Il y a quelques semaines de cela, j’ai eu l’occasion de lire en diagonale un des derniers livres parus d’Albert Caraco, son Supplément à la Psychopathia sexualis, publié d’abord en 1983 par L’Age d’Homme et réédité en 2014. Le titre se réfère à celui du manuel de pathologie sexuelle Psychopathia sexualis, du psychiatre germano-autrichien Krafft-Ebing (1886). Au vu de l’intitulé austère et connaissant par ailleurs le caractère généralement peu enjoué de l’auteur, je m’attendais à trouver là quelque grave théorie, or j’ai découvert que c’est pour l’essentiel une œuvre humoristique. Elle est constituée de 211 paragraphes numérotés, consacrés à des cas de bizarrerie sexuelle réels ou inventés. Ces paragraphes commençent tous par «Un tel …» (fait ceci ou cela), avec quelques variations comme la série commençant par «On nous signale l’existence d’une société secrète…» Ils sont répartis en une quarantaine de chapitres thématiques et peuvent être lus dans n’importe quel ordre, ce qui ajoute à la légèreté de l’ouvrage. Je me dis que derrière cette fantaisie se tient l’idée de Caraco que le libertinage, auquel lui-même était peu enclin, vaut mieux que la sexualité normale, responsable de la surpopulation. Mais en tout cas voilà un petit livre assez drôle, pour qui veut s'amuser.
Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
jeudi 5 août 2021
mercredi 4 août 2021
préjugés
Les préjugés favorables sont plus sympathiques, mais pas moins erronés que les préjugés défavorables.
mardi 3 août 2021
retirement
Un mail de ma principale Caisse de Retraite, la Carsat Centre Ouest, m’informe que la pension mensuelle que je vais toucher à partir de septembre s’élèvera à 278,38 euros brut, soit 250 euros net. Bon. D’un naturel optimiste, je me dis que c’est toujours mieux que si je devais n’en toucher que 249. Mais je dois avouer que malgré mes habitudes frugales, cela risque de faire juste. A cette somme devrait s’ajouter la centaine d’euros qui me sont dus pour avoir obtenu le statut de fonctionnaire lors de mes dernières années de service, et les éventuels compléments des caisses complémentaires, si elles jugent que j’en mérite. Combien cela fera-t-il au total, je n’en ai qu’une vague idée, et d’après mes recherches il n’y a personne à la surface de la Terre qui sache le dire. On verra bien. Sans doute pas lourd. Tout cela n’a rien de bien surprenant, n’ayant jamais été un bourreau de travail salarié, je suis rétribué en conséquence. Une jeunesse oiseuse produit une vieillesse nécessiteuse, comme disait Oyhenart. En attendant, sur quoi compter? J’aimerais mieux ne pas toucher à la petite fortune personnelle que j'ai amassée au cours de ma vie d'aventures, mais il va sans doute falloir que j’y pioche. Il me faudrait d’autres ressources, mais lesquelles ? Ne me sentant guère de talent pour le proxénétisme, le brigandage ou le poker, il reste mes trafics habituels, vendre quand je le peux mes livres d’occasion et mes œuvres d’art low cost, jouer au vide-grenier, tenter de monnayer des travaux d’écriture... En bref, selon notre coutume, nous allons continuer de naviguer à vue…
mercredi 28 juillet 2021
brelan
Je traduis ce brelan de tweets, de l’hérétique irlandais Keith Woods :
«La croyance de gauche, que les coopératives seraient une sorte d’arme magique contre le capitalisme, ne me convainc pas beaucoup. La plupart des employés n’ont aucune envie de gérer l’entreprise pour laquelle ils travaillent, ils veulent juste faire leurs heures pour un salaire décent.
J’ai fait quelques boulots merdiques mais n’ai jamais souhaité ajouter aux corvées pour lesquelles j’étais payé, la peine supplémentaire d’avoir à gérer l’entreprise au quotidien. Je ne me sentais pas plus aliéné par mon travail, du fait que je n’avais pas à décider de quelle couleur on peignait les murs.
Sans compter qu’à mon avis ces boites auraient vite fait faillite et que je me serais retrouvé au chômage, si tous mes collègues avaient eu leur mot à dire pour chaque décision.»
lundi 26 juillet 2021
best-sellers
vendredi 23 juillet 2021
retirada
Il paraît que les Espagnols, pour quelque raison, nomment la retraite jubilación. Je ne sais trop ce qu’ils entendent par là mais en ce qui me concerne, je ne jubile pas beaucoup. Mon impression est plutôt celle de la retirada et de l’exil. Un ami m’a confié que son père avait passé son premier mois de retraite à dormir et à jouer au Solitaire. J’envie presque une telle réaction. Pour l’instant je ne profite guère de ces grandes vacances définitives, parce que d’une part un joli peloton de corvées se conjuguent ces temps-ci pour me bouffer l’air, et que d’autre part je ne peux me défaire du sentiment que la partie est finie et que j’en suis aux prolongations, sans garantie sur leur durée. Mais enfin nous allons tâcher de mener notre barque jusqu’où nous pourrons.
mercredi 7 juillet 2021
Apostilles
Ces derniers temps j’ai lu très lentement, genre une double page par jour, un recueil de poésies que je m’étais aventuré à acheter, les Apostilles de Gaël Guillarme, honoré du Prix des Trouvères 2021, Grand Prix de la Ville du Touquet. J’avais eu vent de cette nouveauté des éditions Henry parce que je lis à l’occasion les communiqués de l’auteur sur un réseau social. Une vertu de cet ouvrage est l’adéquation du titre au contenu, car la centaine de poèmes qu’il contient sont tous intitulés Apostille à ceci ou à cela. Une vertu supplémentaire est que ces Apostilles sont présentées dans l’ordre alphabétique de leur sujet (Apostille à l’abandon, à l’absence, etc, jusqu’à l’Apostille à la vieillesse), à l’exception des douze Apostilles aux mois de l’année, placées dans l’ordre chronologique. Ce sont là des poèmes brefs, il y en a entre un et trois par page. La plupart sont en vers libres, mais l’auteur s’est plu à en composer certains selon une forme précise : texte dessiné en triangle (Apostille à la source), vers rythmés et rimés (Apostille à l’insouciance), bloc de douze alexandrins (Apostille à l’unité)… Le mot Apostille désigne une inscription marginale, je le prends ici au sens d’évocation, une évocation esquissée en quelques phrases, en quelques touches plus ou moins transparentes, plus ou moins énigmatiques, parfois éblouissantes : «Eaux vives qui paraissez moudre le froment de la lumière…» (Apostille à l’inconstance).

