414) L’âme est comme le soleil, on ne peut la retrouver là où on l’a perdue, mais à l’opposé. Le soleil se perd au couchant mais si vous voulez le retrouver, il faut le chercher à l’orient. - (Sermon de Saint Antoine, 1657).


    (216) Les nations, certaines sont plus blanches, d’autres plus noires, parce que les unes sont plus proches, et les autres plus éloignées du soleil. Peut-il y avoir pire erreur de jugement parmi les hommes, que de croire que je doive être votre seigneur parce que je suis né plus loin du soleil, et que vous deviez être mon esclave parce que vous êtes né plus près ? - (Sermon de l’Epiphanie, 1662).


    (393) Sur la table où l’on joue beaucoup, il manquera bientôt de quoi manger. - (5e Sermon de Saint François-Xavier «éveillé», 1694).


    (392) Le médecin ne soigne pas la pourpre, ni la couronne, mais l’homme nu, le corps qui chez tous est fait de même. - (Sermon de saint Luc, sans date).


mardi 3 juin 2025

néomots

    Mes néomots de ces derniers temps : pyromantisme, retrouvère, communautiste.

lundi 2 juin 2025

désherbage

Désherbage

Mauvaise herbe idéale, qui s’arrache facilement et proprement.

Mauvaise herbe qui s'arrache mieux quand la terre est mouillée.

Mauvaise herbe très envahissante mais qui s’arrache assez facilement.

Mauvaise herbe qu’il faut arracher attentivement pour que les racines viennent bien avec la tige.

Mauvaise herbe qui se casse au ras du sol quand on l’arrache et qui repoussera peut-être depuis la racine.

Mauvaises herbes qu'on arrache d'une main et qu'on entasse dans l'autre.

Mauvaise herbe qu'on laisse pousser quelque temps pour mieux la saisir quand on l'arrachera.

Mauvaise herbe que l’on a laissé trainer après l’avoir arrachée, et qui survit simplement parce que la racine touche le sol.

Mauvaise herbe dont les racines emportent une petite motte de terre à l’arrachage, que l’on fait tomber d’une pichenette.

Mauvaise herbe que l’on n’a pas vu venir et qui soudain pullule, minuscule et innombrable.

Mauvaise herbe dont la racine plus longue que la tige nous étonne.

Mauvaise herbe dont on se demande si elle ne plairait pas aux tortues.

Mauvaise herbe à qui l’on ferait trop d’honneur en la nommant simplement adventice.

Mauvaise herbe qu’on laisse pousser pour sa bonne mine, mais que l’on finit par arracher quand elle devient encombrante.

Mauvaise herbe pas si mauvaise, après tout (il y en a).