On ne peut dire que je n’ai jamais les honneurs de la presse, puisque je me retrouve en photo cette semaine page 9 de l’hebdo local L’Angérien libre, dans un article consacré aux Martins-Bêcheurs, un club de jardiniers auquel je participe, à Doeuil sur le Mignon. C’est un honneur.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
vendredi 30 août 2024
mercredi 28 août 2024
mélange
L’idéologie du métissage, qui fétichise le mélange racial et rêve d’une espèce ainsi uniformisée, n’a peut-être rien à voir avec le militantisme non-binaire, qui fétichise le mélange des genres et glorifie l’ambiguïté sexuelle. Mais il me semble voir à l’œuvre, dans les deux cas, la même phobie de la différence, la même joie de l'hybride, la même frénésie d’indistinction. L’idéal unitaire de ces partisans serait-il une humanité de travelos bronzés à cheveux mauves ? Je le crains. En tout cas, sur le plan esthétique, le taux de réussite du métissage est nettement supérieur à celui de la transmanie.
lundi 26 août 2024
jardin
Mes trois cailles, qui ont bien passé l’hiver, ne se portent pas mal. Deux d’entre elles deviennent familières, s’approchent quand j’entre dans la volière, elles ont compris que je ne viens pas pour les étrangler mais pour les nourrir. La troisième reste farouche, pour ne pas dire complètement parano. Elles étaient censées ne pas pondre, d’après la vendeuse de Gamm Vert, mais elles pondent régulièrement depuis le printemps. En juin-juillet-août, d’après mes calculs, elles ont donné en moyenne 1,5 œuf par jour, soit trois en deux jours (un chacune ?) et donc une douzaine en huit jours. Je soupçonne la craintive d’être la meilleure pondeuse, elle est la seule que j’aie surprise à couver. Je fais durcir les œufs dès que j’en ai dix ou douze, pour les manger. Je nourris ces volailles surtout de grain, déposé à même le sol. Le meilleur est celui que je trouve chez Auchan à Biganos, quand je descends en Gironde. Je leur donne aussi des granulés protéinés de la ferme Dubourg, à Pessac. De temps en temps je râpe sur les graines un peu d’os de seiche rapporté de la plage, qu’elles mangent volontiers. Je me suis aperçu qu’elles aiment bien picorer une tranche de courgette, jaune plutôt que verte, ou une de concombre, en quelques minutes il ne reste que le tour.
De mes trois poissons rouges le plus jeune, en fait jaune, et qui était mon préféré, a subitement disparu du bassin un beau jour de juin. Cela m’a peiné. Je soupçonne un chat de ce mauvais coup. Par consolation quelques jours plus tard la providence a placé sur ma route une très petite tortue égarée. De loin je croyais voir un caillou sur la chaussée, je n’ai reconnu la silhouette qu’en arrivant dessus, le temps d’arrêter la voiture je l’avais passée, heureusement sans l’écraser. Elle cohabite maintenant dans l’enclos avec la tortue de Hermann un peu plus grande, que j’avais déjà. La petite nouvelle est une tortue grecque, me semble-t-il. On distingue les espèces au dessin de l’arrière de la carapace. Elles s’ignorent le plus souvent mais se côtoient par moments, vont dormir ensemble dans leur cabanon. Je les nourris principalement de feuilles d’endive, avec selon les jours des fleurs d’althéa ou de liseron, des fragments de concombre, de poire, de tomate, de prune. Elles aiment beaucoup les minuscules crabes que l’on trouve dans les moules, je les leur garde.
Deux reptiles, deux poissons, trois oiseaux, telle est ma ménagerie du moment.
dimanche 25 août 2024
samedi 24 août 2024
sevrage
Il y a sans doute pire mais ce n’était pas une mince épreuve pour moi que d’être privé d’ordi pendant trois jours. Je l’ai porté à réviser mardi, pensant le récupérer le jour même, mais le technicien avait besoin de le garder et ne me l’a rendu qu’hier. Je n’avais pas prévu ce douloureux sevrage. Cela m’a permis de mesurer une fois de plus combien notre vie, la mienne en tout cas, dépend maintenant du net. Non qu’on le tête en permanence mais du moins assez souvent, pour l’information, pour le divertissement, et pour Dieu sait quoi. Trois jours sans internet, donc, et sans l’ordi lui-même. Les pires moments furent les repas, que je ne prends plus sans regarder un journal ou des vidéos. Je fus réduit à des procédés ignobles : retourner chercher dans ma remise le vieux radio-cassette crachotant pourri, qui ne capte plus que trois stations, hélas toutes du service public... Quel supplice. Je reviens de loin. Tout ça pour apprendre finalement que mon ordi ne souffre d’aucune maladie particulière, et que s’il marche de plus en plus mal, c’est qu’il ne peut pas marcher mieux. Un peu comme moi, quoi. Ce MacBook Air vieux de dix ans est déjà une antiquité impossible à remettre à jour. Soit. J’ai profité de ces trois jours sans distraction pour avancer mes travaux au jardin et pour revisiter la pièce principale de ma documentation en papier : quelques centaines de feuilles de format A4 (articles, images, pages de revues, photocopies, notes de lecture, lettres du temps où l’on envoyait des lettres...) stockées par ordre alphabétique dans deux classeurs-trieurs en carton, le tout présentant une épaisseur d’environ quinze centimètres. Ce passage en revue m’a occupé quelques heures. Un de mes buts était de voir s’il y avait du désherbage à faire, car ces archives datent pour l’essentiel de l’époque où les documents étaient des objets en papier, or mes habitudes se sont modernisées depuis et je trouve aussi pratique, sinon plus, d’utiliser des articles ou des livres numériques. Mais la plupart de ces documents m’ont paru devoir être conservés tels quels, et je n’en ai supprimé qu’une pincée. Par exemple un article de revue astronomique américaine, du temps où j’avais été épaté de découvrir l’excellente dark-sky scale, l’échelle d’obscurité du ciel nocturne mise au point par John Bortle vers l’an 2000. Je n’ai plus besoin de l'article, il y a maintenant une notice de Wiki où cette échelle est bien exposée. De même une chronologie des journaux de Michel Ciry, que l’on trouve maintenant et plus complète dans Wiki. Mais il m’a beaucoup intéressé de revoir, de relire par endroits ces archives. Que de trésors concentrés là, qui risquent hélas de filer directo à la déchette le jour où je vais moi-même disparaître (il faut bien y songer, hein). Une grande surprise a été de redécouvrir, car je l’avais totalement oublié, qu’après avoir correspondu quelque temps avec l’ethnologue Jacques Lizot quand j’étais ado au début des années soixante-dix, j’avais de nouveau échangé quelques lettres avec lui vers la fin des années quatre-vingt. Il avait toujours la même boite postale à Caracas. Je lui avais alors demandé ce qu’il pensait de livres que j’avais étudiés entre temps, comme le roman Maíra, de Darcy Ribeiro («Je n’ai pas lu Darcy Ribeiro. Je dois dire que j’ai un très mauvais souvenir de lui. C’est un homme très antipathique.») ou l’étude de Betty J Meggers, Amazonia, a ilusão de um paraíso («J’ai lu en anglais le livre de Betty J Meggers. Je l’aime beaucoup, bien que certains points de vue auraient besoin d’être plus nuancés.»). Ah, Meggers, il faudra un jour que j'en parle ici...
lundi 19 août 2024
paradoxe
samedi 17 août 2024
Nomic
Les commentaires sur mes œuvres sont si rares, que c’est pour moi un sujet d’étonnement, quand il en paraît. Ainsi voilà quinze jours le blogueur Nomic, homme de lettres et biologiste, a chroniqué dans une de ses pages le recueil de mon Journal documentaire de 2002 à 2007, que j’avais fait imprimer à l’époque. Je lui suis très reconnaissant de son attention. Après diverses considérations, il conclut son article sur une interrogation : «Et il faudra que lui demande, à Philippe Billé : que fait-il, exactement, dans ses bois, à part récolter du bois mort et jouir du complexe faune-flore ? J'ai cru comprendre qu'il entretenait ces bois : comment donc ? Comment, et pourquoi, entretenir un petit bois, en tant que particulier ? Quelles actions surpassent l'inaction ? » Il est revenu sur le sujet dans un courrier personnel : « ... Je crois avoir lu un passage où vous mentionnez "nettoyer" un prunellier en enlevant une liane qui l'envahissait. Mais pourquoi ? Quel besoin d'entretenir un prunellier dans un bois ? Qu'entendez-vous par "entretien" du bois, si ce n'est récupération du bois à des fins humainement pratiques ? » Ces questions m’ont mis dans l’embarras parce qu’elles m’intéressent beaucoup et que je ne crois pas pouvoir y répondre simplement. A vrai dire j’ai déjà dû les aborder souvent dans mon journal, depuis bientôt trente ans que j’ai des bois et que je les fréquente. J’ai retrouvé deux ou trois passages pour éclairer ce lecteur, mais à défaut de pouvoir tous les rechercher présentement, j’essaierai d’apporter quelques précisions. Je m’intéresse à la nature et la respecte mais je ne l’adore pas et ne me sens pas tenu de la laisser intacte, j’aime autant lui apporter quelques réglages, du moins dans les espaces très limités qui sont sous ma responsabilité. Si je possédais de grands domaines, je ne pourrais guère les contrôler. Au contraire, n’ayant que de modestes parcelles, puisque la surface totale de mes cinq bois n’atteint pas un hectare et demi, il est plus facile de les gérer. A vrai dire mon premier souci a été tout simplement de pouvoir y mettre les pieds, car au départ les terrains étaient si encombrés de broussaille, de lianes de ronce et de troène, de branches tombées etc, que je ne pouvais accéder qu’à 10 ou 20 pour cent de la surface. Suivant l’enseignement du marquis de Girardin, selon qui le premier soin et souvent le seul nécessaire, pour aménager un paysage, consiste à y tracer des chemins, j’ai d’abord frayé au moins des passages, des layons. Ils se maintiennent assez bien dans les parties les plus ombreuses, et demandent plus d'entretien dans les parties claires. Un de mes premiers buts est de pouvoir circuler dans ces terrains sans avoir à me frotter aux feuillages. J’ai pratiqué dans chaque parcelle au minimum un sentier de ronde, qui en fait le tour, puis des sentiers de traverse. J’ai parfois songé me fixer pour but de transformer ces bois en parcs, c’est à dire en espaces boisés mais totalement dépourvus de végétation basse entre les arbres. J’y ai renoncé car cela demanderait trop d’efforts et ne serait pas très utile. Je me contente donc d’une humanisation modérée de l’espace, et je laisse volontiers la sauvagerie prospérer par endroits (elle n’a pas besoin d’aide). En découvrant les bois je me suis pris de sympathie pour les arbres, plus que pour le reste de la végétation. Y compris les petits arbres, les espèces de mort-bois, qui n’intéressent pas les ruraux. C’est pourquoi je les surveille et les soigne au besoin, je les débarrasse des branches cassées, croisées, ou mal placées, etc. Et en effet, après avoir vu au fil des ans des spécimens de petites espèces (prunellier, aubépine, sureau, fusain, cornouiller...) ployer d’abord, puis s’écrouler complètement sous le poids du lierre envahissant, il m’arrive de prendre le temps de délivrer tel ou tel sujet. Encore n’est-ce là qu’un exemple...


