dimanche 23 mai 2021

nouveautés

Mes néomots ces derniers temps : cultivapeur, karmure, noiseau.

Une idée de titre : Le général de Google.

mercredi 19 mai 2021

déconfinement

 Ce n’est pas pour me distinguer, mais je dois avouer qu’à la différence des journalistes, je ne suis pas du tout impatient de pouvoir de nouveau me rendre dans les endroits où de toute façon je ne mets jamais les pieds, comme les théâtres, les cinémas, les dancings et les cafés.

lundi 17 mai 2021

Peltex

Je suis très honoré d’avoir pu contribuer, avec deux poèmes et quelques collages, au dernier numéro de la revue Peltex, ressuscitée d’entre les graphzines et publiée à Strasbourg par Dominique Leblanc. Ce numéro 16, qui vient de paraître, a pour thème Un regard réac et pour sous-titre C’était mieux avant. Son contenu ne relève guère de la réaquerie à proprement parler, plutôt d’une nostalgie diffuse, mêlée de quelque ironie puisque le titre parodie le Un regard moderne des frères Bazooka. Il réunit sur 44 pages A4, dont plusieurs en couleurs, les images et les textes d’un petit nombre de participants, dont une majorité de dames, à ce qu’il me semble. Le tirage est de 50 exemplaires numérotés. C’est un bel objet solide, avec une couverture en carton fort et en rhodoid, une reliure en spirale métallique, et sur certaines pages des touches de peinture portées à la main. Il est vendu 25 euros sur le site de l’éditeur et sur eBay.

samedi 8 mai 2021

Sud-Ouest

 


Cet alexandrin vintage, à la une de Sud-Ouest le 13 août 1949 : «Le feu a ravagé la région d’Andernos».

En regardant cette une, je me dis que vraiment j'aimais mieux le beau titre du journal d'alors aux lettres sinueuses, au lieu de celui d'aujourd'hui, géométrique et sans tiret.

vendredi 7 mai 2021

le puits

C’est un bien étrange livre que celui d’Ivan Repila, El niño que robó el caballo de Atila, qui m’avait été recommandé par l’ami Rémy. Ce petit roman paru en 2013, dont le titre signifie «L’enfant qui a volé le cheval d’Attila», ce qui n’a guère à voir avec le contenu, a été traduit en français sous la formule plus explicite de Le puits (en 10-18). C’est l’histoire de deux enfants, deux frères qui ne sont jamais nommés autrement que El Grande et El Pequeño (le Grand et le Petit) et qui se trouvent prisonniers au fond d’un puits naturel de sept mètres de profondeur, dans une forêt de montagne. Les chapitres sont numérotés de façon discontinue, portant chacun non leur numéro d’ordre mais celui du quantième jour où l’action se déroule : … 11, 13, 17 et cela va jusqu’à 97, ce qui fait plus de trois mois. J’ai entendu l’auteur déclarer dans une interview qu’il y avait dans cette œuvre trois niveaux de lecture : d’abord celui de l’anecdote (la situation, les actions), ensuite celui des rapports entre les deux personnages (qui en effet vont et viennent de l’entente à l’hostilité, de la colère à la tendresse), enfin celui d’une lecture allégorique à signification politique, qu’il juge le plus intéressant mais sans l’expliquer. Peut-être accorde-t-il ce sens symbolique à la situation dans sa globalité, ou plus précisément aux quelques tirades obscures, au style peu enfantin, dans lesquelles les deux gosses se lancent par moments. Il y a aussi en exergue deux citations, de Madame Thatcher et de Brecht, dont on se demande ce qu’elles font là. Je dois avouer que pour ma part, cette éventuelle signification symbolique m’a paru peu claire et qu’en tout cas si elle existe, elle m’échappe et je ne cours pas après. Au contraire j’ai trouvé très intéressante la tension psychologique des deux personnages dans le huis-clos, et plus encore cette extraordinaire situation de captivité. Très vite on cesse de se demander comment les deux drôles en étaient arrivés là (l’explication terrible ne vient qu’à la fin) et l’on n’a plus qu’une hâte, c’est de savoir ce qu’ils vont devenir et s’ils vont seulement s’en sortir. Les détails réalistes sur leur façon de survivre (en se nourrissant d’insectes, de vers, de larves, de racines) et de s’accomoder du froid, de la pénombre et des échos qui leur parviennent du monde extérieur, captivent l’attention. Je peux dire sans exagérer que cette lecture est une expérience envoûtante, inquiétante même, et que l’angoisse demeure après la fin, où tout le mystère n’est pas éclairci (j’en ai fait des cauchemars la nuit suivante). Si vous voulez passer un moment très bizarre, plongez dans ce puits.

samedi 1 mai 2021

Bonnet

Je pense souvent au regretté Dominique Bonnet, mort subitement le premier janvier. Je pense à lui d’autant plus souvent que traîne encore sur le bureau de mon ordi, où je la vois chaque jour, la seule photo de lui que je possède. Il y est en compagnie d’une dame, qui doit être son épouse africaine. J’avais trouvé cette photo quelques jours après le décès. C’était pour moi une surprise, de découvrir ainsi les traits de ce correspondant que je connaissais mal, et que pour quelque raison j’avais toujours cru beaucoup plus jeune. Je me souviens de deux formules qu’il affectionnait sur Facebook, l’une pour ironiser sur des nouvelles que les médias jugeaient graves («Et soudain le drame»), l’autre pour accompagner la photo de nymphette japonaise en tenue légère qu’il diffusait chaque vendredi («Le vendredi c’est bikini»). Et lui est mort soudainement un vendredi. A l’époque j’ai regardé dans Facebook les traces qu’il y avait laissées récemment. Sur ma page une de ses dernières interventions avait été ce conseil de lecture, à propos de Jean Dutourd : «Le bon beurre sur l'Occupation est à lire, comme son essai sur Le Feld-Maréchal von Bonaparte.» Le hasard fait maintenant ressurgir, à propos du Capital de Marx, cette impression de lecture d'il y a cinq ans, que je me plais à recopier : «Le Capital est de la merde, surtout le Livre II. 1500 pages sur A-M-A et M-A-M, c'est chiant et répétitif. Le Livre II est ce que j'ai lu de plus chiant de ma vie. Le I passe encore, le III je suis resté bloqué dans les 200 pages de raisonnement sur la rente foncière anglaise. Marx est à chier comme économiste. Deux bouquins que je n'ai pas finis : le Tome III du Capital et le Veblen sur la Leisure class. Marx est par contre un excellent pamphlétaire et un journaliste intéressant. Tous ses pamphlets sur l'histoire politique française, ses notes sur l'Empire britannique, ça se lit très bien et c'est marrant. Marx est un excellent humoriste.»