vendredi 15 décembre 2023

exposition

Ces deux dernières semaines, du 1 au 14 décembre, j’ai eu l’occasion d’exposer quelques uns de mes collages au Moulin à Café, le café associatif de Doeuil sur le Mignon, à une petite dizaine de kilomètres au nord-ouest de la Croix. Comme il fallait intituler la manifestation, j’ai choisi la formule Peindre avec des ciseaux (piquée à un article de jadis dans Libération, sur Roman Cieslewicz l'homme qui peint avec des ciseaux). J’exposais là seize collages à proprement parler, plus une transparition (Autoportrait au Natal, 1988) et un caviardage exquis (Le lendemain, 2020). A vrai dire il n’y avait pas foule au vernissage, mais j’ai encore accueilli quelques visiteurs tardifs les jours suivants et bénéficié du public venant au café pendant les créneaux d’ouverture. Après quelques tentatives infructueuses dans d’autres communes du voisinage ces derniers mois, c’était une expérience bien aimable, que de pouvoir montrer un peu mes images dans ce local très accueillant.

Photo D Berton.

Oeuvres exposées :

Autoportrait au Natal, 1988. Transparition, 19 x 29 cm.

Portrait sans titre, 05 I 2008. Collage, 10 x 15 cm.

Portrait sans titre, 20 VI 2009. Collage, 10 x 15 cm.

Calligrammes, 2 VIII 2010. Lettrage, 8 x 10 cm.

Portrait à l'antique aux yeux bleus, 2016. Collage, 10 x 14 cm.

Portrait sur fond ligné, 2016. Collage, 10 x 10 cm.

Season, 2016. Lettrage, 9 x 9 cm.

Rembrandt, 2018. Lettrage, 10 x 15 cm.

Bacubas, 2019. Collage, 7 x 10 cm.

Portrait abyssin, 2019. Collage, 8 x 13 cm.

Not-red-ame, 2020. Lettrage, 9 x 11 cm.

Le lendemain, 2020. Caviardage, 8 x 11 cm.

Paysage d'après Seurat, avril 2020. Collage, 10 x 14 cm.

Hellène, 2021. Collage, 9 x 14 cm.

Vincent, 2021. Collage, 10 x 12 cm.

Nocturne avec Playmobil et Vélasquez, 2021. Collage, 14 x 20 cm.

Monna, 2023. Collage, 12 x 18 cm.

Chathomme, 2023. Collage, 13 x 15 cm.

mercredi 13 décembre 2023

résistance

    Il s’est développé naguère, à propos des nations qui s’entretuent au Proche Orient, un curieux débat public sur les concepts de résistance et de terrorisme. Le point de vue dominant chez les journalistes humanistes consistait à juger inadmissible de qualifier le Hamas de mouvement de résistance, étant donné qu’il s’agit d’une organisation terroriste. Pour ma part, je ne vois pas que les deux notions s'excluent. Il me semble que l’Histoire a déjà donné mille exemples de mouvements de résistance qui ont recouru à des méthodes terroristes. Le fait d’être résistant, ou de se proclamer tel, n’a jamais suffi à rendre impeccable.

mardi 12 décembre 2023

cantonniers

    Il me semblait que Thoreau, dans son Walden, déclarait plaisamment avoir servi de cantonnier bénévole, ce qui pourrait se dire en anglais volunteer road-mender, ou unpaid roadmender. J’étais curieux de vérifier les termes, qui s’appliqueraient aussi bien à certaines de mes occupations. J’y pense à chaque fois que je prends le temps de ramasser des canettes le long d’un chemin, ou de remettre un peu d’ordre au pied d’une haie massacrée de frais. Ayant retrouvé le texte et sa traduction par un certain Fabulet, je vois que ma mémoire avait substitué ses propres termes à ceux de Thoreau, un peu différents : For many years I was self-appointed inspector (inspecteur, par moi-même appointé, des tempêtes ...) ... surveyor ... of forest paths and all across-lot routes (surveillant ... des sentiers de forêt ainsi que de tous chemins à travers les lots de terre...). Ce n’est pas tout à fait le même office, mais dans le même secteur d’activité : Henry David veillait à ce que les chemins demeurent praticables, moi à ce que leurs abords soient présentables. A chaque époque ses priorités, lui pionnier dans un monde encore neuf, moi néo-rural en un temps où il est si facile de salir et où l’on élague au char d’assaut. Mais on a toujours besoin de cantonniers, et à l’occasion de bénévoles.

PS. La traduction française de Louis Fabulet date de 1922. Je me suis amusé à vérifier, à la bibliothèque de l'université, les termes variables des traductions ultérieures de
- Germaine Landré-Augier (1967) : inspecteur nommé par moi-même des tempêtes de neige, des orages et de la pluie ... arpenteur ... des sentiers de la forêt et des pistes à travers champs
- Brice Matthieussent (2010) : inspecteur autoproclamé des tempêtes de neige et des orages de pluie ... arpenteur ... des sentiers forestiers et des chemins de traverse
- Jacques Mailhos (2017) : inspecteur auto-appointé des tempêtes de neige et des orages pluvieux ... inspecteur ... des chemins forestiers et de tous les sentiers de traverse...

vendredi 8 décembre 2023

cageots

A chaque nouveau cageot en bois fin, dont nous cassons des lambeaux pour allumer le feu, nous nous disons que cette fois nous allons faire plus simple et ne pas prendre la peine de défaire méticuleusement toutes les agrafes qui fixent toutes les planchettes, et puis finalement peu à peu jour après jour nous prenons quand même la peine de défaire méticuleusement toutes les agrafes qui fixent toutes les planchettes.

jeudi 7 décembre 2023

Sartre

    Je voudrais revenir un instant sur Le voyant d’Etampes, précisément à la page 354, où l’auteur Abel Quentin nous régale d’une citation édifiante de Jean-Paul Sartre, extraite d’Orphée noir (ce texte est la préface de Sartre à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, de Léopold Sédar Senghor, parue aux PUF en 1948) : «L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés dans le même combat doit être précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener à l’abolition des différences de races.» Ce «racisme antiraciste», on croit rêver : l’expression (répétée p xiv et xl) vaut son pesant. Il y a là comme la source vive de tout le délire déconnolonial actuel. Je déplorais naguère (le 16 X) que l’antiracisme engendre un autre racisme, j’ignorais que cette aberration idéologique avait été formulée et revendiquée déjà il y a trois quarts de siècle. Que reste-t-il de ce pauvre Sartre, bourgeois anti-bourgeois fanatique et bigleux, le «philosophe de la liberté» qui s'est distingué en ne levant pas le petit doigt contre l'Occupation allemande, puis après-guerre en défendant systématiquement les dictatures communistes ? Un beau fils de pute parmi les fils de pute, que vaut n’importe quel fils de pute et qui les vaut tous.

lundi 4 décembre 2023

Quentin

Il n’était pas assuré que je trouve le temps de lire l’assez long roman (380 pages, quand même) d’Abel Quentin, Le voyant d’Etampes (Editions de l’Observatoire, 2021) que m’avait proposé l’ami Adrien B. C’est une satire bien menée et bien renseignée des nouvelles idéologies extrémistes raciales et sexuelles. Le narrateur est un jeune retraité de l’Université, fermement de gauche, ancien militant de SOS-Racisme, présentement alcoolique, divorcé de la femme qu’il continue d’aimer, et père d’une jeune dinde lesbienne. C’est un spécialiste de l’histoire contemporaine des Etats-Unis, domaine dans lequel il s’est mal illustré en publiant à la quarantaine une vibrante apologie des époux Rosenberg, citoyens judéo-américains supposés avoir été injustement persécutés par le vilain maccarthysme et exécutés pour espionnage communiste. Or l’ouvrage a paru juste avant l’ouverture d’archives américaines révélant que les Rosenberg étaient en effet des traitres à leur patrie, qui transmettaient aux soviétiques des secrets militaires, et l’auteur s’en est trouvé discrédité. Maintenant retraité, il se remet à l’étude et consacre un livre à un poète américain méconnu, mort encore jeune dans un accident de voiture en France, où il s’était exilé dans les années cinquante. Or voilà qu’un blogueur, et à sa suite une foule d’internautes, s’en prennent à l’historien, qu’ils accusent de racisme pour avoir négligé la négritude du poète. Le roman expose les arguments du fanatisme idéologique, citant à l’occasion les maitres à penser (Sartre, Fanon, Peggy McIntosh, Eric Fassin) et décrit les mécanismes des polémiques d’aujourd’hui, tournant au lynchage médiatique et aux campagnes «virales» des réseaux sociaux. Un ressort de drôlerie est que le protagoniste, toujours de gauche, vient à être défendu par les horribles réacs du RN et de Valeurs Actuelles, et trouve du réconfort auprès d’Africains. Quelques fantômes du passé apparaissent ici et là, tels Jean Cau, Julien Dray ou Alain Pacadis. J’ai relevé une petite incohérence à propos d’une employée, dont on dit d’abord qu’elle vient faire le ménage deux fois par mois, et plus loin chaque semaine (p 233 et 344) mais ce n’est qu’un détail. L’ensemble est assez divertissant. Il y a aussi matière à une méditation sur l'âge de la retraite, propice à la mélancolie et à la résignation. Je ne sais ce que l'auteur en connait, car il est encore jeune homme, mais ce n'est pas mal vu.