samedi 31 janvier 2026

précisions

    Un lecteur mécontent m’accable de reproches et de sarcasmes, à propos de ma note du 24 janvier sur une vidéo d’activiste non binaire. J’apporterai ici quelques précisions sur le sujet, si cela peut intéresser. Tout d’abord j’admets que le choix de cette vidéo était discutable, car il en existe de bien plus virulentes. Dans celle-ci l’androgyne est plus ridicule que méchant, mais je l’ai choisie parce que ce qui m’importait surtout était la remontrance qu’une amie avait formulée en commentaire : Tu ne peux pas tout simplement fermer les yeux au lieu de nous infliger ça?! Cette déclaration m’importait à la fois en raison des rapports de tension personnelle qui existaient entre cette amie et moi, et qui ne regardent que nous, et en raison de la valeur idéologique de cette exhortation à fermer les yeux, typique d’un certain état d’esprit répandu aujourd’hui, à savoir la cécité volontaire, qui est la plus absolue : il importe de ne surtout pas voir ce qui pourtant crève les yeux, dans certains domaines. Je ferai remarquer d’ailleurs que mon interlocutrice semblait elle aussi trouver la vidéo ridicule, elle ne me reprochait pas de la désapprouver, elle me reprochait simplement mon impudeur à la montrer. Mon lecteur mécontent, et indélicat, m’accuse d’être « obsédé par ceux qui sont obsédés par les pronoms ». Je ne vois pas bien sur quoi il se base pour m’attribuer une telle obsession, alors que c’est un sujet que je n’aborde pratiquement jamais. Le reproche tombe d’autant plus mal qu’il arrive quelques semaines seulement après que j’eus publié dans ce même journal un vibrant éloge de Noël Santon, garçonne notoire, dont l’ambiguïté ne m’a pas empêché d’apprécier la qualité de ses écrits, que j’ai découverts et étudiés avec joie. Mon point de vue sur les androgynes est le même que sur les invertis : qu’on les laisse vivre et qu’on leur foute la paix, mais que de grâce eux aussi foutent la paix au reste du monde. Si un gorille bien velu veut se sentir ou se dire femme simplement parce qu’il a mis une jupe et des bas, ma foi, si ça l’amuse, grand bien lui fasse, mais qu’il ne me demande pas de le croire sur parole. C’est avec ce genre d’entourloupe que des fanatiques prétendent qu’il existe des hommes à vagin et des femmes à pénis. Le bât blesse au moment où ces militants réclament, voire obtiennent, sur simple déclaration de changement de sexe, le droit, s’ils doivent être incarcérés, de l’être dans une prison pour femmes, ou le droit de participer aux compétitions sportives féminines, qu’ils remportent systématiquement. Enfin mon lecteur mécontent élabore une théorie complotiste fumeuse, selon laquelle les vilains fascistes très très méchants qui dominent le monde font exprès de diffuser ces vidéos d’affolés aux cheveux mauves, afin que les demeurés comme moi les détestent, et que le monde soit en proie à la discorde. Bon, nous en resterons là pour aujourd’hui, il faut que j’aille prendre l’air.

vendredi 30 janvier 2026

verbier

    Mes néomots de ces derniers temps : inconnudité, survivoter, étableau.

jeudi 29 janvier 2026

Louis S

    Souvenirs de Louis S. Longtemps j’ai ignoré qu’il se prénommait Louis. Pour moi, c’était Monsieur S. Il habitait avec sa famille derrière leur étable, laquelle donnait sur la rue, presque en face de chez mes grands-parents. Enfant, on m’y a envoyé parfois chercher le lait. J’aimais beaucoup l’ambiance des vaches, l’odeur énorme, les hirondelles nichant là. Un jour que nous étions en vacances dans ce village, Monsieur S, Dieu sait où, a passé sa main dans le grain qu’une machine moulait, et s’est coupé deux doigts. Mon père l’a conduit d’urgence à l’hôpital. Je les accompagnais. Je ne m’en souviens guère mais j’ai retenu la leçon, que même quelqu’un d’avisé comme lui pouvait commettre une lourde erreur. C’était un petit homme sec au visage buriné, au regard vif. J’ai refait sa connaissance quand je me suis installé au village, après des années d’absence. Il me tutoyait, m’ayant connu enfant, et m’a proposé d’en faire de même avec lui, mais je n’ai jamais pu m’y résoudre. Dans les premiers temps il m’a donné des informations de base : que le supermarché le plus proche était l’Inter de Beauvoir, à treize kilomètres, et que sur les hauteurs au nord du village se trouvait la carrière, c’est à dire le dépotoir, il n’y avait pas encore de déchetterie. Il m’a aussi parlé de la grange dite du pendu, isolée au milieu des champs. Je crois que c’est lui qui se chargeait de monter de temps en temps sur le toit de chez ma grand-mère pour remettre les tuiles en place. On a causé de ce problème des fuites quand j’ai repris la maison, avant que je fasse refaire la toiture. Il essayait de minimiser en plaisantant : Ah, tant qu’il pleut pas dans le lit… Il m’a donné quelques bons conseils, comme de me servir d’un tournevis pour enlever la peinture écaillée des vieux volets, ou de couper toutes les tiges sauf une, d’un prunier qui poussait en bouquet : Tu verras comme il va profiter, m’avait-il dit, et ce fut bien le cas. Il disait D’autre fois, pour Autrefois, et au début j’ai cru que c’était par erreur, puis j’ai entendu un autre gars du coin dire de même, puis j’ai trouvé l’expression telle quelle dans un texte du XVIIIe siècle, signe que c’était une tournure ancienne. Une fois, à propos des misères subies par je ne sais plus quel animal, il m’avait dit en souriant : O l’est des bêtes comme les chrétiens… Qu'était-ce à dire ? Qu’il en est des bêtes comme des chrétiens, c’est à dire des humains, tous susceptibles de souffrir ? Il a dû me prendre pour un rigolo, la fois où je lui ai naïvement offert des pommes de mon jardin, qui n’étaient pas mûres. Ou bien des petits oignons à planter, dont j’avais acheté un stock excessif. Il les a regardés d’un air perplexe, puis a dit : Eh ben, on va les mett dans la terre. Quand il a abandonné le chauffage au bois, il m’a donné tous les fagots qui lui restaient. Ils contenaient de tout, même des petites tiges de lierre sec, c’était une leçon d’économie. Quand il a pris sa retraite, il était parfois désoeuvré, je le trouvais assis dans sa cuisine. Il a vendu son étable et devait faire le tour par l’impasse pour aller au courrier. Je pensais peut-être à tort que ça devait l’ennuyer, et qu’à sa place j’aurais préféré conserver l’étable juste pour avoir le plaisir de couper à travers elle pour aller dans la rue. A la fin c’est là que je le voyais le plus souvent, quand il venait aux boites à lettres, en face de ma fenêtre de cuisine. Il marchait de plus en plus difficilement. Une fois je m’étais trouvé le suivre en voiture sur la route de Loulay pour aller au marché du vendredi matin, et je voyais la sienne zigzaguer. Puis il a cessé de conduire. Quand il m’arrivait de lui poser machinalement la question qu’on ne devrait pas trop poser aux vieux, Comment allez-vous ? il répondait : On s’en va du mauvais côté… Je ne sais plus quand il est mort, si j’habitais déjà là en permanence, mais j’ai pu aller à son enterrement. On ne se connaissait pas plus que ça, on n’était pas très liés, mais sa mort m’a terriblement peiné. Il était de Saint-Martial, je pense à lui chaque fois que j’aperçois au loin l’église de Saint-Martial éclairée, les soirs d’été.

mardi 27 janvier 2026

révolution

    En relisant un peu Gomez Davila dernièrement, je suis retombé sur cette pensée brévissime, je traduis : Inutile, comme une révolution (dans ses Escolios II, 1977, p 126). Et sur cette autre, qui en est un développement : Les progrès sociaux ne proviennent pas de fortes secousses, mais de légères poussées (ibidem, p 357). J’ai retrouvé aussi une déclaration de Marguerite Yourcenar sur le même thème, dans ses entretiens avec Matthieu Galey : Je n’idolâtre pas les révolutions … Ce sont les réformes et non les révolutions, qui améliorent le monde (Les yeux ouverts, 1980). Je suis assez d’accord avec cette prudence réformiste. Les révolutions n’ont si souvent été, comme le pavé de l’ours dans la fable de La Fontaine, que des remèdes pires que le mal.

lundi 26 janvier 2026

Ramuz

    Dans le recueil d’Ecrits sur la nature, de C F Ramuz (Editions La Guêpine, Loches, 2021) je remarque un passage de son Journal, curieusement daté de 4-31 décembre 1899 (p 20-21) où l’on peut lire ce développement. L’auteur évoque d’abord les « extases multipliées » des poètes devant la nature, qu’ils voient de loin « bonne autant que belle, rose, ingénue et gentille … un merveilleux spectacle. » Je constate aujourd’hui que ce point de vue est largement celui du grand public et non seulement des poètes. Ramuz observe ensuite que les rapports entre les êtres naturels ne sont pas si jolis que ça, vus de plus près : « la vie de l’un s’entretient de la vie de l’autre », c’est l’entre-dévoration générale. Puis il en donne quelques exemples, avant d’en tirer cette drôle de conclusion : « Admirez la lutte immense des êtres et des choses … Et surtout pas de vaine pitié pour les vaincus. Leur sort est de se soumettre et de souffrir sans se plaindre … C’est leur admirable grandeur. Que l’homme les prenne pour exemple… » Là, j’ai du mal à le suivre.

dimanche 25 janvier 2026

getaway

    L’autre soir j’ai regardé The getaway (Guet-apens) de Sam Peckinpah (1972) qui était disponible sur Youtube en version originale. Je ne maitrise pas assez bien l’anglais parlé pour comprendre tous les dialogues mais j’avais lu un résumé dans Wiki. J’avais déjà vu ce film dans ma jeunesse mais n’en gardais aucun souvenir. J’ai trouvé cela distrayant mais pas terrible. Steve McQueen fait toujours plaisir à voir. Ali MacGraw est jolie fille mais pas très crédible dans ce rôle. Al Lettieri par contre a bien la gueule de brute de l’emploi. Ce genre d’histoire est troublant parce qu’on a toujours spontanément envie ou besoin de soutenir les protagonistes, en l’occurrence le couple McQueen-MacGraw, or ce ne sont pas des personnages reluisants. Ce sont même plutôt des ordures, comme le suggère pesamment la scène où ils sont emportés dans un camion-benne et jetés dans une décharge. Ce qui m’a peut-être le plus fasciné, c’était de revoir ce monde pas si lointain mais déjà si différent, où l’on vivait encore sans ordi, sans smartphone, où l’on conduisait sans ceinture…

samedi 24 janvier 2026

voir

    Un beau jour, il y a de ça un peu plus d’un an, je me suis amusé à retransmettre sur un réseau, comme il m’arrive parfois, une de ces petites vidéos militantes qui circulent sur le net. On y voyait une espèce d’être interlope, dûment fardé, épilé, tressé, tatoué, teinté et percé, expliquer en roulant des yeux les règles qu’il ou elle avait inventées pour permettre de s’adresser à une personne non binaire sans risquer de la mégenrer. Oui, car nous en sommes maintenant au point où il y a dans la population un pourcentage significatif de jobards pour qui c’est là un sujet de préoccupation. Une de mes correspondantes, humaniste mais susceptible, et qui en ce temps-là daignait encore m’adresser la parole, parfois même aimablement, avait été choquée de ce partage et m’avait envoyé cette remontrance : Tu ne peux pas tout simplement fermer les yeux au lieu de nous infliger ça?! Eh bien non, Irena, je ne peux pas, je ne veux pas fermer les yeux et faire comme si je ne voyais pas. Sans doute suis-je resté marqué par les leçons reçues dans ma jeunesse. Celle par exemple des situs, pour qui il fallait, n’est-ce pas, Rendre la honte plus honteuse encore en la livrant à la publicité. Ou celle de Jean-Jacques : J’ai vu les moeurs de mon temps, et j’ai publié ces Lettres…

vendredi 23 janvier 2026

outil

    Lors d’une des deux plantations de haie auxquelles j’ai participé le mois dernier, j’ai côtoyé un homme peu causant, qui s’est avéré être un citoyen allemand. S’appelait-il Thomas ? Il se servait d’un outil comme je n’en avais jamais vu, qui se maniait d’une seule main. Le manche était long d’une quarantaine de centimètres. Le fer avait d’un côté une forme de binette carrée, mais un peu plus longue, moins large et plus épaisse qu’une binette normale. En frappant le sol il s’y enfonçait facilement, et en le retirant vers soi il évacuait la terre, de sorte qu’un trou de plantation propre était plus vite réalisé qu’avec nos petites pelles métalliques. De l’autre côté, le fer aplati et carré servait comme un marteau, commode pour enfoncer les tuteurs. A un moment, j’ai demandé à ce compagnon si son bon instrument était français ou allemand. Ni l’un ni l’autre, m’apprit-il, c’était un outil japonais…
    (PS. Un copain s'est demandé si l'outil décrit n'était pas tout simplement une herminette. Puis une amie a trouvé la référence d'une petite houe japonaise, qui semble en effet correspondre à l'usage.)

jeudi 22 janvier 2026

papaye

    Je n’ai jamais su si c’est pour quelque raison, ou par une drôle de coïncidence, que le mot papaye peut se traduire en portugais par ces deux synonymes : papaia et mamão. Pour comble de bizarrerie, papaia est féminin, mamão masculin…

mercredi 21 janvier 2026

métro

    Ce conseil entendu dans le métro, diffusé par les hauts-parleurs : Attention à la marche en descendant du train. Il était aussi formulé en langues étrangères : Please mind the gap between the train and the platform, Cuidado con el espacio entre el vagón y el andén, etc. J’aimais bien cet exotisme, mais seule la version française donnait un parfait alexandrin.

lundi 19 janvier 2026

second

    Le principe selon lequel il faudrait n’employer le mot « deuxième » que dans une énumération allant au-delà de deux éléments, et « second » lorsque l’énumération s’arrête à deux, n’est qu’une superstition lexicale. L’Académie estime que l’on n’a pas à s’y plier. Je suis du même avis.

dimanche 18 janvier 2026

démence

    Selon Marianne, citant un récent rapport du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), «Malgré la saturation de son système de soins, la France demeure le seul pays au monde à proposer une prise en charge médicale des étrangers malades, assortie d’un titre de séjour. Le motif psychiatrique figure aujourd’hui parmi les arguments les plus fréquemment invoqués pour obtenir un suivi et une régularisation administrative.» Plus que jamais, donc, la France est une terre d’asile psychiatrique.

samedi 17 janvier 2026

vendredi 16 janvier 2026

Texier

Il fut un temps dans ma jeunesse où, quand j’allais rendre visite à ma grand-mère à la Croix-Comtesse, elle me donnait des articles qu’elle avait découpés pour moi dans L’Angérien libre. C’étaient des extraits de l’Inventaire archéologique de l’arrondissement de Saint-Jean d’Angély, par le docteur Jean Texier, qui paraissaient alors en feuilleton dans cet hebdo local. Maintenant revenu habiter au pays, j’entends régulièrement citer cet Inventaire comme un ouvrage de référence sur le patrimoine de la contrée. En me renseignant j’ai appris que Jean Texier (1879-1953) natif de Varaize, était médecin à Saint-Jean d’Angély, qu’il avait eu un cabinet de consultation dans la rue Rose, qu’il avait été en 1923 un des fondateurs de la Société d’archéologie de Saint-Jean, dont il était par la suite devenu le président, qu’il avait aussi eu des responsabilités dans d’autres sociétés savantes, qu’il avait été médecin-chef de l’hôpital et maire-adjoint de la ville, où il s’était occupé notamment des monuments historiques, et qu’il fut propriétaire du château de Dampierre sur Boutonne. Son bon Inventaire n’a été publié qu’après sa mort par l’imprimerie Brisson, en onze fascicules parus de 1963 à 1982, auxquels s’est ajouté en 1995 un douzième, l’Index des noms de famille cités dans l’oeuvre. L’inventaire est doté d’un long sous-titre (Ses monuments, ses vieilles églises, ses anciennes demeures et ceux qui les ont habitées) qui fait penser aux Vieilles maisons, vieux papiers, de G Lenotre. Ces fascicules sont de modestes livrettes, de format à peu près A5, épaisses de 24 à 69 pages, en moyenne une quarantaine. Elles contiennent principalement des descriptions de bâtiments, parfois d’arides généalogies de propriétaires de châteaux. L’ordre de publication est d’abord hiérarchique (St-Jean et son canton parce qu’ils sont au centre du périmètre), ensuite alphabétique (cantons d’Aulnay, Loulay, Matha, St-Hilaire, St-Savinien, Tonnay-Boutonne). Il est difficile d’en avoir une vue d’ensemble, car les catalogues des bibliothèques tantôt ne possèdent pas la série complète, tantôt livrent les notices en désordre. C’est pourquoi j’en ai dressé une Table des matières ordonnée, que je publie ce mois-ci pour ma Lettre documentaire n° 533.
*
Lettre documentaire 533

TABLE DES MATIERES
pour l’ouvrage du docteur Jean Texier (1879-1953)
INVENTAIRE archéologique de l’arrondissement de Saint-Jean d’Angély : 
ses monuments, ses vieilles églises, ses anciennes demeures et ceux qui les ont habitées
publié dans ladite ville par l’Imprimerie Brisson en 12 fascicules, de 1963 à 1995.

- 1. Saint-Jean d’Angély (1963, 24 p).

- 2. Canton de Saint-Jean d’Angély (1) : Antezant, Asnières, La Benâte, Bignay, La Chapelle-Bâton, Courcelles, Les Eglises d’Argenteuil, Fontenet, Landes (1964, 49 p).

- 3. Canton de Saint-Jean d’Angély (2) : Mazeray, Poursay-Garnaud, Saint-Denis du Pin, Saint-Julien de l’Escap, Saint-Pardoult, Ternant, Varaize, La Vergne, Vervant, Voissay (1966, 56 p).

- 4. Canton d’Aulnay (1) : Aulnay, Blanzay, Cherbonnières, Chives, Contré (1968, 40 p).

- 5. Canton d’Aulnay (2) : Dampierre sur Boutonne, Les Eduts, Fontaine-Chalendray, Le Gicq, Loiré, Néré, Nuaillé, Paillé, Romazières, Saint-Georges de Longuepierre, Saint-Mandé, Saint-Martin de Juillers, Saint-Pierre de Juillers, Saleignes, Salles, Seigné, La Villedieu, Villemorin, Villers-Couture, Vinax (1970, 56 p).

- 6. Canton de Loulay : Bernay, Coivert, Courant, Croix-Comtesse, Doeuil, La Jarrie-Audouin, Loulay, Lozay, Migré, Saint-Félix, Saint-Martial, Saint-Martin de la Coudre, Saint-Pierre de l’Isle, Saint-Séverin, Vergné, Villeneuve la Comtesse, Villenouvelle (1972, 49 p).

- 7. Canton de Matha (1) : Bagnizeau, Ballans, Bazauges, Beauvais sur Matha, Blanzac, Bresdon, Brie sous Matha, La Brousse, Courcerac, Cressé, Gibourne, Gourvilette, Haimps, Louzignac, Massac (1975, 36 p).

- 8. Canton de Matha (2) : Matha, Mons, Neuvicq, Prignac, Saint-Ouen, Siecq, Sonnac, Thors, Les Touches de Périgny (1977, 36 p).

- 9. Canton de Saint-Hilaire de Villefranche : Aujac, Aumagne, Authon, Bercloux, Brizambourg, Ebéon, La Frédière, Juicq, Nantillé, Saint-Hilaire de Villefranche, Sainte-Même (1978, 35 p).

- 10. Canton de Saint-Savinien : Agonnay, Annepont, Archingeay, Bords, Champdolent, Coulonges, Fenioux, Grandjean, Les Nouillers, Saint-Savinien, Taillant, Taillebourg (1981, 69 p).

- 11. Canton de Tonnay-Boutonne : Annezay, Chantemerle, Chervettes, Nachamps, Puyrolland, Saint-Laurent la Barrière, Saint-Loup, Tonnay-Boutonne, Torxé (1982, 42 p).

- 12. Index des noms de famille cités (1995, 49 p).

jeudi 15 janvier 2026

Lands

LANDS
Auckland
Birdland
Cumberland
Deutschland
England
Falkland
Groenland
Highland
Ireland
Jutland
Kirkland
Lakeland
Maryland
Newfoundland
Outland
Portland
Queensland
Rutland
Scotland
Thailand
Uhland
Vinland
Wonderland
Yiddishland
Zeeland

(Poème-liste, avec l'aide de Carnif Low).

mercredi 14 janvier 2026

mardi 13 janvier 2026

Davila

    Il est d'usage en Espagne et dans les pays hispaniques, de doter l’individu de deux noms de famille, le nom paternel suivi du maternel. Quand on veut nommer quelqu’un rapidement, on se limite d’ordinaire au premier, le patronyme. Mais il arrive, si ce premier nom est très commun et donc peu distinctif, que l’on préfère se servir du second. Ainsi dit-on Picasso plutôt que Ruiz (pour Pablo Ruiz Picasso), et Lorca plutôt que García (pour Federico García Lorca). Je crois qu’il en sera, ou qu’il en est déjà de même pour Nicolás Gómez Dávila, que l’on appelle plutôt Dávila que Gómez, quand on veut abréger. D’où vient aussi que l’on utilise l’adjectif davilien.

lundi 12 janvier 2026

Paris 3

Le mercredi 8 : il neigeait de plus belle et nous nous promenâmes. A onze heures nous devions visiter la Sainte-Chapelle, beau bâtiment à l’intérieur saturé de bleu, de rouge et de doré. La partie basse est une étonnante grotte obscure. La partie haute est plus aérienne, plus élancée. J’ai aimé les plafonds peints, avec des étoiles. Il y a là une débauche de vitraux, représentant dit-on plus de mille scènes, la plupart de l’Ancien Testament. Je me suis dit que bizarrement les plus haut placés sont en quelque sorte hors de la vue, impossibles à contempler. Sur le trottoir d’en face j’ai reconnu la silhouette d’une fontaine W. Ayant repassé de l’île de la Cité sur la rive droite, nous déjeunâmes à la brasserie le Sarah B, place du Châtelet, de généreuses parts de quiche. Avec du bon vin chaud, car nous étions transis. De là nous avançâmes jusqu’à l’esplanade du Trocadéro, d’où l’on avait une belle vue sur la Tour E, le Champ de M, et Paris couvert de neige. Je ne sais plus qui j’ai entendu dire que la neige embellissait la ville, ne serait-ce qu’en masquant la saleté des rues. Nous avions ensuite rendez-vous à l’Ecole des Arts Joailliers, boulevard Montmartre, pour y voir de 14 h 30 à 15 heures l’exposition de quelques pierres de la collection de Roger Caillois. Les cailloux à Caillois, de toute beauté. Nous flânâmes ensuite sur le boulevard et dans les passages qui s’y ouvrent, Jouffroy, Verdeau, et des Panoramas. Il y a là de beaux objets mais à des prix abusifs : livres, oeuvres d’art, même un magasin de jolies cannes. J’ai remarqué le nom de l’hôtel Ronceray et me suis demandé s’il avait inspiré celui de Marc Ronceraille, auteur fictif supposément né à St-Jean d’Angély. Le soir, notre hôtesse nous régala d’une copieuse raclette à domicile. Nous avions invité mon correspondant Xavier-Gilles N, qui m’offrit son étude Graphzine graphzone. La conversation fut riche en confidences sur nos histoires, nos idées, nos familles. 
    Fidèle à mon destin d’aimant à livres, je m’en étais fait offrir trois en trois jours. Il était temps de quitter Paris, si je ne voulais en repartir avec une bibliothèque. Nous reprîmes le train ce jeudi à midi.

dimanche 11 janvier 2026

Paris 2

Le mardi 6 au matin nous descendîmes d’abord, par des escaliers situés au bout de la rue, jusqu’à l’église Saint-Germain de Charonne. Elle est décorée d’un bel ensemble de vitraux dont un seul, celui représentant le saint patron, porte la signature de l’artiste, P(auline) Peugniez, et la date de 1950. Puis nous prîmes le métro à la Porte de B pour nous rendre au Kremlin-B où je devais, raison du voyage, participer à l’enregistrement d’une émission télévisée d’une heure, consacrée au penseur colombien Nicolás Gómez Dávila. Auparavant nous déjeunâmes, pour ma part d’une planche de charcuterie et de fromage, à la brasserie la Comète, avenue de Fontainebleau, en compagnie de Michaël R, auteur d’une thèse sur l’écrivain et invité principal de l’émission, Pierre-Marie S, son éditeur, et Olivier P, bibliophile davilien. Olivier nous confia que d'après ses investigations, le jeune Dávila, vivant alors avec ses parents à Paris, aurait résidé au 9 rue du Boccador, dans le huitième arrondissement, en 1926, et au 2 rue Greuze, dans le seizième, en 1931. En début d’après-midi nous rejoignîmes au studio l’animateur, Rémi S. Un troisième invité de l’émission, Juan A, n’ayant pu venir, fut remplacé au pied levé par Pierre-Marie S. L’enregistrement, réalisé dans les conditions du direct, se déroula sans incident, mais l’émission ne sera diffusée que dans quelques mois. Ne pouvant guère en juger, je me demande un peu de quoi nous avions l’air, mais il me parait certain que le plus à l’aise d’entre nous était le fringant animateur. Cette mission remplie, je regagnai Paris avec ma camarade. Nous nous rendîmes au sud-est du Père-L pour rencontrer mon correspondant Stéphane G, auteur de trois Lettres documentaires, et son épouse Nellie, qui nous régalèrent eux aussi d’une galette. Il y avait dans la pièce quantité de livres, parmi lesquels je repérai un gisement de Marc-Edouard N et un de Renaud C. Le soir nous rejoignîmes dans un bar du boulevard de Ménilmontant l’ami Carnif L, avec qui nous allâmes dîner dans la crêperie Brocéliande, rue de la Roquette. Carnif m’offrit un recueil d’Ecrits sur la nature, de Ramuz. Le restaurateur, un Bengali basané, n’avait certes pas le type breton mais sa cuisine était potable. Pour moi une crêpe au jambon, une à l’oeuf et une boule de glace au chocolat. Dans les rues la neige commençait à fondre.

samedi 10 janvier 2026

Paris 1

Court séjour dans la capitale.
    Lundi 5, départ en train de Biganos, avec mon aide de camp. A Bordeaux Saint-J, médiocre service : longue attente debout dans la gare glaciale avant qu’enfin des sièges se libèrent dans les salles d’attente bondées, départ avec quarante minutes de retard. Les hauts-parleurs bredouillaient cet alexandrin lourdaud : Nous nous excusons pour la gêne occasionnée. Nous arrivâmes à Paris avec la neige. Elle tombait à gros flocons dans la rue Saint-H, où nous rendîmes notre première visite à ma correspondante Marie-Claude K. Elle nous reçut en compagnie de son mari Jean-P, de l’ami Patrick C, venu tout exprès de Saint-G, et de Quentin V, le plus jeune d’entre nous. Après avoir partagé une galette de saison, nous remontâmes vers le nord, à petits pas prudents, la rue Saint-D enneigée, jusque chez l’ami Bruno R, qui avait préparé un apéritif. Il m’offrit le volumineux volume de mille pages de ses dessins, publié fin 23 par Stéphane B. En fin d’après-midi nous nous rendîmes chez Florence B, qui nous hébergeait devers la place Gambetta, au-delà du cimetière du Père-L. J’ai remarqué sur cette place le duo des deux grosses majuscules jaunes servant d’enseignes, le M du Métro et celui du Macdo. Dans mon esprit ils faisaient écho aux deux petits cahiers à couverture également jaune, que j’ai portés tout le temps sur moi : le Plan de Paris par arrondissement Gibert Jeune, que l’on m’avait prêté, et le carnet où j’avais noté nos déplacements prévus et les itinéraires en métro. Le soir, dîner dans un restaurant thaïlandais du quartier.

samedi 3 janvier 2026

goudron

Quand j’ai commencé à m’occuper de bois, en Dordogne, j’ai acheté un pot de goudron de Norvège, de la marque Pelton. C’est un goudron de pin qui sert à cicatriser les plaies des arbres. Je n’en avais pas grand besoin, trente ans après le pot n’est toujours pas vide. Je pense que je l’ai acheté non seulement pour l’utilité mais aussi parce que cette belle appellation, goudron de Norvège, portait à la rêverie, et qu’il me plaisait de songer que j’étais maintenant un homme qui, pour certaines de ses activités, devait recourir à cette substance exotique. Des années après, en Charente, je me suis procuré un petit pot de mastic à cicatriser Lhomme-Lefort. C’est un produit phytosanitaire, pour le même usage. Lui aussi j’ai dû l’acheter en partie pour sa bonne mine modeste anachronique. Ces deux pots sont maintenant entreposés dans mon hangar. Récemment André est venu couper des bouts de bois trop gros pour mes scies, entre autres deux grandes branches de mon noyer. Elles ont laissé sur le tronc deux plaies circulaires, larges de bien dix centimètres. Je les ai enduites chacune avec un des deux produits, ils ont l’air toujours bons. On est aussi allé dans les bois. Dans un j’avais juste un bâton à couper, un tronc tombé, que j’avais débarrassé de son lierre et de ses branches, et dont j’avais coupé ce que je pouvais, il n’en restait qu’un gros bâton de trois mètres, de quoi faire six bûches. Dans un autre il y avait un arbre mort bien visible en lisière, à l’intérieur sept que j’avais repérés avec du ruban fluo, et on en a trouvé encore trois autres, en tout onze. Ces arbres morts sur pied mettent souvent des années entre le moment où ils commencent à sécher au faite et celui où ils sont complètement morts jusqu’en bas. Si bien que quand on les coupe, le bois du bas est encore bien dur, mais celui du haut est déjà dégradé. André m’a dit qu’il était d’avis de garder le « bois pourri ». Je suis d’accord, ce bois est bon au moins pour lancer ou relancer un feu. Son frère le regretté Jacquot m’avait lui aussi donné un conseil économique, il y a des années, à propos de branches de fusain japonais que j’hésitais à conserver, doutant de la qualité de ce bois atypique. Garde-les donc, m’avait-il dit. Il avait raison.

vendredi 2 janvier 2026

nouvel an

    La coutume pittoresque de brûler des voitures au premier de l’an, en plus grand nombre que pendant les autres nuits de l’année (1173 dénombrées cette fois-ci), est un bon exemple de l’enrichissement culturel qu’ont apporté au pays les peuplades exotiques. Entre nous, jadis, on n’avait pas eu idée de ce genre de réjouissance, qui ne coûte presque rien…

jeudi 1 janvier 2026