samedi 12 juin 2021

Bruno

Lettre documentaire 516

Liste de mes rencontres avec Bruno Richard

Il y a des personnes que l’on a rencontrées trop souvent pour pouvoir dire combien de fois au juste, d’autres au contraire dont on se souvient sans mal des deux ou trois occasions, ou de la seule où on les a vues. Avec mon penchant pour les projets utiles et rentables, j’ai songé quelquefois qu’entre ces deux extrêmes il y a le cas des personnes que l’on a rencontrées juste assez souvent pour ne plus très bien savoir combien de fois, mais assez rarement pour que le dénombrement de ces réunions ne soit pas tout à fait impossible. Récemment les questions d’un historien d’art, qui m’interrogeait sur l’histoire de mes collaborations avec Bruno Richard, m’a redonné l’idée de ce défi mémoriel. Cela n’était pas gagné mais enfin, avec l’aide de mes notes publiées et inédites, de mes calendriers, de mes courriers, de mes photos et de mes souvenirs, je crois être en mesure de présenter maintenant la liste des fois où j’ai rencontré Bruno, jusqu’à présent. Comme il vit à Paris et moi dans le Sud-Ouest, nous avons correspondu par la poste, par mail, par téléphone et peut-être par télépathie, bien plus souvent que nous ne nous sommes vus en personne. D’après mes calculs, nous nous sommes rencontrés onze fois.

1 : le 16 juin 1993 à Paris, où j’étais hébergé du 15 au 19 chez Florence et Frank, rue des Balkans, puis chez Bruno Ceron, lui aussi dans le XXe arrondissement. J’étais allé dans la capitale pour y passer un examen professionnel. J’avais profité de l’occasion pour faire la connaissance de Bruno Richard, avec qui je correspondais depuis quelque temps. Nous avions convenu que je le rejoigne à TBWA, d’où nous étions allés passer un moment chez lui pour discuter. Il m’avait offert quelques livres et des papiers. J’ai relaté cette rencontre initiale dans un carnet inédit, elle est aussi évoquée dans ma Lettre documentaire n° 65, de février 1994, et dans ma  «Note clinique» sur BR (in L’ordure est humaine comme l’amour, J-P Rocher éditeur, 1996).

2 : les 24-25 février 1996 à Bordeaux, où Bruno surexcité était descendu me voir en compagnie de la jeune Jedjega, dite Gigi. Je les hébergeais chez moi rue Sainte-Catherine. On était allés participer à un marché underground au Krakatoa, à Mérignac. Bruno en parle dans la jaquette de L’ordure est humaine. Voir aussi ma «Note clinique» déjà citée, et une photo dans la Ld 191, de mai 1996.

3 : du 1 au 4 mars 1998 à Paris, où j’allais passer je ne sais quel concours, que j’ai raté, et où j’étais hébergé par Bruno. Il était avec Anne van der Linden. On a dormi une nuit chez Guillaume Castel, dans la forêt de Saint-Germain en Laye. Voir la Ld 257, de ce même mois.

4 : du 5 au 8 mars 1998 à Bordeaux, où Bruno est venu avec Anne van der Linden, qui exposait ses peintures au Zoobizarre. On est allés en Dordogne visiter mon bois à Cunèges, et à Pineuilh la maison d’un artiste brut décédé, Franc Barret ? pas très à mon goût. On a aussi visité le musée d’art brut à Bègles.

5 : du 12 au 17 juin 1998 à Paris. Qu’étais-je allé y faire ? Peut-être simplement du tourisme. Bruno m’hébergeait et j’ai rencontré plein de gens : son fils Otto, F Roux, D Meens, Y5/P5, Anne van der, Captain Cavern, Willem, Florence B, Bruno C, J-P Rocher… Voir la Ld 266, de ce même mois.

6 : du 1 au 3 juillet 2000 au Faouët, plus exactement à Meslan, dans le Morbihan, où Bruno nous accueillait, mon jeune fils et moi, dans une petite maison de campagne en granite appartenant à sa sœur. Mon fils et moi sommes demeurés dans la maison jusqu’au 9, rejoints à la fin par un co-propriétaire. Voir le récit dans la Ld 331 et deux photos dans la Ld 333, parues en septembre.

7 : fin avril 2007 à la Croix-Comtesse, où j’ai reçu Bruno et Astrid en compagnie de mon aide de camp. Je me souviens que nous étions allés déjeuner à l’île de Ré, dans le port de Saint-Martin, et qu’en cours de route nous nous étions arrêtés regarder une des premières éoliennes énormes.

8 : du 11 au 19 août 2010 à la Croix-Comtesse. Bruno était avec Astrid et maintenant leur fils Sigfrid. Bruno s’occupait beaucoup du petit. Je me souviens d’une fois où il lui faisait tracer des empreintes de sa main enduite de peinture, et d’une autre où il l’avait pris sur ses genoux pour lui lire une histoire de Tintin. Au cours d’une discussion politique Astrid m’a traité de vieux con, je pense que c’était la première fois que ça m’arrivait.

9 : fin mai 2011 à Paris, où je m’étais rendu pour participer au seul colloque scientifique où j’aie jamais été invité. Mon coach et moi nous y passâmes quelques jours, hébergés rue Saint-Charles par Frédéric et Dominique R. Durant ce séjour nous dînâmes deux fois avec Bruno, le jeudi 26 au Père Fouettard, près des Halles, avec l’amie Flo, et le samedi au Terminus, place Balard, avec une certaine Aurélie. J’ai raconté ce voyage dans mon blog le 2 juin suivant.

10 : du 12 au 19 juillet 2014 à la Croix-Comtesse, où j’accueillais Bruno et le jeune Sigfrid, maintenant âgé de six ans. Nous glandâmes façon vacances à la campagne, avec une belle journée à la mer, à Fouras, et ce soir-là en rentrant nous dînâmes à la pizzeria de Surgères. J’ai raconté tout ce séjour dans mon blog.

11 : le 16 mai 2019 à Paris, où avec mon coach nous étions allés nous promener quelques jours, hébergés par l’amie Flo. Ce soir-là tous trois nous dînâmes avec Bruno au Père Fouettard. J’ai parlé de ce bref séjour dans une note de mon blog le 20 mai.

Cette Lettre est dédiée à Jonas Delaborde.
Je tiens des copies des Ld mentionnées à la disposition des exégètes.

mercredi 9 juin 2021

haiku

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Cueillir des cerises

lundi 31 mai 2021

Schmidel

En novembre dernier j’ai enfin lu un petit livre, que pour différentes raisons j’avais écarté à l’époque des recherches pour ma thèse sur La faune brésilienne dans les écrits documentaires du XVIe siècle (2000, puis chez Champion en 2009). Il s’agit des mémoires d’Ulrich Schmidel, lansquenet bavarois engagé dans les troupes espagnoles avec lesquelles il partit en Amérique du Sud, où il demeura vingt ans, de 1534 à 1554, participant à la découverte, à la conquête et à la colonisation des territoires situés dans les régions du Río de la Plata, de l'actuel Paraguay et jusque dans les Andes. J’ai examiné ce récit paru en 1567 dans le texte original allemand, dans trois versions en espagnol, et dans les deux traductions françaises, Voyage curieux au Río de la Plata (la dernière en date parue chez Flammarion en 2020). J’ai tiré de cette lecture un article sur «La faune sud-américaine dans le récit de voyage d'Ulrich Schmidel», qui sera peut-être publié un jour. En attendant j’évoquerai ici les points qui m’ont paru notables, en dehors de mon sujet d’étude (Je retoucherai au besoin les citations en français, et citerai les numéros des courts chapitres, valables pour toutes les éditions, plutôt que ceux des pages). L’aspect le plus frappant est l’extrême violence des rapports humains, qui paraît quasi incessante et omniprésente, entre Blancs et Indiens, entre Blancs eux-mêmes, et entre Indiens (lesquels n’ont de cesse de s’allier avec les Blancs pour aller massacrer les tribus rivales qu’ils ne peuvent encadrer). Il peut y avoir un effet de grossissement, du fait que le soldat n’a noté dans son petit cahier que les faits importants, mais tout de même on a un peu l’impression que c’était Oradour-sur-Jungle tous les quatre matins. On évoque ici et là le cannibalisme coutumier des Indiens (20, 52), et un cas d’anthropophagie de survie chez les Européens (dans un moment de famine trois Espagnols, qui ont volé et tué un cheval pour s’en nourrir, sont pris et pendus, puis des compatriotes vont au gibet leur tailler des lambeaux de chair dans les cuisses, 9). J’ai bien aimé les traits d’ethnocentrisme naturel et bénin, quand l’auteur, pour mieux s’expliquer, compare ce qu’il découvre à ce qu’il connaissait déjà : telle nation «vit comme chez nous les brigands» (18), telle tribu est «soumise à une autre comme les paysans dans notre pays le sont à leur seigneur» (45) et les baleines vues dans l’océan «vomissent un jet d’eau du volume d’une barrique de Franconie» (53). Il y a semble-t-il des savants dans cette armée de brutes, du moins des hommes qui «connaissent les étoiles» assez bien pour guider l’orientation ou calculer une distance parcourue (47, 48). L’auteur lui-même les connaît un peu, et il a une remarque touchante quand, au cours de ce périple dans les pays du Sud, il remonte assez au Nord pour enfin revoir dans le ciel la Grande Ourse, qu’il n’avait plus vue depuis les îles du Cap Vert, lors du voyage d’aller («J’ai revu chez ces Indiens la constellation du Chariot», 39). Un détail amusant, presque incroyable, est qu’il décide de rentrer en Allemagne après avoir reçu une lettre de son frère, lettre qu’on lui achemine jusque tout là-bas au fin fond des brousses (50). J’ai noté ce proverbe, que je n’avais jamais vu ni entendu : «Beaucoup de chiens, c’est la mort du lièvre» (Viel Hundt, der Hassen dott / Muchos perros son la muerte de la liebre, 52). Ce qui peut vouloir dire : si l’on est seul contre tous à défendre un point de vue, on finit par céder.

dimanche 30 mai 2021

guerre civile

N’ayant pas le temps ni vraiment besoin de lire en entier les 700 pages du pavé publié en 2019 par Pierre-Frédéric Charpentier : Les intellectuels français et la guerre d’Espagne, Une guerre civile par procuration (1936-1939), je me suis contenté d’en lire quelques passages. L’auteur (qui a écrit par ailleurs une Histoire des grands perdants de l’élection présidentielle et un ouvrage consacré au groupe de rock The Clash) livre ici une étude très sérieuse, bien documentée, et assez équitable. Le tableau est sans grande surprise dans l’ensemble mais très intéressant dans les détails. L’historien, dont la sympathie va sans doute à l’humanisme républicain, a l’honnêteté de reconnaître certaines réalités établies mais le plus souvent passées sous silence, par exemple le fait que des persécutions anti-chrétiennes ont eu lieu dès les premiers mois de la République en 1931, et que quand la guerre civile éclate, «aucun des deux camps ne le cède à l’autre dans l’abjection» (p 430). S’agissant de l’attitude de la gauche française, Charpentier estime que «Avec le recul, on s’indigne devant l’assourdissant silence de ces intellectuels de gauche qui ne voulurent voir les atrocités que dans le camp d’en face» (428). Le problème, ajouterais-je, est que quatre-vingts ans après, la gauche intellectuelle n’a guère évolué. Je suis bien placé pour observer que dans les universités, on continue d’enseigner l’histoire manichéenne de la guerre des vilains franquistes indéfendables contre les gentils républicains irréprochables, et la question des crimes anar-communistes est un sujet tabou. Que ce livre en parle n'est pas son moindre mérite.

samedi 29 mai 2021

quotidien

 Hier après-midi à la Coop la petite caissière m’avise que ce jour, pour fêter l’anniversaire du magasin, la patronne offre le quotidien Sud Ouest à tous les clients qui en veulent. Eh bien pourquoi pas, lui dis-je, c’est bien aimable. Il y a longtemps que je n’achète plus de journaux, par économie et parce qu’en général ils m’ennuient. Je dois avouer que feuilleter ce numéro ne m’a pas beaucoup rapproché de la presse. Quelle médiocrité, Seigneur, quel désert de l’esprit. Les programmes de télévision, l’horoscope, les mots croisés dont la solution figure sur la page même, les interminables et très détaillées nouvelles du sport, les activités des bons toutous culturels pour les bons toutous citoyens… Qui lit ça ? Qui achète ça ? Sur quelque 56 pages, à peine un dizième me paraît vaguement substantiel : les faits divers, les nouvelles des travaux publics, le carnet d’annonces, la météo… Bon, nous allons continuer à faire des économies.

mercredi 26 mai 2021

darío

Lettre documentaire 515.

Iñaki Uriarte : Lettre à Ian Gibson.

Dans le chapitre 2002 du recueil de ses journaux (Diarios 1999-2010) publié à Logroño en 2019, Iñaki Uriarte reproduit une lettre (p 136-137) qu'il a adressée à l'hispaniste irlandais Ian Gibson, lequel venait de publier une biographie romancée mais très documentée du poète moderniste nicaraguayen Rubén Darío (Yo, Rubén Darío). Cette belle lettre autobiographique ne figurant pas dans l'édition française abrégée des journaux d'Uriarte (Bâiller devant Dieu, Séguier, 2019), j’ai le plaisir d’en présenter ici une traduction à mes lecteurs.

    Cher Monsieur Gibson,
    Je m’appelle Iñaki Uriarte et je vous ai parlé au téléphone à propos de la pension que possédait mon grand-père à New York, dans laquelle, à ce que j’ai entendu dire dans ma famille, Rubén Darío a vécu durant son dernier séjour dans cette ville.
    Vous citez dans votre livre une «pension minable de la 64e rue», où Darío aurait logé en sortant de l’Hôpital Français, où on l’avait soigné pour une pneumonie. La pension de mon grand-père se trouvait aux numéros 11 à 15 de la 82e rue. Je ne sais si c’est celle dont vous parlez (c’était un établissement modeste mais quand même pas minable) ou si c’en était une autre.
    Ce que j’aimerais savoir, c’est si vous disposez de quelque indication qui n’apparaitrait pas dans votre livre, mais qui me renseignerait sur la pension de mon grand-père, sur laquelle je sais très peu de choses. Il s’appelait Moisés Cantolla et il était né dans un village de Cantabrie. Il a émigré aux Etats-Unis. Là-bas il s’est marié avec ma grand-mère, une émigrée galicienne. Ils avaient une pension, où est née ma mère, qui allait plus tard se marier avec un Basque, mon père, qui étudiait à l’université Cornell. Je suis né de ce mariage à New York en 1946. Depuis 1948 mes parents sont revenus vivre à Saint-Sébastien, et moi je vis maintenant à Bilbao.
    J'ai entendu ma mère dire que son père se plaisait à raconter que Darío avait habité dans cette pension, mais elle n’en sait pas plus, parce qu’alors elle n’était pas encore née. Je vois dans votre livre que Darío était arrivé à New York vers novembre 1914. C’est à dire qu’entre cette date et son départ, il peut avoir vécu dans plusieurs pensions. Je suppose que vous ne les avez pas toutes localisées, mais je vous écris au cas où.
    (Salutations)
    Iñaki Uriarte
    Je n’ai pas eu de réponse. Je suis parvenu à joindre Gibson au téléphone. Il était préoccupé parce qu’il venait de recevoir une accusation de plagiat pour un autre de ses livres. Il m’a suggéré de contacter un professeur de Madrid qui sait tout sur Darío. J’ai laissé tomber.

lundi 24 mai 2021

cordialement

Le samedi 15 de ce mois, j’ai reçu de mon hébergeur Google-Blogger un mail «no-reply» m’avisant «cordialement» de ceci : «Comme vous le savez peut-être, notre règlement de la communauté (lien) décrit les types de contenus autorisés et non autorisés sur Blogger. Votre article intitulé "pourpre" nous a été signalé pour être examiné. Nous avons déterminé qu'il enfreint notre règlement et l'avons donc supprimé (lien de l’article du 27 février) … Votre contenu a enfreint le règlement sur les logiciels malveillants et les virus … Nous vous invitons à passer en revue l’intégralité des articles de votre blog afin de vous assurer qu’ils sont bien en conformité avec nos normes. En effet, en cas de nouvel incident, votre blog sera purement et simplement clôturé. Pour en savoir plus, veuillez consulter les ressources suivantes (liens des Conditions d’utilisation et du Règlement de la communauté Blogger).» J’étais bien étonné de la triste nouvelle, parce que je ne voyais pas le rapport entre ma note sur la Collection Pourpre et les «logiciels malveillants», note qui est d’ailleurs une des plus bénignes que j’aie jamais écrites. Pire encore, après avoir cliqué sur un desdits liens, c’est mon écran tout entier qui était pourpre et bloqué, comme précisément à la suite d’une attaque virale, dont j’étais non l’auteur mais la cible. A plusieurs reprises j’ai retrouvé l’usage de mon ordi, mais l’écran redevenait rouge chaque fois que je tentais simplement d’ouvrir mon blog, devenu donc inconsultable, peut-être même inexistant. Quelques heures plus tard, cependant, j’ai reçu un second mail m’informant cette fois que «Nous avons réexaminé l’article intitulé « pourpre » pour vérifier qu’il respecte bien le règlement de la communauté … Après examen, l’article a été rétabli. Vous pouvez y accéder…» De fait mon blog était de nouveau visible, toutefois sans l’article, repassé en statut de brouillon et qu’il a fallu que je remette moi-même en ligne. Je ne sais dire au juste à quoi j’ai eu affaire. Une attaque virale déguisée en notification de mon hébergeur ? Une intimidation de la «communauté» (mon cul) destinée à me faire savoir que pour la censure, c’est si ils veulent, quand ils veulent et tant qu’ils veulent ?