La grande affaire du moment, la nouvelle névrose collective qui s’est emparée du pays, c’est que les paysans coupent les routes parce qu’ils sont opprimés. Soi-disant. La terre ne ment peut-être pas, mais comme on ne peut en dire autant des syndicalistes et des journalistes, allez savoir. Dans mon coin les paysans ne font pas pitié, ils ont l’air de se débrouiller. Je veux bien croire que certains ont de réelles difficultés, mais ce ne sont pas les seuls à se plaindre, semble-t-il. Je leur reconnais le droit à manifester dans un cadre légal. Par contre dès qu’il s’agit de paralyser le trafic, c’est à dire de pourrir la vie des citoyens de base qui ne sont pour rien dans les ennuis supposés des coléreux, j’ai du mal à adhérer. Pour moi, il est clair que le connard sans gêne qui se permet de me barrer la route est de ce fait un ennemi. Ses revendications n’ont plus dès lors qu’un intérêt très relatif. A mépris, mépris et demi. Je connais la rhétorique selon laquelle ces pratiques lamentables seraient le seul moyen de se faire entendre. On peut en discuter. Mais il faut admettre, honnêtement, que ce type de protestation consiste à conchier la devise de la République. Il n’y a pas de Liberté quand on interdit de circuler. Il n’y a pas d’Egalité entre le crétin des barrages et le péquin impuissant. Quant à la Fraternité, laissez-moi rigoler. Je repense à l’ami qui, au temps des Gilets jaunes, devait faire le tour des ronds-points de Saintes en mendiant qu'à l’un d’eux on veuille bien lui permettre de se rendre à l’hôpital où sa femme agonisait. Pauvre pays. Bon allez, je vais m’occuper de mes arbres, ça va me calmer.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
mercredi 31 janvier 2024
mardi 30 janvier 2024
lundi 29 janvier 2024
dimanche 28 janvier 2024
jeudi 25 janvier 2024
porte
- Monseigneur, que dois-je faire pour devenir sainte ?
- Pour commencer, répond-il, apprenez à entrer doucement sans claquer la porte.
mercredi 24 janvier 2024
chayote
Ayant découvert l’existence du fruit exotique nommé chayote ou chayotte, et appris que ce nom provenait de chayotli, mot nahuatl (la langue des Aztèques), je me dis qu’il a en effet un air de famille avec les autres mots plus connus empruntés à la même source : avocat (ahuacatl), cacao et cacahuète (cacahuatl), chocolat (xocolatl), coyote (coyotl), ocelot (ocelotl), peyotl (peyotl), sapote (tzapotl), ou encore tomate (tomatl). On remarquera que comme la plupart des américanismes, ce sont des termes relatifs à la flore et à la faune.
mardi 23 janvier 2024
Jouhandeau
Dans le temps j’avais lu et aimé le volume XXV des Journaliers de Marcel Jouhandeau (Jd, 17 XII 2012) et de même je n’ai pas été déçu par le volume XXVIII, trouvé l'autre jour dans une boite. Ce volume paru en 1982 est je crois le dernier des Journaliers. Il porte sur la période de fin 1973 à fin 1974 et s’intitule Dans l’épouvante le sourire aux lèvres. Cette formule semble traduire l’état d’esprit de l’octogénaire à la fois serein (pas mécontent de lui, et émerveillé par le petit-fils adoptif qu’il élève comme un père) mais angoissé par la mort qu’il sent proche (il lui reste en fait cinq ans à vivre). Le livre est divisé en trois parties dont on ne sait trop à quoi elles correspondent. J’ai remarqué que dans les deux premières l’auteur se félicite d’avoir renoncé à la sexualité (pour lui l’homosexualité) mais dans la troisième il cède de nouveau plusieurs fois à la tentation (étonnante verdeur d’un homme de 87 ans). Il précise que s’il a «aimé les garçons», il a toujours respecté les enfants («La pédérastie m’est odieuse») à la différence d’un Gide (pages 51-52). Il y a quelques sujets qu’il ressasse (Dieu, l’âge, le sexe, son petit-fils) mais il sait aussi parler de tout et de rien, de façon plus ou moins laconique, et ce coq-à-l’ânisme est fait pour me plaire. J’ai recopié sur une feuille à mon usage une petite vingtaine de phrases afin de pouvoir les relire, au cas où je viendrais à me défaire de ce livre. J’en citerai ici seulement quelques unes. Il en est de graves, à propos de l’âge : «A mesure qu’on vieillit, on devient plus ou moins ridicule d’aspect, aussi convient-il par respect pour soi d’éviter de se montrer» (p 22) ... «Je ne veux plus permettre qu’on photographie les débris de mon visage ni de mon corps» (57) ... «Parfois j’interromps une des phrases que j’écris, pour me demander : - Que fais-tu là ? - Rien que balbutier encore quelques mots, en attendant la mort» (93). Il en est au contraire qui m’amusent par leur frivolité : «J’imagine, en pouffant, un pet de Caton, de Pompée ou de César» (20) ... «Guise était cocu et l’ignorait. Bautru l’était aussi et le savait. Ils déjeunaient ensemble en face l’un de l’autre. Guise : Qu’y a-t-il entre deux cocus ? Bautru : Une table» (36). Il mentionne au moins deux cas de méchanceté féminine, qui ne figureront jamais dans aucune féministologie : le souvenir de sa propre femme lui crachant au visage à table, devant témoins (70), et sa réponse cinglante à la veuve d’un ami récemment décédé, précisant au lecteur qu’ «Elle l’a rendu malheureux tout le temps qu’elle a passé avec lui» (86). Il esquisse quelques portraits, avouant sa «profonde antipathie» pour le poète Georges Hugnet, qui «battait sa mère» (124-125), évoquant ailleurs «notre ami» Roger Karl, l’acteur qui écrivait sous le pseudonyme de Michel Balfort, dont j’ai beaucoup aimé les pensées (Ld 448). Il a parfois des aphorismes bien vus, tel celui-ci, «L’appétit à table est aussi fragile, susceptible qu’en amour. Un rien l’excite, un rien l’abolit» (92), ou cet autre, «Chaque tribu a son fumet, son odeur. Les plus distinguées n’en ont pas» (196). Un bon livre, en somme.

