Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
lundi 9 décembre 2024
dimanche 8 décembre 2024
Jiménez
Lettre documentaire n° 523.
APHORISMES de Juan Ramón Jiménez,
choisis et traduits par Philippe Billé.
L’écrivain espagnol Juan Ramón Jiménez (1881-1958), prix Nobel de littérature en 1956, année insigne à bien des égards, a publié principalement des recueils de poèmes, et quelques livres en prose. Il a par ailleurs écrit tout au long de sa vie des milliers d’aphorismes, dont seulement quelques uns ont paru ici et là de son vivant. En 1990, reprenant un projet envisagé par Jiménez, le professeur Antonio Sánchez Romarelo a publié chez Anthropos Editorial, à Barcelone, sous le titre Ideolojía, la somme quasi complète d’environ quatre mille de ces aphorismes, ordonnés et numérotés dans un ensemble complexe de sections et de sous-sections chronologiques et thématiques. La plupart de ces pensées sont des règles de vie et de travail. En 2018 les Ediciones de La Isla de Siltolá, à Séville, ont fait paraître, sous le titre Aforismos e ideas líricas, un choix de quelque huit cents aphorismes, extraits de l’édition de 1990 par José Luis Morante. Je viens de lire ce dernier recueil de pensées, qui ne sont pas toutes à mon goût, car il en est beaucoup que j’ai trouvées obscures, ou fausses, ou banales, ou pompeuses, ou répétitives, mais j’ai le plaisir de présenter ci-dessous les deux douzaines de celles qui m’ont le plus intéressé, et que j’ai traduites en français. (J’indique pour chacune le numéro de la page où on peut les retrouver dans l’édition citée).
(Page 33) Voyager est un remède possible à la foi. Le doute, pas besoin de le soigner, ce n’est pas une maladie.
(61) N’importe où les gens rient, soyez sûr qu’il y a de quoi pleurer.
(81) Pour lire beaucoup de livres, en acheter peu.
(88) Faites bien y compris les plus petites choses sans transcendance apparente.
(91) Dans la maison silencieuse, celui qui entre baisse la voix. Maintenez les maisons silencieuses.
(94) Des paravents et des miroirs. La vie.
(100) Le style n’est pas la plume, ni l’aile, mais le vol.
(104) Pas un jour... sans effacer une ligne, ni sans déchirer un papier.
(121) Je m’espionne moi-même.
(131) L’art est la science de la beauté.
(138) Souvent la beauté des mères se convertit en laideur des fils, et la laideur des pères en charme des filles.
(143) La délicatesse est la main droite de l’intelligence.
(143) Comme le bruit complique tout. C’est un hôte si dérangeant, si palpable, si désordonné, si sale, si sot.
(147) Bibliothèque : il n’est pas nécessaire de lire tous les livres, ni tout un livre, mais de lire dans tous les livres.
(169) Le chien aboie contre son ombre et son écho lui répond.
(170) Tous les matins je vais à la plage du hier et je n’y ramasse que ce qui a été laissé par la mer de la nuit, enflammé par l’aurore.
(175) Une pensée qui ne traverse pas le mur de la nuit, laisse-la dans la basse-cour de la veille.
(176) Les idées aussi ont leurs paysages.
(177) Travailler sans relâche. A quoi, comment, peu importe.
(179) Le grand plaisir de ma vie est d’attraper un morceau de pensée et de l’entrainer hors du chemin pour le contempler, le dévorer.
(182) Méfiez-vous d’une poésie qui, pour être appréciée, doive être analysée.
(198) La poésie inférieure gagne à être déclamée, amplifiée pour les oreilles, et non vue. La supérieure y perd, elle gagne à être lue en silence avec les yeux.
(202) Quand tu entendras parler de quelqu’un qui dit du mal du rossignol, va voir qui c’est. Tu trouveras à coup sûr un corbeau ou une poule.
(208) J’ai travaillé avec la terre et avec le feu, avec l’eau et avec l’air. Comme eux j’ai été fort, fou, musical ou léger.
(Textes originaux. Page 33 : Viajar es un remedio posible para la fe. La duda no hay para qué curarla, no es una enfermedad. 61 : Donde quiera que la jente se esté riendo, tened la seguridad de que hay algo que llorar. 81 : Para leer muchos libros, comprar pocos. 84 : La mentira es muchas veces madrina de la verdad (Je renonce à traduire celle-ci à cause du problème mentira / mensonge). 88 : Haced bien hasta las más pequeñas cosas sin trascendencia aparente. 91 : En la casa en silencio, el que entra baja la voz. Tened las casas en silencio. 94 : Biombos y espejos. La vida. 100 : Estilo no es pluma, no es ala, sino vuelo. 104 : Ningún día... sin borrar una línea y sin romper un papel. 121 : Soy un espía de mí mismo. 131 : El arte es la ciencia de la belleza. 138 : La belleza de las madres suele convertirse en fealdad en los hijos y la fealdad de los padres en gracia de las hijas. 143 : La delicadeza es la mano derecha de la inteligencia. 143 : El ruido, cómo lo complica todo. Qué huésped tan molesto, tan tanjible, tan desordenado, tan sucio, tan necio es. 147 : Biblioteca : no es necesario leer todos los libros, ni todo un libro, sino leer de todos los libros. 169 : Ladra el perro a su sombra y le responde su eco. 170 : Cada mañana voy a la playa del ayer y recojo (sólo) lo depurado por la mar de la noche, lo encendido por la aurora. 175 : Pensamiento que no atraviese el muro de la noche, déjalo en el corral de las gallinas de la víspera. 176 : Las ideas tienen también sus paisajes. 177 : Trabajar sin descanso. En qué, cómo, eso importa menos. 179 : El deleite mayor de mi vida es cojer un pedazo de pensamiento y llevármelo a un lado del camino a contemplarlo, a devorarlo. 182 : Desconfiad de una poesía que, para gustar, tiene que ser analizada. 198 : La poesía inferior gana declamada, aumentada a los oídos, no vista. La superior pierde así : gana leída en silencio con los ojos. 202 : Cuando sepas de alguno que habla mal del ruiseñor, ve a verlo. Seguramente te encontrarás con un grajo o una gallina. 208 : He trabajado con tierra y con fuego, con agua y con aire. Como ellos, he sido fuerte, loco, musical o leve.)
samedi 7 décembre 2024
news
Il a fait chaud le 26 novembre dans le Sud-Ouest de la France, à cause du vilain changement climatique. Si chaud que Google News ne s’en est toujours pas remis et continue de me resservir quotidiennement, encore ce matin onze jours après, un article du Guardian sur le sujet. Dans la même section Your topics figure une autre dépêche, ayant pour thème Horoscope today : astrological prediction for December 7, 2024. Juste au-dessous de ces nouvelles se trouve la très sérieuse section Fact check. Section dans laquelle, comme j’ai déjà remarqué, l’horoscope n’est jamais soumis à vérification...
vendredi 6 décembre 2024
Eaerpone
J’ai rêvé que le premier nom d’Amérindien que l’on ait connu, ou retenu, était Eaerpone. Je ne saurais dire où mon pauvre cerveau est allé chercher ça. Tout de même, une fois revenu sur terre, je vérifie à tout hasard ce nom dans Google, qui naturellement l’ignore, et me propose à la place Earphone, l’Ecouteur. Cela ne mène à rien. Mais du coup je me demande, car je l'ignore, quel est réellement le premier nom propre individuel d'outre-Atlantique, à avoir été enregistré dans la documentation européenne...
mardi 3 décembre 2024
aforismos
Encore des déceptions dans mes lectures d’aphorismes ibéro-américains. Je n’ai rien trouvé qui m’intéresse dans Si todos los hombres... Aforismos, de l’écrivain argentin José Narosky (Buenos Aires : Planeta, 1997), ni dans les Observaciones y aforismos, de son confrère vénézuélien José Balza (Caracas : Fundación Polar, 2005). Et presque rien dans les Aforismos para o povo instruído, du journaliste et poète brésilien Ascendino Leite (João Pessoa : Editora Idéia, 1998). Peut-être cette remarque cynique : Mourir, c’est rentrer à la maison (Morrer é voltar para casa, p 11), suggérant que la vie n’est qu’une brève excursion hors du néant infini qui nous précède et nous succède. J’ai été intrigué par sa réflexion de la p 17 : «Civilizados são os que viajam. Eles são a novidade do mundo», c’est à dire Les civilisés sont ceux qui voyagent, ils sont la nouveauté du monde. A qui pensait-il en écrivant cela ? Aux découvreurs de la Renaissance ? Aux visiteurs nord-américains ou européens qui vont faire du tourisme ou participer à des congrès au Brésil ? En tout cas, vus d’ici, les voyageurs n’inspirent pas tous un tel optimisme. Mais chacun voit midi, n’est-ce pas...
lundi 2 décembre 2024
dimanche 1 décembre 2024
branchage
Une question que je me pose, en nettoyant les arbres à piquants : ces branches, ces branchettes d’aubépine (épine blanche) et de prunellier (épine noire), ces tiges de ronce ou d’églantier, une fois coupées, si je les laisse trainer au sol ici et là, sont-elles pas autant de chausse-trapes où les bêtes se blesseront ? Les bêtes ou moi-même, les plus pointues épines m’ont percé des semelles. Ces rameaux et fragments je les entasse pour les rendre plus visibles, et j’installe ces tas de préférence hors du passage, par exemple dans l’espace entre des troncs rapprochés. Quant aux branches non épineuses, les plus nombreuses, en général je scie en bûches et en bûchettes leurs parties les plus épaisses, tout ce qui est trop gros pour être coupé au sécateur. Le fagot j’en rapporte parfois un peu chez moi, celui de meilleure qualité, le reste je le laisse à pourrir sur place, en tas également, pour ne pas avoir des branches dispersées qui encombrent l'espace et gênent la marche. Les parties les plus fines, les extrémités, quand j’ai le temps je les débite au sécateur, en petits tronçons pas plus longs qu’un doigt. Ils s’éparpillent sur le sol et en font partie dès qu’ils le touchent. Le ménage de la maison m’ennuie autant que celui des bois me délasse, je ne saurais dire à quoi cela tient mais c’est ainsi.

