vendredi 31 juillet 2026

Vaneigem

    Réédition : quelques notes du Journal documentaire à propos de Raoul Vaneigem (1934-2026).
    Février 1996. Avertissement aux écoliers et lycéens, par Raoul Vaneigem (Mille et une nuits, 1995). Brochure d’octante pages, bon marché, 10 francs, mais cette médiocre marchandise ne vaut même pas ce qu’elle coûte. Il s’en vend paraît-il des dizaines de milliers d’exemplaires. Ce succès tient plus, je pense, à la célébrité de l’auteur, héros situationniste, qu’à l’intérêt de sa pensée pédagogique. Sur une question aussi difficile que celle de l’enseignement, il est toujours décevant de lire de telles balourdises. C’est encore un numéro de capitalisme-qui-explique-tout et d’anarchisme-qui-résout-tout. «Il est temps d’en finir avec les billevesées du passé», dit justement RV, qui devrait d’abord faire le ménage chez lui.
    Septembre 2003. Le supplément littéraire du Monde, comme du reste le quotidien lui-même, est imbibé d’un humanisme épais, qui sans cesse le porte à faire cas des plus accablantes sottises. J’en prends de plus en plus rarement connaissance, mais je suis tombé l’autre jour sur la page entière où l’on recueillait, pour saluer la parution d’un nouveau chef d’œuvre, les propos de Raoul Vaneigem, farouche révolutionnaire qui n’a «jamais cessé de vouloir détruire cette société de profit qu’(il) exècre», vous voyez le genre. Il serait vain, et trop long, de rapporter ici la cataracte d’âneries, qu’il débite à une cadence étourdissante. Le sommet me semble atteint dans l’affirmation que « la maladie, la mort sont l’effet d’une vie absente, non d’une malédiction ontologique ». Je lis aussi ces balivernes selon lesquelles ce serait l’architecture des banlieues qui y susciterait la délinquance. Je pense, après en avoir eu longtemps l’expérience, qu’il n’en est rien. Ce n’est pas leur laideur qui rend ces immeubles invivables mais la vilenie de certains habitants. Que l’on transporte les crétins où l’on voudra, ils mettront partout le souk.
    23 mai 2015. ... critique mordante de Pierre-Henri Simon (cité par Christophe Bourseiller) en 1968, à propos de Debord et Vaneigem : «… les deux auteurs … ont passé largement la trentaine, ce qui les autorise sans doute à donner des conseils aux jeunes gens, mais pas tout à fait à parler en leur nom … il est difficile de vanter la fête d’une façon plus ennuyeuse que ne font nos situationnistes…» Simon juge aussi que Vaneigem «patauge dans des sottises dont il est juste de dire que Debord se garde beaucoup mieux».
    10 janvier 2024. Un des rares points sur lesquels, tout compte fait, je reste d’accord avec Guy Debord, est son opinion sur Raoul Vaneigem, dont il disait que «tout ce qu’il écrit est nul». Vaneigem me fait la même impression chaque fois que j’entrouvre un de ses livres. Dernièrement en tombant sur ce récent chef d’œuvre, dans une boite à livres : Appel à la vie, contre la tyrannie étatique et marchande (Libertalia, 2019). A ce que j’en ai aperçu, c’est encore un long chapelet de jérémiades et de billevesées marxistoïdes. Raoul s’y connaît un peu en préhistoire : il nous explique que jadis l’humanité a vécu dans un état paradisiaque mais presque, avant que des salauds n’inventent le vilain capitalisme patriarcal, qu’est très méchant. Un pic de jobardise semble atteint à la page 66, où l’on propose d’«instaurer, au-delà du virilisme et du féminisme, la prééminence acratique de la femme». C’est que les hommes et les femmes ont beau être égaux, ces dames sont en quelque sorte d’une égalité un brin supérieure, si vous voyez...

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