lundi 30 décembre 2024

Gougleux

    Non seulement Bigleux Brother est persuadé que je suis parti m’installer à Libourne, mais il est de nouveau convaincu que Bob Dylan m’intéresse. Après m’avoir fichu la paix quelques mois à son propos, Google repasse à l’attaque et m’assène chaque jour deux nouveaux articles sur le sujet, dont je n’ai rien à foutre.

dimanche 29 décembre 2024

Frenk

    Mariana Frenk était née Marianne Freund en 1898 à Hambourg, dans une famille juive originaire de Bohême. Elle mourut à Mexico en 2004, à l’âge de 106 ans révolus. Dès son enfance elle étudia les langues, principalement l’espagnol mais aussi le français et le portugais, et la littérature. Elle devint Marianne Cohn en épousant en 1921 un médecin dont elle eut deux enfants, un fils en 1923 et une fille en 1925. Les époux décidèrent en 1929 de changer leur nom de famille en Frenk, et l’année suivante émigrèrent au Mexique, où ils se fixèrent définitivement et dont ils prirent la nationalité. Marianne hispanisa alors son prénom en Mariana. Au cours de sa longue carrière elle occupa divers emplois, dont des postes dans l’enseignement, et fut traductrice. Elle traduisit notamment les œuvres de Juan Rulfo en allemand, et les textes du critique et historien d’art Paul Westheim en espagnol. En 1959 elle épousa cet homme en secondes noces et signa dès lors Mariana Frenk-Westheim. Elle est l’auteur d’un livre intitulé Y mil aventuras, dans lequel elle a réuni tous les petits textes de création qu’elle avait écrits au cours de sa vie : aphorismes, notes et réflexions diverses, petits dialogues et contes, récits de rêves, souvenirs, etc. Cet ouvrage eut trois éditions de son vivant, la première chez Joaquín Mortiz en 1992, les suivantes, augmentées, à l’Universidad Autónoma Metropolitana en 1997 et chez Siglo XXI en 2001. Une édition posthume, plus complète encore, a paru en 2013 au Fondo de Cultura Económica sous le titre Aforismos, cuentos y otras aventuras. Je viens de parcourir cette dernière édition, très soigneusement préparée par une certaine Esther Janowitz et par la fille de Mariana, Margit Frenk, elle-même philologue, folkloriste et traductrice, et bien partie pour devenir centenaire comme sa mère. Dans ce recueil les 524 courts textes sont tous numérotés, les aphorismes venant en premier (numéros 1 à 385). J’ai le plaisir de publier dans ma Lettre documentaire n° 524 (quelle drôle de coïncidence numérique) les dix-huit aphorismes que j’ai le mieux aimés, certains pour leur noirceur cioranesque (123) ou leur frivolité inattendue (215), les autres pour les divers charmes que je leur ai trouvés. Je leur ai adjoint le bizarre conte minuscule Brévissime histoire d’amour (437), qui est parait-il la dernière chose que Mariana Frenk ait écrite.

Ld 524

Lettre documentaire n° 524.

DIX-HUIT APHORISMES et un mini-conte de Mariana Frenk


choisis dans le recueil de ses Aforismos, cuentos y otras aventuras (2013) et traduits en français par Philippe Billé


33. Le suicide est un acte lâche dont l’exécution requiert un grand courage.


43. Tard dans ma vie j’ai appris que les voisins, du simple fait d’être nos voisins, ne sont pas tous dignes de notre respect et de notre sympathie.


45. Une personne est honorable ou ne l’est pas. Mais dans la bassesse, il y a des degrés.


50. Le fait que tu te saches médiocre me convainc que tu ne l’es pas tant que ça.


51. Après l’effort que requiert la création d’un génie, la nature se repose et met au monde une ribambelle de médiocres.


77. L’élégance n’est pas mon idéal, dit l’hippopotame. 


79. (Pour une amie.) Comme tu serais belle, si tu ne le savais pas. 


82. Question d’actualité. Qui est le plus coupable : celui qui a inventé les armes chimiques, biologiques, nucléaires, etc, celui qui gagne de l’argent en les produisant, ou celui qui les utilise ?

 

91. C’est une consolation, de penser que les mères qui s’y connaissent en éducation des enfants ne s’y prennent pas plus mal que celles qui n’y connaissent rien. 


97. Combien tu y perds, si tu ne fais que vivre ta vie, sans la penser ! Combien tu y perds, si tu ne fais que penser ta vie, sans la vivre !


102. L’art de vivre, comme tous les arts, a sa technique, laquelle, comme n’importe quelle technique, peut s’apprendre. Le reste est talent. Tu nais avec, ou sans.


104. Tu te plains d’avoir semé toute ta vie, et que la récolte soit insignifiante. Comprends que les semailles sont une partie – une partie importante – de la récolte.


119. Dommage qu’il n’y ait pas qu’une seule façon de mourir, comme il n’y en a qu’une de naitre. Ce serait un apaisement pour notre imagination.


123. Malédiction – ou bénédiction ? – de l’humanité. Nous, hommes et femmes, tous condamnés à mort, nous procréons et nous mettons au monde de purs condamnés à mort.


215. Un ami dans le lit vaut mieux que dix maris en voyage. 


220. C’est vrai, l’art est un luxe, mais un luxe de première nécessité. 


282. L’homme est le résultat de ce qu’il est et de ce qui lui arrive, mais une part de ce qui lui arrive lui arrive parce qu’il est comme il est.


294. La Grèce, telle qu’elle apparaît dans le livre d’Untel, ressemble plus à la Patagonie vue par le même auteur qu’à la Grèce décrite par Telautre. Les pays ne sont pas aussi différents que les yeux qui les voient.


437. Brévissime histoire d’amour. Je marchais dans la rue. L’homme qui se tenait immobile au coin du trottoir me dit : «Chère Mademoiselle, Je suis resté à ce coin de rue sans interruption pendant sept semaines et trois jours, avec leurs nuits et avec toutes leurs minutes et secondes. Mais te voilà enfin. Allons-nous-en.» Je lui donnai la main et nous partîmes.

 

(Textes originaux : 33 : El suicidio es un acto cobarde para cuya ejecución se requiere gran valor. 43 : Tarde en la vida aprendí que no todos los vecinos, por el solo hecho de serlo, son dignos de nuestro respeto y de nuestra simpatía. 45 : Una persona es honrada o no lo es. En la vileza hay grados. 50 : El que sepas que eres mediocre me convence de que no lo eres tanto. 51 : Después del esfuerzo que supone crear a un genio, la naturaleza descansa, dando luz a muchos mediocres. 77 : La elegancia no es mi ideal, dijo el hipopótamo. 79 : (Para una amiga.) Qué bella serías si no lo supieras. 82 : Pregunta de actualidad. Quién es más culpable : el que inventó las armas químicas, biológicas, nucleares, etc, el que gana dinero con su fabricación o el que las utiliza ? 91 : Es un consuelo pensar que las madres que saben mucho de como educar a los hijos no lo hacen peor que las que no tienen idea. 97 : Cuánto te pierdes si sólo vives la vida, sin pensarla ! Cuánto te pierdes si sólo piensas la vida, sin vivirla ! 102 : El arte de vivir, como todas las artes, tiene su técnica, la cual, como cualquier técnica, se puede aprender. Lo demás es talento. Naces – o no – con él. 104 : Te quejas de haber sembrado toda tu vida y de que la cosecha sea raquítica. Comprende que la siembra es parte – una parte importante – de la cosecha. 119 : Lástima que no haya una sola manera de morir, como la hay para nacer. Sería un descanso para nuestra fantasia. 123 : Maldición – o bendición ? – de la humanidad. Nosotros, hombres y mujeres, todos condenados a muerte, procreamos y damos a luz a puros condenados a muerte. 215 : Un amigo en la cama es mejor que diez maridos de viaje. 220 : Es cierto, el arte es un lujo, pero un lujo de primera necesidad. 282 : El hombre es el resultado de lo que es y de lo que le sucede, pero parte de lo que le sucede le sucede porque es como es. 294 : Grecia, tal como aparece en el libro de Fulano, se parece más a la Patagonia vista por el mismo autor que a la Grecia descrita por Zutano. No son tan diferentes los países como los ojos que los ven. 437 : Brevísima historia de amor. Andaba yo por la calle. El hombre parado en la esquina me dijo : «Estimada señorita, he estado aquí, en esta esquina, sin interrupción, durante siete semanas y tres días con sus noches y con todos sus minutos y segundos. Pero ya llegaste. Vámonos.» Le di la mano y nos fuimos.)

samedi 28 décembre 2024

aforismos

    Je n’ai pas réussi non plus à m’intéresser aux Aforismos extraídos (extraits de ses poèmes) de Luis Rosales (Sevilla : Ediciones de la Isla de Siltolá, 2018), ni aux Aforismos e desaforismos de Aparício, de José Rodrigues Miguéis (Lisboa : Editorial Estampa, 1996). En revanche j’ai bien aimé certains de ceux de Mariana Frenk, dont je parlerai prochainement.

vendredi 27 décembre 2024

houx

Dans la banlieue de Bordeaux, au sud de la commune de Canéjan, au bord de la route de Bayonne, se trouve un bien nommé Lac Vert, créé il y a une trentaine d’années dans une carrière désaffectée. On peut y pratiquer la pêche, mais l’activité principale des visiteurs consiste à faire le tour du lac en marchant ou en courant, ce qui représente un circuit d’environ un kilomètre. On peut aussi emprunter un sentier forestier rectiligne partant du nord du lac en direction du nord-ouest. Au bout de deux ou trois cents mètres, ce sentier débouche sur une petite route bitumée, dite chemin de Camparian, menant à droite vers le bourg de Canéjan, à gauche vers Cestas. Lorsqu’on parcourt ce sentier forestier, on peut constater que les arbres poussant de part et d’autre sont principalement des houx. On traverse là une houssaie, un holly wood. Quand on va du lac vers le chemin de Camparian, on trouve à main droite, une vingtaine de mètres avant d’arriver à la route, un pied de houx d’une taille exceptionnelle. A vue d’œil il doit faire entre dix et quinze mètres de haut et l’on peut voir que la cime semble morte. Mais il étonne surtout par sa corpulence. J’ai mesuré le tronc à hauteur d’homme : la circonférence est de 2,20 mètres, ce qui donne un diamètre d’environ 70 centimètres, mensurations hors du commun pour cette espèce (Ilex aquifolium). J’indiquerai ici un autre itinéraire, si l’on veut rendre visite à cet arbre : partir de Canéjan vers Cestas par la petite route dite chemin de Camparian, se garer lorsqu’on trouve sur la droite la maison de repos l’Ajoncière, peu après s’ouvre sur la gauche le sentier forestier, où l’on trouvera à main gauche, à une vingtaine de mètres, ledit pied de houx. J’avais découvert ce géant il y a vingt ou vingt-cinq ans, lors d’une de mes premières promenades dans ces parages, où m’avait guidé mon coach. A l’époque j’ai voulu signaler ce spécimen à l’association ARBRES (acronyme d’Arbres Remarquables : Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde). Cette association créée dans les années 90 repère et recense des arbres de France remarquables par leur grand âge, leur grande taille ou quelque autre qualité notable. Avec l’accord du propriétaire, elle attribue à l’arbre un label sans valeur juridique, mais qui contribue à la protection du spécimen en lui assurant un minimum de notoriété. Il me semble qu’alors, c’était avant l’usage du courrier électronique, on m’a communiqué l’adresse d’un ou deux correspondants départementaux, à qui j’ai écrit mais dont je n’ai pas eu de réponse, et je n’ai pas insisté. Depuis, évoquant parfois le cas en discutant avec des amateurs d’arbres, j’ai régulièrement songé recontacter l’asso, et je m’y suis enfin décidé au mois d’avril de cette année. On a répondu laconiquement à mon mail en m’envoyant un formulaire à remplir. C’est à cette occasion que j’ai pris la peine de mesurer l’épaisseur du tronc. En mai, un responsable m’a téléphoné de Bretagne, très aimable, jugeant le cas digne de labellisation. Restait à savoir ce qu’en dirait le propriétaire, en l’occurrence la commune, l’arbre se trouvant dans l’espace public. Elle réagit très froidement. Après quelques mails et coups de fil, on me fit savoir en juin que les autorités locales avaient connaissance de l'arbre, avaient pris des dispositions pour le protéger, et ne souhaitaient pas traiter avec l’association, à laquelle je transmis ce piètre résultat. Mon correspondant de Bretagne avoua redouter que ce houx ne reste un «arbre remarquable caché». Peu après, un mail du siège national m’informait que l’on ne s’intéressait plus à ce candidat. Eh bien, j’aurai entrepris cette démarche en vain. L’essentiel est que cet arbre ne semble pas menacé. Et puis, cela m’a donné la matière pour une note de journal...


jeudi 26 décembre 2024

superstition

    Une nouvelle superstition anti-raciste, qui gagne du terrain, consiste à estimer que le racisme n’est pas seulement l’hostilité ou le mépris envers les gens de telle race, mais aussi le simple fait de créditer le concept de race, de croire qu’il existe en effet quelque chose comme différentes races humaines. Cela pose un sérieux problème de raisonnement, car si les races n’existent pas, on se demande à quoi rime la notion de racisme. Mais certains se contentent de cette logique boiteuse, voire s’y complaisent. Ce progrès de la jobardise intellectuelle laisse prévoir pour bientôt des démonstrations du genre : Il était antisémite, il croyait que les Juifs existaient...