Le blog littéraire et agricole de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste.
jeudi 22 janvier 2026
papaye
Je n’ai jamais su si c’est pour quelque raison, ou par une drôle de coïncidence, que le mot papaye peut se traduire en portugais par ces deux synonymes : papaia et mamão. Pour comble de bizarrerie, papaia est féminin, mamão masculin…
Bonjour à vous, Pardonnez-moi de réagir un peu tard, mais bon, on ne commande pas au temps… Vous avez raison, c’est une bizarrerie singulière que cette double dénomination de Carica papaya en portugais. Je vous livre ma petite recherche dans les langues de là où pousse ce singulier arbuste monocaule. • dans les langues de la famille caribe : Seul le yekwana dit « papaya ». Les autres langues hésitent sur l’initiale : en kali’na et en kapon : « kapaya » ; en makusi « mapaya » ; en pemon « mápyja » et en tiliyo « mápaya ». Le wayana se distingue en disant « kumau ». Quant à l’apalai, il a emprunté au portugais : « mamao ». • On le trouve aussi dans une langue arawak : palikur : pavay. • Le sranan tongo a emprunté au créolo-français papaye : « papaya ». • Dans les langues tupi-guarani : Le tupinamba disait « ouäierouä » (Abbeville, 1614 : 218) ; le guarani dit « yaracatia », l’asurini « yarakaci’a » et le tembé « zarakaci’a » (Balée, 1993 : 280) ; la língua geral : iacaratia ; le teko « bapadju » (forgé sur le français papaye). • Quant au portugais : négligeant, une fois n’est pas coutume, un emprunt aux langues tupi-guarani, il a préféré créer le néologisme « mamão », métaphore de la mamelle. Il est vrai que, face à un papayer chargé de ses fruits acaules, on ne peut s’empêcher de penser très fort à l’Artémis d’Éphèse (original grec datant du règne d’Hadrien), dont la poitrine est dotée d’une ribambelle d’excroissances, à propos desquelles les savants expliquent que ce sont soit des seins, soit des scrotums de taureau, soit de petits sacs d’amulettes hittites, cependant que tous renvoient à la fécondité, et donc, au final, au sein maternel. • Je vous libre ici, en prime, l’état de ma réflexion pour la wayãpi, qui dit « mãũ » : Emprunt ancien au portugais « mamão », signifiant « papaye » ET « mamelle », via la língua geral « mamão ». En raison de la fragilité du papayer, on peut penser que les ancêtres des Wayãpi, lors de leurs migrations anciennes depuis les rives de l’Amazone vers la Guyane au nord, perdirent la culture de cet arbre monocaule et furent contraints de se réapprovisionner en graines, soit auprès des Portugais (au sud), soit auprès des Apalai (au nord-ouest). On dispose d’une évidence en wayãpi ancien « mamaou » (Coudreau, 1892). Les Wayãpi empruntant ensemble une variété et son nom, firent tomber à la trappe le terme tupi-guarani « iacaratia », qui a fini par disparaître du wayãpi contemporain. Une dernière info pour la route : tout Wayãpi se souvient de la crémation volontaire de la grand-mère Alipamɨ, au milieu d’une parcelle de forêt abattue par son gendre : par son sacrifice, lors de ce qui fut l’ouverture du premier abattis, toutes les parties de son corps donnèrent la collection des plantes cultivées. En particulier, de ses seins naquirent les premières papayes. Aujourd’hui encore, si une jeune maman allaitante en consommait, ce serait comme si elle anéantissait ce qui nourrit quotidiennement son bébé.
Voilà. Bon dimanche (ou ce qu’il en reste) à vous. Cordialement. Françoise Grenand.
Bonjour à vous,
RépondreSupprimerPardonnez-moi de réagir un peu tard, mais bon, on ne commande pas au temps…
Vous avez raison, c’est une bizarrerie singulière que cette double dénomination de Carica papaya en portugais.
Je vous livre ma petite recherche dans les langues de là où pousse ce singulier arbuste monocaule.
• dans les langues de la famille caribe :
Seul le yekwana dit « papaya ». Les autres langues hésitent sur l’initiale : en kali’na et en kapon : « kapaya » ; en makusi « mapaya » ; en pemon « mápyja » et en tiliyo « mápaya ». Le wayana se distingue en disant « kumau ». Quant à l’apalai, il a emprunté au portugais : « mamao ».
• On le trouve aussi dans une langue arawak : palikur : pavay.
• Le sranan tongo a emprunté au créolo-français papaye : « papaya ».
• Dans les langues tupi-guarani :
Le tupinamba disait « ouäierouä » (Abbeville, 1614 : 218) ; le guarani dit « yaracatia », l’asurini « yarakaci’a » et le tembé « zarakaci’a » (Balée, 1993 : 280) ; la língua geral : iacaratia ; le teko « bapadju » (forgé sur le français papaye).
• Quant au portugais :
négligeant, une fois n’est pas coutume, un emprunt aux langues tupi-guarani, il a préféré créer le néologisme « mamão », métaphore de la mamelle. Il est vrai que, face à un papayer chargé de ses fruits acaules, on ne peut s’empêcher de penser très fort à l’Artémis d’Éphèse (original grec datant du règne d’Hadrien), dont la poitrine est dotée d’une ribambelle d’excroissances, à propos desquelles les savants expliquent que ce sont soit des seins, soit des scrotums de taureau, soit de petits sacs d’amulettes hittites, cependant que tous renvoient à la fécondité, et donc, au final, au sein maternel.
• Je vous libre ici, en prime, l’état de ma réflexion pour la wayãpi, qui dit « mãũ » :
Emprunt ancien au portugais « mamão », signifiant « papaye » ET « mamelle », via la língua geral « mamão ». En raison de la fragilité du papayer, on peut penser que les ancêtres des Wayãpi, lors de leurs migrations anciennes depuis les rives de l’Amazone vers la Guyane au nord, perdirent la culture de cet arbre monocaule et furent contraints de se réapprovisionner en graines, soit auprès des Portugais (au sud), soit auprès des Apalai (au nord-ouest). On dispose d’une évidence en wayãpi ancien « mamaou » (Coudreau, 1892). Les Wayãpi empruntant ensemble une variété et son nom, firent tomber à la trappe le terme tupi-guarani « iacaratia », qui a fini par disparaître du wayãpi contemporain.
Une dernière info pour la route : tout Wayãpi se souvient de la crémation volontaire de la grand-mère Alipamɨ, au milieu d’une parcelle de forêt abattue par son gendre : par son sacrifice, lors de ce qui fut l’ouverture du premier abattis, toutes les parties de son corps donnèrent la collection des plantes cultivées. En particulier, de ses seins naquirent les premières papayes. Aujourd’hui encore, si une jeune maman allaitante en consommait, ce serait comme si elle anéantissait ce qui nourrit quotidiennement son bébé.
Voilà. Bon dimanche (ou ce qu’il en reste) à vous. Cordialement. Françoise Grenand.
SupprimerMerci à vous, chère Françoise.